Mis à jour le 13 Mar 26 par

Les 4-bets de bluff (1) - Théorie

» SUPPLÉMENT

Les 4-bets de bluff (1) - Théorie

par MiiWiin

Aujourd'hui, nous vous présentons une arme redoutable du No-Limit Hold'em - le 4-bet de bluff. Il s'agit d'un sujet très difficile à traiter, car il dépend de bon nombre de facteurs. Nous vous proposerons toutefois certaines réflexions essentielles, ainsi que bon nombre d'exemples sur les situations qui se prêtent aux 4-bets de bluff.

Il s'agit là de la première partie d'une série de cinq suppléments dédiée à ce sujet complexe. La partie théorique regroupe trois de ces articles. Les deux suivants seront composés d'exemples, en position et hors position.

La partie théorique traite les facteurs suivants (en gras, les facteurs traités dans la première partie) :

  • Pourquoi faire un 4-bet ?
  • Balancing
  • Taille des relances
  • Votre equity
  • Mains à bluff / à value
  • Statistiques adverses importantes
  • Adversaires idéaux
  • Mains possibles
  • Éventails de 3-bets de Villain, et l'effet "card removal"
  • Fréquence générale de bluff
  • Fréquence de bluff en fonction de la situation (image à la table, historique, gameflow)
  • Votre position
  • Que faire après un call ?
  • Alternatives
  • Résistance au tilt

Pourquoi faire un 4-bet (de bluff) ?

La première question qui doit vous traverser l'esprit est : "pourquoi devrais-je faire un 4-bet de bluff ?"

Et, bien entendu, cette question est justifiée. Beaucoup de joueurs renoncent complètement à ce genre de move, et ne s'en portent pas mal pour autant. Mais comme dans bien des aspects du poker : si ce move est utilisé à bon escient, il peut générer une espérance de gain positive. Mais, si vous faites des erreurs, celles-ci peuvent s'avérer fort coûteuses.

Et il se trouve qu'il s'agit là d'un sujet où l'on peut faire un bon nombre d'erreurs onéreuses. C'est pourquoi peu de joueurs deviennent des losings players rien qu'en renonçant à ce move.

Une autre question qu'il convient de se poser est : "à partir de quelle limite ce move devient-il intéressant ?"

Cette question est également difficile à répondre. Cela devient justifié à partir du moment où vous pouvez assez aisément évaluer si votre 4-bet de bluff est EV+. Si c'est le cas, alors vous pouvez intégrer ce move à votre jeu, quelle que soit la limite.

Il reste cependant recommandable de l'utiliser avec une grande parcimonie aux petites limites (jusqu'à NL50 SH). En particulier si vous débutez en SH et avez donc déjà bon nombre d'éléments de votre jeu qui sont encore en chantier, afin d'améliorer votre jeu de base. Dans ce cas, il n'est pas nécessaire de vous mettre dans des situations difficiles avec de tels moves.

Mais, arrivé à un certain point, vos adversaires vont devenir de plus en plus agressifs. Il semble donc logique que les 4-bets de bluffs deviennent nécessaires, lorsque vous êtes plus souvent confrontés à des 3-bets. Si c'est le cas, alors vous devez adapter votre jeu, afin de ne pas abandonner trop de mains.

Si vous couchez quasiment toujours votre main dans ces situations, alors vous risquez de devenir une proie facile pour les joueurs agressifs. Bien entendu, vous faites des 4-bets avec AA/KK, et souvent avec AK et QQ, mais n'est-ce pas envisageable que vos adversaires vous observent et sachent cela ?

La conclusion logique est que vous ne faites pas qu'abandonner de bonnes mains, mais vous ne vous faites pas non plus payer avec vos mains fortes. Beaucoup de joueurs intelligents remarquent si vous ne faites des 4-bets for value qu'avec des mains très fortes. Ils peuvent donc facilement faire moins d'erreur. Or, vous vivez des erreurs de vos adversaires.

