Jouer contre les calling stations
Introduction
Les calling stations sont des joueurs de Hold'em généralement sociables et peu farouches. Mais même si ces joueurs pratiquent un jeu extrêmement profitable pour leurs adversaires, leurs calldowns incessants et cette infatigable tendance à n'admettre la faiblesse de leur main qu'une fois sur la river, avec les badbeats ou suckouts qui en résultent régulièrement, peuvent provoquer frustration et énervement.
Cet article analyse la façon de jouer et de penser des calling stations, et indique comment procéder au mieux contre ce type d'adversaires.
Qu'est-ce qu'une calling station et comment joue-t-elle ?
Le terme Calling station désigne un joueur extrêmement loose et passif, qui joue trop de mains préflop et les emmène trop loin après le flop. Aux tables SH, son VP$IP peut être de 20%, mais est souvent largement supérieur. On pourra prendre les valeurs suivantes comme référence :
VP$IP: 20-100%
PFR: 0-10%
WTS: 35%+
AF: 0-1.5
Une calling station joue trop de mauvaises mains, ce qui, entre autres, la rend difficile à lire pour ses adversaires. Elle peut par exemple avoir touché double paire sur presque n'importe quel tableau. Une autre des caractéristiques d'une CS est qu'un relance, voire une relance/sur-relance ne l'empêche pas de suivre avec une main franchement faible.
Post-flop, ce comportement se poursuit, car les CS sont prêtes à suivre plusieurs bets avec des mains faibles comme bottom paire ou undepair, ou bien à suivre des tirages avec une cote bien trop faible. Ce qui fait qu'elles jouent régulièrement pour des gros pots avec des mauvaises mains. Elles ont du mal à se coucher lorsqu'elles ont touché ne serait-ce qu'un petit quelque chose, et mêmesans cela elles peuvent parfois continuer à jouer.
Par ailleurs, elles se distinguent par leur passivité excessive, c'est à dire qu'elles checkent et suivent plus qu'un joueur agressif et à l'inverse ouvrent et relancent moins souvent. Elles ne vont pour ainsi dire jamais faire de semi- ou purs bluff, et tendent à jouer passivement même de bonnes mains faites.
Elles relancent également peu de mains préflop, ne sur-relancent qu'exceptionellement et ne vont quasiment jamais s'aventurer à tenter un vol de blinds. Certaines calling stations tendent même à jouer passivement d'excellentes mains
Comment reconnaît-on une calling station ?
En dehors de leur stats PT, qui requièrent toujours un certains nombre de mains avant d'être vraiment parlantes, on peut facilement reconnaître une calling station au moyen de certaines observations et surtout de leur cartes retrournées à l'abattage.
Il est important d'observer les mains avec lesquelles un joueur a accepté d'entrer en jeu, et les différentes approches qu'il peut avoir. Si il fait preuve d'une passivité excessive, par exemple quand il joue ses gros tirages (tirage couleur, quinte bilatéral, ou tirage combo), ou si il joue ses mains faites en check/call, et fait régulièrement des calldowns avec des mains moyennes ou mauvaises, ce sont des premiers indices qui suggèrent une calling station. De même, quelques mots échangés dans le chat peuvent être révélateurs.
En live, le comportement et l'apparence peuvent être d'autres éléments indicateurs du style d'un joueur. Schoonmmaker énumère les indices suivants dans son ouvrage Psychology of Poker :
- une voix douce
- mimiques, gestuelle et vocabulaire décontractés
- attitude amicale et détendue
- un intérêt plus important pour les contacts sociaux que pour les gains
- tenue vestimentaire et accessoires discrets
- une façon de miser ses jetons de manière retenue
- le fait de poster les blinds hors position
- les autres joueurs ont l'air satisfaits et accueillants quand il arrive à la table
Pourquoi une calling station joue-t-elle comme elle le fait ?
Les calling stations ne disposent pas de bons reads, ou alors elles ne leurs font pas confiance. Elles ne sont donc pas capables de voir où elles en sont avec leur main, et suivent avec un éventail de mains tout simplement trop large. Bon nombre des adeptes de ce style ont par ailleurs peur de se faire bluffer, ils le prennent personnellement.
