Mis à jour le 13 Mar 26 par

Bataille de blinds - Le jeu au Big Blind

Introduction

Dans cet article

  • Comment réagir face à un open-complete / open-raise
  • Comment jouer dans les pots non relancés
  • Comment jouer contre des adversaires agressifs

En dehors de la défense classique, où vous défendez votre blind contre un joueur situé en dehors des blinds, il existe une autre situation de jeu très particulière qui se différencie grandement de toutes les autres situations de jeu en shorthanded - ou en full ring - et qui possède une dynamique qui lui est tout à fait propre : la bataille de blinds.

Par bataille de blinds on entend une situation dans laquelle tous les autres joueurs situés avant les blinds se couchent, donnant ainsi la possibilité au Small Blind d'ouvrir le tour d'enchère en étant first-in.

Cet article vous explique en détail le jeu au Big Blind dans une telle situation en vous indiquant les critères dont vous devez tenir compte ainsi que la meilleure façon de vous adapter aux adversaires.

Quelles sont les particularités du jeu BB vs. SB ?

On peut bien entendu commencer par se demander ce qu'une bataille de blinds a de si particulier et pourquoi on doit s'y adapter de façon spécifique. L'élément de réponse principal provient de la dynamique particulière qui accompagne tout match heads-up. En effet, la situation qui nous intéresse n'est au final rien d'autre qu'une version réduite d'un match heads-up se déroulant sur une table shorthanded ou full ring.

Cela signifie que votre propre façon de jouer va dépendre énormément du jeu de l'adversaire et que vous devrez vous focaliser essentiellement sur la lecture des lignes de jeu adverses et l'exploitation de leurs faiblesses. Il vous est donc impossible de suivre une véritable approche standard qu'on pourrait considérer EV+ à 100%.

L'aspect psychologique passe ici au premier plan, même si vous ne pouvez pas lui accorder autant d'importance que dans un vrai match heads-up. L'intervalle de temps séparant deux situations de ce genre peut en effet être particulièrement grand, surtout aux tables shorthanded agressives. L'adversaire n'aura donc pas forcément un souvenir précis des situations de bataille de blinds précédentes et vous ne pouvez pas toujours partir du principe qu'il se souvient de votre dernier calldown ou de votre dernier float turn et qu'il cherche maintenant à exploiter votre jeu.

S'il joue sur plusieurs tables à la fois ou bien s'il est occupé à droite à gauche sur son PC en même temps qu'il joue au poker, l'adversaire aura le plus souvent oublié depuis longtemps les situations précédentes, chose qui n'arrivera jamais lors d'un match heads-up étant donné que les joueurs essaient toujours de s'adapter à leur adversaire.

En plus de l'aspect psychologique, cette situation de jeu a des conséquences directes sur vos mains. Du fait que vous êtes dans une situation heads-up, la force de vos cartes est considérablement modifiée. Il est en effet improbable que les deux adversaires touchent le flop dans une même mesure.

Étant donné que vous êtes au Big blind et que vous avez ainsi la position sur votre adversaire post-flop, vous serez beaucoup plus enclin à emmener des mains moyennes comme midpair / top kicker ou top pair / no kicker à l'abattage, où vous remporterez souvent le pot avec la meilleure main. La façon dont vous allez jouer ces mains dépendra cependant fortement de l'adversaire, étant donné que contre certains adversaires on pourra coucher top paire / no kicker sans trop d'hésitation en cas d'action, alors que contre d'autres adversaires on fera un calldown avec bottom pair en payant trois barrels successifs.

C'est pourquoi les batailles de blinds requièrent le plus souvent une certaine dose de courage, afin d'être capable de faire confiance à vos reads et agir en conséquence. La façon dont vos reads doivent se répercuter sur votre jeu sera décrite plus loin dans l'article. Nous allons tout d'abord passer en revue quelques principes de base.

Quelle est la différence entre la bataille de blinds au Big Blind et la bataille de blinds au Small Blind ?

Ce qui nous intéresse ici est de savoir où réside la différence entre la bataille de blinds au Big Blind et au Small Blind. Pourquoi deux articles sur le sujet au lieu d'un ? N'est-il pas possible de jouer une bataille de blinds de façon pratiquement identique, indépendamment du fait qu'on ait payé le SB ou le BB ? Il s'agit pourtant de la même situation.

Il convient de préciser qu'il s'agit certes d'une situation identique, qui sera effectivement présentée de la même façon, mais qu'elle sera traitée de deux points de vue complètement différents. Et ces deux points de vue se distinguent principalement par la position que vous occupez.

Si vous jouez au Big Blind, alors vous disposez d'un avantage d'information de bout en bout, aussi bien avant, qu'après le flop. Grâce à cet avantage vous pouvez jouer un plus grand nombre de mains de façon profitable à partir du flop. Et c'est bien là l'objectif lorsque l'on joue au Big Blind. Votre intention est d'exploiter votre avantage post-flop et d'entraîner votre adversaire dans des situations qui seront EV- pour lui sur le long terme.

En plus du supplément d'information, la position vous donne la possibilité de contrôler la taille du pot, ce qui fait que même des mains marginales pourront être jouées de façon EV+. Le joueur au Small Blind ne disposant pour sa part d'aucun de ces avantages, son jeu aura pour principaux objectifs de ne pas trop perdre d'argent contre vous et de se tenir éloigné des situations marginales.

Comment réagissez-vous lorsque le small blind se contente de compléter ?

Beaucoup d'adversaires jouent leur small blind de façon particulièrement passive et se contentent de compléter dans l'espoir de voir un flop à moindre coût. La cote justifiera toujours un tel call, étant donné qu'elle est de 3:1 et que l'adversaire n'a besoin que d'une equity supérieure à 25% préflop pour que son call soit EV+. Or, comme on le sait tous, au Texas Hold'em on a toujours près de 30% d'equity avec n'importe quelle main.

Si l'on s'en tient à l'action préflop, l'adversaire ne commet donc aucune erreur en complétant. Puisque votre objectif est justement d'amener votre adversaire à commettre des erreurs et que vous y parviendrez plus facilement en l'agressant, vous devriez commencer sans plus attendre. Une relance est donc un bon moyen de sanctionner le complete adverse, puisqu'elle vous permet d'annuler automatiquement la bonne cote qui lui était offerte pour voir le flop.

Étant donné que vous continuerez à bénéficier de l'avantage de la position post-flop, le fait de jouer dans un pot un peu plus gros ne vous pose aucun problème. Votre raise préflop vous permettra de provoquer de plus grosses erreurs adverses post-flop, étant donné que les mises seront plus élevées.

Le fait de réagir agressivement au complete ne présente que des avantages pour vous sur le long terme. Est-ce que cela signifie pour autant que vous devriez forcément relancer avec toutes les mains de départ dans cette situation ?

Impossible de répondre à cette question de façon catégorique. Tout dépend de vos qualités de jeu post-flop ainsi que des tendances adverses. D'autre part, certaines mains sont plus indiquées pour un raise et alors qu'avec d'autres mains on pourra laisser l'adversaire voir un flop de temps en temps.

MAINS POUR LA VALUE (22+, A7+, KT+, QT+, JT+)

Cet éventail contient toutes les pocket paires, les As moyens et gros, ainsi que toutes les broadway.

Avec ces mains vous devriez plutôt avoir tendance à relancer préflop, du fait que vous tirez ainsi directement de la value de votre main. Vous touchez le plus souvent la meilleure main au flop et vous dominez parfois la main adverse. Ici l'objectif est de tirer le maximum de value aussi bien préflop que post-flop.

S'ajoute à cela le fait que les petites pockets sont vraiment difficiles à jouer sans l'initiative dans un petit pot si on n'a rien touché. Si vous relancez préflop avec ces mains, vous bénéficiez alors de l'avantage de l'initiative et de la possibilité de remporter le pot sans même avoir touché, tout en ayant commencé à faire grossir le pot pour le cas où vous toucheriez votre set - il est en effet difficile d'espérer stacker l'adversaire avec un set dans un pot de 2 BB.

MAINS DE SEMI-BLUFF (54-T9, 53s-J9s, 74s-Q9s)

Cet éventail contient toutes les mains connectées ainsi que les connecteurs moyens assortis, à un et deux trous.

