La planification de vos mains
Introduction
Dans cet article
- Pourquoi il vous faut un plan
- Comment planifier correctement
- De la planification contrôlée au contrôle planifié
- Analyses de vos lignes
Dans cet article, nous vous présentons l'importance d'avoir un plan clair lorsque vous jouez une main. Mais comment établir un plan, et à quoi devez-vous être attentif ? C'est ce à quoi nous nous proposons de répondre.Vous y apprendrez également quels sont les différents types de planification, et quel potentiel renferme encore votre jeu actuel.
Pourquoi vous faut-il un plan ?
Il s'agit là de la première question qui se pose, il n'est cependant pas impératif d'y répondre afin de saisir le sujet dans ces grandes lignes. L'avantage d'avoir constamment un plan repose dans l'aspect théorique du jeu.
En l'observant avec une approche analytique, le No-Limit Hold'em n'est rien d'autre qu'un jeu dans lequel vous êtes confronté à une série de décisions, que vous ne devriez jamais prendre indépendamment l'une de l'autre.
Lorsque vous planifiez une main, il est important que chaque décision soit prise dans une certaine osmose vis à vis des autres décisions. Si ce n'est pas le cas, alors vos adversaires pourraient en tirer un avantage. En règle générale, vous prendrez plus souvent la mauvaise décision lorsque vous vous retrouvez dans une situation inconnue.
En partant de ce constat, la planification de vos mains vous permet tout d'abord de mieux comprendre votre propre approche générale du jeu, mais également de mieux découvrir et combler vos lacunes. Au final, cela vous permet de mieux joue au poker, tout simplement.
Dans ce qui suit, vous allez découvrir dans quelle mesure les différentes propensions à la planification des différents joueurs peuvent être regroupées en catégories. Nous démontrons par la même occasion par quelles étapes d'évolution un bon joueur de poker doit passer afin d'améliorer son jeu en général.
Au départ, chaque joueur qui se lance dans le No-Limit Hold'em et joue sa toute première main ignore tout des différents concepts de jeu, et est souvent plus concentré sur le suivi des règles et le mouvement des jetons colorés. Il est assez rare qu'un joueur se soit vraiment confronté à la théorie du jeu avant même de jouer ses premières mains.
Le degré de connaissance du jeu d'un tel joueur s'arrête souvent au fait qu'il sait qu'une couleur bat une quinte, que AA est la meilleure main de départ, et que AK, c'est Anna Kournikova : c'est joli à regarder, mais ça ne gagne pas très souvent. Ce type de joueur ne connaît pas grand chose au jeu, et erre d'une décision à l'autre, sans jamais se demander ce qu'il fera face à la prochaine décision, voire lors du tour d'enchères suivant.
Ce joueur ne sait pas ce que le terme "ligne" signifie. Il s'agit bien souvent du moins bon joueur à la table, tout en étant paradoxalement un des plus difficile à jouer, car on doit toujours s'attendre à l'imprévisible de sa part. Il est capable de faire un check behind river avec la nut, de jouer en c/c avec bottom pair no kicker sur les trois street, ou encore de faire un bet all-in de 5 fois le pot lorsqu'un blank tombe sur la river.
Pour un tel joueur, l'intérêt du poker n'est pas d'essayer de développer une meilleure stratégie que son vis-à-vis, et de gagner ainsi de l'argent sur le long terme. Ce qui l'excite, c'est l'aspect jeu de hasard du poker. Les jetons colorés, l'adrénaline d'un all-in, le fait de pouvoir se défouler un peu à la table avant de retourner à sa vie normale.
Ce type de joueur ressembleun peu au joueur candide. Il n'a généralement pas la moindre idée de ce qu'espérance de gain, variance, éventail polarisé, domination et autres termes pokeristiques du genre, signifient.
Mais il a un gros avantage sur le candide. Il a compris qu'il existe des joueurs professionnels qui gagnent leur vie exclusivement avec le poker. Et, puisqu'il ne s'agit que d'un jeu de carte, il veut, lui aussi, tenter sa chance, et il cherche donc des stratégies avec lesquelles il pourra faire cela. Même s'il n'a pas la moindre idée de ce qu'implique le fait de jouer sérieusement au poker, il est le type de joueur qui pourrait éventuellement devenir pro, dans un avenir assez lointain.
