Mis à jour le 02 Mar 26 par

La chasse aux deadbeats de Macao est ouverte !

C'est vrai, j'aurais pu trouver plus simple comme titre pour cet article. Mais vous allez le voir, une fois que vous aurez lu ce qui suit, vous comprendrez tout... Ce que je peux vous dire, c'est que les deadbeats de Macao ont du souci à se faire !

« La maison ne fait pas crédit » : voici ce que vous pouvez lire, généralement, à l'entrée de vos casinos en France. Aujourd'hui, cela semble tout à fait normal. Un casino ne va tout de même pas prêter de l'argent à ses clients pour qu'ils puissent jouer avec. Pardon ? Ha ça se fait dans d'autres pays ?!

Hé oui, ça se fait dans d'autres pays. Mais il faut bien comprendre une chose : cela se fait souvent aux risques et périls du dit établissement (comme lorsque vous prêtez de l'argent à quelqu'un pour jouer). Vous voulez un exemple ? Pas de problème, j'en ai un très pertinent.

Le site Calvin Ayre a mis en avant un chiffre incroyable concernant la division Sands China du fameux groupe Las Vegas Sands. Le rapport financier de la société a relevé une augmentation de 33% dans la catégorie « provision for doubtful accounts », comprenez, grosso modo, « approvisionnement pour comptes douteux ».

Qu'est-ce que c'est que cette catégorie au nom étrange ? Le site d'information éclaire le lecteur de suite et donne sa version : il s'agit en réalité de l'argent prêté par les casinos à des gros joueurs, et qui n'a pas été remboursé. Rentre dans cette catégorie l'argent que les établissements ne reverront très probablement jamais.

Qu'est-ce que cela représente ? Sur le premier semestre 2012, Sands China avait prêté (accrochez-vous bien) 24.000.000$ à ses gros clients. Sur la même période, un an plus tard, la somme est passée à un peu moins de 32.000.000$ !

Il ne s'agit donc pas d'une pratique si marginale et cela représente, mine de rien, une perte importante pour le groupe, aussi gros soit-il. Bon, c'est vrai, la division Sands China a réalisé un profit de 940.000.000$ au cours du premier semestre 2013, mais il n'empêche qu'un sous reste un sous et qu'une dette doit être honorée (au poker comme dans la vie).

Ces joueurs qui ne remboursent pas leur prêt sont appelés des « deadbeats ». Vous prêtez de l'argent à quelqu'un et il ne vous le rend pas ? C'est un deadbeat !

Un blog sino-anglais recense et expose environ 70 deadbeats de Macao...

Les histoires d'argent peuvent aller très loin. Certaines personnes sont prêtes à faire des choses relativement « extrêmes » pour retrouver leur argent.

On apprend donc, par Calvin Ayre, qu'un site sino-anglais (ou plutôt un blog), créé il y a deux mois, recense et expose environ 70 mauvais payeurs. Wonderful World, c'est le nom du blog (aucun lien n'a été posté, ni sur Calvin Ayre, ni sur Macau Business Daily), proposait (j'utilise le passé, je vais y revenir) une tonne de détails sur les deadbeats en question. En plus d'une photo et du nom de la personne, le site affichait (parfois) le dernier numéro de téléphone connu, la date de naissance, le statut matrimonial, la nationalité (il y a, apparemment, également des étrangers), la dernière adresse connue ou encore, bien évidemment, le montant de la somme empruntée non-rendue (sans toutefois préciser la devise).

Pour chaque profil, une description du type « voleur », « menteur », « tricheur » ou encore « voyou » apparaissait. Inutile de dire que se retrouver sur un tel site vous met dans une position plutôt inconfortable... Les sommes empruntées non-rendues vont de 5.000 à 1.000.000 (mais d'on ne sait pas de quoi).

Mais ce n'est pas tout. Wonderful World proposait bien pire...

... et propose des primes pour obtenir des informations !

Vous connaissez le principe des chasseurs de primes ? Hé bien là c'est un peu pareil, sauf qu'au lieu de ramener quelqu'un « mort ou vif », il vous suffit de transmettre des informations sur le deadbeat.