Ces mains se situent plus ou moins à la frontière entre un raise et un check. D'un côté vous ne toucherez pas si souvent que ça le flop idéal, mais de l'autre ces mains sont vraiment bien adaptées pour semi-bluffer post-flop, ce qui sera bien entendu un peu plus facile dans un pot relancé puisque l'adversaire aura moins de mal à coucher ses mauvaises mains.

Ce qui parle en faveur d'un check est le fait que vous évitez ainsi d'investir trop d'argent dans une main avec laquelle vous êtes obligé de remporter le pot sans abattage à partir du moment où vous n'avez pas touché un bon tirage.

Un check vous permet également d'avoir une grosse cote implicite et de pouvoir mettre la plus grande partie de l'argent dans le pot en étant favori, une fois que vous avez touché. Cet argument n'est cependant qu'en partie correct étant donné que beaucoup de joueurs connaissent le vieil adage "Don’t go broke in an unraised pot!" et savent s'y tenir.

Un check ne vous aide donc qu'en partie à augmenter votre cote implicite, puisque dans un pot non relancé, la plupart des joueurs se laisseront difficilement embarquer dans un pot supérieur à la moyenne et auront plutôt tendance à jouer de façon conservatrice.

MAINS DOMINÉES (A2-A6, K2-K9, Q2-Q9)

Cet éventail contient, comme son nom l'indique, tous les petits As, Rois et Dames, avec lesquels vous vous retrouvez sans kicker si jamais vous touchez votre paire et êtes donc souvent dominé.

Ces mains possèdent la plupart du temps un avantage d'equity face à l'éventail de complete adverse, mais en même temps elles vous posent un problème. Si vous les jouez agressivement en relançant préflop, vous aurez ensuite du mal à lâcher votre top paire en cas de check/raise adverse. Pourtant, dès que vous vous retrouvez dans un pot un minimum conséquent avec ces mains, sans avoir double  paire ou plus, vous courez toujours le risque d'être dominé et d'être trop court à l'abattage.

La formule "small hands, small pots" s'applique parfaitement à ces mains. Vous devriez donc essayer de garder un pot de taille réduite et laisser la possibilité à l'adversaire d'être lui-même dominé, ou bien l'inciter à miser pour la value ou à bluffer avec une main inférieure à la vôtre, ce qui vous permettra d'utiliser de temps en temps votre main pour catcher des bluffs.

Un check préflop est recommandé avec ces mains, afin de ne pas se retrouver soudain à jouer pour un gros pot avec une main moyenne.

MAINS DE BLUFF (Par exemple : T3o, 94o, 75o)

Cet éventail contient toutes les mains poubelles avec lesquelles vous pourriez cliquer le bouton fold dans n'importe quelle autre position sans l'ombre d'une hésitation.

Vous n'avez pratiquement aucune chance de remporter un abattage avec ces mains. Vous ne touchez que trop rarement double paire ou top paire (qui seraient en plus vulnérables). Vous ne pourrez donc pratiquement jamais remporter un pot non disputé à l'abattage. Dans les situations normales, ces mains sont des "instafold" (fold instantané). Mais de temps en temps, dans une bataille de blinds, vous pouvez les relancer en essayant de remporter le pot sans abattage. Un fold adverse n'est finalement possible que si vous jouez agressivement.

Ces mains vous permettent par ailleurs de contrebalancer perfectement les bonnes mains appartenant à votre éventail pour la value. Si un adversaire vous voit relancer avec une telle main, il aura alors bien du mal à jouer complete/fold avec son K6o, du fait qu'il ne pourra plus être sûr de ne pas coucher la meilleure main. Des joueurs médiocres seront ainsi encouragés à payer votre relance préflop avec un éventail bien plus large.

Et même si vous ne touchez rien au flop, un continuation bet vous permettra de continuer à mettre la pression sur votre adversaire. Certains adversaires y verront un motif suffisant pour faire ensuite des calldowns marginaux avec des mains dominées, ce qui est parfait pour vos bonnes mains.

Vous devriez cependant toujours garder à l'esprit que vous relancez avec ces mains pour des raisons de balancing. Vous ne devriez donc pas relancer systématiquement, car votre éventail de relance deviendrait bien trop large, et vous vous retrouveriez trop souvent démuni avec une poubelle au flop.

Vous voyez qu'il est possible de classer pratiquement toutes les mains dans l'une de ces quatre catégories et de jouer de façon standardisée en cas de complete adverse. Mais il ne faut pas oublier qu'on ne devrait pas toujours jouer de la même façon avec une même main. Vos actions doivent toujours s'accompagner d'une certaine dose d'imprévu et vous pouvez par exemple tout à fait vous contenter d'un check avec des mains comme KQ ou AQ afin de provoquer une situation post-flop dans laquelle l'adversaire sera pratiquement drawing dead, alors qu'il s'imaginera avoir la meilleure main.

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 200$
Hero: 200$

Preflop: Hero is BB with A , Q
3 folds, SB Calls $1.00, Hero checks.

Flop: ($4.00) A , 7 , Q (2 players)
SB Bets $4.00, Hero calls $4.00.

Turn: ($12) 4 (2 players)
SB Bets $10, Hero raises to $30, SB reraises to $85, Hero reraises to 194$ (All-In), SB calls $109 (All-In)

River: ($400) T (2 players)

SB shows 74
Hero wins.

Il s'agit d'un exemple extrême, qui correspond même à une situation de cooler pour votre adversaire, mais il illustre bien la force de tels checks préflop. Si vous aviez relancé avant le flop, alors vous n'auriez pratiquement obtenu aucune value de la part de votre adversaire qui se serait vraisemblablement couché préflop ou bien (s'il ne joue pas trop mal) aurait très souvent abandonné sa main au flop face au continuation bet.

Les avantages d'un check préflop avec de gros As sont bien entendu évidents. S'il avait eu ici un As inférieur, alors nous aurions obtenu plus de value via un check que via un raise préflop. Un raise indique clairement à l'adversaire que vous avez souvent un gros As avec lequel vous risquez de le dominer.

Comment jouez-vous contre un Small Blind qui joue souvent complete/ 3-bet ?

La première étape pour bien jouer contre un tel adversaire est de détecter ce move. Prenez une note dès que vous voyez un adversaire jouer complete/raise en étant au Small Blind.

En plus du move en lui-même, vous deviez également noter la taille de la mise et, si possible, la main correspondante.

Beaucoup de joueurs utilisent le complete/min-raise comme un piège, afin d'obtenir un peu plus de value et de faire grossir le pot avec leurs bonnes mains. Si vous savez qu'un tel move est le signe d'une bonne main chez l'adversaire, alors vous ne devriez payer le min-raise que de façon très tight et faire bien attention à ne pas vous retrouver avec une main dominée dans un gros pot.

Plus les tapis effectifs sont gros, plus vous aurez tendance à payer avec vos mains à tirage, étant donné que vous obtenez alors une énorme cote implicite. L'adversaire a montré qu'il possédait une très bonne main, qu'il aura ensuite souvent du mal à coucher, même sur un flop à tirage.

Des joueurs plus agressifs utilisent à l'inverse de tels complete/raise uniquement en tant que bluff et relancent donc un peu plus fort afin de ralentir la cadence de vos raises préflop incessants. Vous pouvez donc payer de façon un peu plus loose avec vos bonnes mains, afin d'aller jusqu'à l'abattage dans un pot moyennement gros et de laisser la possibilité à votre adversaire de continuer à bluffer post-flop, étant donné que vous craignez moins d'être dominé.

Cependant, si un adversaire joue la ligne complete/raise comme une ligne standard avec un éventail très large, contre lequel vous aurez bien du mal à vous situer post-flop si vous ne possédez qu'une main moyenne, alors il vaut mieux relancer de façon un peu plus tight contre lui et éviter ainsi ce genre de situation particulièrement désagréable.

Contre ces adversaires tricky votre objectif doit être d'exploiter l'avantage post-flop qui vous est garanti par la position. Commencer à jouer plus loose en sur-relançant ou en payant pour ensuite placer un move au flop contre ces complete/raise ne vous apportera strictement rien. Vous devriez continuer à jouer de façon solide.

Comment jouez-vous post-flop dans un pot non relancé ?

Si vous avez décidé de vous contenter de checker avec votre main avant le flop (peu importe la raison), alors vous devriez tenir compte des points suivants.

