Canali interviewé par Canali
Rémi Canali, étudiant à l’Ecole Publique de Journalisme de Tours et actuellement en stage au sein de la rédaction de Poker52, a interviewé son grand frère, Pedro Canali.
Généralement, les gens te trouvent plutôt sympathique. Peux-tu, aujourd’hui, nous dire toute la vérité sur l’horrible grand frère que tu étais ?
Je me souviens d’une période où mon petit frère essayait tout le temps de me taper [C’est faux, Ndlr.]. Mais il était si petit que c’était facile de riposter. Au bout d’un certain temps, ça m’a ennuyé et j’ai arrêté.
Tiens, pendant que j’y pense. La dernière fois que j’ai vu mémé, elle m’a demandé si ça marchait bien pour toi en ce moment et si tu allais bientôt trouver un “vrai“ travail.
(Rires) J’ai récemment appris que notre grand-père était staké par des joueurs pour aller en plumer d’autres. Il était donc joueur pro bien avant l’heure. Quand notre grand-mère l’a appris, elle lui a demandé de choisir entre le poker et elle. Lorsque j’ai annoncé à papa que j’arrêtais la salsa (Pedro a été professeur de salsa) pour le poker, il m’a dit : « surtout ne le dis pas à ta grand-mère, elle pourrait très mal le prendre ». Au final elle a très bien réagi.
C’est pour ça que tu as mis deux ans avant de lui avouer ?
Je n’ai même pas eu à le faire, elle l’a deviné toute seule. Je ne sais pas comment elle fait. Son sixième sens, je suppose.
Après le Bac, tu as passé deux semaines sur les bancs de l’université. Aujourd’hui tu voyages partout à travers le monde et jamais dans un hôtel avec moins de 3 étoiles. J’en suis à ma sixième année d’études et je suis stagiaire. Tu ne trouves pas que la vie est injuste ?
Il fallait faire un choix entre les études et la salsa. J’ai pris un risque et ça n’a pas trop mal marché. Dans la famille je suis le seul à ne pas avoir fait d’études. Je suis le vilain petit canard.
Les maths n’étaient pas vraiment ton truc. Aujourd’hui, dans la Team Barrière, tu es le « matheux de la bande ». Que s’est-il passé ?
Pour être précis, c’est plutôt la géométrie qui n’était pas mon truc. Calculer l’aire d’un triangle m’a toujours barbé. Mais l’arithmétique me plait. Les maths appliquées au poker sont beaucoup moins barbares que ce que l’on imagine. Il est question la plupart du temps d’additions et de divisions.
Et avec tous ces voyages, tu dois être un expert en géographie ?
Non. J’arrive bien à placer les pays, mais au jeu des capitales, c’est toujours catastrophique. Las Vegas est bien la capitale des Etats-Unis ? (rires,)
Maintenant que tu as gouté à Las Vegas, Beaucaire, Coudoux ou Salon-de-Provence (villages dans lesquels il a grandi), ne te manquent pas un peu ?
Je retourne souvent dans le sud. J’ai récemment revu des potes de l’époque du collège. Ils étaient amusés de voir que j’étais devenu joueur de poker. On s’est remémoré les fois où l’on faisait le mur pour aller boire des grenadines au skate-park (aire de jeux où ils avaient l’habitude de se retrouver).
Ha, un texto de papa. Il veut savoir si tu comptes trouver un “vrai“ travail.
Il a compris que c’était un vrai travail. Il n’est plus choqué par mes changements de vie incessants. Désormais, c’est quand je ne gagne pas qu’il ne comprend pas.
D’ailleurs, tu as fait quoi le 1er mai ?
Je travaillais, puisque je n’ai pas de “vrai“ travail.
Tu viens de signer une victoire à Lille. Une belle perf’. T’as pas 100 balles ?
(rires) Si tiens, mais tu me les rendras. (il redevient sérieux)
Il s’agissait d’un Shoot The Team. N’est-ce pas le premier aboutissement d’une carrière réussie que d’avoir un contrat sur sa tête ?
Ce n’est pas un aboutissement, mais c’est flatteur. Il est préférable d’avoir un bracelet à son poignet qu’un bounty sur sa tête. Non ?
J’ai appris de source sûre que tu ne faisais rien à la maison. On peut aussi parler d’aboutissement dans la vie ?
C’est vrai que je ne fais pas grand-chose, mais je travaille tellement. Le poker est une activité vraiment prenante. Dès que j’ai un peu de temps libre, j’en profite pour pratiquer des loisirs qui me font plus de bien que le ménage. Jouer à Magic (jeu de cartes), danser la salsa ou partir en week-end au ski.
Tu as un superbe écran plat dans ton salon. Tout ça pour regarder Monk et The Voice...
Monk est une série géniale. Quant à The Voice, j’ai un peu honte d’admettre que je regarde. C’est la première émission de télé-réalité qui me plaît bien… Cauchemar en Cuisine aussi. Ok, ça fait deux, c’est vrai. Mais voir un grand blond gueuler sur des gens en disant que rien ne va, c’est une chose que je ne suis pas capable de faire. Alors ça me plaît bien.
Ton contrat de sponsoring avec Barrière rendrait presque ton travail crédible. Lorsqu’il prendra fin, tu feras quoi ?
J’espère déjà que je pourrai renouveler ce contrat. Mais tant que je fournis le travail nécessaire pour rester au top, que j’y prends du plaisir et que je gagne, il n’y a aucune raison que j’arrête. Avec ou sans contrat.
Pépé m’a laissé un message hier, il s’inquiète pour ta retraite.
Sacré pépé, il faut toujours qu’il s’inquiète. Si un jour le poker devait s’arrêter, je ne sais pas ce que je ferais. J’ai toujours fonctionné au feeling, à l’envie. J’essaye de ne pas avoir de regrets, en vivant de mes passions. Magic, la salsa, le poker. Si demain je me passionne pour autre chose, c’est très bien. De l’escalade ou du basket.
