Mis à jour le 02 Mar 26 par

Scandales poker : la fin de l'innocence ?

Le poker semble être entré dans une "deuxième phase médiatique". Comme l'ont analysé les sociologues des médias, cette deuxième phase est critique : elle s'accompagne d'une remise en cause globale du système des valeurs d'un milieu.

Le Black Friday a mis le feu aux poudres

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Dans le cas du poker, le "déclencheur" a été le retour de manivelle du Black Friday : pendant des années, les sites web online ont opéré en toute illégalité aux USA, avant d'être rattrapés, un matin, par la réalité judiciaire. Les centaines de milliards joués (et les milliards prelévés par les rooms onlines) avaient disparu depuis longtemps, mais à l'aune de ces arrestations en masse, le grand public s'est levé avec la gueule de bois : leur passion n'était-elle que blanchiment, détournement et évasion fiscale ?

Le joueur, adulé, héros moderne, pionnier du hasard serait-il en fait un vulgaire bandit du quotidien ? Les rounders, leur arme sur les genoux et les cartes truqués dans la manche, étaient-ils si différents des nouveaux champions WPT/WSOP/EPT ?

Quelques mois auparavant, la triche supposée d'Ali Tekangamac, au PPT, avait déjà fait grand bruit. La parole des joueurs, souvent, était d'or. Comme le disait si bien Marcel Lüske dans un documentaire sur le poker : "dans un casino, on te vole l'argent, en tête à tête, sur tapis vert. Mais le voleur le fait savoir au type qui va se faire dépouiller. C'est un accord tacite... Par contre, tu peux laisser une liasse au bar de la poker-room, sans attention, et personne n'y touchera."

Sauf qu'avec l'arrivée des millions de joueurs, l'appât du gain facile — comme dans tous les domaines sociétaux — a refait surface. Oh, il ne s'était pas non plus bien éloigné : les rumeurs de cartes marquées couraient depuis des années chez certains habitués des cash-games high-stakes ; le chip-dumping serait même un sport national en tournoi, chez une communauté de joueurs vietnamiens menés par The Master, lui-même... Mais quelles preuves à toutes ces allégations ? Quelles vidéos le prouvant ? Quel joueur avouerait, "face up" de tels scandales ?

Et puis le Black Friday est arrivé. Un système, dévoilé au grand jour. Des entreprises, déjà pourries, comme UltimateBet, qui replongent ; d'autres, réputées irréprochables, qui plongent dans un enfer financier gris/noir, comme l'argent qu'il manie, les sommes qu'il "prête" au grand jour à leurs joueurs vedettes (Ivey en tête) d'un simple clic. Et puis il y a ce vainqueur de l'Epic Poker League — compétition autoproclamée sans sponsor illégal — qui n'est autre que Chino Rheem, broke-for-life, qui doit des dizaine de milliers de dollars, jamais remboursés à ses congénères. 

Avec cet évènement-choc, les langues se sont déliées. Des génies du online, comme Daniel "Jungleman12" Cates se sont retrouvés pris dans la tourment de triches online globalisées ; dans l'arrière-cour de certaines salles online .fr, on évoque des collusions par chat IRC, du multi-account de certains joueurs vainqueurs réguliers de tournois hebdomadaires, de chip-dumpings en amis. On bannit, sous couvert de la confidentialité, ou l'on attend plus de preuves. Mais la "deuxième phase" qui touche tout le milieu pourrait faire trembler tout le système de promotion du poker : comment assurer une parfaite légalité du jeu online ? et lors des tournois ?

Les réponses viennent des Tournament Director : ne pas parler à table, comme le prône Matt Savage, pour ne pas communiquer de vraies/fausses informations, même à des complices. Les joueurs, Negreanu en tête, s'insurgent : le poker est un jeu d'informations, de détours et d'assertions. Il faut pouvoir tromper, analyser, faire parler. Les deux parties se tiennent, et la réponse aux fraudes n'est sûrement pas là. Il faudra peut-être uniquement accepter que le monde — du poker, ou autre — n'est jamais univoque, propre et sans faille.

Tout cela, finalement, le "milieu" du poker le savait. Par coeur. Et depuis longtemps. L'heure de la "glasnost", de la transparence à tout va, semble avoir sonné. Pour combien de temps, et pour quels intérêts ?