Il cherche des tables qui lui indiquent comment jouer afin de gagner. Et forcément, il va en trouver plusieurs sur internet, et va s'essayer à l'une ou l'autre. Cependant, son problème est qu'il ne réalise généralement pas pour quelle raison il opte pour telle ou telle approche, et qu'il sous-estime trop la variance, et joue donc de manière trop orientée aux résultats immédiats.
Si'l perd un peu d'argent sur quelques sessions, alors il s'agit là pour lui, de la preuve que cette table ne fonctionne pas, et il en cherche une nouvelle. Mais il ne comprend généralement pas que pour gagner au No-Limit Hold'em, suivre de manière rigide des indications statiques est rarement suffisant.
Ce type de joueur a compris et accepté que le poker n'est pas un jeu facile, et qu'il ne s'agit pas non plus du moyen le plus simple de gagner beaucoup d'argent. Il a accumulé de l'expérience et a acquis un jeu standard, dans lequel il prend ses décisions selon des règles simples. Il ne planifie cependant quasiment pas, et tangue généralement d'une décision à l'autre sans jamais voir chaque main comme un tout.
Bien souvent, les termes de jeu lui sont vaguement familiers. Mais il a du mal à les rapporter les uns aux autres, et est également rarement capable d'avoir une réflexion profonde sur son jeu une fois la table quittée. Il croit bien souvent que l'expérience de jeu ainsi que la participation passive aux forums internet, et sites de vidéos d'apprentissages suffisent à acquérir la connaissance qui fera de lui un joueur high stakes, un jour ou l'autre, sans qu'il ait à remuer trop activement ses méninges.
Un autre gros inconvénient de ce type de joueur est qu'il n'a pas compris l'importance de la lecture des mains, et ne peut donc que rarement mettre son adversaire sur un éventail. Bien souvent, il ne se pose même pas la question de la main adverse, ou alors, il le met sur une main unique.
Dans le parcours d'un joueur de poker, arrive bien souvent un moment où il comprend que le poker est un jeu simple, que l'on peut considérer d'un point de vue mathématique. Il voit donc qu'à l'aide des équilibres de Nash, des lignes équilibrées et mélangées, et autres concepts théoriques, il est possible de développer une stratégie optimale, profitable contre chaque adversaire, dans chaque situation.
Par bonheur, ce joueur sait que le succès au poker ne peut être provoqué que si on s'investit avec assez d'ardeur dans l'apprentissage, en sachant que la chance ne tombe pas du ciel, mais sourit aux audacieux. Si ce joueur s'est spécialisé dans la stratégie du petit tapis, alors cette réflexion est très utile afin de bâtir une stratégie pour quasiment toutes les situations, et ainsi battre les mid et high stakes du poker en ligne.
Ce joueur sait qu'une main est composée de plusieurs tours d'enchères, et qu'il est important de "raconter une histoire" crédible. Il sait également que ses éventails sont liés, et que son approche stratégique dans une situation a des conséquences sur son jeu avec d'autres mains dans une situation comparable, ou avec la même main dans une situation différente.
Le problème de ce type de joueur est qu'il intègre trop peu le metagame et la dynamique de jeu générale dans sa prise de décision, et qu'il risque donc d'avoir une stratégie trop équilibrée. Son objectif principal est de trouver un jeu standard optimal qui lui permettra de faire des gains à long terme, et il ignore complètement l'aspect psychologique du jeu.
Comme son nom l'indique, ce joueur sait qu'il est confronté à différents types de joueur, et il essaye constamment d'exploiter au possible les erreurs de ses adversaires, voire d'amener ses adversaires dans des situations où ils sont à mêmes de faire des erreurs. Il a bien souvent compris qu'une situation ne se répète quasiment jamais à l'identique, et intègre donc le metagame à sa prise de décisions.
