Pourquoi les challenges Low Stakes sont difficiles pour les pros
Transformer 100$ en 10.000$ devrait être facile pour Doug Polk n'est-ce pas ?

Au début du mois d'août, Doug Polk a annoncé qu'il tentait le défi de transformer 100$ en 10.000$, dans la lignée d'autres prop bets du même type pris par des joueurs pros. Ces défis ont notamment pour but de montrer aux joueurs récréatifs qu'il est toujours possible de battre les petites limites.
Ces challenges sont également intéressants car les joueurs pros sont souvent surpris par le niveau de jeu sur les tables de petites limites par rapport à leurs dernières sessions de jeu à ces limites. C'est enfin un vrai test de motivation.
Si quelqu'un est capable de le faire, c'est bien Polk, qui semble capable de prendre le dessus dans n'importe quel domaine lié au poker : high stakes en cash game, tournois live, tournois online, coaching, streaming Twitch et même en Intelligence Artificielle. Je pense que son amour du jeu sera le principal atout pour réussir ce challenge (et c'est d'ailleurs ce qui l'a motivé pour accepter ce défi).
Une forme d'amnésie

Même si vous avez battu les petites limites très rapidement, vous serez probablement surpris de la vitesse à laquelle le jeu évolue de nos jours. Le niveau moyen augmente (quasiment) chaque année ou en tout cas la dynamique des parties est différente.
Même si les parties ne sont pas plus relevées, le jeu évolue comme le fameux pierre-feuille-ciseaux et ce qui fonctionnait hier ne fonctionne peut-être plus aujourd'hui (par exemple, le consensus concernant le montant d'une relance standard semble changer chaque année).
Il existe également un phénomène appelé ‘Expert Induced Amnesia’, qui explique pourquoi un joueur pro n'est pas capable d'expliquer certains aspects simples du jeu à un débutant. Pour aller plus loin, je pense que certains joueurs sont simplement incapables de s'adapter face à des adversaires plus faibles car ils jouent depuis trop longtemps contre les meilleurs. Au final, ils accordent trop de crédit à leurs adversaires alors qu'ils devraient se contenter de jouer du poker "ABC" et de respecter des règles simples telles que la sélection de mains.
Un mélange de douleur et de défi
Il est crucial d'arriver à s'adapter pour réussir un challenge aux petites limites. Pour les joueurs de High Stakes, le facteur déterminant est bien souvent la motivation. Beaucoup de joueurs pros (notamment Daniel Negreanu et Phil Ivey) ont arrêté certains prop bets car ils avaient du mal à jouer des parties dont les buy-ins étaient plus faibles que les pourboires qu'ils laissaient habituellement lorsqu'ils gagnaient un pot.
Plusieurs études ont montré que pour être performant, il fallait ressentir une certaine dose d'anxiété et de challenge. Dans son livre Flow, le psychologue Mihály Csíkszentmihályi a représenté cela dans le graphique ci-dessous, qui montre que nous sommes les plus performants dans une certaine ‘Zone’ (qui dépend de chaque personne). Pour faire simple, de nombreux joueurs pros rencontrent des problèmes aux faibles limites car les parties sont trop faciles et/ou la perte d'argent ne leur fait pas assez mal.

Motivation interne

Pour remédier à ce problème, les joueurs prennent des prop bets aux montants adaptés. Lorsque ceux-ci sont réalisés correctement, vous jouez pour beaucoup d'argent aux faibles limites. Même si pour la plupart d'entre nous il ne s'agit pas de petites limites, c'est exactement pour cette raison que Phil Ivey s'est mis à jouer des tournois WSOP à 1.000$, car il avait pour plusieurs millions de dollars de prop bets.
C'est par ailleurs pour cette raison que j'ai encensé en 2014 Chris Moneymaker et Barry Greenstein, qui écrasaient leurs adversaires sur des tables de Play Money. Je doute que beaucoup de professionnels pourraient en faire autant, par pur amour du jeu.
Pour un joueur professionnel, effectuer un challenge aux faibles limites sans prop bet associé est un vrai test de motivation et je trouve cela remarquable. Il ne s'agit plus de remporter le plus d'argent possible mais simplement de prendre la meilleure décision, ce qui permet de toute façon également de gagner un maximum d'argent sur le long terme. Si un joueur tel que Polk réussit son challenge, c'est un exploit que beaucoup d'autres joueurs professionnels seraient incapables de réaliser et ses bracelets WSOP auraient encore plus de saveur.
A quel point est-il facile pour un joueur pro de réussir un challenge aux faibles limites ? Pourriez-vous redescendre de limites pour participer à un défi du même genre ? N'hésitez pas à nous donner votre avis dans les commentaires.