Mis à jour le 18 Juil 26 par

WSOP 2014 : Papa raconte-moi la légende de Davidi

Nous sommes le 8 juin 2034, ma fille a déjà 20 ans. Elle a ouvert un vieil album dans une tablette et a découvert les photos d'une légende. Elle voudrait connaitre l'histoire du grand Davidi Kitai.

J'avais 32 ans quand Davidi a remporté pour la troisième fois un bracelet de champion du monde, lui qui avait à peine trois ans de plus que moi, mais déjà tellement de succès et de victoires. Ma fille, en découvrant que j'avais été là, le jour de cette si belle victoire, a voulu absolument savoir comment les choses s'étaient passées. Je vais vous raconter l'histoire d'une légende écrite par un "géant", je vais te raconter la légende de Davidi ma chérie...

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Je sentais quelque chose d'irréel dès le début du tournoi 

Davidi Kitai

Ecoute ma chérie, ça a commencé comme ça..." Le premier jour de cet Event#15, en ce printemps 2014, dès que j'ai aperçu Davidi, je savais que quelque chose de grand allait se passer, il venait devant moi de remporter son premier gros pot de la compétition et en me souriant il m'a dit "Tu sais comment je suis" tout en ramassant lentement les jetons au milieu de la table. Il venait de caller son adversaire avec la 5e paire du board et attendait tranquillement que le "vilain" monsieur montre son tirage loupé. Kitai, toujours cette lecture surnaturelle, ce talent bien au-delà de la normalité, ce "pouvoir" de deviner tout ce qui va se passer. L'année précédente, j'étais déjà là quand il était devenu champion du monde pour la seconde fois et je voyais à nouveau la lumière dans son regard, la soif de victoire lui donnant le petit plus qui allait tout changer.

Les jetons se sont empilés, les coups se sont enchainés et rien ne semblait le stopper dans sa course. Tel un James Dean à son époque, Davidi fonçait, jouant comme un pilote toujours le pied sur l'accélérateur à la différence que lui maitrisait la cadence, comme un danseur faisant mouvoir sa partenaire sans jamais la mettre en danger.

Les joueurs se sont succédés dans le rail puis la fameuse table finale est arrivée. Je n'avais plus de doute, jamais je ne me suis dit que Davidi ne deviendrait pas champion, en moi j'avais la certitude que le devoir serait accompli. Je devinais au loin le papa de Davidi qui se promenait dans l'Amazon Room et qui doucement me dit de sa voix délicate "j'espère qu'il va le faire, j'espère, mais je le laisse se concentrer".

Ses adversaires tentèrent de l'affaiblir, un joueur imagina même que Davidi avait des pouvoirs et qu'il voyait à travers les cartes, Davidi génie mais aussi enchanteur ? Oui il nous enchantait, les heures passaient, il nous donnait envie de rester pour l'applaudir, mais le combat prit le temps de se reposer quelques heures, comme si la lutte elle-même était victime de sa propre intensité.

13h00 le 8 juin, j'ai salué Davidi avant que le tournoi ne recommence pour l'entendre me dire "C'est là que les entrainements en Déglingo doivent payer" (Winamax à l'époque, la room qui sponsorise Davidi, avait lancé cette nouvelle formule de tournois de poker). Ensuite j'ai pris place dans les gradins, derrière mon clavier, stressé et tendu, comme tous les amis de Davidi, je souhaitais le voir gagner, même si en tant que journaliste je me devais d'être impartial, je ne pouvais pas l'être, je ne savais pas l'être. 

Il y eut bien des "accidents" ou bien encore quelques mésaventures de jeu, mais au bout de cette longue agonie pour l'adversaire de Davidi, notre champion belge devait encore vaincre et nous faire tous applaudir, nous faire tous rire en le voyant si heureux auprès de son papa qu'il aime tant.

Voilà mon amour, je pourrais te parler des heures de coups, de technique, de "moves", de néologismes que tu ne comprendrais peut-être pas, bien que je t'ai transmis l'amour de ce jeu qui me passionne depuis des décennies. J'espère un jour pouvoir aussi fêter avec toi des victoires, qu'elles soient au poker ou dans tout autre domaine. Tout ce que j'aimerais revivre, ce sont les moments de joie et de passion, où un jour j'ai vu gagner plus qu'un homme, un génie..."