Balancing

Et nous voici donc arrivés à l'aspect Balancing. Quel que soit le move pour lequel vous optez à une table de poker, la main que vous avez ne doit jamais être évidente. Vous faites des openraise avec AA, mais également avec 45s, vous faites des contibets avec des mains fortes, des bluffs, des semi-bluffs, et pouvez équilibrer vos lignes dans bon nombre de situations, par exemple, lorsque vous faites des 3-bets.

Alors, pourquoi ne pas le faire également avec des 4-bets ? Comme décrit dans la partie précédente, vous poursuivez ainsi les objectifs suivants :

  • Vous résistez ainsi aux sur-relanceurs chroniques, et êtes moins souvent confrontés à des steals
  • Vos adversaires vous lisent moins facilement lorsque votre éventail de 4-bet devient plus large
  • Les joueurs vous accordent moins de crédit lorsque vous avez de bonnes mains, et vous êtes donc mieux payé avec celles-ci.
  • Cela n'a pas seulement pour conséquence que vous vous faites plus souvent payer AA/KK, mais également que vous pouvez go broke avec AA/KK la conscience tranquille.

La fréquence de bluff, ainsi que des mains adaptées sont des facteurs décisifs dans cette optique (ces deux aspects seront traités dans la deuxième partie).

Taille des relances

La taille des mises et des relances est un élément très important de ce sujet. À combien devrait s'élever votre 4-bet de bluff ?

Vous devez avoir conscience qu'un 4-bet de bluff doit être exactement de la même taille qu'un 4-bet pour la value. Cela sert bien entendu le balancing, et est indispensable.

Votre 4-bet doit cependant générer de la fold equity et ne pas être trop facile à suivre. Un Min-4-bet donne à votre adversaire une cote de 3:1. Beaucoup de joueurs se voient alors contraints de suivre (même si c'est une erreur). Vous ne devriez pas offrir cette option à votre adversaire.

La taille idéale pour un 4-bet est de 2,5 fois la sur-relance.

EXEMPLE 1

Preflop: Hero is CO with XX
Hero bets 4BB, BU raises to 12BB, Hero raises to 30BB

Dans cet exemple, Hero relance de 2,5 fois la sur-relance. C'est la taille de mise idéale, mais pourquoi ?

Avec la taille de votre mise, ou relance, vous voulez en général atteindre plusieurs objectifs :

  • Extraire de la value face aux moins bonnes mains
  • Générer de la fold equity face aux meilleures mains
  • Protéger les mains fortes

Dans le cas d'un 4-bet à 2,5, vous offrez une cote de 46:18 à votre adversaire, soit environ 2,5:1. Cette cote est suffisante.

Si vous comparez le rapport idéal du continuation bet, qui est établi comme s'élevant à 2/3 du pot, et ce, pour les raisons évoquées ci-dessus (value maximale, fold equity maximale et bonne protection). Avec un continuation bet aux 2/3 du pot, vous offrez également une cote de 2,5:1 à votre adversaire.

Reste la question : à quelle fréquence votre 4-bet doit-il réussir ? Si on se base uniquement sur la fold equity, on peut faire le calcul suivant :

Vous investissez 26 $ afin d'en gagner 16. Votre adversaire doit donc ce coucher 30 fois sur 46, soit dans environ dans 62 % des cas.

Mais ce n'est pas tout. La relance à 2,5 peut avoir bon nombre d'avantages, mais elle est également extrêmement importante afin de jouer correctement.

Comme bien souvent, tout est une question d'equity.

Votre equity

L'equity est décisive au poker, même si beaucoup de joueurs ne veulent pas vraiment se pencher sur le sujet.

Afin de déterminer quand vous pouvez faire un 4-bet de bluff, un 4-bet de value ou quand vous avez fait une erreur en vous impliquant dans une main, une connaissance générale de l'equity est indispensable.

Vous devez au moins vous pencher sur la question si vous avez l'intention d'ajouter les 4-bet de bluff à votre arsenal.