Exploiter un adversaire signifie que l'on cherche à l'indisposer par tous les moyens dont on dispose. Et c'est ce que fait constamment l'exploiteur. Pour atteindre cela, il mène également des réflexions psychologiques lorsqu'il n'est pas assis à la table.
Du point de vue de la théorie de jeu, il ne se différencie pas vraiment du planificateur, mais il s'efforce de trouver la stratégie ayant le meilleur potentiel d'exploitation, et non pas la stratégie optimale. Il s'agit donc là de la grosse différence entre ce type de joueur et le précédent.
Si vous avez atteint cette approche, et avez par ailleurs acquis une expérience suffisante, tout en ayant gardé intacts votre passion pour se jeu, ainsi que le temps que vous pouvez lui consacrer, alors plus grand chose ne s'oppose à ce que vous deveniez un des meilleurs joueurs de poker. Vous savez que le planificateur et l'exploiteur ont tous deux trouvé un bon moyen de générer des gains à long terme au poker. Mais vous savez également que ces deux joueurs ont un défaut : leur entêtement à se limiter au style qu'ils ont choisi. La clef du succès est votre propension à sortir des sentiers battus.
Le Héros modifie son jeu en fonction de ses adversaires et du metagame. Il considère chaque situation indépendamment, tout en sachant que chacune faire partie d'un tout. Bien souvent, de tels joueurs sont considérés comme moins forts qu'ils ne le sont en réalité, car, pour un observateur extérieur, l'impression qu'ils donnent souvent est qu'ils jouent leurs mains de manières sous-optimales.
L'avantage dont le Héros dispose cependant, est qu'il sait toujours pour quelle raison il prend chacune de ses décisions, et qu'il garde toujours en tête l'aspect psychologique et les considérations théoriques pour les mains, voire les sessions, à venir. Il sait quand manipuler ses adversaires, tout en faisant bien attention à ce que son jeu ne devienne pas trop facilement exploitable.
Les concepts de planification contrôlée et de contrôle planifié
Lorsque vous observez les différents types de réflexions, vous pouvez distinguer une certaine linéarité dans leur évolution. Au départ, c'est toujours la planification qui est au premier plan, et qui essaye d'établir un plan statique consultable à tout moment. Que ce soit par les tables de mains de départ ou par des listes de lignes post-flop, ne change pas grand chose, hormis en terme de complexité. L'important est cependant qu'un plan est là, et que l'on peut y recourir.
Pour les débuts au poker, c'est d'ailleurs un bon moyen d'éviter au joueur de trop grosses pertes, et de lui enseigner un poker acceptable. Mais, à un moment de l'évolution du joueur, si il s'agit d'un joueur qui réfléchit et comprend le jeu, il se rendra compte que cette planification contrôlée rigide ne suffira pas à aller battre les limites élevées. C'est ici que le contrôle planifié entre en jeu et est nettement plus efficace.
S'amener soi-même dans des situations contrôlées qui seront souvent des spots EV- pour le joueur moyen est un aspect important de ce concept. Car, le fait de savoir que l'on est en mesure de prendre la meilleure décision dans cette situation, ou du moins que l'on est en mesure d'apprendre de nos erreurs, toutes marginales qu'elles soient ; le contrôle du gameflow, et ne pas jouer le jeu, mais jouer le joueur, et se laisser aller à des réflexions de haut vol, sont autant de qualités qui différencient ce joueur du reste de la masse des joueurs de poker.
Planification des mains dans la pratique
Quelles conséquences ont vos décisions lors des tours d'enchères suivants ?
0.50$/1.00$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
Hero (BB) 100$
Villain (CO) 100$
Preflop: Hero is Big Blind with 4

2 folds, CO calls 1$, 2 folds, Hero checks
Flop: (2.50$) 4


Hero ...
Avant de prendre une décision, il est bon de passer en revue toutes les lignes possibles, et de déterminer laquelle est préférable.
