Mis à jour le 13 Mar 26 par

Bataille de blinds - Le jeu au Small Blind

Introduction

Dans cet article

  • Quel éventail utiliser
  • Comment s'adapter à différentes profondeurs de tapis
  • Comment jouer contre des adversaires agressifs / passifs
  • Comment jouer contre des regulars

En dehors de la défense classique, où vous défendez votre blind contre un joueur situé en dehors des blinds, il existe une autre situation de jeu très particulière qui se différencie grandement de toutes les autres situations de jeu en shorthanded - ou en full ring - et qui possède une dynamique qui lui est tout à fait propre : la bataille de blinds.

Par bataille de blinds on entend une situation dans laquelle tous les autres joueurs situés avant les blinds se couchent, donnant ainsi la possibilité au Small Blind d'ouvrir le tour d'enchère en étant first-in.

Cet article vous explique en détail le jeu au Small Blind dans une telle situation en vous indiquant les critères dont vous devez tenir compte ainsi que la meilleure façon de vous adapter aux adversaires.

Quelles sont les particularités du jeu SB vs. BB ?

On peut bien entendu commencer par se demander ce qu'une bataille de blinds a de si particulier et pourquoi on doit s'y adapter de façon spécifique. L'élément de réponse principal provient de la dynamique particulière qui accompagne tout match heads-up. En effet, la situation qui nous intéresse n'est au final rien d'autre qu'une version réduite d'un match heads-up se déroulant sur une table shorthanded ou full ring. Cela signifie que votre propre façon de jouer va dépendre énormément du jeu de l'adversaire et que vous devrez vous focaliser essentiellement sur la lecture des lignes de jeu adverses et l'exploitation de leurs faiblesses. Il vous est donc impossible de suivre une véritable approche standard qu'on pourrait considérer EV+ à 100%.

L'aspect psychologique passe ici au premier plan, même si vous ne pouvez pas lui accorder autant d'importance que dans un vrai match heads-up. L'intervalle de temps séparant deux situations de ce genre peut en effet être particulièrement grand, surtout aux tables shorthanded agressives. L'adversaire n'aura donc pas forcément un souvenir précis des situations de bataille de blinds précédentes et vous ne pouvez pas toujours partir du principe qu'il est encore sous le coup de l'énervement suite à votre dernier move open-raise/4-bet et qu'il va cette fois-ci avoir tendance à faire un 5-bet.

S'il joue sur plusieurs tables à la fois ou bien s'il est occupé à droite à gauche sur son PC en même temps qu'il joue au poker, l'adversaire aura le plus souvent oublié depuis longtemps les situations précédentes, chose qui n'arrivera jamais lors d'un match heads-up étant donné que les joueurs essaient toujours de s'adapter à leur adversaire.

En plus de l'aspect psychologique, cette situation de jeu a des conséquences directes sur vos mains. Du fait que vous êtes dans une situation heads-up, la force de vos cartes est considérablement modifiée. Vous aurez bien du mal à coucher votre top-paire / kicker moyen en cas de "raise flop, bet turn" adverse sur un tableau sec, alors qu'il s'agirait en temps normal d'un fold standard.

Mais vous ne pouvez pas non plus affirmer qu'un calldown avec top-paire est la ligne standard dans cette situation. Il est certes vrai que contre un seul adversaire la probabilité que vous ayez touché tous les deux un bon flop est plus faible, mais les tendances de jeu spécifiques à l'adversaire sont d'une telle importance que vous devez toujours essayer de vous y adapter.

C'est pourquoi les batailles de blinds requièrent le plus souvent une certaine dose de courage, afin d'être capable de faire confiance à vos reads et par exemple payer avec midpair no kicker contre une ligne "raise Flop / bet Turn / bet River" de la part d'un adversaire hyperagressif, afin de pouvoir ensuite catcher son bluff. Mais nous reviendrons plus en détail sur ces ajustements par la suite. Nous allons tout d'abord passer en revue quelques principes de base.

Quelle est la différence entre la bataille de blinds au Small Blind et la bataille de blinds au Big Blind ?

Ce qui nous intéresse ici est de savoir où réside la différence entre la bataille de blinds au Big Blind et au Small Blind. Pourquoi deux articles sur le sujet au lieu d'un ? N'est-il pas possible de jouer une bataille de blinds de façon pratiquement identique, indépendamment du fait qu'on ait payé le SB ou le BB ? Il s'agit pourtant de la même situation.

Il convient de préciser qu'il s'agit certes d'une situation identique, qui sera effectivement présentée de la même façon, mais qu'elle sera traitée de deux points de vue complètement différents. Et ces deux points de vue se distinguent principalement par la position que vous occupez.

Lorsque vous jouez au Small Blind, vous faites face à un désavantage de position de bout en bout, puisque vous devez jouez avant votre adversaire aussi bien avant qu'après le flop, celui-ci possédant donc un avantage d'information sur vous. Votre première action ne vous donne jamais la possibilité de fermer un tour d'enchères et vous n'avez ainsi aucun contrôle sur la taille du pot. Vous courez donc en permanence le risque de devoir jouer avec une main marginale dans un gros pot suite à une relance adverse. C'est un désavantage énorme, car vous vous retrouvez très souvent dans des situations marginales, où vous n'avez pratiquement aucun edge contre un bon adversaire, et jouez dans le meilleur des cas break-even.

Votre préoccupation est donc ici d'éviter de perdre trop d'argent dans de telles situations. Et requiert une autre façon de jouer que celle de votre adversaire qui se trouve au Big Blind.

 

Open-raise ou complete ?

Il convient tout d'abord de répondre à la question suivante : avec quelles mains devriez-vous relancer et avec quelles mains devriez-vous vous contenter de compléter ?

Il  n'est pas possible de répondre à cette question dans l'absolu et c'est d'ailleurs très bien comme ça, elle est en effet trop simplifiée et ne pourrait conduire qu'à des réponses simplistes et donc  incorrectes. Votre décision ne dépend pas uniquement de votre propre main, elle dépend également très fortement des tendances de votre adversaire.

Si l'on examine brièvement la situation d'un point de vue mathématique, alors il apparaît clairement que vous avez toujours la cote pour compléter votre blind. Votre cote pour un call est de 3:1 et vous avez donc besoin d'une equity de 25% pour pouvoir payer de façon EV+. Vu sous cet angle, vous devriez donc compléter avec n'importe quelle main étant donné que EV(call) > EV(fold). Il s'agit cependant d'une vision pour le moins restreinte des choses.