Pour ce faire, il ne vous faut pas non plus grand chose, il vous faut simplement connaître votre equity nécessaire et avoir l'equilator.

EQUITY NÉCESSAIRE

Restons sur l'exemple précédent

100BB Stacks

Preflop: Hero is CO with XX
Hero raises 4BB, BU raises to 12BB, Hero raises to 30BB, Villain pushes All-In

Il en résulte qu'il vous faut encore investir 70 BB afin d'être impliqué dans un pot de 200 BB. Il vous faut donc une equity de 35 % (70/200).

Le problème est donc évident : si vous avez une equity de 35 %, face à l'éventail que vous accordez à Villain, alors vous ne pouvez plus vous coucher après votre bluff initial.

Avant de vous présenter quelques exemples se basant sur cette taille de relance, voici quelques autres tailles de mises et relances, afin de vous démontrer dans quelle mesure votre equity nécessaire peut varier :

  • Hero bets 3,5BB, BU raises to 10BB, Hero raises to 25BB, Villain pushes All-In=> 75/200 => 37,5% d'equity nécessaire
  • Hero bets 3BB, BU raises to 9BB, Hero raises to 23BB, Villain pushes All-In=> 77/200 => 38,5% d'equity nécessaire
  • Hero bets 2,5BB, BU raises to 7BB, Hero raises to 18BB, Villain pushes All-In => 82/200 => 41% d'equity nécessaire
L'ÉVENTAIL DE VILLAIN

Donnons un éventail de broke moyennement tight à Villain : JJ+/AKo/s

Vous devez alors différencier 6 catégories de mains que vous êtes susceptibles de tenir :

  • Paire élevée : KK
  • Highcards : AKo
  • Connecteurs assortis : 67s
  • Pocket paires faibles : 55
  • Highcard avec effet "card removal" : A2s
  • Poubelle : J3o

Avant d'en arriver à l'analyse, demandez-vous : Si vous avez fait un 4-bet et êtes confrontés à cette situation (Push de Villain), avec quelles mains devriez-vous suivre face à l'éventail supposé ?

Paire élevée : KK
Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 37,4% 35,35% 4,1% 60,55% JJ+, AKs, AKo
Joueur 2 62,6% 60,55% 4,1% 35,35% KK

Cet exemple se passe de commentaires.

Highcards : AKo
Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 60,22% 44,09% 32,26% 23,66% JJ+, AKs, AKo
Joueur 2 39,79% 23,66% 32,26% 44,09% AKo

Vous savez que vous ne pouvez pas jouer en 4-bet/fold avec AK. En voici la preuve mathématique.

Connecteurs assortis : 67s
Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 70,32% 70,13% 0,39% 29,48% JJ+, AKs, AKo
Joueur 2 29,68% 29,48% 0,39% 70,13% 67s

Les connecteurs assortis forment une bonne main de (semi)bluff. Vous pouvez vous coucher face à un push.

Petite pocket paire : 55
Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 66,78% 66,57% 0,43% 33% JJ+, AKs, AKo
Joueur 2 33,22% 33% 0,43% 66,57% 55

Ici, c'est assez limite. Vous devriez vous coucher de peu. Cependant, cet exemple présente une particularité :

Ce sont les valets qui vous offrent une mauvaise equity. Si vous partez du principe d'un éventail de broke QQ+/AK, alors vous en arrivez à l'equity suivante :

Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 64,36% 64,14% 0,44% 35,43% QQ+, AKs, AKo
Joueur 2 35,66% 35,43% 0,44% 64,14% 55

Et, vous pouvez voir qu'ici, avec une petite pocket paire, vous ne pouvez pas faire un 4-bet de bluff avec un éventail de broke tight.

Main highcard avec effet "Card removal" : A2s
Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 70,47% 69,44% 2,07% 28,5% JJ+, AKs, AKo
Joueur 2 29,53% 28,5% 2,07% 69,44% A2s

L'effet Card-removal vous aide évidemment, mais vous pouvez toutefois coucher votre main sans problème face à un push.

