Poster le blind au big blind ou au cut-off ?
| Nombre de joueurs | Prix d'un coup | Valeur équivalente des coups joués en postant au cut-off | Gain réalisé en postant au cut-off |
| 10 | 0.15 SB | 1.05 SB | + 0.05 SB |
| 9 | 0.17 SB | 1.00 SB | 0.00 SB |
| 8 | 0.19 SB | 0.94 SB | - 0.06 SB |
| 7 | 0.21 SB | 0.86 SB | - 0.14 SB |
| 6 | 0.25 SB | 0.75 SB | - 0.25 SB |
| Valeur équivalente des coups joués en postant depuis MP3 | Gain réalisé en postant depuis MP3 | ||
| 10 | 0.15 SB | 0.90 | -0.10 SB |
Explication du tableau
Le prix d'un coup est le résultat de l'opération coût des blinds (1,5 small bets) divisé par nombre de joueurs (ou encore le nombre de coups correspondant à un tour de table). Avec 10 joueurs le résultat est le suivant : prix d'un coup = 1,5 SB/ 10 = 0,15 SB.
Lorsque l'on mise le blind au cut-off à une table de 10 joueurs, on a donc 7 coups devant soi avant de devoir miser à nouveau un blind. Ces 7 coups représentent donc une valeur équivalente à 0,15 X 7 = 1,05 SB. Il se trouve que l'on paye seulement 1 SB et on réalise donc un gain de 0,05 SB par rapport à la structure de blinds classique (1 SB + 1 BB).
Avec 9 joueurs, cela revient au même de miser au cut-off ou au big blind. Avec huit joueurs on passe dans le négatif. À une table shorthanded de 6 joueurs, on essuie une perte de 0,25 SB en misant la mise initiale au cut-off. Si on mise à une table de 10 en MP3, alors on fait un perte de 0,10 SB.
Les avantages de poster au cut-off
Sur une table de 10, il est mathématiquement préférable de miser au cut-off. Mais un certain nombre de raisons stratégiques plaident également en faveur de cette mise anticipée du BB. Celles-ci reposent principalement sur l'avantage de la position.
Si on compare un tour de table débuté en étant cut-off (7 coups) à un tour normal (10 coups) on observe les différences suivantes :
a) Dans le cas d'un tour débuté au cut-off, on ne joue ni au bouton (une très bonne place) ni au big blind et au small blind (deux très mauvaises places). Il est certes plus important de bénéficier d'une bonne place que de se voir épargner une mauvaise place, mais le rapport est ici de 1 contre 2. Voilà sans doute un point en faveur du cut-off.
b) Pour le tour débuté au cut-off, on doit effectuer une mise obligatoire en fin de parole, alors que pour le tour débuté au big blind ce sont deux mises obligatoires en début de parole. Alors que le point a) relève uniquement de la potentialité, ce point repose sur une considération déjà plus concrète, étant donné qu'on a souvent tendance à défendre ses blinds. Il s'agit là encore indiscutablement d'un point en faveur du post au cut-off.
c) On doit moins souvent défendre son blind au cut-off, car il n'y a que 6 voleurs potentiels au lieu de 8.
d) Lorsque l'on doit défendre son blind au cut-off, on a la position sur le relanceur. On peut donc défendre plus de mains qu'au big blind. De plus, on possède une option intéressante sous la forme d'une sur-relance. La sur-relance est intéressante pour trois raisons :
d1) Dans la plupart des cas, 1,5 SB de dead money vient directement s'ajouter au pot.
d2) Beaucoup de joueurs revoient leurs standards de relance considérablement à la baisse lorsque 2,5 SB se trouvent sur la table sous forme de blinds. Il n'y a donc aucune raison pour que la relance de l'adversaire signifie qu'il possède une main premium. La sur-relance est donc une option d'autant plus intéressante que l'agresseur est loose-agressif.
d3) On peut utiliser l'avantage de position en combinaison avec l'initiative pour parfois remporter le coup dès le flop, si l'adversaire venait à le manquer.
e) Si tous les joueurs se couchent, on peut théoriquement relancer avec toutes les mains de départ (avec 32o aussi) ! Ceci doit devenir une action standard pour les lecteurs de cet article, de la même façon qu'il faut obligatoirement miser sur le flop depuis le SB lorsqu'on est en heads up contre le BB dans un pot non relancé. Ce genre de coup produit des gains automatiques qui, avec le temps , représenteront une somme conséquente. Pourquoi une telle action est-elle à ce point positive ? Un voleur de blind normal risque 2 SB afin d'en remporter 1,5 SB (rapport de 4 contre 3). En volant en tant que posteur cut-off je risque 1 SB pour en remporter 2,5 SB. Ceci représente une différence essentielle ! Naturellement j'ai de moins bonnes cartes qu'un voleur de blinds classique (quoique celui-ci n'a parfois non plus pas grand-chose), mais l'adversaire n'est pas sensé le savoir. Les caractéristiques de mes adversaires (tight / loose) ont plus d'importances que mes cartes dans le cas d'un semi bluff. L'expérience montre que les blinds se couchent assez souvent pour que le bluff se justifie pleinement. De plus, il faut inclure les cas ou le big blind suit la mise préflop et prend ensuite le large face à une mise sur le flop. Enfin, il arrive que l'on touche le flop avec des mains pourtant très mauvaises. Il est cependant important d'abandonner ce bluff s'il a échoué. Si le boutton, le SB ou le BB sur-relancent, il est conseillé d'abandonner si le flop n'apporte aucune amélioration. Il est également important de ne pas s'enfermer dans son bluff si le big blind suit sur le flop.
La seule situation dans laquelle il convient de ne pas relancer automatiquement au cut-off est celle où les deux points suivants sont rassemblés : 1) nos propres cartes sont vraiment mauvaises et 2) les joueurs suivants sont très loose-agressifs.
Considérations finales
Au final, il est clairement préférable de poster le blind au cut-off. Un dernier point confirmera cette hypothèse. Si dans un tour normal on essaye d'éviter de poster le big blind en cliquant sur « sit out », afin de commencer au cut-off, on se voit alors obligé de poster 1 SB + 0,5 SB de dead money. Si les règles ne permettent pas de bénéficier des avantages obtenus en postant au cut-off, c'est bien la preuve qu'il s'agit d'une situation avantageuse. Considérez donc le tour initial débuté au cut-off comme un privilège !
On peut éventuellement poster au cut-off même lorsqu'il y a moins de 9 joueurs et qu'on essuie théoriquement des pertes financières, car celles-ci sont partiellement compensées par l'avantage de la position.
Même à une table de 6 il peut en être question. Imaginez que vous ayez choisi une table car vous avez la position sur deux superbes fish. Vous perdez certes 0,25 SB en misant au cut-off, mais vous gagnez trois coups de plus contre les mega-fish. Comme on le voit, il s'agit d'une problématique multidimensionnelle.
Ceci peut également être un argument pour poster au BB sur une table de 10, si l'on bénéficie ainsi de 3 coups supplémentaires contre des fish.
La question « big blind ou cut-off » n'est certainement pas essentielle. Mais comme pour toutes les autres armes stratégiques dont on peut disposer dans sont arsenal, il s'agit là encore d'améliorer son espérance de gain. Il faut envisager les qualités du joueur de poker comme un système dont le fonctionnemement peut-être optimisé au moyen d'une multitude de petits réglages. J'espère, grâce à cet article, avoir procédé à l'un de ces réglages.