Mis à jour le 06 Juil 26 par

A propos du tilt

Le tilt - dangers et réalité

Tout le monde ici a déjà lu des phrases du genre : "Il y avait sans doute une part de tilt", "Tu es en tilt !", "Le tilt est le pire ennemi du joueur". Mais jamais ce qui se cache réellement derrière ce fameux "tilt" n'est clairement expliqué.

C'est après plusieurs mois de poker que j'ai réussi à vraiment faire la différence entre les moments où j'étais particulièrement malchanceux et ceux où je perdais le contrôle de mon jeu. « Perdre le contrôle de son jeu » est d'ailleurs pour moi la meilleure définition du tilt possible. Le tilt ne signifie pas que l'on relance tout ce qui passe, à la manière d'un maniaque, ou bien que l'on se transforme en un rock immuable. Le tilt doit être plus interprété selon son sens initial, on chancelle, on sort du droit chemin.
Dans cet article je vais tenter de donner un aperçu général des causes et effets du tilt, tel que je l'ai vécu ou tel que je l'ai perçu dans les différentes discussions sur le sujet. J'essaierai ensuite de donner un aperçu des comportements qu'il est possible d'adopter.
Je n'ai pas la prétention de traiter le sujet de manière complète, ni de résoudre de manière définitive le problème dans son ensemble. Je veux juste vous permettre de profiter de mes réflexions et expériences sur le sujet.

Les effets

Les effets du tilt sont différents selon les individus, mais je vais essayer de dresser une liste allant de comportements « ostensibles » à des comportements plus « subtils », dans laquelle tout un chacun pourra plus ou moins se retrouver :

Hyper agressivité ou inhibition totale

Pas grand chose à ajouter : on est paralysé et on n'est plus en mesure d'appuyer sur le bouton « raise » ou à l'inverse on est pris d'un crise d'agressivité excessive et on n'est plus capable de faire autre chose que relancer.

Calldown/relance excessifs

C'est sans doute la variante du tilt la plus fréquente. Soit on se dit « Il ne peut pas avoir encore une fois touché » soit « Cette fois ci, je DOIS avoir la meilleure main! ». A ceux d'entre vous qui n'ont jamais eu ce genre de pensées... toutes mes félicitations !

Clic de frustration occasionnel

Toutes les dix, vingt mains, peut être même toutes les cent mains, il peut se passer que l'on clique sur raise ou sur fold, comme ça, sans réflexion préalable, parce qu'il « le faut ».

Jouer un peu plus agressivement/passivement

Pour une raison inconnue, notre jeu varie. Je parle ici d'une variation de +/- 1 AF (Agression Factor), qui peut se maintenir un certain temps. Ces changements ne sont pas apparus suite à la compréhension nouvelle ou meilleure de certains concepts, ou suite à l'amélioration consciente du jeu, c'est plutôt un inexplicable changement, sans causes précises.

Changement inconscient du style de jeu

C'est sans doute la variante du tilt la plus dangereuse. Un élément déclencheur (voir plus bas) vient ébranler la confiance que l'on a dans son propre style. On retombe certes lentement sur ses pieds, mais ces changement ont quelque peu influencé l'approche personnelle, que ça se manifeste par le fait de jouer plus de mains de départ ou que l'on ait adapté ses réactions durant des situations standards. Le danger : lorsque je change mon comportement post-flop, il peut arriver qu'une situation standard A contrebalance une situation B. Un exemple : heads up je ne mise plus dans un pot non relancé, en revanche je fait des continuation bets avec 6 personne sur le flop et le turn. Ces changements du style de jeu sont dévastateurs, car subtils.

Les causes

Je ne peux ici donner de liste de possibilités, c'est trop individuel. Les raisons les plus courantes sont les bad beats et les downswings sur plusieurs milliers de mains. Chez beaucoup de gens, un pot perdu que l'on était sûr de remporter suffit parfois à faire perdre le contrôle de son jeu l'espace de quelques mains.
Ce qui est important, c'est de prendre conscience du fait que l'on ne part pas que en tilt à cause des downswings ou autre expériences négatives. Un upswing peut tout aussi bien être le déclencheur, de même qu'un énorme suckout dont on vient de profiter contre notre adversaire de prédilection. Il convient donc de garder ce leitmotiv : le fait de remporter des pots ne permet en rien d'évaluer votre propre jeu.

Venons en maintenant à la partie compliquée. D'un coté il faut réussir à se procurer la possibilité d'établir un diagnostic personnel, et d'un autre, créer une impulsion pour sortir de cette spirale.