Pour elles, le poker est un passe-temps, un moment de détente, l'occasion de nouer des contacts sociaux, elles pensent jouer à un jeu de hasard, et ne sont pas vraiment là pour gagner. Elles veulent jouer le plus possible et n'aiment pas ne pas participer, c'est pourquoi elles jouent trop de mains et courent après des tirages sans avoir la cote. De plus, elles aiment jouer dans un environnement agréable et amical, c'est pourquoi elles évitent d'être trop agressives dans leur jeu.
Quelles sont les faiblesses de ce style ?
Au poker, l'agressivité et la patience sont des vertus importantes. Les calling station ne disposent suffisamment d'aucune d'entre elles. C'est pourquoi ce sont les plus gros perdants, même aux micro limites. Elles jouent bien trop de mauvaises mains préflop, ayant un espérance de gains négative, et investissent trop d'argent post-flop avec des mains perdantes. D'un autre côté, leur passivité fait qu'elles touchent peu d'argent avec leurs mains gagnantes.
Elles distribuent bien sûr plus de suckouts que tous les autres joueurs, car elles rechignent à se coucher et touche donc une river miraculeuse de temps en temps, mais comme elles jouent constamment sans la cote ou la cote implicite, elles perdent sur le long terme.
Elles ne peuvent que gagner contre les joueurs sur-agressifs, car ces joueurs essayent souvent de bluffer, ce qui est évidemment une mauvaise stratégie face à une calling station.
Comment jouer les calling stations ?
Position
Si c'est possible, il est préférable de s'asseoir à la gauche d'une calling station. Elle va jouer plus de pots, et ces pots seront plus gros que la moyenne, de sorte qu'il est préférable d'avoir la position sur elle, conformément à l'adage qui veut que l'argent voyage de la droite vers la gauche à une table de poker.
On tendra à jouer plus de mains contre elles que contre n'importe quel autre adversaire, et on peut également ainsi relancer derrière leur limps, afin d'essayer de les isoler. Si on a pas la position immédiate sur elles, on doit souvent les abandonner à un autre joueur agressif ayant une meilleure position, et on est ainsi moins souvent dans la main avec elles. De plus, si on se trouve à la droite d'une calling station, voler les blinds et acheter le bouton est bien plus difficile.
Comportement général
Il faut éviter de provoquer une calling station, surtout dans le chat. Certaines d'entre elles sont même au courant qu'elles jouent mal, mais ce qui leur importe ce n'est pas les gains, mais de passer le temps agréablement. Les comportements hostiles ou malpolis à leur égard peuvent les amener à se sentir provoquées, ou défiées, ce qui peut alors les pousser à jouer plus tight et agressif.
Puisque les calling stations suivent avec des mauvaises mains, et tirent avec peu d'outs ou une mauvaise cote, elles se rendent coupables de suckouts plus souvent que les autres joueurs. Garder son sang froid dans cette situation est parfois difficile, et on peut tendre à devenir critique ou malpoli. Mais il faut bien comprendre que ce que l'on souhaite à tout prix c'est qu'elles continuent à jouer comme elles le font. Les provoquer, les encourager par là à s'améliorer, les critiquer et leur expliquer en quoi elles ont mal jouées, ont l'effet totalement inverse.
Isolation préflop
Avant le flop, il faut essayer dans la mesure du possible d'isoler les calling stations. On peut être un peu plus loose dans le choix des mains avec lesquelles on essaye de le faire, car on n'a pas nécessairement besoin d'excellentes mains pour gagner. Il convient d'expérimenter un peu, pour trouver la juste hauteur d'une relance, afin d'obtenir le résultat escompté. L'idéal est bien souvent une forte relance d'isolation, pour se retrouver heads up avec l'adversaire en question.
Lorsqu'une calling station prend l'initiative.
La nature d'une calling station est de suivre. Il est quasiment impossible de savoir avec quoi elle le fait. Son éventail de mains englobe dans ce cas un grand nombre de mains. Il faut en revanche la traiter avec respect lorsque qu'elle prend l'initiative, qu'elle ouvre ou qu'elle relance. Elle fera rarement des bluffs ou des semi bluffs, et ouvrira peu avec une main moyenne. Ces bonnes mains, voire très bonnes mains peuvent apparaîtrent de manière inattendue, car une calling station peut toucher une double paire sur un tableau à priori inoffensif, ou toucher un tirage faible sur la river, dont on ne serait même pas venu à l'idée que quelqu'un pourrait le suivre.