MISEZ SYSTÉMATIQUEMENT APRÈS UN CHECK ADVERSE

Si l'adversaire checke au flop après son complete, alors vous devriez miser avec près de 100% de votre éventail. En aucun cas un minbet, mais au moins 3/4 du pot.

La raison est évidente. Si vous misez 3/4 du pot, il suffit alors que votre adversaire se couche dans un peu plus de 43% des cas pour que votre mise soit EV+. Le plus souvent l'adversaire couchera un pourcentage bien plus important de ses mains, étant donné qu'un préflop complete est généralement le signe d'une main autre qu'une pocket paire, qui ne touchera le flop que dans un peu plus de 33% des cas.

L'adversaire se retrouvera donc sans amélioration au flop dans environ 2/3 des cas et sera le plus souvent obligé de coucher sa main. Et même si l'adversaire ne joue pas check/fold avec toutes ses mains non améliorées, grâce à votre stratégie de bet flop à 100% vous aurez l'avantage de pouvoir obtenir le maximum de value pour vos bonnes mains en tirant partie de la position. Votre adversaire aura à l'inverse bien du mal à tirer de la value via un check/call lorsqu'il touchera le flop.

Contre des adversaires agressifs vous devriez plutôt avoir tendance à vous contenter de payer leurs mises au flop, étant donné qu'ils essaieront souvent d'arracher le pot. Puisque vous avez comme toujours l'avantage de la position, vous pouvez alors tout à fait vous permettre de payer IP avec des mains qui ont ne serait-ce qu'un peu de showndown value.

"DON’T GO BROKE IN AN UNRAISED POT"

Si vous jouez dans un pot non relancé, vous devez garder à l'esprit que vous n'avez que très peu d'information sur la main adverse étant donné que vous n'avez encore confronté l'adversaire à aucune grosse décision. Du fait de ce manque d'information vous devez faire attention à ne pas jouer de trop gros pots dans une telle situation, puisque l'adversaire pourrait avoir pratiquement n'importe quelle main et retourner aussi bien AA que J2 sur un flop AJ2.

Dans une telle situation, pour 100 BB, vous ne devez pratiquement jamais finir broke si vous n'avez pas la nut, car elle sera alors le plus souvent chez l'adversaire.

Comment réagir face à un open-raise du Small Blind ?

Dans une telle situation, presque toutes les options s'offrent à vous. Avec une main telle que T8s vous pouvez par exemple vous coucher, payer ou relancer. Avec un tapis effectif de 100 BB vous pouvez vous baser sur l'approche stratégique présentée dans ce qui suit.

POCKETPAIRS

Avec les grosses paires (JJ+), vous relancerez pratiquement toujours pour la value. Ceci vous permet de contrebalancer vos mains de relance plus faibles, et le fait de finir broke préflop pour 100 BB avec QQ ne vous pose pas de problème.

Avec les paires moyennes (66-99) vous devriez tendre au call. Vous avez certes souvent encore la meilleure main, mais si votre reraise et votre continuation bet flop venaient à être payés, c'est le plus souvent que vous êtes battu. En sur-relançant avec ces mains, vous aurez tendance à gagner de petits pots et à perdre des pots assez gros. La seule possibilité de gagner de gros pots avec ces mains est de toucher un set, ce qui ne se produira qu'une fois sur huit.

Du fait que les pocket paires moyennes ont une showdown value acceptable, essayez plutôt d'aller à l'abattage à moindre coût en profitant de la position. Un reraise préflop réduit au contraire vos chances de l'emporter ainsi que la possibilité d'avoir un abattage bon marché.

Avec les petites pocket paires (22-55), les choses sont encore un peu différentes. Avec ces paires vous n'avez pratiquement plus de showdown value dès qu'il y a un peu d'action au flop. C'est pourquoi cela n'aurait pas vraiment de sens de miser sur cette showdown value en espérant finalement gagner un petit pot. S'ajoute à cela le fait que vous ne pouvez pratiquement jamais payer une mise post-flop avec ces mains étant donné que vous êtes généralement confronté à deux overcards ou plus et que vous devez vous attendre à des mises ultérieures. Avec seulement 2 outs cette main ne peut bien entendu en aucun cas être jouée comme un tirage.

C'est pourquoi il vaut mieux finalement sur-relancer préflop avec ces mains. Cela permet de simplifier le jeu et vous protège de situations post-flop trop délicates. Vous gagnerez souvent des pots relativement petits, et grâce à votre 3-bet préflop vous vous donnez encore la possibilité de prendre une carte gratuite au flop.

S'ajoute à cela le fait que ces petites pockets vous garantissent une plus grosse cote implicite en cas de set. Si vous touchez un bottom set bien caché, l'adversaire a alors d'autant plus de chances de toucher top paire. Le fait de toucher un top set avec une pocket plus élevée réduit les chances pour l'adversaire de toucher une bonne main.

On peut donc conclure de la façon suivante : vous devriez avoir tendance à sur-relancer avec les petites et les grosses pocket paires, et à vous contenter de payer avec les pockets intermédiaires, ce qui vous permettra d'avoir un bon mélange et d'exploiter au mieux la force respective de ces mains, ou au moins de limiter leur faiblesse.

Bien entendu, là non plus vous ne devriez pas toujours jouer de la même façon et cela ne vous dérangera pas de toucher de temps en temps bottom set avec 44 sur un flop KJ4 suite à un call préflop. Mais les tendances à suivre apparaissant clairement.

AUTRES MAINS

Avec les mains autres que les pocket paires, les choses ne sont pas aussi simples. Pour la plupart de ces mains, n'importe quelle décision est autorisée. Discuter de chacune de ces mains en détail nous ferait sortir du cadre de cet article car cela dépend toujours du type d'adversaire.

C'est pourquoi nous allons nous contenter dans ce qui suit d'énumérer les avantages et les inconvénients de chacune des actions envisageables. Les raisonnements présentés vous permettront de mener votre propre réflexion afin de déterminer que sont les mains les plus indiquées pour les différentes actions. Les catégories de mains qui ont été définies dans le cadre de la simple relance face à un complete s'avéreront ici de nouveau très utiles.

Fold

Avec un fold votre objectif est clairement de ne pas perdre trop d'argent à cause de situations dans lesquelles vous ne pouvez en général toucher qu'une paire moyenne qui ne vous permettra pas de poursuivre en cas de résistance adverse. Si vous jouez de plus contre un joueur vraiment solide, alors le fold est souvent la meilleure alternative afin de vous maintenir à l'écart de ce genre de situations.

Les folds face aux open-raises du Small  Blind sont également importants car vous montrez ainsi à l'adversaire qu'il a la possibilité de voler vos blinds. Vous l'encouragez ainsi à des open-raises plus light. Si vous jouez any two après une relance adverse, vous serez alors souvent confronté à une plus forte agression sur le long terme, car l'adversaire considérera (à raison) que votre éventail contient un grand nombre de mains poubelles.

Raise (3-Bet)

Comme toujours, un raise présente l'avantage de mettre la pression sur l'adversaire ce qui vous donne une certaine fold equity. Votre raise amènera souvent des mains avec une bonne equity mais une mauvaise jouabilité (cote implicite inversée) comme les petits As ou Rois à se coucher. Sans la position, ces mains sont pratiquement impossibles à jouer de façon profitable pour l'adversaire, et il devra donc les coucher la plupart du temps.

Un raise place l'adversaire dans une situation inextricable. Ou bien il couche trop de mains, qui ont pourtant une bonne equity face à votre éventail de sur-relance, ou il paie trop souvent vos 3-bets et se retrouve ainsi avec des mains difficiles à jouer dans un pot assez gros.

En plus des mains pour la value, les mains à tirage sont donc de bonnes candidates pour un 3-bet préflop afin de confronter les adversaires à une situation des plus alambiquées. Votre raise ne vous garantit pas de la fold equity uniquement préflop. Vous avez également l'avantage de pouvoir ainsi exploiter au maximum votre position dans un pot assez gros et de pouvoir ainsi manipuler à loisir la taille du pot.

Un inconvénient majeur qui accompagne  le 3-bet est que vous donnez ainsi l'option à l'adversaire de faire un 4-bet. Ceci vous conduirait à perdre l'avantage de la position, étant donné qu'un call vous rendrait pot committed. La position n'aurait alors plus une grande importance.

