Le poker revisité
A Las Vegas, et peut-être ailleurs dans le monde, de nouveaux styles de poker vont peut-être faire leur apparition dans les casinos sous la forme de légères variations des jeux que nous connaissons déjà. Le problème : ces nouveautés sont des marques déposées.
Nous avions vu, il y a quelques semaines,
avec le Duplicate Poker,
que malgré son ancienneté, le poker n'est pas à
l'abri de modifications de ses principes qui peuvent déboucher
sur de nouvelles façons de jouer. Parfois, une subtile
modification peut même radicalement changer les contraintes
légales qui pèsent sur le jeu, comme nous avions pu le
constater.
Une société américaine
basée à Las Vegas en a fait son fond de commerce. New
Poker est une jeune compagnie qui s'est donné pour mission de
«révolutionner l'industrie du poker en créant
de nouveaux jeux agréables et lucratifs». Son
président, Vincent Zaldivar, ne fait pas mystère de son
intention de transformer ce qu'il présente comme des
améliorations du « vieux poker » (celui
auquel nous jouons tous), qui est, comme chacun sait, poussiéreux
et monotone, le boom de ces cinq dernières années en atteste. Ces améliorations se feront au moyen de tout un arsenal de brevets et de
«technologies» qui sont supposés, en
plus d'enrichir inévitablement les actionnaires de New Poker,
réjouir grandement les vrais amateurs de poker, ceux de la
nouvelle génération, qui ont été nourris
aux jeux vidéo et qui recherchent une chose et une seule :
l'action.
Mais le véritable cerveau de
cette opération à la James Bond s'appelle Tony
Patelidas. Si vous n'avez jamais entendu parler de lui, ne vous
inquiétez pas. Car si sur le site de New Poker, il est bien
mentionné que monsieur Patelidas joue au poker depuis l'âge
de cinq ans, en termes d'exploits il semble bien devoir se contenter
de celui d'avoir rapidement battu son oncle qui lui a appris à
jouer. Après avoir servi dans l'armée et avoir été
vendeur pour différentes sociétés, la grâce
lui serait tombée dessus sous la forme de quelques idées
géniales, et Tony Patelidas eut l'intelligence et la présence
d'esprit de faire breveter ces géniales inventions.
Quelles sont-elles ? New Poker dispose à
ce jour de deux produits phares. Le premier s'appelle No River
Hold'em. Il s'agit d'une variante du classique Texas Hold'em à
52 cartes et 10 joueurs. Il y a cependant deux différences. La
première, c'est que chaque joueur reçoit trois – et
non deux – cartes privatives (il suffisait d'y penser). Et la
seconde différence, de laquelle ce jeu révolutionnaire
tire d'ailleurs son nom évocateur, est qu'il n'y a pas de
rivière (No River). Ces aménagements simplissimes ont,
selon ses inventeurs, créé le jeu de Hold'em « le
plus stratégique au monde ». Les sceptiques peuvent
aller l'essayer sur le site de la société.
Comme la diversification est la clé
du succès dans les affaires, New Poker a mis un deuxième
produit sur le marché, qui répond au nom prometteur de
« Royal Hold'em ». Son principe est un peu
technique. C'est comme du Texas Hold'em, mais avec un jeu dont on a
enlevé les cartes de deux à neuf. Voilà, c'est
la seule différence. Ah, oui, aussi : comme il ne reste plus
que vingt cartes dans le talon, on ne peut pas y jouer à plus
de six joueurs. Après avoir obtenu un brevet, New Poker a reçu
de la commission des jeux du Nevada une autorisation d'exploitation.
Les casinos qui en achètent la licence peuvent désormais
proposer ce jeu à leurs cients.
Une question se pose néanmoins.
A ce train là, ne risque-t-on pas de voir débarquer
dans les cercles de poker parisiens une armée d'avocats
mandatés par cette ambitieuse start up qui, sous le nom de
Courchevel Limited, aurait déposé un brevet pour une
variante à cinq cartes du Hold'em dont la première
carte du flop serait retournée avant les mises? Juristes
spécialisés, nous avons besoin de vous.
News rédigée par Philipe
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