Barry Greenstein : engagement et logique mathématique
Dans cette premiére interview accordée à PokerStrategy, le "Robin des bois du poker" donne son avis sur une carrière dans le poker et explique comment aborder les downswings. Il parle de sa vie, de ses espoirs et de home games coûteux chez Larry Flint.
Interview réalisée par : tiva

Photo : PokerStars
Parmi tous
ses titres, le "Robin des Bois du Poker" a
remporté trois bracelets WSOP, deux titres WPT et s’est
souvent retrouvé en table finale.
Greenstein a joué
et/ou côtoyé presque toutes les légendes du
poker, dont Doyle Brunson ; il est considéré comme
l’un des meilleurs joueurs de cash-game au monde.
Auteur du
livre de stratégie « Ace on the River »,
il est également connu pour donner la majeure partie de ses
gains à des oeuvres de charité.
PokerStrategy:
Cher M. Greenstein, tout d’abord, merci de nous avoir accordé
cette interview pour PokerStrategy.com ! Vous qui accordez peu
d’entretiens, nous sommes très honorés de pouvoir
vous parler.
Notre école de poker en ligne abrite plus d’un
million de membres du monde entier, et la plupart vous admirent en
tant que légende et en tant que « Robin des bois du
poker » — ils seront très contents d’avoir
vos avis. Quelle est pour vous la décision la plus importante
à prendre afin de devenir un professionnel du poker ?
Barry Greenstein: Il
faut accepter les bons et mauvais passages, et si vous ou votre
conjoint n’êtes pas prêts à affronter ces montagnes
russes, alors ce n’est pas un boulot pour vous.
PokerStrategy:
Vous avez joué au poker la majeure partie de votre vie, et
votre père vous y a initié alors que vous étiez
encore enfant. Vous avez dû rencontrer énormément
de gens très intéressants et des célébrités.
Pouvez-vous nous relater un épisode qui vous a marqué ?
Barry Greenstein:
Je me souviens avoir joué au Seven-Card Stud, 3000-6000$, avec
Roger et Michael King, dans le salon de Larry Flint. Leur entreprise,
King World Enterntainment, gérait les droits de grandes
émissions télévisées comme le show
d’Oprah Winfrey, Jeopardy ou la Roue de la Fortune. Ils avaient
vendu l’entreprise pour plus d’un milliard de dollars.
Roger prenait pas mal de drogue, et il faisait des allers-retours aux
toilettes très souvent. A chaque fois qu’il revenait, il
relançait tous les pots.
Larry et sa
femme étaient couchés depuis longtemps, car ils
devaient partir le lendemain matin. Quand ils se sont levés,
ils étaient surpris de me voir, avec les frères King et
d’autres joueurs, encore en train de jouer à 8h du
matin. Liz a lancé : « Il va falloir partir,
les garçons, car on doit quitter la maison. »
Roger était
un égotiste de première, qui jugeait les gens à
leurs comptes en banque. A l’époque, Larry ne pesait pas
plus qu’une centaine de millions de dollars, et Roger le
méprisait pour cela. Larry vivait avant dans une grande villa,
mais comme il était désormais en fauteuil roulant, il
avait dû déménager dans une plus petite maison.
Il avait rapatrié la majeure partie de ses objets et les avait
amassés dans la maison. Il y avait du marbre, du cristal et
toutes sortes de peintures extrêmement chères dans toute
la maison.
Roger nous
avait affirmé plus tôt qu’il possédait des
trucs bien plus cher chez lui. En guise de réponse à
Liz, qui nous demandait de partir, Roger a marmonné :
« Pas de raison de fermer la porte ici, personne ne
voudrait rien y voler... »
PokerStrategy: En plus de l’ingénierie informatique, vous avez
également étudié les mathématiques —
quel mathématicien vous a le plus influencé dans votre
approche du poker ?
Barry Greenstein:
Aucun en particulier, mais le plus brillant des mathématiciens
du XXème siècle est sans doute aucun Paul Erdos, qui
faisait souvent des conférences à l’Université
de l’Illinois, où j’ai étudié. Il
venait une à deux fois par an pour quelques semaines. Il
savait que je jouais au poker, et quand il me croisait, il me
demandait comment ça se passait. Quand je lui ai appris que ça
me rapportait pas mal, il m’a dit un truc du genre :
« Super, les matheux sont les types les plus
intelligents, ce serait normal qu’ils aient tout l’argent
disponible. »
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PokerStrategy:
Ces dernières années, le milieu du poker a beaucoup
changé. Quels changements y voyez-vous dans le futur —
quel type de poker sera le plus pratiqué ?
Barry Greenstein: Le No Limit Hold'em est la variante qui passe le mieux en
télévision, mais on verra peut-être plus de Pot
Limit Omaha.
