Comment votre cerveau vous trahit aux tables
Dans cet article de Grigoriy "ahlinpoker" Skrypnik, vous verrez d'où viennent les distorsions de la perception dont sont victimes nos cerveaux et comment elles s'appliquent au poker.
Avez-vous déjà ressenti que l'univers lui-même ne voulait pas que vous gagniez au poker ? Laissez-moi vous confier un secret, l'univers et notre propre nature se sont ligués contre nous pour nous empêcher de gagner.
Quelles sont les qualités qui définissent un bon joueur de poker ? Parmi elles, nous avons l'objectivité et la rationalité. Mais malheureusement, la nature humaine nous empêche de nous comporter de la sorte.
Nous percevons la réalité et le monde qui nous entoure à travers une sorte de prisme. Des lunettes roses que l'évolution nous oblige à porter. Merci Madame Evolution !
Cependant, sans l'évolution, nous n'aurions pas pris la place que nous avons maintenant dans l'univers. Et pourtant, pour nous permettre d'évoluer, nous avons renoncé à notre capacité à percevoir la réalité telle qu'elle est vraiment. Notre cerveau perçoit le monde avec des distorsions. En science, on les appelle distorsions cognitives.
La raison est simple : afin d'évoluer, nous devons nous adapter à notre environnement. La perception distordue de la réalité nous aide à prendre des décisions dans des cas où la précision n'est pas aussi importante.
Le poker ne fait pas exception. Tout ce qui arrive à la table de poker est perçu différemment par notre cerveau et notre conscience. En d'autres termes, une chose arrive mais notre cerveau en perçoit une autre. Mais en tant que joueurs de poker, nous ne pouvons laisser quoi que ce soit altérer notre jugement, autrement nous ne pouvons pas jouer notre A-game.
Pour enlever ces lunettes roses de l'évolution, nous devons déjà déterminer comment elles fonctionnent. Que sont ces distorsions cognitives ? Dans cet article et dans d'autres à venir, je vais vous parler des plus reconnues qui s'appliquent à notre façon de jouer au poker.
La peur de perdre
A conditions égales, nous essayons de ne pas perdre, plutôt que de gagner. Pour l'être humain, la douleur de perdre est plus importante que la satisfaction d'un profit. Selon des mesures, une perte nous affecte 2,5 fois plus que la joie de la victoire.
Cela explique pourquoi nous sommes plus affecté négativement par une perte de 50$ en fin de session que par la joie tirée du profit de 100$ réalisé jusqu'à maintenant qui nous amène à un gain global de 50$.
Voici un autre exemple. Nous sommes sur la river, le pot fait 300 big blind et nous avons 200bb. Nous pensons que notre adversaire va fold 50% du temps. On dirait que l'on a un bluff all-in profitable évident. Cependant, beaucoup d'entre nous vont choisir de check sur ce spot pour économiser l'argent que l'on a encore.
Il y a aussi un truc que l'on appelle "la peur myope de la défaite". Des chercheurs ont découvert que des investisseurs qui recevaient des rapports à court terme sur leurs investissements avaient tendance à prendre des approches conservatrices et moins profitables que celles que les investisseurs qui recevaient des rapports sur le long terme. Dans les rapports à court terme, les investisseurs ressentaient en général plus intensément les pertes mineures que les profits qui les compensaient. Malgré tout, le résultat pouvait être le même pour les deux types d'investisseurs. Les investisseurs à rapport court terme étaient beaucoup plus pessimistes quant à leur investissement ce qui les a amené à choisir des options moins profitables mais aussi plus fiables.
Cela vous parle en tant que joueur de poker, non ? Dites-nous, combien de fois avez-vous vérifié vos résultats sur Hold’em Manager pendant votre dernière session ? Comprenez-vous pourquoi tous les experts de poker découragent fortement de regarder vos résultats ?
L'effet ancre
Une autre distorsion importante est "l'effet ancre". Elle a été décrite par plusieurs chercheurs.
Par exemple, pendant une de ces expériences, on a demandé à des étudiants de retenir les trois derniers chiffres de leur numéro de téléphone. Ensuite, on a demandé à ces mêmes étudiants la date à laquelle les Visigoths ont mis Rome à sac (la bonne réponse est 410 après J.C). Les étudiants dont les chiffres étaient les plus hauts ont eu tendance à donner des dates plus tardives. En d'autres termes, les 3 derniers chiffres de leur numéro de téléphone ont servi "d'ancre" ce qui a poussé leur estimation d'un côté ou d'un autre.
Cela s'explique facilement par le réseau neurologique du cerveau. Quand certains neurones sont activés, ceux qui sont situés à proximité ont tendance à faire de même. Les neurones responsables pour les gros nombres sont plus proches les uns des autres que les neurones associés aux petits nombres. Donc l'ordre et le type d'activation affectent directement et significativement notre manière de penser.
Cela peut affecter notre jeu de beaucoup de manières. Par exemple ; vous callez un bluff avec Ð-high et gagnez le pot. Dans quelques mains, vous vous retrouvez dans la même situation mais contre un autre adversaire. Nous sommes d'accord sur le fait que la probabilité d'un autre bluff catcher avec A-high a augmenté mais le problème, c'est qu'il est devenu plus facile de vous convaincre vous-même que votre adversaire bluffe. Le bluff que vous avez démasqué auparavant est devenu votre ancre.
D'ailleurs, c'est aussi pour cela qu'il faut être content qu'un joueur faible, qui fait beaucoup d'erreurs et qui joue mal (payer avec des tirages à tous les coups), remporte la main. Cette victoire va se greffer à lui telle une pierre autour du coup et va le faire jouer encore plus mal par la suite.
Cette distorsion est aussi repérable dans les analyses de session. Lorsque vous analysez une session perdante peu de temps après sa fin, il est plus probable que vous trouviez plus de raisons pour prouver que vos décisions étaient bonnes. Votre conscience à ce moment-là est encore liée à la perception que vous en aviez pendant la partie ce qui rend une analyse objective plus difficile. Cependant, si vous faites la revue de la session le lendemain, vous vous rendrez compte que vos suggestions n'étaient pas réalistes, tout comme les conclusions que vous aviez tirées la veille de votre session.
A suivre...
Comment un excès de confiance peut mener à votre perte