Vous négligez complètement dans votre approche le fait que vous ne fermez pas le tour d'enchères et que vous ne pouvez donc jamais être sûr que le Big Blind ne va pas relancer et vous faire payer un prix plus élevé pour voir le flop. Vous oubliez de plus qu'une telle approche implique que vous allez jouer post-flop sans la position et sans l'initiative, contre un adversaire qui peut avoir n'importe quelles cartes.

La stratégie de base recommandée est donc le "raise or fold", qui vous permettra par la même occasion de mieux identifier les tendances adverses. La raison en est simple. Un raise vous procure l'initiative et simplifie considérablement votre jeu post-flop contre un adversaire standard, car vous le mettez sous pression d'entrée de jeu et l'amenez à commettre des erreurs. S'ajoute à cela le fait qu'une stratégie agressive vous permet d'obtenir directement des informations sur les tendances de jeu préflop de l'adversaire.

Est-ce qu'il se couche trop souvent ? Si oui, alors c'est une bonne chose pour vous et vous pouvez continuer à exploiter cette tendance en tirant un profit immédiat de la situation. Si à l'inverse il a tendance à faire trop de call ou de reraise, alors vous pouvez également vous adapter en conséquence.

Si vous n'êtes pas agressif dès le début, alors ces informations vous font défaut et vous êtes incapable d'évaluer votre adversaire. De plus, un complete ne vous fournit aucun type d'information sur l'éventail de l'adversaire qui peut donc potentiellement avoir un monster sur n'importe quel flop. Si vos facultés de lecture de mains ne sont pas particulièrement développées, vous vous retrouverez alors dans des situationspost-flop très désagréables, dans lesquelles vous commettrez des erreurs en plus grand nombre. Or, si vous voulez être gagnant au poker, vous devez à tout prix éviter de commettre trop d'erreurs.

À combien relancer ?

En principe, on peut dire que le montant exact des relances n'a pas une grande importance. Il existe cependant quelques petites différences. La question à laquelle on doit donc répondre est la suivante : en étant au Small Blind avec un tapis effectif de 100 BB, vaut-il mieux relancer à 3 BB ou à 4 BB ?

On peut trouver des arguments en faveur de chacune de ces deux options. Une relance plus élevée permet d'avoir une fold equity plus grande, ce qui permet d'être moins souvent obligé de jouer post-flop sans la position.

Une relance plus faible a l'avantage de déboucher sur un pot de taille plus réduite dans le cas où vous êtes payé, ce qui vous permet ensuite de vous défaire plus facilement de votre main. On pourrait poursuivre ces raisonnements et examiner les arguments sous tous les angles. Mais au final c'est votre propre style de jeu qui fait que vous optez pour l'une ou l'autre de ces deux options.

La différence, si on admet qu'elle existe, aura de toute façon des conséquences différentes d'un joueur à l'autre, se répercutant de façon négative chez l'un, alors qu'elle a des effets positifs chez l'autre. Il s'agit donc de trouver la réponse qui vous convient le mieux, celle avec laquelle vous vous sentez le plus à l'aise. Un raise à 3.5 BB peut également être une option. Tout dépend de votre style de  jeu.

À quoi peut ressembler un éventail d'open-raise au Small Blind ?

On nous demande très souvent de donner des éventails standard, qu'il suffirait de résumer dans une table. Bien sûr, on pourrait prendre son crayon et essayer d'élaborer un éventail avec lequel il serait possible de faire un open-raise contre n'importe quel adversaire avec un tapis effectif de 100 BB.

On pourrait par exemple donner à la va-vite un éventail tout à fait crédible au premier abord : 22+, A2s+, K9s+, QTs+, T8s+, 95s+, 65s+, A2o+, KTo+, QTo+, 87o+

Coucher sur le papier un tel éventail afin de l'utiliser comme point de départ contre un joueur inconnu, pour ensuite le modifier au fur et à mesure qu'on obtient des informations supplémentaires sur l'adversaire, ne constitue en rien une erreur. Si l'on y regarde d'un peu plus près, on peut constater que cet éventail est loin d'être mauvais pour un début. Mais il contient tout de même de grosses erreurs, qu'il est facile de ne pas détecter dans un premier temps.

Les petits As doivent en particulier être réévalués à la baisse car ils sont trop facilement dominés. Il est difficile de jouer une main potentiellement dominée sans avoir la position. Dans les batailles de blinds, les petits As s'accompagnent donc toujours d'une cote implicite inversée. Vous devez absolument en être conscient.

C'est pourquoi on devrait parfois faire l'impasse sur certains As non assortis et ne relancer qu'à partir de A8o+.

Les mêmes arguments pourraient valoir pour les As assortis, mais il ne faut pas oublier que la possibilité de toucher des tirages couleur et de les jouer agressivement vous donnera une énorme cote implicite. Pas besoin donc de supprimer autant de mains que dans le cas des As non assortis. En fonction de ses propres sensations de jeu, on pourra décider de faire un open-raise systématique avec tous les As assortis ou préférer en laisser certains de côté.

Les petites pockets paires constituent une autre problématique pour notre éventail. Beaucoup de joueurs les jouent systématiquement depuis n'importe quelle position. Vous devez cependant avoir conscience du fait que dans une bataille de blinds, sans la position, vous serez le plus souvent amené à jouer vos petites pocket paires comme des mains de bluff, sans réelle possibilité de vous améliorer. Si vous ne touchez pas votre set au flop, vous devez le plus souvent jouer "bet/fold flop, bet/fold turn" ou "bet/fold flop, check/fold turn, check/fold river".

Si vous jouez contre un adversaire qui vous entraîne dans des situations délicates avec ses calls post-flop, alors vous devriez commencer à envisager de supprimer les pockets les plus faibles de votre éventail. En cas de call adverse suite à votre contibet, vous n'avez pratiquement aucune chance de gagner un abattage sans amélioration. À partir de 66 ou 77 vous avez considérablement plus de chances de remporter un abattage contre un adversaire qui a décidé de payer votre contibet avec une paire inférieure touchée au flop. 

Contre un adversaire inconnu et si vous êtes relativement à l'aise avec ces situations de jeu post-flop, vous pouvez garder ces mains dans votre éventail dans un premier temps. Si vous remarquez par contre que vous avez du mal à les jouer après un contibet, alors il n'y a alors aucune honte à ne plus faire d'open-raise avec ces mains.