Exemples:
0.10/0.25 No-Limit Hold'em (6 handed)
Stacks
Hero $25.00
BU $25.00
Preflop: Hero is UTG with A

Hero raises to $1.00, 2 folds, BU calls $1.00, 2 folds
Flop: Q


Hero raises to $2.00, BU raises to $5.00, Hero?
Contre un maniaque, qui jouerait chacune de ses mains de cette façon, on a une equity de 83 %.
Contre un TAG, qui ferait une relance avec par exemple AQ, KQ, QJ, QTs, 88, 44, Ax, KJ, JT, 76, 75, 65, 64, 54 on a encore une equity de 67 %..
Contre une calling station passive, il faut partir du principe qu'elle a sans doute double paire+. Les semi-bluffs ne font pas partie de son répertoire et elle ne jouerait pas top paire avec cette forme d'agressivité. Contre son éventail probable AA, KK, QQ, 88, 44, Q8, Q4 et 84 on n'a plus qu'une equity de 31 %.
Contre des bets et des relances d'une calling station, on n'est sensé relancer qu'avec des mains extrêmement fortes. Si le jeu s'y prête, on signale ainsi une grande force, et un adversaire capable de percevoir cela et qui a également adapté son jeu ne jouera également que d'excellentes mains dans cette situation. C'est pourquoi, il convient d'être extrêmement prudent si un joueur fait une sur-relance cold après que l'on a relancé une calling station.
Ceci vaut également dans la situation inverse, lorsqu'un bon joueur qui s'est adapté relance la mise d'une calling station. La station elle-même ne va en général pas mesurer à quelle point cette relance signifie une grande force, car elle est trop mauvaise au poker pour mesurer l'impact de sa réputation (de son image) à la table. C'est pourquoi il me semble justifié dans cette situation de jouer pour une stack complète avec bottom set ou top double paire.
Conti-Bets, Purs bluffs et semi-bluffs
Renoncez aux relances de semi-bluffs avec un tirage. En revanche, vous pouvez toujours revoir votre cote implicite à la hausse, car votre adversaire aura presque toujours une main avec laquelle il ne se couchera pas si votre tirage se réalise. Lorsque la fold equity est quasi nulle, et que l'on pense toutefois être payé si on touche, alors une relance n'est pas le move idéal.
Les semi bluffs ne valent que la peine d'être tentés lorsque l'on est heads up, et que l'adversaire n'a pas fait preuve d'agressivité. Même une calling station présente une certaine fold equity, et si elle ne se couche pas, et que l'on touche son tirage, alors on peut faire de plus grosses mise sur le turn et la river. De plus, l'adversaire relancera rarement, et offrira même souvent une carte gratuite sur le turn.
Les bluffs purs sont souvent des coups d'épées dans l'eau. Lorsqu'une scarecard apparaît, une 2nd barrel n'a de sens que si l'on sait que l'adversaire est capable de coucher certaines mains dans de telles situations.
On peut parfois même renoncer à faire un continuation bet, lorsque l'on a rien touché sur le flop. Surtout avec As high, car l'adversaire suivra avec une meilleur main, et ne misera jamais avec une moins bonne main. C'est pourquoi on peut checker et espérer toucher une paire sur le turn ou la river, ou bien remporter l'abattage avec Ace high.
Value Bets, Value Bets, Value Bets!
La modification la plus importante que l'on doit opérer dans son jeu est que l'on doit faire un nombre bien plus élevé de value bets contre une calling station que contre d'autres adversaires. Sur un tableau peu dangereux, on peut souvent miser sur deux tours d'enchères avec une bonne paire seconde. Il faut également observer que les autres bons joueurs feront également des value bets plus border contre des calling stations, mais jamais de bluffs. Si, par exemple un bon joueur ouvre et qu'une calling station suit, on peut faire un overcall bien plus souvent que contre deux unknowns.
Exemple :
0.10/0.25 No-Limit Hold'em (6 handed)
Stacks
Hero $25.00
BB $25.00
Preflop: Hero is BU with A

4 folds, Hero raises to $1.00, 1 folds, BB calls $0.75
Flop: A


BB checks, Hero raises to $1.75, BB calls $1.75
Turn: 2
BB checks, Hero?