Le diagnostic

L'élément qui est sans doute le plus compliqué, voire même parfois impossible, est de reconnaître ses propre faiblesses : « je suis en tilt, je fais des erreurs stupides. » C'est avant tout le cas lorsqu'on refoule ou que l'on ignore la réalité. Je ne parle pas d'ignorer lâchement la réalité, comme lorsque l'on ferme les yeux sur la petite vieille qui se fait tabasser de l'autre coté de la rue, mais plutôt la variante inconsciente : « ah je crois que j'ai une dent cariée, je vérifierai ça demain ».
Il est fréquent, après une main mal jouée, que l'on ait au moins un petit éclair qui traverse le cerveau, une petite sirène d'alarme. Cette sirène est souvent vraiment très faible, presque inaudible. Si on ne réagit pas à l'instant où elle retentit, il est souvent trop tard. C'est pourquoi il peut être utile de calmer un peu le tempo. De fermer peut être une des huit tables sur lesquelles on joue, ou bien de lâcher la souris avant chaque décision. Lorsqu'on se force à regarder l'écran sans être en permanence en train de cliquer, on remarque peut être que l'on s'apprêtait à faire une bêtise, et on peut ainsi se détourner de cette pente malsaine. Ce n'est malheureusement pas si facile, et certains tilts au long cours vont s'étirer sur plusieurs sessions. C'est pourquoi l'un des aspects les plus importants de cet auto diagnostic est clairement : la réflexion sur le jeu.
Pour ceci, vous trouverez dans les forums nombre de conseils presque tous utiles. Voici un résumé des plus importants de ces conseils :

Postez des exemples de mains

C'est irremplaçable !

Sessions intensives

Jouez pendant une heure ou deux sur seulement une ou deux tables maximum. Réfléchissez à chacune de vos actions. Ignorez les données PA et faites vous une idée précise de vos adversaires. Ne prenez aucune décision en suivant vos tripes, même dans le cas de décisions standards, prenez le temps de vous demander brièvement : « Est-ce vraiment une situation standard ? Y a-t-il une variation ? »

Approfondissements théoriques

Divisez le temps de jeu par deux, et consacrez le temps restant à étudier les articles du site ou un livre. Non seulement ceci renforcera votre confiance en vous (en confirmant vos connaissances, ou en mettant vos erreurs et faiblesses à jour), mais permettra de plus une compréhension plus profonde du contenu, ce qui ne peut pas vous faire de mal.

Postez des exemples de mains

Si je n'étais pas conscient du fait que vous allez l'ignorer bien vite, je l'écrirais encore trois fois au moins !

Une autre méthode de diagnostic, moins infaillible, est l'observation de la bankroll. Un downswing de 100 BB est tout à fait normal, 200 BB peuvent arriver. Si toutefois ces downsings de 200 BB deviennent régulier, alors c'est sans doute qu'une série de bad beats est chez vous le déclencheur qui vous amène à ne plus jouer votre meilleur poker et à vous engager dans ce cercle vicieux.

Le traitement

Avant de pouvoir remédier de manière consciente à son comportement de tilt, il est important d'en localiser les causes, c'est par là qu'il convient de commencer. Il n'y a pas de remède sûr à 100% contre le tilt, pas d'antibiotique contre les downs. C'est pourquoi je ne peux donner que des impressions et des bribes de pensées.

Si vous avez remarqué que vous ne vous donnez plus à 100% après un down de 50 BB, alors une heure de pause peut être la bienvenue. Parfois, le fait d'en connaître la cause permet de résoudre le problème. Une fois que cette barrière psychologique essentielle à mes yeux est franchie, je suis tellement attentif que je ne peux plus tilter.

Si je remarque que durant les derniers swings/beats, mon jeu a empiré, alors c'est plus difficile. Il faut être prêt à remonter la courbe d'apprentissage, pour ainsi dire, afin de reprendre bien plus tôt. Il faut remettre en question le savoir acquis, ceci est extrêmement difficile, mais c'est malheureusement indispensable.

Si j'ai le sentiment de ne pas jouer mon meilleur poker, alors c'est souvent que ce sentiment est justifié. Car rien que ce sentiment déclenchera une altération du jeu. Ce sentiment est une de ces tautologie comme on en rencontre peu, ce sentiment ne vous trompera jamais, même lorsque vous avez présenté votre meilleur jeu jusqu'à présent. Lorsque ce sentiment se présente, et si vous n'y êtes pas habitués ou ne pouvez y remédier, alors cela deviendra une prophétie qui se réalise d'elle même.

Beaucoup d'entre vous remarquent qu'ils jouent mieux lorsqu'ils ont un public que lorsqu'ils sont seuls. Avec des observateurs, ils ont une obligation de performance double, car on ne se contente pas de vouloir bien jouer au poker, on veut également impressionner le spectateur. Si c'est votre cas, alors il pourrait être judicieux de chercher des gens qui jouent au dessous ou au dessus de votre niveau : si ce sont de meilleurs joueurs qui vous observent, alors vous allez être sous pression, allez essayer de ne pas faire la moindre erreur, car il la remarquerait aussitôt. Si le joueur est moins bon, alors il y a une pression d'explication, et celle ci est énorme. Le joueur pourrait bien à tout moment poser une question suite à une de vos actions. Par bonheur, il est extrêmement rare que deux joueurs jouent de manière absolument identique et aient exactement le même niveau, ce qui fait qu'on se retrouve systématiquement dans l'une des deux situations.