Avec cette ligne, vous ne bénéficiez d'aucune information sur la force de la main adverse, et il vous sera donc difficile de planifier l'action en fonction de la carte du turn. En plus des informations dont vous ne bénéficiez pas, un call de votre part aide votre adversaire à évaluer votre éventail. Il saura que vous jouerez rarement un set en check/call flop check turn.
C'est pourquoi vous êtes dans une situation où, même un joueur moyen pourra mettre ces informations à profit, et voir qu'avec sa position et l'initiative, il a de fortes chances de remporter le pot sur le turn ou la river. C'est pourquoi vous ne devriez pas faire de cette ligne votre ligne standard. Sans quoi, vous pourriez bien vous retrouver avec un leak fort coûteux.
Avec cette ligne, vous forcez votre adversaire à avoir une main acceptable pour pouvoir suivre vos mises. De plus, vous représentez un éventail très large, qui contient aussi bien des monsters que des bluffs. Si vous êtes face à un adversaire plutôt weak, alors cette ligne est sans doute bonne. Contre des calling stations notoires, il sera difficile d'avoir la meilleure main sur la river avec bottom pair no kicker.
Il devrait souvent s'agir de votre ligne standard dans une telle situation, car vous arriverez ainsi souvent à éviter les situations marginales après le flop. Puisqu'il s'agit là d'un pot limpé, il n'est pas non plus impératif de le remporter.
Avec cette ligne, vous forcez encore une fois votre adversaire à avoir une bonne main afin de suivre une relance. Bien souvent, votre adversaire se couchera, surtout s'il est agressif et aura essayé de voler le pot la plupart du temps.
Un des gros inconvénients de cette ligne est qu'elle est facilement exploitable. Car, si votre adversaire prend en compte les éventails, alors il devra se rendre compte du fait qu'un tel check/raise est souvent un (semi-)bluff, et rarement un monster absolu.
En continuant à considérer vos options, vous verrez qu'il y a encore plus de possibilités de jouer cette main, en plus de la ligne standard check/fold flop. Sitôt que vous avez des reads sur votre adversaire, vous avez un gros avantage, car vous pouvez alors toujours choisir la meilleure ligne afin d'exploiter au maximum les tendances de votre adversaire.
Certes, de par les lignes "inconnues", vous allez régulièrement vous retrouver dans des situations post-flop très difficiles, mais cela est également un excellent moyen d'améliorer votre compréhension du jeu et vos qualités post-flop. Sur le long terme, votre courbe de gain va grossir, si vous arrivez à prendre les bonnes décisions dans les situations marginales, et pouvez vous accorder un bon edge post-flop sur votre adversaire. Il est cependant essentiel que vous reconnaissiez que les différentes lignes ont un impact différent selon le joueur que vous avez en face de vous.
Mais, en règle générale, vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu'il y ait une seule ligne "correcte" pour cette main et toutes les autres mains possibles, car c'est votre plan de jeu général qui vous dit bien souvent comment aborder cette situation au mieux. L'observation d'une main et des différentes lignes est cependant bien souvent un bon moyen de prendre conscience de ses propres leaks et des approches d'exploitation.
Vous vous êtes sans doute aperçu de deux choses dans cet exemple et la discussion qui s'ensuit :
-
1) Votre plan commence sur le flop, et il semble que vous n'avez pas réfléchi du tout avant le flop.
C'est bien souvent le cas, puisqu'il s'agit d'un freeplay au big blind, où vous vous dites bien souvent : "arf, c'est gratuit, jetons un œil au flop, qui sait, peut-être que 774 va tomber". Vous ne devriez pas faire l'erreur du planificateur, et passer en revue toutes les textures de tableau possibles afin de savoir comment réagir sur une texture donnée.
-
2) Le plan avec "réévaluation sur le turn" est un peu flou, et ne vous dit que comment jouer sur le flop.
Ici aussi vous ne devriez pas faire l'erreur du planificateur, et avoir toujours planifié votre ligne complète pour chaque situation. Réévaluer le turn après votre action est très important pour votre processus de réflexion. Car, de part votre action sur le flop, vos options sur le turn se sont considérablement réduites. Vous devriez adapter vos actions à la texture du tableau, mais également au gameflow.