Contre d'autres joueurs, on pourrait jouer check-behind pour le contrôle du pot et pour provoquer un bluff, mais le joueur étant une calling station, il fera rarement un check/raise. Un check abandonnerait bien trop de value. Un bet est donc la meilleure option.
Hero raises to $5.00, BB calls $5.00
River: J
BB checks, Hero?
Ce genre de joueur est difficile à lire, car il suit une relance préflop avec presque n'importe quelle main et peut tout à fait jouer une excellente main aussi passivement que dans cet exemple.
Dans cette situation, il va parfois avoir une main assez forte, de la part de laquelle on aurait attendu une ligne plus agressive, mais il va également suivre trois bets avec des mains faibles. Contre l'éventail A6, A2, J9, J6, 96, 92, 62, AK, AQ, AT, A8, A7, A5, A4, A3, KK, QQ l'equity est de 53 %. Si l'adversaire paye avec cet éventail (il y a bien sur des CS qui suivraient avec un éventail plus restreint, mais également d'autres qui le feraient avec un éventail plus large) on peut faire un troisième value bet.
Jouer contre plusieurs calling stations
Aux limites basses, on se retrouve souvent avec plusieurs calling stations à la table. Il y aura donc plus souvent des pots multiples et un nombre bien supérieur à la moyenne de joueurs iront jusqu'à la river. Les pots sont plus gros, et il convient d'avoir une meilleure main pour gagner contre plusieurs adversaires.
La conséquence est que des mains comme les connecteurs assortis et les connecteurs assortis à un trou, ainsi que les petite pocket paires gagnent en valeur, ces mains sont jouable grâce à la cote implicite, elles peuvent former de très bonnes mains et préfèrent donc les pots multiples, tandis qu'une carte élevée y perd en valeur. En bref : sur une table avec plusieurs calling stations le caractère assorti et consécutif d'une main gagne en valeur, tandis que sa high card value perd en valeur.
Si, par exemple on est au bouton après que trois calling stations ont limpés, et que l'on fait une relance préflop d'une taille normale, alors on peut partir du principe que l'on jouera post-flop contre 3 ou 4 joueurs. C'est pourquoi il n'est pas recommandé de relancer avec des mains difficiles à jouer en pot multiples. Par exemple, on peut coucher ATo, et faire de plus grosses relances que de normale avec AK, AQ, AA-TT. Avec 76o et 74s en revanche, on peut limper dans cette situation. First in, on peut parfois suivre avec des mains comme les petits connecteurs assortis ou les petites paires, dans des situations où on aurait normalement du se coucher ou relancer.
Évitez les check/raise contre les calling stations, car ce move requiert un adversaire un tant soit peu agressif. Le slowplay est également déconseillé, car vos adversaires ne se coucheront de toute façon que rarement.
Tilt
Comme je l'ai déjà évoqué, une calling station ne changera que rarement son jeu lorsque l'on qu'on s'y est adapté. En revanche, il arrive qu'une calling station parte en tilt, jouant ainsi bien plus agressivement. Il est important de reconnaître cela au plus vite et de s'y adapter.
Ne pas partir soi-même en tilt peut parfois être difficile contre plusieurs calling stations, car on essuie plus souvent de suckouts. Il est donc utile de se remémorer alors que les calls adverses ont une espérance de gains négative, ce qui se traduira tôt ou tard en résultats concrets. A long terme, on gagne contre ces adversaires plus que contre tout autre adversaire.
Conclusion
Les calling stations jouent de manière hautement profitable pour leurs adversaires. Il est important de s'adapter à leur style de jeu, mais également de garder la tête froide lorsque les suckouts sont plus nombreux, de ne pas les provoquer, et ainsi de bénéficier pleinement des profits que l'on peut en tirer sur le long terme. L'arme la plus profitable, à laquellle on doit très souvent recourir est le value bet, tandis qu'il faudra tendre à renoncer presque complètement aux moves et autres ruses de types slowplay, bluffs, semi-bluffs, check/raise, etc. Une calling station paye, c'est dans sa nature. Conclusion : laissez la nature faire son oeuvre lorsque vous avez la meilleure main, et profitez de l'occasion qui vous est donnée de toucher la meilleure main à moindre coût en jouant vos tirages passivement.