Le fait que le pot soit un peu plus gros ne devrait pas forcément être considéré comme un avantage, car vous vous retrouverez alors parfois avec des mains moyennes sur un terrain très glissant. Avec ces mains vous devriez faire en sorte de jouer des pots de taille plus réduite. Et comme vous avez maintenant fait grossir le pot, même après un check/behind de votre part au flop l'adversaire a encore au moins deux tours d'enchères pour mettre une grosse partie de son tapis au milieu et vous mettre dans une situation difficile.

Call

Le plus gros avantage du call est évident. Vous avez la possibilité de jouer vos mains avec la position post-flop en vous basant exclusivement sur leur cote implicite. Contrairement au cas du pot non relancé vous n'avez pas ici le problème de la taille du pot trop faible et vous allez pouvoir jouer post-flop des pots moyens et gros. Un call vous donne également la possibilité de piéger des adversaires agressifs. Ceux-ci peuvent interpréter votre call comme de la faiblesse et essayer de vous sortir du coup en bluffant ou bien effectuer des value bets très très marginaux sur la river avec top paire / no kicker.

De plus, après votre call préflop, toutes les options s'offrent à vous. Vous pouvez encore vous défaire de votre main très facilement, ou bien bluffer votre adversaire en relançant au flop, ou encore faire un float turn avec quelques outs pour lui infliger au passage un petit bad beat sur la river.

Mais l'inconvénient du call est tout aussi évident. Des mains qui possédaient un avantage d'equity face à l'éventail adverse ne sont pas suffisamment exploitées et on court ainsi le risque d'être rattrapé au flop. Le fait de jouer plus souvent avec la position dans des pots moyens vous confrontera de plus à un plus grand nombre de décisions difficiles, ce qui risque de mal tourner pour les joueurs qui ne sont pas assez sûrs de leur jeu post-flop.

On devrait choisir son action en fonction de l'évaluation que l'on a de ses propres capacités. Si on n'est pas encore très sûr de son jeu post-flop, on devrait avoir tendance à éviter le call préflop. Si on se sent encore mal à l'aise dans les pots sur-relancés et si la taille du pot a tendance à rendre nos décisions plus difficiles, alors on devrait éviter de jouer de tels pots.

Mais nous n'en avons pas encore terminé avec ces mains. En conclusion à ce paragraphe, vous allez recevoir quelques recommandations supplémentaires pour les mains les plus compliquées, au rang desquelles se trouvent un grand nombre d'As et de Rois. Vous allez peut-être penser : "Mais des mains comme AK, AQ, A7 ou KQ, K6 ne sont pourtant pas un problème!". C'est en fait loin d'être le cas.

Beaucoup d'entre vous jouent ces mains straightforward, en payant ou se couchant généralement avec les petits As/Rois, et en relançant la plupart du temps avec les gros. Ce n'est certainement pas faux, mais on devrait également s'intéresser à une façon de jouer un peu différente, que beaucoup d'entre vous n'ont sans doute encore jamais envisagée.

Avec ces mains on ne doit pas forcément toujours faire un 3-bet afin de remporter directement le pot, ou bien espérer le remporter après un contibet en cas de call adverse, ou encore aller à l'abattage dans un pot moyen si on a effectivement touché quelque chose.

Les gros As/Rois sont justement prédestinés à être joués via un call face à un open-raise du Small Blind pour être ensuite joués post-flop avec la position. Si on se contente de payer avec ces mains, on provoque alors de très bonnes situations dans lesquelles on peut prendre un bon paquet de jetons à son adversaire en étant largement en tête. Si vous touchez ici le flop et que l'adversaire vous donne de l'action, vous le dominez alors la plupart du temps, sans qu'il s'y attende. Les joueurs médiocres accordent trop peu d'attention à la possibilité de domination, étant donné qu'ils partent du principe qu'en tant que TAG solide vous devez tout simplement relancer préflop avec des mains telles que AK, AQ ou KQ.

Vous pouvez tirer ici pas mal de value supplémentaire en jouant call flop / raise turn, ou encore call flop / call turn / call river, voire call flop / call turn / min-raise river, étant donné que l'adversaire va souvent essayer soit de vous bluffer, soit de faire des value bets vraiment marginaux avec une paire.

Il est bien entendu évident ici que AK, AQ, AJ, KQ sont des mains plus indiquées que A5, K8 ou QT. En cas de call avec ces dernières, le problème est que vous êtes vous-même souvent dominé. Et même si ce n'est pas le cas, l'adversaire a souvent un kicker du même genre qu'il joue passivement ou qui conduit à un pot partagé sur la river.

Les petits As ont justement ceci  de particulier qu'ils sont souvent trop forts pour un fold, un peu trop faibles pour un 3-bet, et que dans le cas d'un call ils ont tendance à gagner des petits pots et à en des gros. Ces mains doivent donc être jouées en fonction de l'adversaire. Des consignes telles que "on devrait toujours les coucher afin d'éviter des problèmes" sont ici suboptimales et non adaptées.

Plus loin dans l'article, nous verrons de plus prêt comment jouer en fonction de différents types d'adversaire. Vous découvrirez où se situe la force de ces mains et comment adapter votre façon de les jouer.

Quelle est l'influence du montant des relances adverses ?

Un point qui a été négligé jusqu'à présent et qui doit encore être étudié est la taille des relances préflop et son influence sur vos décisions. Vous devez vous intéresser principalement à deux aspects liés entre eux : La taille de la relance adverse et le tapis effectif. Vous ne devez jamais perdre de vue le rapport entre ces deux valeurs. Vous ne pouvez en aucun cas affirmer que vous allez toujours payer un min-bet sans tenir compte dans le même temps de la profondeur exacte des tapis.

Nous allons tout d'abord nous intéresser à plusieurs adaptations possibles face à différentes tailles de relance pour un tapis effectif de 100 BB. Nous verrons ensuite quelles sont les modifications à apporter lorsque les profondeurs de tapis diffèrent.

L'ADVERSAIRE RELANCE ENTRE 2,5 BB ET 5 BB

Deux règles peuvent être formulées ici.

Plus votre main est facile à jouer post-flop grâce à l'avantage de position, plus vous devriez avoir tendance à vous contenter de payer la relance.

Cette phrase se comprend d'elle-même. En cas de relance faible vous pouvez jouer un plus grand nombre de mains de façon profitable à partir du flop et vous avez donc tendance à payer avec des mains plus faibles plutôt que de les coucher. Vous avez en effet une profondeur de tapis généralement encore suffisante pour pouvoir extraire de la value en cas de très bon flop pour vous. Plus la relance est élevée, plus votre cote implicite est faible et plus la jouabilité de la main devrait être grande pour justifier un call.

Plus la relance adverse est élevée, plus vous devriez avoir tendance à faire un 3-bet.

Cette phrase demande par contre quelques précisions. Elle se base sur deux idées fondamentales.
La première est que plus la relance adverse est élevée,  moins vous avez besoin de fold equity pour une sur-relance de bluff, du fait du dead money qui est déjà dans le pot. S'ajoute à cela que vous allez devoir effectuer une sur-relance un peu plus élevée, étant donné que vous ne pouvez pas relancer du même montant un raise à 2.5 BB et un raise à 5 BB. Cette volonté affichée d'investir plus d'argent dans le pot préflop va impressionner l'adversaire et l'obliger à se demander s'il est vraiment prêt à engager tout son tapis ou non.
La deuxième idée est le fait que vous ne devriez pas permettre à l'adversaire d'acheter la possibilité de voir pratiquement tous les flops et de vous imposer un rôle passif, en investissant simplement un BB supplémentaire.

L'ADVERSAIRE RELANCE À 2 BB

Les fameux min-raises doivent être traités à part étant donné qu'il s'agit vraiment de quelque chose de très spécial, et qu'on devrait là encore s'adapter en fonction de l'adversaire. Pour beaucoup de joueurs (le fait qu'ils soient bons ou non est une question secondaire ici) un tel move s'accompagne de différents objectifs.

Un premier objectif peut être de voir le flop à moindre coût et de jouer contre un éventail vraiment faible, étant donné qu'il est vraiment possible de payer avec any two face à un min-raise. Un autre objectif peut être, à l'identique d'un complete/raise, de vous inciter à faire un 3-bet afin de pouvoir relancer de nouveau et vous mettre ainsi la pression maximale.