De plus, il est très important de ne pas passer en auto pilote pour l'ensemble de la main, jusqu'à l'abattage, sans réfléchir à ce que vous pouvez représenter et comment vous évaluez votre adversaire dans cette situation. Sans quoi, vous n'allez bientôt plus jouer au poker, mais vous contenter d'appuyer sur des boutons sans vraiment savoir ce que vous faites.
Un autre exemple sur ce que la planification de votre propre main peut révéler sur le plan de jeu général, est donné par une situation préflop face à un petit tapis, et la sélection de la taille de mise, voire l'évaluation préalable de l'éventail de shorty afin d'avoir une décision toute prête.
Un petit exemple à ce sujet :
0.50$/1.00$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
Hero (Button) 100$
Villain (BB) 17$
Preflop: Hero is Button with A

3 folds, Hero raises to 3.50$, SB folds, BB raises to 17$, Hero ...
Si vous ne vous étiez pas posé de question sur l'éventail de push adverse, alors vous voilà un peu perdu. Contre certains petits tapis, qui ne font que des resteals très tights, vous allez avoir un fold très facile. Si vous savez, avant même que le petit tapis ne fasse son push, comment vous allez y réagir, alors vous avez une marge de manœuvre plus large.
Si vous pensez que vous ne pourrez pas suivre une relance, mais que votre adversaire optera toujours pour un fold ou une relance, alors vous pouvez vous réfléchir à la taille de votre openraise.
À l'aide de cet exemple de main, vous avez pu voir comment votre main peut être planifiée individuellement face à un adversaire donné. Mais vous n'avez sans doute pas encore bien saisi quel est le concept exact de la planification des mains, et ce à quoi vous devez être attentif. C'est pourquoi je tiens à y répondre maintenant :
Comment planifier correctement ?
On peut répartir la planification en plusieurs blocs :
- Bloc 1 : le tour actuel
- Bloc 2 : la ligne individuelle
- Bloc 3 : le plan de jeu individuel
Ici, vous limitez votre plan au tour actuel, et vous décidez pour une ligne bet/fold flop, ou bet/3-bet turn, ou quelque chose de cet acabit. Si la taille des tapis effectifs est telle que vous êtes committed, alors il s'agit du plan pour la main complète. Car jouer en bet/call turn pour se coucher face à une mise de 1/20 du pot, n'est pas une ligne profitable.
Ce que vous devez déjà impliquer dans votre décision, c'est que vous devrez à tout prix réévaluer la situation sur la street suivante (comme on a pu le voir dans le premier exemple). Vous vous mettez ainsi dans les bonnes conditions pour ne pas vous contenter d'appuyer bêtement sur le bouton. Votre objectif est de repasser en revue vos possibilités, et d'éventuellement prendre en compte les timing tells et le gameflow. Bien souvent, ces situations requièrent également un certain instinct, que vous accumulez avec l'expérience, afin de pouvoir analyser rapidement la situation.
Avec les lignes individuelles, vous franchissez le pas suivant, c'est-à-dire que vous établissez d'ores et déjà un plan de la façon dont vous souhaiteriez jouer les tours suivants.
Vous vous éloignez alors parfois du jeu de votre main exacte, et commencez à intégrer votre éventail supposé (l'éventail sur lequel vous met votre adversaire) dans votre décision. Par exemple, après un check/raise flop, vous pouvez planifier votre action sur le turn en fonction de la carte qui y tombe, lorsque vous savez quel éventail vous avez représenté.
Lorsque vous jouez selon le plan bet turn, check behind blank river, alors il est évident que vous jouez ainsi votre éventail complet, et pouvez répartir celui-ci selon les différentes cartes possibles sur la river, afin d'extraire une value maximale.
Ici, vous combinez les éléments du bloc 2 avec vos reads sur votre adversaire actuel. C'est-à-dire que vous vous efforcez de : planifier vos actions en fonction de l'évolution possible du tableau, et personnaliser cette planification. Vous savez que si vous faites une value raise turn avec votre top range, et si votre adversaire suit cette relance, alors vous devez partir du principe que votre main sur la river n'est plus quasiment la nut.
