Les deux erreurs de Daniel Negreanu sur le Main Event
Le Canadien, qui a échoué aux portes de la table finale la plus importante de l'année, a analysé deux coups mal joués, qui se sont déroulés lors du dernier jour des WSOP...
Il était en train d'écrire une nouvelle page de l'Histoire du Poker... Malheureusement, Joe McKeehen lui a retiré brutalement le crayon des mains et l'a littéralement mis à terre. La réaction de l'éliminé, du joueur qui a fait la bulle de la table finale (non-officielle) du tournoi de poker le plus important de l'année, est à l'image de la violence du coup...
Après avoir laborieusement franchi la barre des 30.000.000$ de gains en tournois live et vécu une première moitié d'année compliquée, Daniel Negreanu aura fait vibrer toute la communauté poker, en franchissant les jours du Main Event, les uns après les autres.
Comme vous le savez, la dernière ligne droite lui aura été fatale et le Canadien a finalement déposé les armes à la 11e place de l'évènement principal des World Series Of Poker.
Un parcours sans faute ? Que nenni ! L'ambassadeur emblématique de PokerStars est revenu sur deux erreurs commises, lors du Jour 7 du Main Event. Sur son blog, il a analysé ses fautes et nous propose, comme d'habitude, son point de vue...
Deux fautes qui coûtent chères ?
Daniel Negreanu est-il passé à côté d'une place de November Nine, à cause de deux (petites) erreurs ? Personnellement, je n'en suis pas convaincu, mais je vous laisse donner votre avis dans les commentaires de cet article...

En introduction, le membre du Team PokerStars PRO précise bien que les deux coups mal joués ne semblent pas si importants, mais que 24 heures après son élimination, ce sont ceux-là qu'ils gardent en tête.
La première main analysée par Negreanu commence par une possible filouterie de Justin Schwartz, aux blinds 80.000/160.000 antes 20.000 (le niveau 31). Au cutoff, Justin envoie un jeton de 500.000, sans annoncer une quelconque relance. Selon Daniel, cette action a été faite exprès...
Le limp était un élément récurrent de la stratégie de Justin Schwartz, mais il possédait également des jetons avec une valeur moins importante. D'après Daniel Negreanu, son adversaire voulait faire croire qu'il s'était trompé et qu'il voulait, en réalité, relancer... Pourquoi ? Tout simplement pour que le reste de la table n'attaque pas son limp.
Et ça a marché, puisque Daniel, au bouton avec 78, s'est contenté de payer, et David Stefanski, en Big Blind, s'est contenté de checker...
Le flop affiche K76 et les deux adversaires de Negreanu checkent. Le Canadien, fort d'une paire et de tirages backdoor, envoie une mise à 250.000. Stefanski passe, mais Schwartz, avec un tapis relativement petit, décide de relancer (check-raise) à 600.000. Daniel paye.
En heads-up, les deux joueurs découvrent le 3 et Schwartz part à l'abordage en envoyant l'intégralité de son tapis, pour un peu plus de 3.000.000. Negreanu ne réfléchit pas trop longtemps et finit par se coucher.
Où se trouve l'erreur ? Hé bien d'après Negreanu, le montant de sa mise au flop a laissé suffisamment de place à Schwartz pour réaliser un check-raise en bluff.
« Si j'avais misé 450.000, il aurait alors dû risquer de mettre environ un million pour bluffer et cela ne lui aurait pas laissé suffisamment de marge de manœuvre. En ne misant que 250.000, dans une situation où j'aurais pu, moi-même, bluffer, j'ai ouvert la porte pour me faire dominer. »
Justin Schwartz avait finalement Q10 et donc un tirage flush. Daniel Negreanu était devant, mais il ne pense pas que son action au turn soit une erreur. Son adversaire avait tout de même 15 outs pour le battre. Pour le Canadien, cette situation aurait pu être évitée, s'il avait misé plus au flop.