Tels sont les objectifs qui peuvent motiver un tel move préflop et que vous devez empêcher de se réaliser. C'est pourquoi, contre un adversaire très tricky, vous ne devriez pas forcément faire des 3-bets trop loose si vous êtes ensuite souvent obligé de vous coucher face à un 4-bet. Si à l'inverse l'adversaire se couche souvent en cas de 3-bet, ou bien se contente de payer, alors vous pouvez faire des 3-bets pour la value avec vos bonnes mains.

En plus de ses tendances de jeu préflop, vous devriez également vous intéresser au jeu post-flop de votre adversaire. Il y a par exemple une catégorie de joueurs un peu plus mauvais qui ont tendance à faire des min-raise pour se contenter ensuite d'un call systématique, avant de payer de façon très light au flop.

Si vous jouez contre de tels joueurs, vous ne devriez surtout pas entrer dans une forme de tilt et essayer systématiquement de les sortir du coup. Le fait de faire grossir le pot préflop avec des mains moyennes ou faibles s'il est ensuite impossible de faire coucher à l'adversaire sa bottom pair, constituerait tout simplement une erreur. Ici il vaut mieux jouer un poker d'école pour la value et avoir plutôt tendance à voir le flop pour ensuite faire des value bets marginaux si vous touchez.

N'oubliez jamais que face à un joueur tricky ou incapable de lâcher une mauvaise paire, vous feriez mieux de vous en tenir à un jeu solide et privilégier un call préflop pour ensuite profiter de l'avantage de la position post-flop et manipuler la taille du pot à votre guise.

Comment s'adapter à différentes profondeurs de tapis ?

Beaucoup de joueurs oublient d'adapter leur jeu en fonction de la profondeur des tapis. Ce paragraphe traite de ces ajustements pourtant nécessaires.

On distingue en général deux situations différentes, qui demandent des adaptations par rapport à un tapis standard de 100 BB. Il s'agit d'une part des tapis qui bien plus gros que 100 BB et d'autre part des tapis bien en dessous de cette valeur.

Les tapis sont nettement supérieurs à 120 Big Blinds

Plus les tapis restants post-flop sont élevés, plus les profits que vous pouvez réaliser grâce à votre avantage de position sont substantiels. Vous avez la possibilité d'amener vos adversaires à commettre des erreurs qui s'avèrent d'autant plus coûteuses pour eux. L'important est de toujours veiller à jouer pour un pot d'un montant acceptable.

Il ne sert à rien d'être deep de 170 BB dans un pot non relancé, si vous n'avez absolument aucune possibilité de pousser ces 170 BB au centre de la table en cas de situation favorable pour vous. Dans de telles situations deepstack, vous devriez toujours faire planer une menace sur l'adversaire en lui faisant sentir que chaque action peut l'amener à engager l'intégralité de son tapis.

Impossible de donner ici des consignes de jeux précises. Vous devez cependant comprendre que le jeu en deepstack requiert une plus grande habileté dans le jeu post-flop de votre part . Vous devriez savoir estimer correctement les textures de tableau, savoir dans quels cas il convient de jouer pour le contrôle du pot, et quand/comment on doit protéger. Vous devriez reconnaître les bons spots pour un bluff, être sûr du montant de vos mises et toujours vérifier si vous pouvez miser pour la value ou non.

Les tapis sont nettement inférieurs à 100 Big Blinds

Si vous jouez contre un adversaire ave un tapis de 95 ou 80 BB, alors votre jeu ne va pratiquement pas changer car cet écart est minimal. Mais si vous jouez contre quelqu'un qui a 50 BB, voire seulement 25 BB, alors il est plus intéressant et important de savoir comment s'adapter.

Si le tapis adverse se situe aux alentours de 50 BB, alors vous devriez veiller à ne pas faire de 3-bet préflop trop lights, étant donné que le tapis adverse est alors parfait pour un push de resteal, que vous ne pourrez payer qu'avec des mains vraiment bonnes. Et comme votre avantage de position post-flop peut être particulièrement bien exploité contre ces joueurs, vous devriez éviter de vous faire sortir trop facilement du coup préflop.

D'ailleurs, qu'est-ce qui fait que cette profondeur de tapis vous permet d'utiliser particulièrement bien votre avantage de position ? Ceci réside avant tout dans le fait qu'avec la plupart des mains vous ne toucherez qu'une simple paire qui ne vous permet pas de jouer pour un gros pot. Un tapis de 50 BB est donc parfait pour jouer le contrôle du pot et remporter un pot moyen à l'abattage avec votre paire. Plus le tapis devient gros, plus vous devez éviter de donner la possibilité à l'adversaire de vous relancer. Vous ne pouvez donc pas toujours choisir la ligne la plus agressive. Mais si les tapis deviennent nettement inférieurs à 50 BB, alors le fait de finir broke avec une simple paire ne vous pose plus trop de problème.

S'ajoute à cela le fait qu'avec ces tapis vous trouverez de temps en temps de bons spots pour un float au turn ou bien un semi-bluff. Vous obtenez souvent une très grosse fold equity, étant donné que pour l'adversaire, au moindre move c'est pratiquement son tapis qui est en jeu, et ce indépendamment de l'objectif qui est le vôtre pour votre float au turn.

Si vous jouez maintenant contre un adversaire vraiment shortstack, vous atteignez très rapidement un point où vous pouvez vous mettre all-in préflop avec des mains vraiment marginales. Il convient bien entendu pour ce faire de recueillir le maximum d'informations sur le petit tapis. S'il ne s'agit que d'un fish qui dilapide son argent en jouant, alors vous devriez choisir la ligne conservatrice et essayer de pouvoir jouer post-flop contre lui. Si vous jouez à l'inverse contre un shortstack "professionnel", alors vous allez avoir un peu plus de problèmes. Vous n'avez aucun autre choix que de jouer vous-même suivant une stratégie du petit tapis optimale. En tant que joueur Big Stack cela ne sera sans doute pas facile pour vous, étant donné que cet exercice vous demande de bien maîtriser les éventails de push.

Un bon joueur shortstack a deux moves dans son arsenal : il push directement ou bien il se contente d'une relance de steal standard.

L'ADVERSAIRE PUSH DIRECTEMENT

Suite à un push adverse, vous n'avez plus que deux possibilités. Call ou fold. Rien d'autre. En fonction de vos hypothèses sur l'éventail de push adverse vous pouvez alors essayer de déterminer si vous avez un call EV+ ou non.

Le problème consiste bien entendu à procéder aux ajustements les plus adaptés à l'éventail de push adverse. Est-ce qu'il push systématiquement dans une telle situation ou bien se contente-t-il de le faire de temps en temps ? Dans quelle mesure sont éventail de push est-il influencé par la taille de son tapis actuel ?

En fonction de vos hypothèses sur l'éventail de push adverse, vous prenez l'une ou l'autre décision. Ok, si vous avez AA alors l'éventail adverse n'est pas si important, mais malheureusement ce ne sera pas toujours le cas.

Si vous êtes capable d'estimer l'éventail adverse, alors voici les étapes qui vous permettront de déterminer si vous avez un call EV+.

  • Évaluer le montant du tapis adverse (en Big Blinds)
  • Calculer votre equity face à cet éventail avec l'Equilator.
  • Injecter ces deux valeurs dans la formule ci-dessous et calculer le résultat.

S : Stack de l'adversaire en BB
E : Equity de votre main contre l'éventail de push adverse

EV = E * (S+1) – [(1-E) * (S-1)]

Si vous obtenez un résultat positif, alors c'est un call. Sinon, c'est un fold.

Exemple

Estimation de l'éventail adverse : 22+, A8o+, A5s+, KT+, QT+

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 30$
Hero: 200$

Preflop: Hero is BB with A , 9
3 folds, SB raises to $30 (All-In), Hero ???

Votre equity est de 44,39%.
Le tapis adverse est de 15 BB.

On a donc :

E = 0,4439
S = 15

EV = E * (S+1) – [(1-E) * (S-1)]
EV = 0,4439 * (15+1) – [(1- 0,4439) * (15-1)]
EV = 7,1024 – 7,7854

EV = -0,683

Un call est d'après ces hypothèses EV- et vous devriez donc vous coucher.