Au final, vos éventails devraient se composer de deux types de mains :

  • Les mains qui ont de bonnes chances de donner top-paire au flop
  • Les mains avec une bonne jouabilité et un gros potentiel

Comme évoqué plus haut, ces deux catégories contiennent des exceptions. Il est clair que A4o a une bonne equity contre la plupart des éventails de call et peut parfaitement toucher une top-paire, mais la cote implicite inversée est alors énorme. Chacun est libre décider où il place la frontière. L'important est de ne pas se laisser embarquer préflop dans des situations post-flop inextricables.

Vous voyez donc qu'il est possible de définir un éventail standard. Vous devriez cependant être conscient du fait qu'il vaut toujours mieux avoir tendance à jouer relativement tight afin de compenser le désavantage de position post-flop. Une fois que vous avez plus d'informations sur l'adversaire, vous pouvez adapter votre éventail en conséquence.

Comment s'adapter à différentes profondeurs de tapis ?

Beaucoup de joueurs oublient d'adapter leur jeu en fonction de la profondeur des tapis. Ce paragraphe traite de ces ajustements pourtant nécessaires.

On distingue en général deux situations différentes, qui demandent des adaptations par rapport à un tapis standard de 100 BB. Il s'agit d'une part des tapis qui bien plus gros que 100 BB et d'autre part des tapis bien en dessous de cette valeur.

Les tapis sont nettement supérieurs à 120 Big Blinds

Avec de telles profondeurs de tapis, il est évident que votre désavantage de position va se répercuter très négativement post-flop, étant donné qu'un bon adversaire va payer plus facilement vos open-raises préflop afin de pouvoir exploiter au maximum son avantage de position post-flop.

Afin d'y remédier, vous devriez adapter votre éventail et avoir tendance à relancer avec un plus grand nombre de mains spéculatives afin de bénéficier de l'énorme cote implicite associée. Beaucoup de joueurs considèrent que top-paire-top-kicker dans une bataille de blinds représente la nut, en oubliant de tenir compte de la profondeur des tapis. En décalant votre éventail (décaler dans le sens où vous relancez avec un plus grand nombre de mains spéculatives tout en couchant un plus grand nombre de mains dominées), vous exploitez pleinement ce manque de vigilance adverse. Vous pouvez ainsi choisir les mains avec lesquelles vous allez jouer les gros pots en étant OOP, et réduisez le risque de devoir jouer une main dominée sans la position.

Dans une telle situation on devrait donc renoncer à relancer avec des mains comme A6, K9 ou équivalent, car même s'il est vrai qu'on gagnera un plus grand nombre de petits pots, on n'échappera jamais au risque d'être dominé. On devra donc s'efforcer d'aller à l'abattage en investissant le moins possible, ce qui est pratiquement impossible. Afin d'éviter ces situations, un fold préflop est absolument recommandé !

Si vous jouez contre un adversaire qui a tendance à faire un plus grand nombre de 3-bets lorsque les tapis sont profonds, vous ne devriez pas vous laisser aller à payer trop souvent pour la cote implicite sans avoir la position, pour ensuite jouer straightforward. La cote implicite dépend très fortement de la position. Comme il vous est très difficile de mettre tout votre tapis au milieu dans une situation favorable sans avoir la position, vous devriez éviter de payer les 3-bets avec un trop grand nombre de mains spéculatives avant le flop.

Ici il convient de déterminer jusqu'où l'adversaire est prêt à aller préflop. Avec un 4-bet d'un montant bien choisi, vous obligez l'adversaire à choisir entre jouer son tapis ou se coucher. Suivant que l'adversaire est prêt ou non à jouer pour 140 BB préflop avec des mains comme 88 ou AJ, vous devriez avoir tendance à faire plus de 4-bets (si il n'est pas prêt à se mettre all-in avec ces mains) ou bien réduire votre éventail d'open-raise afin de pouvoir mettre plus souvent votre tapis au milieu en tant que favori.

Une autre possibilité pour réagir face à des 3-bets incessants, qui doit cependant être manipulée avec précaution, est la suivante : Vous commencez à payer les 3-bets préflop. Mais votre décision n'est pas uniquement motivée par la cote implicite. Votre objectif principal en payant est de déstabiliser ensuite l'adversaire via des donkbets à 1/2 ou 2/3 du pot, au flop ou au turn, vous permettant ainsi d'empocher des pots de taille moyenne.

Pour ce type d'ajustement, vous devriez toujours vous demander au préalable si l'adversaire en question a déjà attiré votre attention avec des raises de bluff post-flop. En effet, contre un adversaire qui relance à loisir contre de tels donkbet dans un pot sur-relancé, cette ligne vous conduit uniquement à jeter l'argent par les fenêtres.

Si l'adversaire est à l'inverse très weak et straightforward, il se couchera encore plus souvent face à votre donkbet flop si le pot a été sur-relancé. Il abandonnera également une grande partie de son éventail si vous différez votre action et attendez le turn pour pusher directement en étant pot commited. Si votre éventail est bien équilibré dans cette situation, à savoir que vous utilisez également ce move avec des sets et des tirages couleur max, l'adversaire aura bien du mal à jouer contre vous.

Il est surtout profitable de jouer ainsi contre les adversaires weak-tight, qui dans de gros pots ont plus tendance à se coucher qu'à pusher. Ils commenceront alors à réduire leur éventail de 3-bet. Si vous utilisez ce move avec un bon timing et si votre éventail contient également AA et KK, alors vous pouvez convertir ceci en une situation vraiment EV+.

Il ne s'agit cependant que d'une suggestion à manipuler avec précaution. Elle s'accompagne d'une bonne dose d'actions vraiment douteuses et on risque rapidement de se retrouver à donker trop souvent au flop, ou bien à faire des push de bluff au turn sans même faire attention à la force de sa main.

Vous devez donc réfléchir par vous-même aux adversaires et aux tableaux adaptés pour cette ligne de jeu. Vous constaterez qu'en vous consacrant à l'étude complète d'une telle ligne, vous parviendrez à une meilleure compréhension du jeu ainsi qu'à une meilleure lecture des situations, étant donné que vous aurez couvert ainsi l'ensemble des lignes possibles.

De façon générale, il est particulièrement important en étant deepstack de déchiffrer les tendances adverses et d'adapter son éventail préflop en conséquence. Si vous vous contentez de continuer à jouer avec votre éventail standard et que vous avez ensuite en permanence l'impression que l'adversaire utilise la profondeur des tapis à son avantage, alors le tilt vous guette, ce qui en deepstack aura des conséquences particulièrement négatives sur votre winrate.