Pour chaque deadbeat il y a un pseudonyme et un contact. La personne qui se cache derrière le pseudonyme est en réalité celle qui a prêté de l'argent et qui cherche à le retrouver. Si quelqu'un a une information sur le deadbeat, il contacte la personne qui se cache derrière le pseudonyme et il peut recevoir une prime, un bounty.

Cette blacklist, accompagnée du système de primes, est un moyen radical pour tenter de récupérer son argent. Un moyen tellement « extrême » qu'il semble même être à la limite de la légalité...

Une blacklist à la limite de la légalité

Sur la version chinoise du site, on peut apparemment lire que la blacklist est « le meilleur support de diffusion » afin « d'aider à chasser les dettes du secteur des jeux ». Cette idée de blacklist (à une échelle globale dans tout Macao) avait déjà été soumise par le passé.

Bonne idée ou mauvaise idée, elle reste à la limite de la légalité (jamais deux sans trois). En effet, les compagnies basées à Macao n'ont pas le droit de partager les données personnelles de leurs clients avec une tierce partie. Le site Macau Business Daily a reçu un e-mail de la part du Macau's Personal Data Protection Office disant qu'il y avait des signes montrant que cette affaire de blacklist est prétendument criminelle. L'affaire a été transférée à la police judiciaire pour enquête.

Vendredi 23 août 2013, le Macau Business Daily apporte un complément d'information. Le site d'information a réussi à joindre la police judiciaire. Choi Iat Peng, un porte-parole des forces de l'ordre, a déclaré : « Il semble que le site ait violé les règles locales mises en place concernant les données personnelles en révélant des détails comme les numéros de téléphone et les noms. ». La police poursuit tout de même ses investigations.

Le Macau Business Daily a également réussi à contacter le créateur du site, Charlie Choi Kei Ian. Ce dernier a décidé de retirer certains détails concernant les deadbeats comme les numéros de téléphone, les adresses, les sommes réclamées et le système de bounty. Si les informateurs souhaitent avoir une prime, ils doivent en parler directement avec la personne qui souhaite retrouver son argent.

Selon Charlie Choi Kei Ian, aucune information n'a été retirée du site suite à des pressions de la police. Il poursuit : « La police locale ne nous a pas demandé de fermer le site pour l'instant. [...] Nous contacterons la police judiciaire pour voir ce que nous devrions faire suite aux investigations. Nous ne voulons pas faire face à des représailles suite aux investigations. »

Faut-il laver son linge sale en famille ou en public ?

Telle est la question qui se pose ! Que feriez-vous si quelqu'un vous devait de l'argent ? Que feriez-vous si cette personne faisait la morte ? Iriez-vous jusqu'à contacter un site comme Wonderful World afin de diffuser la photo et le nom de votre deadbeat ?

C'est un fait, beaucoup de joueurs empruntent de l'argent et ne remboursent rien. Mais faut-il en arriver à une action aussi « extrême » ?

Oui, car cela permet aux autres de se méfier de ces deadbeats. Non, parce qu'il s'agit d'une affaire privée qui ne concerne que deux personnes. Faut-il que vos affaires se transforment en règlement de comptes sur Facebook ou sur un site ?

Charlie Choi Kei Ian ne fait pas payer les personnes qui recherchent leur(s) deadbeat(s) et qui se servent du site pour le(s) retrouver. Les informations sur les deadbeats proviennent de ceux qui réclament l'argent. C'est une plateforme d'avertissement finalement...

Mais pas uniquement. En deux mois d'existence, le site a permis de régler environ dix affaires de dettes... Combien cela représente ? Environ 30.000.000HK$, soit environ 3.800.000$, ont été récoltés ! Tout cela grâce à cette blacklist.

Oui, ça marche ! Mais encore une fois, faut-il laver son linge sale en famille ou en public ? Si un tel site existait en France, feriez-vous appel à lui ? Question délicate à laquelle je vous invite à répondre dans les commentaires.