En raison de vos reads sur votre adversaire, vous pouvez évaluer si ces réflexions de balancing sont de rigueur, ou s'il se contente de jouer ses cartes, rendant ainsi le balancing superflu. Vous savez par ailleurs que vous devriez modifier vos décisions lorsqu'un joueur est en tilt, et, en raison du tilt-induce, quand vous devriez opter pour un jeu à variance élevée.
Ici, vous franchissez souvent le pas de ne pas voir votre main comme un seul événement, mais savez qu'après cette main, d'autres suivront, que vous jouerez différemment de la ligne standard, en raison de votre image et du gameflow.
Le moment est venu de vous présenter une main et son plan, et comment appliquer tout cela dans la pratique.
1.00$/2.00$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
Hero (BB) 350$
Villain (Button) 320$
Preflop: Hero is Big Blind with K

3 folds, Villain raises to 7$, Hero ...
À ce moment de la partie vous avez le read suivant : votre adversaire suit très souvent les 3-bets et a un jeu solide. Vous-même avez sur-relancé de manière très active préflop, et c'est pourquoi vous décidez de vous éviter une situation post-flop difficile hors position en étant deep.
Vos options :
- a) 3-bet préflop, afin d'essayer d'évaluer correctement la force de votre main après le flop et de réduire au possible le désavantage de position.
- b) Fold préflop, afin d'éviter les décisions post-flop.
- c) Call préflop, avec l'objectif, en fonction de la texture du tableau, de sur-représenter votre main afin de pousser votre adversaire à faire de mauvais folds, ou de la sous représenter afin de contrôler le pot hors position.
Après une réflexion intense, vous optez pour un call, car vous ne souhaitez pas jouer hors position dans un pot sur-relancé, mais ne souhaitez pas non plus offrir un steal trop facile à votre adversaire, d'autant plus que KQo a une certaine force, et doit faire partie de votre éventail de défense.
Flop: (15$) J


Hero ...
C'est ici que débute votre travail de réflexion et planification. Puisque votre adversaire fait du multitable, et joue donc son jeu solide, vous vous apercevez qu'il s'agit d'un excellent spot pour exploiter. Il ne saura bien souvent pas ce que vous êtes en train de faire, et classera cette situation comme standard.
Vous intégrez donc les choses suivantes à votre plan :
- Votre adversaire joue un poker d'école solide
- Votre adversaire ne se demande pas s'il peut être exploité dans un spot standard
- Votre adversaire s'apercevra souvent seulement après votre move que vous êtes deepstack, et qu'il doit donc rapidement évaluer votre éventail de mains.
Votre plan : Vous jouez en check/call flop (vous vous attendez ici à un contibet standard dans 100 % des cas), afin de jouer le turn et la river extrêmement EV+ à long terme sur le turn et la river. Car Villain optera souvent pour un check behind turn en cas de blank, en vous mettant sur une main faite marginale.
Il fera souvent un second barrel avec les scarecards 9, Q, K, A, ce qui veut dire qu'en cas de K ou de Q, vous pourrez suivre, et pourrez opter pour un check/raise en cas de quinte.
Mais, puisque votre adversaire optera souvent pour un check behind turn, vous avez également la possibilité d'opter pour un float hors position. Si il décide de faire un check behind avec Ax ou un T faible, alors vous pourrez très souvent remporter le pot grâce une mise sur la river, si vous ne vous améliorez pas.
Le NL Hold'em ne peut être considéré comme un jeu statique. Si c'était le cas, alors vous pourriez continuer à faire de l'argent avec des continuation bets excessifs, et des 3-bets préflop lights, sans que personne ne résiste. Soyez donc toujours attentifs aux changements de tendances, et essayez également de repenser vos mains et vos plans après coup. Car, parfois, vous réaliserez que vous avez un énorme potentiel d'amélioration.