Cette méthode vous permet au moins de vérifier a posteriori si un call était EV+ ou non. En cours de jeu, de tels calculs sont malheureusement impossibles.

Cependant, afin de pouvoir trouver des call EV+ contre les petits tapis qui push suivant les rankings de Sklansky-Chubukov, vous avez la possibilité de préparer un tableau récapitulant les différents éventails de call. Ceci n'apporte bien entendu quelque chose que si l'adversaire suit strictement ces rankings pour ses push. Avec un peu d'effort et l'Equilator, une telle vue d'ensemble devrait donc être possible.

L'ADVERSAIRE FAIT UNE RELANCE DE VOL DE BLINDS STANDARD

Dans ce cas vous votre décision ne se résume pas à un call ou un fold. Vous avez désormais l'option du reraise. L'important avec un reraise est le fait que vous vous retrouvez de ce fait pot committed et que vous allez forcément voir les 5 cartes communes. C'est pourquoi contre un petit tapis vous devriez pusher directement, car en cas de push adverse suite à une simple relance vous devriez payer de toute façon.

Cas 1: Vous vous décidez pour un resteal

Dans cette situation il est très important de savoir comment joue le shortstack. Est-ce qu'il est capable de se coucher face à une sur-relance ou bien a-t-il déjà décidé avec son raise de finir de toute façon all-in préflop ? Il est extrêmement important d'être capable d'avoir une idée là-dessus. Est-ce que vous avez de la fold equity ou bien devez-vous uniquement compter sur la force de vos mains ?

Si vous considérez qu'un push ne vous apportera aucune fold equity, alors vous devriez essayer d'estimer l'éventail adverse et déterminer votre EV comme précédemment.

S : Stack de l'adversaire en BB
E : Equity de votre main contre l'éventail de push adverse

EV = E * (S+1) – [(1-E) * (S-1)]

Si vous pensez au contraire qu'un push va s'accompagner d'une certaine fold equity, alors quelques étapes supplémentaires vont être nécessaires avant de pouvoir calculer votre EV pour un push. Vous devez bien sûr de nouveau commencer par effectuer des hypothèses sur l'éventail adverse, pour ensuite calculer votre equity contre cet éventail.

Une fois que c'est fait, vous pouvez calculer la fold equity nécessaire à l'aide de l'inégalité suivante :

R : Montant de l'open-raise adverse (en BB)
S : Stack de l'adversaire en BB
E : Equity de votre main contre l'éventail de call adverse
f : Fold equity nécessaire

0 < f * (r+1) + (1-f) * [E * (S+1) – (1-E) * (S-1)]

Grâce à cette valeur ainsi qu'à l'éventail de call adverse, vous pouvez maintenant calculer avec quel éventail l'adversaire devrait avoir relancé pour que celui-ci contienne suffisamment de mains qu'il est capable de coucher et rende ainsi votre push EV+.

Exemple

Estimation de l'éventail adverse : 22+, A8o+, A5s+, KT+, QT+ (20,06%)

SB: 30$
Hero: 200$

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

Preflop: Hero is BB with A , 9
3 folds, SB raises to $6, Hero reraises to $30

Votre equity est de 44,39%.
Le tapis adverse est de 15 BB.

E = 0,4439
S = 15

0 < f * (r+1) + (1-f) * [E * (S+1) – (1-E) * (S-1)]
0 < f * (3+1) + (1-f) * [0,4439 * (15+1) – (1- 0,4439) * (15-1)]
0 < 4f + (1-f) * [7,1024 – 7,7854]
0 < 4f + (1-f) * (-0,683)
0 < 4f –0,683 + 0,683f
4,683f > 0,683
f > 0,1458

f > 14,58%

Vous pouvez maintenant calculer quel devrait être la largeur de l'éventail d'open-raise oR.

oR = 0.2006 / (1 – 0.1458) = 0.2348

oR = 23.48%

Ceci correspond à l'éventail d'open-raise 22+, A5o+, A2s+, KT+, QT+ et signifie que l'adversaire couche A5o-A7o et A2s-A4s contre votre push.

À partir du moment où l'adversaire relance avec un éventail plus large et paie votre push avec l'éventail de call envisagé, alors votre push est EV+.

Cela peut sembler très mathématique, mais ce sont justement ces connaissances de base qui vous seront très utiles pour l'analyse de votre jeu en dehors des tables et qui vous permettront peut-être de remarquer que vous êtes trop loose ou trop tight dans ce genre de situation. À travers ces analyses d'éventails vous pouvez justement mettre votre intuition à l'épreuve et l'améliorer afin de prendre un nombre toujours plus élevé de bonnes décisions en cour de jeu.

Le lien suivant vous permet de télécharger une table Excel qui vous permettra d'effectuer ces calculs : Tables Excel pour le jeu contre les shortstack et les 4-bets agressifs

Il ne faut surtout pas oublier la possibilité qu'un adversaire push directement selon les rankings de S-C avec les mains les plus faibles, et qu'il relance normalement avec ses meilleures mains afin de vous inciter à un push. L'éventail d'open-raise d'un tel adversaire est très tight et vous n'obtiendrez aucune fold equity via un raise. Si vous savez que l'adversaire applique cette stratégie alors vous devriez vous-même adopter un éventail de sur-relance encore plus resserré avec lequel vous pushez directement !

Cas 2: Vous payez préflop et voyez le flop

En plus du resteal vous avez l'option du flat call, qui vous permet de voir ce que vous touchez au flop et de jouer post-flop avec la position. Pas possible ici de donner des formules mathématiques. Vous devrez cependant tenir comte des points suivants.

  • Plus le tapis effectif est faible, moins votre avantage de position a de valeur post-flop

    Avec des petits tapis le moindre bet vous rend pratiquement pot committed vous et votre adversaire, et les options de jeu s'en trouvent donc réduites. Avec ces tapis vous ne pouvez ni faire de float, ni tenter de semi-bluff du fait que vous n'obtiendrez jamais la fold equity suffisante. S'ajoute à cela le fait que le contrôle du pot passe complètement au second plan. Les énormes avantages que vous procure la position ne vous sont plus d'aucune utilité, étant donné qu'en cas de hit il s'agit uniquement de décider si vous allez finir broke ou non.

  • L'adversaire a la possibilité d'agir avant vous au flop

    Avec des gros tapis c'est un avantage pour vous étant donné que vous disposez d'informations supplémentaires par rapport à votre adversaire. Mais contre des petits tapis c'est plutôt un inconvénient étant donné que l'adversaire n'a pas forcément besoin d'avoir une main pour faire son contibet, alors que de votre côté vous devez avoir une main pour pouvoir réagir agressivement. Dans cette situation, lorsque les deux joueurs sont passés à côté du flop, c'est souvent celui qui mise en premier qui remporte le pot. L'adversaire possède donc un avantage car il a toujours la possibilité de miser en premier.

  • Un bon joueur shortstack connaît parfaitement les points précédents

    Si vous jouez contre un adversaire faible et passif post-flop, alors un call préflop peut être une très bonne option car vous pouvez souvent remporter le pot sans abattage. Mais un bon joueur shortstack sait pertinemment qu'il dispose d'avantages et il va les utiliser à loisir. Vous ne pouvez pas partir du principe qu'un bon joueur va coucher une main avec laquelle il se trouve pot committed suite à son contibet, alors que ce serait tout à fait envisageable dans le cas de mauvais joueurs.

Faites en sorte de toujours avoir à l'esprit les conséquences d'un call préflop et choisissez vos mains en conséquence. Vous avez besoin de mains avec une certaine showdown value, et vous devriez par exemple éviter de payer avec de petits connecteurs assortis qui n'ont pas assez de cote implicite pour un call.

Comment jouer contre un adversaire qui répond souvent à vos 3-bets par des 4-bets ?

Ici cela dépend directement du montant des 4-bets adverses. Est-ce que l'adversaire fait en sorte d'être pot committed ou bien fait-il de petits 4-bets avec lesquels il vous met certes sous pression, mais se laisse la possibilité d'un fold ?

Si vous jouez contre un adversaire agressif avant le flop, alors vous devriez lever un peu le pied avec vos mains à tirage et sur-relancer moins souvent. Vous devez vous adapter de façon active à cette agression et c'est votre éventail dans son ensemble qui s'en trouve quelque peu modifié.