Les tapis sont nettement inférieurs à 100 Big Blinds

Si vous jouez contre des tapis de 95 BB ou 80 BB, alors vous n'avez pas spécialement besoin d'adapter votre jeu. Mais si vous jouez contre des tapis de 50 BB, voire même contre un shortstack de 25 BB ou moins, alors vous devriez commencer à vous demander dans quelle mesure vous devriez adapter votre jeu.

L'adaptation de votre jeu peut prendre deux chemins différents, qui peuvent également être combinés entre eux.

Vous pouvez d'un côté conserver le même éventail en modifiant le montant de vos mises afin de satisfaire aux exigences de la situation.

La deuxième possibilité est de continuer à miser de la même façon, en modifiant cette fois-ci votre éventail.

Votre choix dépendra comme toujours de vos préférences et de l'adversaire.

Contre un shortstack qui maîtrise son jeu et utilise à la perfection son petit tapis dans les batailles de blinds grâce à un très bon éventail de resteal-push, vous êtes obligé d'adapter votre jeu conformément à la stratégie du petit tapis. Vous pouvez commencer à pusher directement, ou bien modifier votre éventail de sorte à avoir des décisions raise/fold ou raise/push faciles. Ces deux approches ont leurs avantages.

Avec un push vous utilisez de façon pratiquement parfaite la fold equity, comme si vous étiez en tournoi, étant donné que le shortstack devra pratiquement toujours avoir une main correcte pour  payer. Si vous continuez à relancer de façon standard, vous pouvez alors espérer piéger l'adversaire en l'amenant à pusher avec des mains dont l'equity est inférieure à celle de votre éventail de raise/call.

La réflexion suivante pourra vous servir de point de repère pour votre décision : Si vous cataloguez votre adversaire comme un shortstack "professionnel", alors vous devriez plutôt avoir tendance à choisir le push direct. L'adversaire maîtrise parfaitement les éventails avec lesquels il doit pusher face à une simple relance, ce qui fait que vous ne pouvez pratiquement pas espérer d'erreur de sa part.

Si vous pushez directement, alors l'adversaire peut seulement payer ou se coucher. Il doit donc essayer de déterminer votre éventail, ce qui lui sera bien difficile du fait que les shortstack "professionnels" jouent généralement sur de nombreuses tables à la fois et ont bien du mal à recueillir des vrais reads sur les éventails adverses. Plus le shortstack semble fort, plus vous devriez avoir tendance à opter pour le push direct. Si vous jouez contre un fish passif, qui ne sait pas utiliser son petit tapis, alors vous pouvez continuer à faire de simples relances, étant donné que vous pouvez obtenir une bonne fold equity post-flop via des mises de taille standard.

Tout ceci est bien joli, mais on ne sait toujours pas quelle ligne est plus adaptée contre quel type d'adversaire. C'est que nous allons voir plus en détail à travers une analyse un peu plus mathématique de chacune de ces deux approches.

LE PUSH ALL-IN DIRECT

Pour commencer vous avez besoin des principales variables qui interviennent dans cette situation.

S: Stack du petit tapis après déduction du blind (en Big Blinds)
p: Votre éventail de push (en %)
c: Éventail de call adverse (en %)
E: Equity de votre éventail de push contre l'éventail de call adverse

Fold equity:  f = 1 – c

Il y a maintenant trois scénarios possibles :

  • a) Vous couchez votre Small Blind -> Le shortstack gagne 1,5 BB, vous perdez 0,5 BB.
  • b) Vous pushez et le shortstack se couche -> Vous gagnez 1,5 BB, le shortstack perd 1 BB.
  • c) Vous pushez et le shortstack call -> Votre equity vous indique combien vous gagnez/perdez sur le long terme.

L'étape suivante consiste ensuite à déterminer l'équation donnant l'espérance de gain (EV) pour chacun de ces trois cas, avant d'ajouter les résultats et d'obtenir ainsi l'espérance de gain globale de la stratégie push-or-fold contre un petit tapis.

  • a) EV1 = (1-p) * (-0, 5 BB)
  • b) EV2 = p * (1-c) * (+1,5 BB)
  • c) EV3 = p * c * [E * (S + 1,5 BB) – (1-E) * (S + 0,5 BB)]

EVGlobale = EV1 + EV2 + EV3

Si on remplace chacune des équations dans l'équation globale, on peut alors procéder à une simplification ce qui nous économisera des efforts par la suite. Le détail de cette simplification est purement mathématique et ne présente pas un grand intérêt ici.

Voici l'équation simplifiée :

EVGlobale = p * [2 – 1,5*c + c * (2*E*S + 2*E – S –0,5)] – 0,5

Exemple

S = 20 BB
c = 77+, A9s+, AJo+, KJs+, KQo
p = 55+, A2s+, A2o+, K9s+, KTo+, QJ

Vous pouvez calculer votre EV à partir de ces informations. L'Equilator vous permet d'obtenir l'equity ainsi que les pourcentages associés aux éventails.

c = 9.35%
p = 24.13%
E = 40.185%

Vous pouvez calculer le résultat pour chacun des scénarios ou bien calculer directement l'équation globale. Afin d'avoir une vue d'ensemble et de prouver que les deux donnent le même résultat, nous allons effectuer les deux calculs.

EV1 = (1-0,2413) * (-0,5BB) = -0,37935BB
EV2 = 0,2413 * (1-0,0935) * (+1,5BB) = 0,328107675BB
EV3 = 0,2413 * 0,0935 * [0,40185 * (20BB + 1,5BB) – (1- 0,40185) * (20BB + 0,5BB)] = -0,081724702BB
EVGlobale = -0,37935BB + 0,32810BB – 0,08172BB = -0,132967BB

Ou bien

EVGlobale = 0,2413 * [ 2- 1,5 * 0,0935 + 0,0935 *(2 * 0,40185 * 20 + 2 * 0,40185 – 20 –0,5)] –0,5 = -0,132967BB

Si vos hypothèses sur l'éventail de call adverse sont correctes, on voit que l'éventail de push est loin d'être parfait puisqu'il supposerait des pertes sur le long terme. Votre éventail de push n'est sans doute pas complètement faux, étant donné que vous obtenez tout de même une EV supérieure à la stratégie qui consisterait à coucher 100% de vos mains (EVfold = -0.5 BB).

Mais votre objectif ne doit pas seulement être de faire mieux que la stratégie du 100% fold. Il s'agit d'obtenir l'EV maximum dans chaque situation. La seule façon d'obtenir un meilleur résultat est de s'amuser à modifier votre éventail et de voir quelle est l'EV obtenue.