Vous réaliserez un des plus gros progrès possible si vous arrivez à appliquer vos capacités de planification aux analyses de vos mains a posteriori. Vous commencerez alors à réfléchir calmement aux mains que vous avez joué, et allez repasser toutes les options possibles. Vous reconnaîtrez alors bien souvent qu'en planifiant correctement, vous pouvez transformer une situation marginalement EV- en une situation fortement EV+.
Voici maintenant un bon exemple d'analyse a posteriori :
1.00$/2.00$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
Hero (Button) 400$
Villain (BB) 620$
Preflop: Hero is Button with K

3 folds, Hero raises to 7$, SB folds, Villain calls 5$.
Flop: (15$) Q


Villain checks, Hero bets 11$, Villain raises to 36$, Hero ...
Durant votre session, vous aviez comme read sur votre adversaire qu'il fait beaucoup de check/raise de bluff sur le flop. Mais ce que votre adversaire n'a pas prévu, c'est que vous essayez vous-même d'analyser son éventail de check/raise. Il aura souvent Air or Nuts ici.
Puisque les mains pour la value ne sont que 55, 66, 56, AQ, KQ et que vous aviez le reads que votre adversaire fait beaucoup de check/raises, vous pouviez partir du principe que celui-ci n'aura souvent rien du tout. Vous avez donc opté pour un float et avez suivi le check/raise.
Turn: (87$) J
Villain bets 60$, Hero ...
La carte du turn est très bonne pour votre main, car elle lui offre quelques outs supplémentaires. En plus d'avoir la position, cette carte vous a donné une excellente cote implicite, dans le cas où votre adversaire aurait une main valable, contre toute attente.
Vous aviez prévu de remporter le pot ici, pensant que votre adversaire abandonnerait son bluff. Mais, en raison de la cote implicite, vous n'avez rien vu qui s'opposait à un call.
River: (207$) K
Villain bets 170$, Hero ...
La carte de la river et la mise adverse sont intéressantes. De par la taille de la mise, vous pouvez partir du principe que votre main est un bluff catcher pur. Villain aura rarement fait un value bet si élevé avec une main comme AQ. Soit il a un set, une bonne double paire, ou bien un bluff. Puisque vous partiez du principe que votre adversaire bluffera souvent ici, avec l'intention de vous faire abandonner des Qx faibles, vous avez opté pour un call.
En analysant cette main a posteriori, vous la passez en revue et observez la qualité de vos lignes respectives. En y regardant de plus près, vous vous apercevez que votre ligne n'était pas parfaite. Votre call river est seulement bon si votre adversaire continue assez souvent son bluff après son check/raise flop, et ne baisse pas les bras. Si vous suivez sur la river, cela signifie que votre adversaire aura continué à bluffer assez souvent après le turn.
Votre float sur le flop est moyen car vous ne le faites qu'avec l'intention d'avoir un bluffcatcher sur la river. Mais contre un adversaire qui fait souvent un 2nd barrel turn, un float n'est pas meilleur qu'un petit 3-bet de bluff sur le flop. Le float vous oblige à vous améliorer sur la river, contre un éventail très large, tandis qu'un 3-bet de bluff flop a un impact direct sur les bluffs adverses. La plupart d'entre eux se coucheront directement.
À l'avenir, vous allez donc maintenant opter pour une ligne plus conséquente contre un joueur agressif dans une telle situation. Si votre adversaire bluffe souvent encore une fois sur le turn, alors vous pouvez souvent opter pour un 3-bet direct sur le flop. Si votre adversaire abandonne trop souvent après un single bluff, alors un float devient envisageable, mais, dans ce cas, vous ne pouvez pas jouer vos bluffcatchers sur la river.
En résumé
Cet article vous a démontré comment vous pouvez planifier votre main et votre stratégie complète. Vous avez vu qu'une planification structurée de votre main laisse toujours un peu de place pour des moves créatifs. Vous vous adaptez à vos adversaires et augmentez votre winrate. La planification structurée d'une main vous offre nombre de possibilités afin de trouver des leaks qui vous sont propres, lors de vos analyses a posteriori, et de devenir attentifs à des situations que la plupart des regulars n'ont pas encore reconnus.
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