Mis à jour le 02 Mar 26 par

Colonne : réflexions sur le "Power 20"

Suite à l'entrée du PDG de PokerStrategy.com Dominik Kofert dans le "Power 20" 2012 du magazine Bluff, Barry Carter nous fait part de ses réflexions quant au classement et à ce qu'il révèle sur l'industrie du poker.

La semaine dernière, le "Power 20" de Bluff a été dévoilé et pour notre plus grand plaisir, le PDG de PokerStrategy.com Dominik korn Kofert a fait son apparition dans le classement, à la 12ème place - juste devant Bernard Tapie et un rang après Tony G.

Si je mentionne ces deux noms, c'est à la fois pour vous donner une idée de l'accomplissement que cette place représente, et parce que ce sont les seuls autres Européens à figurer sur la liste cette année.

Tout ce qu'une année peut changer

La liste de cette année ne pouvait pas être plus différente de celle de l'année dernière, qui mettait beaucoup plus les joueurs à l'honneur. En 2011, Daniel Negreanu, Phil Hellmuth, Phil Ivey, Doyle Brunson, Cliff Josephy et Eric Haber faisaient tous partie des heureux élus (les deux derniers ayant été nommés davantage pour leur contribution en tant que backers qu'en tant que joueurs), alors que Negreanu est le seul que l'on retrouve sur la liste cette année. Deux agents de joueurs, Brian Balsbaugh et Steve Preiss, figuraient également dans le classement, mais seul Balsbaugh a récidivé cette année.

Ce que la liste a perdu en joueurs, elle l'a gagné en hommes politiques et en législateurs américains ; les personnes les plus à même de rendre le poker en ligne aux joueurs d'outre-Atlantique. On constate également l'ascension du co-directeur de bwin.party, Jim Ryan, de l'avant-dernière place à la deuxième, en un an seulement.

Bien sûr, le changement le plus frappant concerne Howard Lederer, qui était numéro 1 l'année dernière et ne figure même pas au top 20 cette année, pour les raisons que l'on connait tous (C'est la même chose pour Ray Bitar, qui était 15ème en 2011 et qui est absent du classement cette fois-ci). C'est incroyable tout ce qu'une année peut changer. Et d'ailleurs, quelques jours peuvent aussi tout changer, comme le prouve Annie Duke, présente sur la liste malgré le dépôt de bilan de la société qu'elle représentait un jour avant la publication du "Power 20".

Le "Power 20" de Bluff
Position 2011 2012
1 Howard Lederer Isai Scheinberg (+1)
2 Isai Scheinberg Jim Ryan (+18)
3 Ty Stewart Harry Reid (+1)
4 Harry Reid Mitch Garber (+4)
5 Brian Balsbaugh Preet Bharara (nouveau)
6 Phil Ivey Ty Stewart (-3)
7 Daniel Negreanu Gary Loveman (nouveau)
8 Mitch Garber Mark Lipparelli (nouveau)
9 Mori Eskandani Daniel Negreanu (-2)
10 Doyle Brunson Mark Pincus (nouveau)
11 John Pappas Tony G (+2)
12 Tom Dwan Dominik Kofert (nouveau)
13 Tony G Bernard Tapie (nouveau)
14 Matt Savage Brian Balsbaugh (nouveau)
15 Ray Bitar Matt Savage (nouveau)
16 Phil Hellmuth Joe Barton (nouveau)
17 Lance Bradley Jon Kyl (nouveau)
18 Steve Preiss Annie Duke (nouvelle)
19 Jim Ryan Frank et Lorenzo Fertitta (nouveaux)
20 Eric Haber et Cliff Josephy Virginia Seitz (nouvelle)

Qui manque-t-il ?

stuchly
Edgar Stuchly

Le seul nom que je n'approuve pas sur la liste de cette année est celui d'Annie Duke. Rien à voir cependant avec la faillite de l'Epic Poker League la même semaine, ni avec le fait que la joueuse ait tendance à polariser l'opinion dans le milieu du poker. 

Simplement, je ne pense pas que l'Epic Poker League était une entité suffisamment importante, quel que soit le point de vue, pour justifier sa présence dans le top. Seuls trois tournois de la série avaient été joués, leurs fields étaient restreints et sélectifs, la société a peiné à trouver un diffuseur, et le circuit n'avait aucun partenaire sur la toile.