Si vous pushez avec le top 50% des mains, vous obtenez alors le résultat suivant :

p = 49.32% = 22+, A2s+, K2s+, Q2s+, J6s+, T7s+, 98s, A2o+, K2o+, Q6o+, J7o+, T9o
E = 35.345%
EVGlobale = +0.15684BB

Si vous pushez any2 (p = 100%, E = 31,505%), vous obtenez alors :

EVGlobale = +0.6802BB

On peut penser qu'il s'agit de l'EV maximum, étant donné qu'avec des tapis aussi petits vous devez surtout faire attention à ne pas trop perdre d'argent en faisant des open-folds. C'est la raison pour laquelle vous pouvez accepter une diminution de votre equity qui est alors compensée par l'élargissement de votre éventail. Si les tapis sont plus gros, il arrive un moment où le processus s'inverse et où la diminution de votre equity entraîne des pertes supérieures à ce que l'élargissement de votre éventail vous permet de gagner.

Cette méthode vous permet donc de déterminer l'EV maximum à partir de vos hypothèses sur l'éventail adverse, pour une profondeur de tapis donnée, en testant différents éventails de push.

Pour faire plus simple vous pouvez utiliser la table Excel suivante : EV d'un push first-in

Il vous suffit d'introduire vos valeurs et l'EV sera automatiquement calculée. Avec un peu d'application, vous avez donc la possibilité d'établir de bons éventails de push contre différents adversaires et pour différentes profondeurs de tapis.

En plus de cette méthode qui consiste à essayer de pusher de façon EV+ depuis le SB en fonction de l'adversaire, il existe une autre possibilité permettant d'obtenir des éventails de push qui seront EV+ contre tous les adversaires.

On utilise pour ce faire les Rankings de Sklansky-Chubukov afin de savoir si on peut pusher avec une main donnée.

Expliquer ici les concepts associés et leur mise en pratique nous ferait sortir du cadre de cet article. Vous pouvez toutefois en apprendre un peu plus sur les rankings de Sklansky-Chubukov et les push préflop ici.

L'article en question a certes été élaboré en adoptant le point de vue de la stratégie du petit tapis, mais en tant que bigstack vous pouvez tout à fait appliquer cette stratégie lorsque vous jouez contre un shortstack en étant first-in au SB, puisque le tapis effectif vous convertit également en shortstack.

Il est maintenant intéressant de voir dans quelle mesure on peut étudier la ligne raise/call - raise/fold d'un point de vue mathématique.

LA LIGNE RAISE/CALL OU RAISE/FOLD

Là encore vous avez besoin des différents paramètres pour commencer.

S: Stack du petit tapis après déduction du blind (en Big Blinds)
r: Votre éventail d'open-raise (en %)
rbb: Montant de votre open-raise (en BB)
c: Éventail de call adverse (en %)
p: Éventail de push adverse (en %)
pc: Votre éventail de call du push adverse (en %)
E: Equity de votre éventail de call contre l'éventail de push adverse

Fold equity : f = 1 – cH – pH

Examinons maintenant le déroulement possible de la main :

  • a) Vous couchez votre SB -> Le shortstack gagne 1,5 BB, vous perdez 0,5 BB.
  • b) Vous relancez et le shortstack se couche -> Vous gagnez 1,5 BB, le shortstack perd 1 BB.
  • c)  Vous relancez, le shortstack push, vous vous couchez -> Le shortstack gagne 1 BB+rbb. Vous perdez rbb.
  • d)  Vous relancez, le shortstack push, vous payez -> Votre equity vous indique combien vous gagnez/perdez sur le long terme. .
  • e)  Vous relancez, le shortstack call -> Vous n'avez aucune idée de ce que vous perdez ou gagnez post-flop sur le long terme, et il n'est pas possible de faire des hypothèses

Vous constatez qu'il y a maintenant cinq scénarios possibles. Cela ne vous dérange pas à partir du moment où vous avez la possibilité de calculer l'espérance de gain. Mais c'est bien là le problème. C'est tout simplement impossible. Du fait de la complexité du jeu post-flop, vous n'avez aucune possibilité acceptable d'y parvenir, sauf à émettre des hypothèses irréalistes (une hypothèse pourrait être par exemple que l'adversaire ne joue que push-or-fold au BB) qui risqueraient de fausser le résultat.

Vous avez donc un problème. Vos hypothèses ne vous permettront d'obtenir aucun résultat valable, et ce même si vous connaissez parfaitement les éventails adverses, car le jeu post-flop est bien trop complexe pour pouvoir être représenté et résolu de façon mathématique.

D'une façon générale, vous devriez considérer dans une telle situation qu'il est complètement erroné de jouer systématiquement raise/fold avec des mains comme QTo ou A6o, sans avoir une idée approximative de l'éventail  adverse et de la façon dont vous allez jouer contre lui au flop. Avant de vous lancer dans une telle entreprise, il serait plus judicieux de réfléchir aux éventails de call adverses et d'essayer d'élaborer un bon éventail de push afin de pouvoir trouver un all-in direct. Les mathématiques pourront cette fois-ci vous venir en aide.

Si le shortstack possède cependant un éventail de push très tight et a tendance à faire des calls préflop, pour ensuite jouer en mode "fit or fold" au flop, alors vous pouvez continuer à relancer normalement car cet adversaire ne va pas vous éjecter trop souvent hors du coup préflop. Contre un tel adversaire vous avez deux types d'ajustements possibles, que vous pouvez utiliser séparément ou en les combinant.

  • Vous élargissez votre éventail de raise
  • Vous augmentez le montant de vos relances

Ces deux approches poursuivent le même objectif en suivant des chemins quelque peu différents. Vous voulez sanctionner l'adversaire pour son jeu weak-tight en lui volant régulièrement le pot lorsque vous n'avez rien touché ni l'un ni l'autre, en l'amenant à coucher une main supérieure à la vôtre ou bien à abandonner une énorme part d'equity du pot.

La première de ces deux options vous permet de voler un grand nombre de petits pots. La deuxième vous donne la possibilité de voler quelques gros pots.

Dans de telles situations vous devriez également avoir une idée approximative de votre equity au flop face à une main faite, et ne pas forcément faire un instafold en cas de relance adverse. Si la cote est suffisante, alors c'est le call qui s'impose.

Voici un exemple de situation dans laquelle on ne doit pas forcément se coucher même si l'on sait que l'adversaire joue en mode "fit or fold".

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 35$, shortstack weak-tight
Hero: 200$

Preflop: Hero is SB with A , T
3 folds, Hero raises to $7.00, BB calls $5.00.