PokerStrategy: Avez-vous évolué, au fil des années, dans votre
approche du jeu ?
Barry Greenstein:
Comme j’ai une famille, et donc des responsabilités, je
ne peux relever tous les défis, juste pour démontrer
que je peux battre quelqu’un en tête-à-tête,
où je n’ai que peu d’avantage.
PokerStrategy:
Votre mère jouait aux cartes, vous avez appris à Mimi
Tran à jouer (en échange de cours de Vietnamien)…
pensez-vous que dans le futur, il y aura autant de femmes que
d’hommes chez les professionnels ?
Barry Greenstein:
Le
poker sera toujours un milieu essentiellement masculin, car le poker
live n’est pas toujours bienveillant envers les femmes, et
qu’il existe un certain avantage masculin dans ce jeu, basé
sur la logique mathématique et l’agression sexuelle. On
verra de plus en plus de femmes, grâce à internet qui
aide à abolir les barrières sociales ; cependant,
je ne pense pas qu’on dépassera plus de 15% de femme
dans un tournoi.
PokerStrategy: Imaginons une table finale parfaite... où aurait-elle
lieu, avec qui, et dans quelle variante ?
Barry Greenstein:
Le Main Event des World Series, avec Doyle, Phil Ivey et plusieurs
autres gros joueurs qui m’affronteraient en No Limit Hold'em.
PokerStrategy: Quel est la personne la plus fascinante que vous ayiez rencontré
à une table de poker ?
Barry Greenstein:
J’essaye de ne jamais juger mes partenaires de jeu, mais Guy
Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil, est très
amusant à affronter.
PokerStrategy:
Durant votre carrière de joueur, vous avez du avoir de grosses
variances. Quel conseil donneriez-vous à nos membres afin de
bien gérer les downswings ?
Barry Greenstein:
Je n’en ai pas eu tant que ça, mais j’en ai tout
de même eu trop... Quand rien ne va, descendez de limites,
et surtout allez à des parties plus faciles à gagner.
PokerStrategy: Vous avez joué avec les joueurs les plus célèbres
du monde, gagné les titres les plus prestigieux, écrit
des livres et travaillé avec des légendes comme Doyle
Brunson. Vu de l’extérieur, vous ne semblez plus avoir
beaucoup de défis à relever. Que vous reste-t-il ?
Barry Greenstein:
J’ai encore besoin de gagner de l’argent, et mon fils et
moi possédons un site média sur le poker,
pokerroad.com. Nous enregistrons des émissions TV et web. Phil
Ivey et Daniel Negreanu sont de l’aventure. Je pense que cela
deviendra le premier site sur le poker, excepté les sites de
jeu.
PokerStrategy: Quels autres défis avez-vous dans la vie, à part au
poker ?
Barry Greenstein: Faire que mes trois enfants entrent à l’université
et rendre PokerRoad bénéficiaire.
PokerStrategy: Comment se passe une journée de Barry Greenstein ?
Barry Greenstein:
Je joue online et live, je m’occupe des forums de PokerRoad, et
je fais le tour du monde avec PokerStars.
PokerStrategy:
Sur votre page d’accueil, on peut voir ce que vous écoutez
dans votre iPod ; vous citez également Platon, Homer
Simpson ou Einstein... Est-ce que la lecture et la musique vous
aident à vous évader du poker ?
Barry Greenstein: Je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de temps pour me
relaxer ces derniers temps. Quand j’ai du temps libre, je joue
au poker ou au bridge sur internet.
PokerStrategy:
Comme je vous le disais, notre communauté vous admire pour le
fait d’être le "Robin des bois du poker".
Soutenez-vous des oeuvres de charité en particulier ?
Barry Greenstein: Je n’ai pas autant d’argent en ce moment qu’à
une époque, mais j’essaye d’aider Children
Incorporated du mieux possible.
PokerStrategy: Vous allez jouer les EPT cette année ; quels autres plans
avez-vous ?
Barry Greenstein:
Je vais jouer l’EPT Londres, puis le WPT Niagara Falls, et
ensuite pour une œuvre d’un Gymanse que j’ai aidé
à financer dans le Dakota du Sud, et ensuite j’espère
pouvoir rentrer chez moi.
PokerStrategy:
Dernière question : après tant d’années
dans ce milieu, êtes-vous encore supris par certaines choses.
Si oui, laquelle ?
Barry Greenstein:
Je ne sais pas, mais la table finale du Main Event dont je rêve,
et que je vous décrivais tout à l’heure, ce
serait une belle surprise.
PokerStrategy: Merci énormément d’avoir pris le temps de
répondre à nos questions !