Vos ajustements peuvent prendre deux chemins :

  • Vous faites moins de 3-bet, ce qui vous permet de faire des 5-bets pour la value en cas de 4-bet adverse.
  • Vous continuez à faire des 3-bets avec la même fréquence que d'habitude, mais avec un éventail quelque peu modifié, qui vous permet de placer plus souvent des 5-bets de bluff.

On peut en principe combiner ces deux possibilités en faisant moins de 3-bets et en compensant par des 5-bets de bluff plus fréquents.

Le premier ajustement peut être obtenu en retirant un certain nombre de mains à tirage de l'éventail ce qui conduit automatiquement à une fréquence de 3-bets inférieure. Ceci est particulièrement adapté contre les joueurs qui font en sorte d'être pot committed suite à leur 4-bet ou qui push directement.

Mais comment modifier votre éventail pour satisfaire au deuxième point ? Il vous suffit ici de réfléchir au type de mains avec lesquelles vous voulez faire un 5-bet de bluff. Ce sont naturellement des mains, qui ont une bonne equity contre l'éventail de call adverse, afin de ne pas vous retrouver totalement démuni avec 72o en cas de call. La règle est ici de faire des 3-bets avec les mains problématiques, à savoir les As petits et moyens (tout particulièrement les As assortis), afin de pouvoir bluffer ensuite via un push.

Voici à quoi pourrait ressembler une telle main :

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

SB: 215$, il fait très souvent des 4-bet contre vous dans les batailles de blinds
Hero: 200$

Preflop: Hero is BB with A , 4
3 folds, SB raises to $7, Hero reraises to $24, SB reraises to 56$, Hero reraises to 200$ (All-In)

Signalons au passage deux colonnes sur les 4-bets de bluff qui ont été proposées par Jan Samuelsen, responsable de la section No-Limit de PokerStrategy, dans le cadre du contenu additionnel :

4-Bets préflop (1ère partie)
4-Bets préflop (2ème partie)

Avec cette main d'exemple, on peut parfaitement voir à quel point les mathématiques nous sont utiles pour déterminer si un push  de (semi-)bluff est EV+.

Concernant le calcul qui va suivre, il convient de signaler qu'on ne tient pas compte du fait qu'une utilisation accrue du bluff permet d'être ensuite mieux payé avec les monsters. Si un bluff est seulement légèrement  EV+, voire même break even, vous pouvez sans doute ajouter quelques gains supplémentaires grâce à l'action que vous obtiendrez par la suite avec vos monsters.

Le calcul commence par quelques hypothèses sur différents éventails adverses. Nous allons partir de trois adversaires qui vont payer en cas de push de votre part chacun avec un éventail distinct.

  • Adversaire 1: QQ+, AK (2.6%)
  • Adversaire 2: TT+, AK (3.5%)
  • Adversaire 3: TT+, AQ+ (4.7%)

Votre equity contre chacun de ces adversaires est la suivante :

  • vs.  Adversaire 1: 29.7%
  • vs.  Adversaire 2: 30.7%
  • vs.  Adversaire 3: 30.7%

On ne voit pratiquement pas de différence au niveau de l'equity obtenue et on pourrait penser que finalement l'éventail adverse importe peu. Vu de cette manière, c'est effectivement le cas, mais vous verrez dans ce qui suit que l'éventail de call possède en réalité une grosse influence sur le fait qu'un push de bluff soit EV+ ou non.

L'étape suivante consiste à estimer la fold equity nécessaire pour que le push soit justifié. Si vous avez à peu près compris comment cela fonctionne, vous pouvez déjà vous imaginer que la fold equity nécessaire sera plus ou moins identique contre chacun de ces adversaires.


Fold equity contre l'adversaire 1 :

0 < f *(24+56) + (1-f) * (0.297 * (200+24) – (1-0.297) * (200-24))
0 < 80*f + (1-f) * (66,528 – 123,728)
0 < 80 * f + (1-f) * (-57,2)
0 < 80f –57,2 + 57,2f
137,2f > 57,2
f > 0,4169

f > 41,69%


Fold equity contre les adversaires 2 et 3 :

0 < f*(24+56) + (1-f) * ( 0,307 * (200+24) – (1-0,307) * 200-24))
0 < 80f + (1-f) * (68,768 – 121,968)
0 < 80f + (1-f) * (-53,2)
0 < 80f – 53,2 + 53,2f
133,2f > 53,2
f > 0,3993

f > 39,93%

À partir de la fold equity, vous pouvez calculer maintenant l'éventail de 4-bet adverse minimum pour qu'un 5-bet push de bluff soit EV+. 

Il suffit pour ce faire d'une ligne de calcul élémentaire :

Adversaire 1 : Éventail de 4-Bet = 0,026 / (1- 0,4169) = 0,0445 = 4,45% (Éventail : TT+, AQ+)

Adversaire 2 : Éventail de 4-Bet = 0,035 / (1- 0,3993) = 0,0582 = 5,82% (Éventail : 88+, AQo+, AJs+)

Adversaire 3 : Éventail de 4-Bet = 0,047 / (1- 0,3993) = 0,0782 = 7,82% (Éventail : 77+, Ajo+, ATs+, KQs)

Ce petit calcul vous permet de voir quel doit être l'éventail adverse minimum pour un 4-bet, afin que votre push soit EV+. Plus l'éventail réel s'élargit par rapport à ce minimum, plus votre push est EV+.

Le lien suivant vous permet de télécharger une table Excel qui vous permettra d'effectuer ces calculs :  Tables Excel pour le jeu contre les shortstack et les 4-bets agressifs

Voilà ce qu'on peut dire en gros concernant le 5-bet bluff. Mais l'ajustement de votre éventail n'est pas tout à fait terminé. Grâce à l'action supplémentaire qui va en découler et les éventails adverses un peu plus larges, vous avez maintenant la possibilité de faire des value push plus marginaux.

Votre éventail de value push ne va plus uniquement se composer de QQ+, AK. Étant donné que vous utilisez tout particulièrement les petits As assortis pour vos push, l'adversaire va souvent avoir tendance à payer également avec AQ voire même AJ. Vous devriez donc revoir vos exigences en matière de pocket paires à la baisse, étant donné que celles-ci profitent énormément de ces modifications de l'éventail adverse. Voici pour preuve un tableau dans lequel vous trouvez l'equity contre différents éventails. La pocket de référence sera 88.

Equity de 88 contre différents éventails

Éventail adverse Votre equity
QQ+, AK 35,85%
QQ+, AQ+ 41,83%
QQ+, AJ+ 44,96%
JJ+, AK 33,27%
JJ+, AQ+ 39,36%
JJ+, AJ+ 42,77%
TT+, AK 31,34%
TT+, AQ+ 37,33%
TT+, AJ+ 40,89%

Vous gagnez donc jusqu'à 9% d'equity avec vos pockets. Il s'agit d'une augmentation énorme. Dans notre exemple, vous auriez besoin de 44% d'equity pour pusher pour la value si l'éventail adverse de call était identique à l'éventail de 4-bet. Mais étant donné que votre adversaire ne va pas faire de 4-bet de façon aussi tight et que vous obtenez de la fold equity, vous pouvez pusher pour la value avec certaines pockets supplémentaires.

Il apparaît clairement que vous pouvez répondre à l'agression par une agression plus sélective. Si l'adversaire se rend compte que vous vous retrouvez le plus souvent all-in dans une situation avantageuse pour vous, il va alors réduire son agression. Et s'il ne s'en rend pas compte, vous avez alors trouvé une belle façon d'y répondre.

L'autre option serait de faire des 3-bets plus tight et de faire plus de call pour exploiter l'avantage de position post-flop contre les adversaires particulièrement agressifs. L'adversaire aura certes atteint son objectif en partie. Comme proposé précédemment, vous pouvez entreprendre dans ce genre de situation des calldowns plus light avec des mains moyennes. Plus vous estimez que votre avantage post-flop est élevé, plus vous pouvez tendre à utiliser cette approche et éviter les push de bluff préflop.

Comment jouer contre des small blinds qui jouent volontiers check/raise au flop ?