Flop: ($14.00) K , 8 , J (2 players)
Hero bets $10.00, BB raises to $28.00, Hero ???.

Vous devez payer 18 $ pour en gagner 52, la cote du pot pour un call est donc de 2.88:1. Vous avez besoin d'une  equity de 25.7% contre l'éventail adverse pour que votre call soit EV+.

Étant donné que vous partez forcément du principe qu'il s'agit d'une main faite chez l'adversaire, voici un éventail possible :

  • Sets (JJ, 88)
  • Double paire (KJ, K8, J8)
  • Top-paire (KQ, KT, K9)
  • Middle paire (AJ, QJ, JT, J9)
  • Bottom paire (A8, T8, 98)
  • Pocket paires moyennes (TT, 99, 77)

Votre equity globale contre cet éventail est d'environ 30.1%. Vous avez donc ici un call EV+ et ne devriez pas vous coucher !!

Vous pouvez constater que même si vous tombez de temps en temps sur un set, cela ne signifie pas forcément que le call soit mauvais. Si votre hypothèse sur l'éventail adverse est correcte, vous avez un call EV+ et devriez vous y tenir.

Il conviendrait de remarquer ici que l'éventail adverse ne contient pas le moindre semi-bluff (tirage quinte), ce qui dans le cas contraire améliorerait encore votre equity.

Si vous êtes amené à jouer contre un adversaire avec un tapis de 50 BB, vous devriez surtout adapter votre jeu à ses tendances post-flop. Si l'adversaire est conscient des avantages d'une telle profondeur de tapis et utilise son tapis en conséquence, en utilisant par exemple des float contre lesquels vous ne pouvez pratiquement rien faire car le moindre move vous oblige à mettre les 50 BB au milieu, il est alors recommandé de relancer de façon plus tight et de ne pas faire systématiquement un contibet au flop si vous avez touché.

Ici il faut essayer d'aller jusqu'à l'abattage en ayant une bonne chance de l'emporter un pot moyen. Si l'adversaire joue tout son tapis au moindre hit, alors vous pouvez finir broke avec top-paire sans vous soucier d'aller à l'abattage à moindre coût. Cela dépend donc de l'adversaire. Vous devriez cependant être conscient du fait que cette profondeur de tapis est parfaitement adaptée pour des push de semi-bluff adverses, étant donné que l'adversaire est toujours assuré d'avoir une fold equity élevée.

Si l'adversaire connaît la musique, alors vous devriez vous protéger contre ces moves ou bien les utiliser vous-même contre lui en le mettant all-in, la fold equity étant alors de votre côté.

Comment jouer contre des calling stations, qui paient systématiquement au turn avec leurs middle paires ?

Si vous jouez contre un adversaire qui call très souvent préflop, et qui est incapable de coucher ses mains moyennes au turn et à la river, vous devez alors essayer de découvrir comment il joue lorsque vous lui laissez l'initiative. Cela n'aurait aucun sens de s'obstiner à faire des contibets sans avoir rien touché, pour ensuite devoir décider au turn si vous faites un 2nd barrel ou non.

Vous devez donc lever un peu le pied et observer comment réagit l'adversaire lorsque vous commencez à checker au flop. Est-ce qu'il prend ensuite lui-même l'initiative et essaie d'arracher le pot, ou bien fait-il systématiquement un check/behind flop. Grâce à votre check flop vous êtes en mesure d'obtenir des informations supplémentaires sur votre adversaire.

Vous checkez "for information", concept qui jusqu'à maintenant était seulement associé aux bets. Vous vous adaptez alors en fonction de la réaction de votre adversaire. S'il fait des check/behind en plus grand nombre alors vous avez trouvé une bonne façon d'aller à l'abattage à moindre coût avec des mains marginales et de contrôler le pot en étant hors position. Si à l'inverse l'adversaire se met à miser sur pratiquement tous les flops, alors vous le confrontez à une nouvelle décision en faisant des check/raise. Ces check/raises ne doivent pas être uniquement utilisés pour la value, mais également en tant que bluff.

Si l'adversaire devait continuer à payer avec midpair face à un check/raise flop, bet turn, alors cela signifie que vous avez trouvé la ligne parfaite pour tirer la value maximum avec vos top-paires.

Si l'adversaire est agacé par vos check/raise et commence à faire des check/behind avec des mains moyennes, cela vous rend également service puisque vous pouvez jouer un pot de petite taille hors position lorsque vous n'avez rien touché et aller ainsi à l'abattage à moindre coût.

L'idée qui consisterait à jouer check/call flop en tant qu'agresseur préflop est un peu plus téméraire. Vous n'obtenez en effet aucune sorte d'information sur la force de la main adverse et vous êtes de nouveau confronté à une décision difficile au turn en étant hors position. De façon générale je déconseillerais cette ligne contre un tel adversaire, car elle tire son espérance de gain maximum contre des (semi-)bluffeurs agressifs, contre lesquels vous pouvez jouer ainsi vos mains moyennes pour le bluffinduce.

Si vous remarquez cependant que vous n'arrivez pas à vous en sortir post-flop contre de telles calling stations, alors vous devriez resserrer votre jeu afin de vous retrouver plus souvent dans une situation dans laquelle vous avez top-paire et pouvoir ainsi faire des value bets très marginaux. Votre objectif est alors de pouvoir miser pour la value, parfois de façon très marginale, sur les trois streets, et amener ainsi l'adversaire à coucher plus souvent ses midpairs directement au flop ou au turn.

Comment se protéger contre des inconditionnels du raise flop ou du float turn ?

Certains joueurs adorent payer préflop, pour ensuite relancer sur un grand nombre de flops sous forme de bluff ou semi-bluff, dans l'espoir de vous amener à coucher votre main après votre contibet. Ici il convient de répondre à l'agression adverse dès le flop, ou bien d'utiliser vos bonnes mains comme des bluff catchers si l''adversaire poursuit son agression au turn.

Moins le tableau est dangereux pour votre main, plus vous pouvez avoir tendance à vous contenter de payer au flop pour jouer ensuite check/call turn et catcher un bluff bet supplémentaire sur la river. Si le tableau devient plus dangereux pour vous au turn, vous pouvez alors faire un check/raise et mettre ainsi votre tapis au milieu de fort belle manière, en montrant à l'adversaire qu'il ne peut pas vous bousculer si facilement que ça dans les batailles de blinds.

Les choses changent si le tableau offre des tirages dès le flop et que vous n'avez qu'une main moyenne comme dans l'exemple qui suit.