La seconde erreur analysée par Negreanu s'est produite au niveau 34, c'est-à-dire aux blinds 150.000/300.000 antes 50.000. À ce moment, ils ne sont plus que onze en jeu. Il reste donc deux tables et celle de Daniel Negreanu ne compte que cinq joueurs. Le Canadien a un peu plus de 30 Big Blinds.
Alexander Turyansky, Under The Gun et short stack, relance à 600.000. Daniel Negreanu, en Small Blind, défend avec A6. Les deux joueurs se retrouvent donc en heads-up et découvrent le flop 10103.
Daniel checke et Alexander poursuit son agression, en envoyant 350.000. Daniel paye. Sur le turn (9) et la river (J) les deux joueurs se content de checker. Turyansky retourne Q9 et remporte le pot.
Où se trouve l'erreur ? Le membre du Team PokerStars PRO admet que celle-ci est un peu plus subtile... Certains joueurs diront que l'erreur a été commise preflop, quand Negreanu paye la relance de Turyansky. Selon lui, il ne s'agit pas d'une faute.
L'erreur intervient au flop. Quand il checke et que son adversaire mise, Daniel sentait qu'il avait la meilleure main, mais il n'en était pas certain. Selon le Canadien, il aurait dû, à ce moment, mettre la pression sur son adversaire et réaliser un check-raise à un million. Pour Negreanu, un 10 est une carte qu'il aurait très bien pu avoir dans sa main. Donc même si Turyansky avait eu, par exemple, une paire de 8, il aurait pu passer sa main et laisser gagner Negreanu.
Pour payer le check-raise de Daniel, Alexander aurait dû risquer 25% de son tapis et ensuite être dans le flou total au turn, que Negreanu checke ou mise !
« Beaucoup regarderont la main et penseront que je n'ai pas eu de chance. Je ne vois aucune valeur à raisonner comme ceci. Quel est l'intérêt de qualifier un coup de chanceux ou de malchanceux ? Ai-je joué cette main de la meilleure manière possible ? Non. Il y a de la valeur à analyser votre jeu, pas votre variance. »
Le coup de grâce...
Selon moi, ces deux erreurs analysées n'auront pas coûté une place de November Nine à Daniel Negreanu. Même en remportant ces deux mains, le Canadien aurait certainement joué ce dernier coup face à Joe McKeehen. La river aurait été la même, le déroulement du coup aussi...

Negreanu commence par dire que certains joueurs aurait préféré envoyer l'intégralité de leur tapis preflop, face à un joueur qui relançait 100% de ses boutons. Pour ceux-là, ce move aurait été une meilleure manière de jouer le coup.
Daniel pense que pour beaucoup de joueurs, cela aurait été vrai... Mais pas pour lui et certainement pas dans cette situation. Son explication peut, en effet, se tenir...
Son but n'était pas d'être un November Nine. Son objectif était de remporter le tournoi. Joe McKeehen profitait de sa force (son gros tapis) et du fait d'être sur une table de cinq joueurs pour mettre la pression et jouer sur le facteur bulle. Ses adversaires ne répliquaient pas, mais Negreanu, lui, ne se laissait pas faire.
Pour faire simple, la stratégie de Negreanu consistait à doubler son tapis en grindant et non pas grâce à un coinflip. Et ça marchait ! Le Canadien est passé de 4.000.000 à 9.000.000, sans jamais être à tapis.
Une fois à plus de 8.000.000, Daniel Negreanu a pu se mettre à défendre ses blinds, face à Joe McKeehen. Plusieurs orbites à la suite, le Canadien a pu répliquer face aux attaques du chipleader. Il a même, une fois, sur-relancer à tapis avec Kx10x et récupérer le pot. Negreanu précisera qu'il s'agissait d'une meilleure main pour faire tapis, que son Ax4x, étant donné la manière dont jouait McKeehen.
Et puis le coup de grâce est arrivé... Au bouton, Joe McKeehen relance à 800.000 et Negreanu, en Big Blind, se contente de payer avec A4. Le croupier dévoile un bon gros flop des familles, avec AK10. Daniel checke, Joe envoie 700.000 unités et Daniel balance l'intégralité de son tapis pour un peu moins de 6.000.000. Joe paye avec J3 et la suite de l'histoire, vous la connaissez.
Pourquoi Daniel Negreanu s'est-il contenté de payer la relance preflop de Joe McKeehen, au lieu de sur-relancer ? Le Canadien donne trois raisons...
Premièrement, cela lui permet d'équilibrer sa range de call en Big Blind. Ensuite, au flop, il obtiendra plus de value si un As tombe, car Joe poursuivra toujours son agression (continuation bet), si un As sort au flop. Enfin, juste payer preflop lui évite de se retrouver dans une situation où il est à tapis payé et où son adversaire est favori à deux contre un.
Au final, Daniel Negreanu est satisfait de sa manière de jouer sur ce coup... La river aurait été différente, le Canadien aurait pris le maximum et serait passé aux alentours des 14.000.000 d'unités. Un tapis confortable pour aborder la table finale. Mais le destin en a voulu autrement...
« Ce jeu est plus simple que ce que les gens veulent bien croire. Il est seulement compliqué quand on choisit de le compliquer. »
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