Poubelle : J3o
Analyse d'equity
Tableau  
  Equity Victoire Split Défaite Main
Joueur 1 80,04% 79,72% 0,64% 19,64% JJ+, AKs, AKo
Joueur 2 19,96% 19,64% 0,64% 79,72% J3o

Bien entendu, il s'agit là d'un fold évident. Mais on peut se demander pourquoi vous relancez une telle main à la base.

Le résultat de cette analyse est clair :

  • En terme d'equity, les mains qui se prêtent à un bluff 4-bet : Connecteurs assortis, Mains Ax/Kx, poubelles
  • En terme d'equity, les mains qui ne se prêtent pas à un 4-bet de bluff : Pocket paires, AK, paires élevées
Retour sur la taille des relances :

Petit retour en arrière : les 35 % d'equity nécessaires se rapportent à une relance à 2,5.

Que se passerait-il si vous relanciez comme suit ?

EXEMPLE 2

100BB Stacks

Preflop: Hero is CO XX
Hero raises to 4BB, BU raises to 12BB, Hero raises to 50BB, Villain pushes All-In

Dans cette situation, il ne vous faut plus que 25 % d'equity (50/200). Il vous faudrait donc suivre le all-in avec A2s et 67s. Cela peut-il être votre objectif ?

Par ailleurs, un joueur réfléchi doit être conscient de ce fait. Cela signifie que si vous faites un 4-bet si élevé, il sait que vous vous impliquez par votre 4-bet, et ainsi, vous lui retirez la possibilité de faire un push light (par exemple, de bluff). Il ne peut plus s'accorder de fold equity.

Cela signifie d'une part que votre payout avec des mains fortes s'en trouve réduit, mais également que vous devez go broke avec des mains poubelles, car vous vous êtes vous-même impliqué dans le pot.

Cela ne peut être l'objectif de votre move. Il ne sert pas à grand chose que votre 4-bet élevé génère une fold equity légèrement supérieure (dans ce cas, on pourrait également faire un push direct en continuation bet, pour générer une fold equity maximale. Mais cela serait bien entendu une erreur).

Vous devez donc en conclure qu'un 4-bet de 2,5 fois le 3-bet adverse est la taille de relance idéal, même si vous faites rarement des 4-bets de bluff.

Mains de bluff-/ de value

Vous devez toujours savoir si vous faites une relance pour sa valeur de bluff, dans l'espoir de faire coucher de meilleures mains, ou pour la value, en espérant que de moins bonnes mains vous payent.

Suite aux analyses d'equity ci-dessus, la question ne se pose vraiment qu'avec un type de mains : les petites pocket paires.

Si vous faites un 4-bet avec celles-ci, alors vous ne pouvez plus vous coucher. Mais pouvez-vous pour autant jouer de telles mains en 4-bet/call pour la value ?

La situation est bien souvent assez limite, mais ce que je tiens à vous démontrer par là est qu'un light broke avec des mains comme des pocket paires moyennes (TT-77), qui pourraient bien encore dominer de plus petites pocket paires, n'est pas toujours une erreur.

Pour cela, les reads sont plus que décisifs, ainsi que la question de savoir si cela est nécessaire en terme de Deception (tromperie) voire de balancing. Nous ne reviendrons cependant pas sur ce point, puisqu'il s'agit là d'un article sur les 4-bets de bluff.

» EN RÉSUMÉ

Vous avez aujourd'hui réussi votre entrée dans le monde des 4-bets de bluff. Quelques connaissances de base de l'equity sont nécessaires pour de telles actions. Mais, comme vous l'avez vu, vous pouvez garder en tête qu'un 4-bet/fold avec 100 BB est difficilement possible avec des pocket paires. C'est pourquoi, dans les articles suivants de cette série, nous ne traiterons que les mains avec lesquelles cette approche est justifiée.