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 200$, bluffeur agressif post-flop
Hero: 200$

Preflop: Hero is SB with A , T
3 folds, Hero raises to $7.00, BB calls $5.00.

Flop: ($14.00) T , 8 , 5 (2 players)
Hero bets $10.00, BB raises to $34.00, Hero ???.

Ici vous devriez avoir tendance à faire un 3-bet dès le flop. Étant donné que vous aimeriez bien jouer contre les tirages, il vaut mieux se contenter d'un 3-bet standard plutôt que d'un push direct. Ceci présente l'avantage de faire miroiter de la fold equity à l'adversaire là où il n'y en a pas, l'incitant à relancer de nouveau ou à pusher directement avec ses tirages. Si vous pushez directement, il va parfois coucher ses tirages, et ne jettera jamais une main supérieure à la vôtre.

Si vous deviez avoir vous-même un tirage couleur max dans cette situation, alors il est recommandé de faire un 3-bet du même montant, ce qui vous permettra d'obtenir les mêmes effets et de vous retrouver parfois all-in contre un tirage que vous dominez. S'ajoute à cela que l'adversaire constate ainsi que vous utilisez cette ligne avec vos tirages, ce qui l'incitera à investir son tapis entier dans une bataille de blinds avec midpair / good kicker, avec laquelle il a certes une bonne equity contre vos tirages, mais se trouve loin derrière contre vos mains faites.

Vous voyez donc jusqu'ici que vous pouvez jouer agressivement vos top-paires et vos bons tirages contre de tels joueurs. Mais que faites-vous avec vos mains moyennes ? Ici votre objectif devrait être d'aller à l'abattage en payant le moins possible en espérant le remporter avec votre main moyenne.

L'exemple suivant illustre ce type de situation contre un adversaire qui adore faire des raises de bluff au flop ou des floats turn.

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 200$, bluffeur agressif post-flop
Hero: 200$

Preflop: Hero is SB with K , J
3 folds, Hero raises to $7.00, BB calls $5.00.

Flop: ($14.00) Q , J , 5 (2 players)
Hero checke et paye le bet flop.

Turn: ($X) 9 (2 players)
Hero checke et paye un 2nd barrel raisonnable (environ ½ pot).

River: ($X) A (2 players)
Hero checke et paye un bet supplémentaire.

Cette ligne "check/call all streets", qui a été présentée au préalable comme étant inefficace contre les calling stations, tire toute sa force de ce genre de situation. Vous réussissez ainsi à empêcher le pot de trop grossir, et atteignez l'abattage en ayant investi le minimum. Vous devriez cependant savoir que cette situation n'a rien à voir avec les calldowns en Fixed Limit. Ici il est très important de tenir compte du montant des mises adverses, car sinon le dernier call sur la river risque de représenter une note salée.

C'est pourquoi il est important de bien observer comment le tableau évolue. Dans notre exemple, l'As sur la river est une carte importante car elle constitue une scarecard pour votre main et votre adversaire le sait. Elle représente donc pour lui une opportunité de bluff parfaite avec une main sans showdown value.

Si l'adversaire prenait le check/behind sur chacun des tours d'enchères, le mieux serait de ne pas prendre l'initiative. Si vous misez à un moment quelconque du coup, vous n'obtiendrez pratiquement pas de value de la part de mains inférieures. Vous devrez le plus souvent vous coucher ou bien serez confronté à un call difficile en cas de relance, car l'adversaire montre ainsi énormément de force. Sur un tel tableau vous pourriez jouer une main comme Q8 d'une façon absolument identique, car elle présenterait la même problématique que KJ.

Si vous jouez contre un de ces adversaires agressifs sans avoir touché le flop, vous devriez vraiment vous demander si vous avez envie de faire systématiquement un contibet. Le fait de jouer check/fold après un raise préflop ne constitue jamais une grosse erreur contre un tel joueur, à partir du moment où votre main ne possède pas un gros potentiel d'amélioration et où vous n'êtes pas capable de faire front à une riposte adverse.

Vous voulez transformer la force de ces joueurs en faiblesse. Un simple raise ou float ne doit pas leur permettre de gagner des pots qui auraient dû vous revenir. Vous voulez qu'ils essaient de vous bluffer jusqu'au bout quand vous avez une meilleure main et qu'ils vous fassent ainsi cadeau de leur argent.

De votre côté, vous devriez réduire grandement votre dose de bluffs. Vous ne devriez envisager un rebluff que si vous remarquez que l'adversaire n'a pas le cran de poursuivre après son float face à un check/raise turn et se couche trop souvent dans ce genre de situation. Vous devriez cependant bien faire attention à ne pas faire de moves trop douteux et à ne pas perdre de l'argent sur le long terme.

Comment jouer une bataille de blinds contre un très bon regular ?

Les bons regulars se distinguent par leur capacité à savoir s'adapter dans ce genre de situation. On peut dire de façon générale qu'ils utilisent les concepts et les ajustements présentés dans l'article Bataille de blinds au Big Blind. Il est particulièrement difficile de jouer OOP post-flop contre de tels joueurs, du fait que la lecture des mains devient très difficile à cause des ajustements adverses. Vous devriez donc avoir tendance à éviter la confrontation et les situationspost-flop très compliquées qui en découlent.

Comme vous savez que vous n'avez pratiquement aucun edge post-flop contre un bon regular, vous devriez vous efforcer de limiter vos pertes. Cela signifie donc que vous devez essayer d'éviter ce genre de situation et utiliser un éventail d'open-raise très tight. Vous essayer ensuite simplement de jouer vos bonnes mains straightforward pour la value, afin de jouer break-even. Cette adaptation est sans aucun doute la moins sujette à la variance et la plus simple à mettre en oeuvre lorsque vous devez jouer contre un regular.

Vous ne devriez cependant pas commettre l'erreur qui consisterait à cataloguer comme "solide" n'importe quel adversaire qui joue régulièrement à votre limite et passer automatiquement en mode standard. Il existe deux types bien particuliers de regulars contre lesquels vous devriez procéder à certains ajustements.

LE REGULAR ADEPTE DU MULTITABLING

Ce type de joueur se distingue par le fait qu'il joue généralement sur plus de 8 tables en simultané et applique une stratégie préflop tight-agressive des plus solides. Vous pouvez alors être sûr que ce joueur n'a pas la possibilité d'accorder toute l'attention requise aux différentes tables et qu'il aura tendance à jouer les batailles de blind de façon straightforward.

Vous rencontrerez parfois de très bons regulars qui, du fait de leur nombre de tables, ne paieront que très peu de vos open-raises, parce qu'ils n'ont tout simplement "pas de temps à perdre" avec des situations aussi marginales impliquant des décisions post-flop difficiles.