Vous ne voulez surtout pas voir de min-raise. Ici il suffit de faire moins de contibets, aussi bien si vous avez touché le flop que dans le cas contraire, afin de ne pas donner la possibilité à l'adversaire de faire un check/raise. Après un check/behind flop de votre part suivi d'un bet adverse au turn, deux possibilités intéressantes s'offrent à vous. Elles sont totalement inconnues de la plupart des adversaires qui sont alors pratiquement incapables de s'y adapter.

Vous pouvez jouer check/behind flop, raise turn ou bien check/behind flop, call turn, reevaluate river.

Ces deux lignes vous protègent contre un check/raise au flop et vous garantissent de la value avec vos bonnes mains grâce à l'avantage de la position.

Chaque ligne possède un sens particulier. Les paragraphes suivants traitent de leurs avantages et de leurs inconvénients.

CHECK BEHIND FLOP / RAISE TURN

Cette ligne prend toute sa force contre les adversaires agressifs "à une dimension", qui essaient souvent de voler le pot via un check/raise flop et qui vont ensuite très souvent miser de nouveau au turn en espérant arracher le pot.

Un raise turn vous permet alors d'arracher vous-même le pot. Vous n'avez même pas forcément besoin de showdown value, du fait que ce move s'accompagne le plus souvent d'une fold equity suffisante. Un autre avantage de cette ligne est que vous avez trouvé ainsi un moyen d'extraire énormément de value de vos monsters touchées au turn. Une double paire touchée au turn est par exemple parfaite pour stacker la top paire adverse. Mais cette ligne s'offre également pour un slowplay avec top set, lorsque vous jouez contre un adversaire qui tombe amoureux de ses paires et ne peut plus les lâcher.

CHECK BEHIND FLOP / CALL ANY TURN / REEVALUATE RIVER

Cette ligne vous permet souvent d'obtenir deux bets de bluff contre des adversaires agressifs (plus éventuellement une mise supplémentaire sur la river) tout en contrôlant la taille du pot. Si vous mettez l'adversaire sur un bluff après un check/raise flop de sa part et que vous avez l'intention de le catcher, le problème est qu'il a encore deux streets pour mettre son tapis au milieu. Cela peut donc revenir très cher dans le cas où vous vous trouvez en fait face à une meilleure main, ou bien si l'adversaire s'améliore au turn ou à la river.

Étant donné que vous ne montrez aucune agression au turn, il est clair que vous devez avoir une main avec un minimum de showdown value ou d'outs, afin de remporter suffisamment souvent le pot lors d'un éventuel abattage.

Un autre avantage de cette ligne est le fait que vous gardez ainsi la possibilité d'une éventuelle relance de bluff à la river, lorsqu'une scarecard vient à tomber. Beaucoup de joueurs ne croient pas qu'il puisse s'agir d'un bluff de la part d'un regular qu'ils classent généralement dans la catégorie des joueurs solides avec un jeu standard. Cette ligne vous permet donc éventuellement de corriger un leak dans votre jeu en équilibrant vos value raises sur la river avec des bluffs placés suivant un bon timing. Vous devriez cependant choisir minutieusement les spots pour de tels bluffs, car cela n'a aucun sens de relancer en cas de scarecard si vous êtes face à un "showdownmonkey" agressif, qui va payer malgré tout avec sa 2nd paire, good kicker.

Un inconvénient de cette ligne apparaît clairement. Si l'adversaire mise au turn mais se contente de checker à la river, alors vous avez provoqué une situation un peu bizarre. Si vous avez un busted draw, et vous ne savez pas si vous devez maintenant bluffer ou non, puisque la ligne adverse peut très bien ressembler à un check/call for bluffinduce. Si vous avez une main faite, alors vous avez la plupart du temps un value bet compliqué étant donné qu'avec cette ligne vous n'avez obtenu pratiquement aucune information sur la force réelle de la main adverse. Il s'agit donc ici de trouver le bon équilibre en ne faisant pas trop de value bets marginaux et en n'abandonnant pas trop de value à cause d'un jeu passif.

Si vous jouez contre un adversaire un peu tricky, capable de faire un check/raise river, que ce soit pour un bluff ou pour la value, alors votre décision devient encore plus difficile.

Les deux lignes requièrent certaines capacités de jeu post-flop, mais vous avez ainsi trouvé un bon moyen de vous protéger contre le check/raise flop. Si l'adversaire ne mise pas au turn, alors rien de grave, puisque vous avez obtenu une nouvelle information avec son deuxième check et que vous pouvez ainsi emmener des mains faibles avec de la showdown value (A-high) à l'abattage à moindre coût. De plus vous obtenez la possibilité d'effectuer un contibet différé avec des mains sans aucun potentiel. Ceci est particulièrement efficace lorsqu'une carte haute tombe au turn (A ou K). Et pour terminer, vous avez encore deux tours d'enchères pour extraire de la value de vos bonnes mains en misant.

Le check/behind flop est donc une arme efficace contre les adversaires qui ont trop tendance à faire des check/raise au flop afin de vous sortir du coup.

Comment jouer contre des adversaires qui ne font pas de contibet au flop ?

Dans cette situation cela dépend grandement de vos reads. Est-ce que vous évaluez votre adversaire comme un bon ou un mauvais joueur ? Que pense l'adversaire de vous ? Considère-t-il que vous êtes un TAG hyperagressif qui essaie d'exploiter tout signe de faiblesse ?

Les bons joueurs renoncent souvent à faire un contibet lorsqu'ils doivent jouer hors de position avec une main qui a une certaine showdown value et avec laquelle ils ne veulent pas trop faire grossir le pot. Ils n'auront que rarement une main à tirage étant donné qu'avec ces mains ils ont plutôt tendance à faire un contibet soit pour empocher le pot directement, soit pour le faire grossir afin d'obtenir plus de value s'ils viennent à le toucher.

Vous ne devriez donc pas tomber dans le piège qui consisterait à effectuer trois barrels de bluff consécutifs contre un bon regular. Ceci fonctionnera certes souvent contre des joueurs weak, mais contre un tel joueur cela n'a aucun sens, étant donné que son check au flop est la plupart du temps le signe d'une main faite moyenne.

Si vous avez touché quelque chose au flop, alors vous devriez avoir tendance à agir plus prudemment que d'habitude. Ici vous devriez agir en vous basant grandement sur la force de votre main et la texture du flop. Plus le tableau est favorable aux tirages plus vous devriez bien sûr protéger votre main, tout en étant capable de la coucher en cas de check/raise adverse. Si le tableau est sec et que vous avez une bonne main faite, vous n'avez pas besoin de miser pour protéger votre main et la seule chose qui peut se passer est que vous vous fassiez relancer ou que vous ameniez des mains plus faibles à se coucher. Vous devriez vous souvenir de l'expression "small hand, small pot" et prendre le check/behind.

Si vous avez une main faite qui est souvent en tête au flop mais qui est vulnérable (bottompair, no kicker) alors vous devriez la protéger dès le flop.

Quelles sont les erreurs à éviter à tout prix dans les batailles de blinds ?

Il y a deux choses à surveiller ici. D'un côté vous devriez faire en sorte de ne pas faire trop de continuation bets et vous faire sortir du coup trop souvent par des check/raise. Vous avez vu les alternatives qui s'offrent à vous dans le chapitre précédent.

Une autre erreur souvent commise est la tentation d'exploiter à tout prix son avantage de position à travers des moves douteux, afin d'essayer de sortir systématiquement l'adversaire du coup. Vous avez en effet un avantage de position que vous devriez utiliser suivant la situation. Ici c'est encore un jeu de base solide qui est requis. Attaquer sauvagement le pot en pensant que l'adversaire doit à tout prix coucher sa main puisqu'il est OOP et ne devrait pas se risquer à perdre un gros pot est tout simplement déraisonnable et totalement EV-.

En résumé

Après avoir lu cet article ainsi que le suivant sur Les bataille de blinds au Small Blind, vous aurez un aperçu complet du jeu Blind  vs Blind. Avec les idées qui vous ont été présentées ici, plus rien ne devrait vous empêcher de jouer profitablement les batailles de blinds depuis le Big Blind et de provoquer des maux de tête chez les adversaires qui devront batailler contre vous alors que vous avez la position sur eux.

Enfin, nous vous donnons une dernière fois le lien vers la table Excel qui vous aidera pour les différents calculs : Tables Excel pour le jeu contre les shortstack et les 4-bets agressifs