C'est pour cela qu'à mon avis, il manque un seul nom sur la liste, et c'est celui d'Edgar Stuchly, récemment nommé à la présidence de l'European Poker Tour. Le WPT et les WSOP ont tous deux été bien représentés cette année, mais d'après moi, l'EPT est de loin le plus gros circuit de poker (les WSOP sont plus importants en termes de tournoi et de marque, mais parce qu'il s'étend sur une année entière, l'EPT domine).

Stuchly vient peut-être seulement d'être nommé, mais il a été nommé au plus haut poste qui soit dans le monde du poker live européen. Et cela devrait être suffisant pour mériter une place dans la liste.

Pourquoi les Américains sont-ils omniprésents ?

harry reid
Harry Reid

Beaucoup de gens m'ont dit qu'ils trouvaient que le classement était trop nettement orienté du côté américain, alors que les Européens en sont particulièrement absents. Je dois dire que je suis assez étonné d'approuver la liste de cette façon, moi qui ne rate jamais une occasion de dire que je pense que le poker européen domine en tous points le poker américain (et pas seulement depuis le Black Friday).

Si le poker européen est si peu représenté ici, c'est sûrement la conséquence d'un certain parti pris, mais c'est aussi et surtout la structure de l'industrie du poker européen qui est en cause. Outre-Atlantique, le poker est très centralisé, la plus grande partie de l'activité étant concentrée autour de Las Vegas. Il n'existe qu'une poignée d'établissements dédiés au poker en dehors du Nevada et, même avant le Black Friday, seuls quelques sites permettaient de jouer en ligne. 

 

En comparaison, si on regarde l'Europe, on voit une quantité d'industries indépendantes en plein essor : l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Italie, l'Espagne, la France, les Pays-Bas, la Scandinavie... et la liste continue. Pour jouer en ligne comme en live, le choix est vaste et chaque pays possède sa propre communauté de poker, sa régulation et ses médias.

C'est pourquoi quand on pense au poker américain, les mêmes noms viennent généralement à l'esprit de tous. Mais quand on pense au poker européen, on peut avoir beaucoup plus de noms en tête. Au Royaume-Uni, on pensera peut-être que Neil Channing est particulièrement influent dans le domaine ; en France, on nommera Bruno Fitoussi ; et en Italie, ce sera sans doute Luca Pagano. Mais il y a fort à parier que personne ne voterait pour les personnalités que j'ai listées plus haut.

Le poker européen est clairement plus fort, mais il y a tout simplement moins de personnes dont l'influence s'étend à l'Europe entière, et dépasse ses frontières.

Un hommage à PokerStrategy.com

korn
Dominik Kofert

Tout cela rend l'intégration de Dominik au classement encore plus exceptionnelle, et tant qu'à faire, je pense que lui et Tony G auraient même mérité une meilleure place. Le poker en ligne est vraiment au centre de tout dans l'industrie, et PokerStrategy.com est précisément au cœur du poker en ligne.

Je sais que le commentaire qui a accompagné l'entrée de Dominik dans la liste a ravi tout le monde chez PokerStrategy.com autant que le PDG :

"En 2011, le site a rejoint le groupe des leaders de l'industrie en termes d'articles et de vidéos sur les stratégies, mais également dans le domaine de l'information relative au poker. Il conserve également son statut de site dédié au poker le plus populaire du monde, devançant même PokerNews.com sur ce point."

La seule chose qui manque à ce commentaire, c'est un mot pour la formidable communauté qui a contribué à l'influence actuelle de PokerStrategy.com dans l'industrie, c'est pourquoi nous tenons tous à remercier chacun d'entre vous pour avoir fait de ce site ce qu'il est aujourd'hui.

A quoi tout cela rime-t-il ?

Est-ce que le fait d'être dans le "Power 20" apporte plus d'argent, plus de pouvoir, plus d'influence, ou s'agit-il juste d'avoir son nom cité dans un magazine une fois dans l'année ? Je ne suis pas persuadé qu'être dans la liste ou ne pas y être ait une signification particulière, et c'est en partie pour cela que je ne me suis pas étendu sur la question de qui aurait dû être au-dessus de qui.

 

Pour moi, ce classement joue le rôle d'un document historique : il donne un aperçu de la situation du poker chaque année. En 2011, c'était une industrie plutôt insouciante et axée sur les joueurs professionnels ; en 2012, régulation, économie et business sont les maîtres-mots. Je suis sûr que dans un an, la liste sera encore une fois complètement différente, mais j'aime à croire que Dominik restera désormais abonné à ce top 20.

Par Barry Carter