Contre un tel joueur vous ne devriez donc pas automatiquement jouer de façon plus retenue et attentiste. Vous pouvez au contraire commencer à élargir votre éventail et faire des open-raises bien plus looses, étant donné que l'adversaire ne s'adaptera pas à la situation et continuera le plus souvent à suivre une stratégie "raise-or-fold", se couchant bien trop souvent face à vos relances first-in.

Tant qu'il ne modifie pas son jeu, vous pouvez continuer tranquillement à voler ses blinds et à remporter les pots au flop via un contibet.

LE REGULAR TRICKY AVEC HISTORIQUE

Vous connaissez sans doute le phénomène si vous avez déjà joué pendant une longue période à la même limite. Il existe des regulars contre lesquels vous avez historique chargé, ce qui confère une dynamique toute particulière à vos affrontements. Il peut s'agir de batailles de 3-bets et de 4-bets préflop, ou de relances de (semi-)bluffs post-flop.

Si l'on joue maintenant contre un tel adversaire en étant first-in au SB, on doit bien entendu tenir compte de cet historique. Étant donné que vous allez devoir jouer OOP aussi bien préflop que post-flop, vous devriez faire preuve dans cette situation d'une grande retenue et adopter un style de jeu tight et straightforward. Ceci s'explique par le fait que l'adversaire va très souvent tenter un move contre vous, auquel vous ne pourrez répondre que par un autre move, qui sera souvent suivi d'un call très light de sa part basé sur les reads "particuliers" qu'il a sur vous.

Vos moves de bluffs ne vont donc pas fonctionner aussi souvent dans cette situation. Si à l'inverse vous jouez tight et êtes donc souvent en possession d'une  bonne main, vous n'êtes pas obligé de tenter des moves et vous pouvez à votre tour catcher plus facilement les moves adverses. L'adversaire ne se rendra pas tout de suite compte que vous avez adopté un style tight dans cette situation particulière et continuera à voir un bluff dans chacun de vos raises, qu'il essaiera de catcher à tout prix avec top-paire no kicker. Ne pas en profiter serait un crime !

Quelles sont les erreurs à éviter à tout prix ?

Ce point est particulièrement important car il existe deux types d'erreurs standard souvent commises par les TAGs dans les batailles de blinds au Small Blind.

La première erreur standard pourrait être appelée l'erreur du "one bullet". On désigne ainsi une situation de jeu dans laquelle vous faites systématiquement un contibet flop pour ensuite jouer check/call ou check/fold turn. En bataille de blinds, un call flop avec une paire faible ou A-high est souvent une bonne option pour le Big Blind qui veut essayer d'aller à l'abattage sans trop investir. Si votre unique objectif est de savoir où vous en êtes au flop au moyen d'un contibet, sans avoir aucun plan pour la suite (check/fold turn ne constitue pas un plan) alors vous jouez vos batailles de blinds avec une espérance de gain négative sur le long terme.

C'est justement dans les batailles de blinds que les scarecard turn ou river sont le plus utiles pour mettre la pression sur l'adversaire et l'empêcher d'emmener à moindre coût des mains moyennes à l'abattage en contrôlant le pot.

Prenez votre temps, analysez votre main, la texture du tableau ainsi que l'adversaire, et ne vous contentez pas de faire un contibet avant d'abandonner la main sans amélioration. En agissant ainsi vous permettez tout simplement à l'adversaire de toujours savoir si vous avez touché ou non.

La deuxième erreur de base trouve sa source dans votre propre comportement. Beaucoup de TAGs abandonnent soudain leur jeu solide et commencent à agir de façon hyperagressive. La pensée qui se cache derrière est généralement que contre un seul adversaire la fold equity est plus grande et qu'on peut donc commencer à bluffer avec n'importe quelle poubelle. Une approche agressive n'est en aucun cas écartée, mais on devrait cependant choisir soigneusement les spots appropriés.

Si vous jouez un bluff, faites en sorte que votre main possède une equity acceptable face à l'éventail de call adverse. La main suivante est un exemple à ne pas suivre.

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 110$
Hero: 200$

Preflop: Hero is SB with K , J
3 folds, Hero raises to $7.00, BB calls $5.00.

Flop: ($14.00) Q , 7 , 3 (2 players)
Hero bets $10, BB calls $10.

Turn: ($34) A (2 players)
Hero checks, BB bets 23$, Hero raises to 66$, BB calls 43$ (All-In)

Vous avez certes ici une certaine fold equity, mais vous êtes très loin en cas de call adverse. Un tel bluff est donc plus que douteux et constitue le plus sûr moyen de perdre de l'argent à long terme.

Si vous modifiez la main comme suit, alors un bluff est totalement envisageable.

1/2 No-Limit Hold'em (5 handed )

BB: 110$
Hero: 200$

Preflop: Hero is SB with K , J
3 folds, Hero raises to $7.00, BB calls $5.00.

Flop: ($14.00) Q , 7 , 3 (2 players)
Hero bets $10, BB calls $10.

Turn: ($34) A (2 players)
Hero checks, BB bets 23$, Hero raises to 66$, BB calls 43$ (All-In)

En comparant les deux situations vous pouvez voir à quel point l'equity est différente. Dans le premier cas, en cas de call adverse vous avez l'equity suivante :

  • Set : 9%
  • Double paire : 9%
  • Paire simple (Ax, Qx) : 12%

Voici ce que cela donne dans le deuxième exemple :

  • Set : 22.7%
  • Double paire : 22.7%
  • Simple paire (Qx, Ax) : 29,4%

C'est une différence énorme, qui illustre bien que vous ne devriez jamais jouer un bluff avec lequel vous risquez d'être drawing dead en cas de call adverse. Gardez donc à l'esprit que vous pouvez certes bluffer un peu plus souvent en bataille de blinds, mais seulement avec des mains avec lesquelles vous ne risquez pas de tirer mort en cas de call adverse.

En résumé

Cet article vous a montré les principaux aspects de la bataille de blinds du point de vue du Small Blind. L'important est de ne pas tomber dans un jeu standard et de vous adapter aux particularités de chaque main. L'adversaire et son style de jeu constituent des éléments clés.

Le jeu en Blind  vs Blind du point de vue du Big Blind vous est présenté dans cet article : Bataille de blinds au Big Blind.

Enfin, nous vous donnons une dernière fois le lien vers la table Excel qui vous aidera dans vos calculs :  EV d'un push first-in