Mis à jour le 13 Mar 26 par

Bet Flop, Check-Call Turn OOP

Bet Flop, check-call Turn OOP

Avec cet article nous souhaitons introduire une ligne totalement novatrice dans le répertoire stratégique de PokerStrategy. Un grand nombre de conditions diverses doivent être vérifiées simultanément pour rendre la ligne bet flop, check/call turn profitable. Nous allons tout d'abord nous intéresser à la théorie qui se cache derrière cette ligne :

Étude théorique du Turn check-call OOP

La théorie du check-call

La théorie qui se cache derrière un c/c est - tout du moins d'après ma compréhension du poker - extrêmement complexe. J'ai longtemps essayé de comprendre clairement d'un point de vue théorique la logique qui se cache derrière. Le meilleur moyen est de faire preuve d'abstraction :

Imaginons que nous sommes au turn et que le  pot fait 5 BB. Nous sommes actuellment contre l'éventail estimé de notre adversaire une equity de 30%. Si nous misons au turn, l'adversaire va relancer avec un bon mix de mains faites et de tirages, ce qui fait que nous ne pourrons pas nous coucher contre son raise turn. L'adversaire va ensuite systématiquement miser sur la river, et comme nous avons une certaine showdown value, nous ne pouvons pas non plus nous coucher contre le bet river de l'adversaire.

Si nous jouons bet/call au turn, nous avons ce qu'on appelle une "cote effective" de 3 contre 8, soit 3/11. Étant donné que nous avons une equity de 30%, 3.3 BB sur les 11 qui se trouvent au final dans le pot nous appartiennent. Cette main nous rapporte donc un plus de 0.3 BB (à partir du turn).

Mais qu'en est-il si au lieu de cela nous jouons check-call turn, check-call river ? Nous admettons de nouveau pour simplifier que l'adversaire va miser chaque turn et chaque river. Nous avons maintenant une "cote effective" de 2 contre 7 ou 2/9. 30% des 9 BB dans le pot nous appartiennent, ce qui donne une EV à partir du turn de 0.3*9-2=0.7 BB.

L'EV du check/call check/call est donc dans ces conditions supérieure à celle du bet/call check/call.

Voici donc grosso modo la théorie qui se cache derrière le concept du check/call turn OOP avec initiative.

En pratique - le jeu variable de l'adversaire

Cette théorie ne se laisse pas transposer à 100% en pratique pour la raison suivante : notre adversaire va être influencé dans son jeu suivant que nous checkons ou misons.
En règle générale il ne va pas - contrairement à ce qui a été supposé plus haut - miser contre un check avec les même mains que pour un raise après un bet de notre part. À la river également il va se comporter différemment. Sur la river, après un check/call de notre part, il va miser avec d'autres mains que celles avec lesquelles il aurait relancé notre bet.
Et le pire : notre adversaire a la position. Cela signifie que l'adaptation de son éventail, si c'est un bon joueur, sera à son avantage.

Prenons un bon joueur, à savoir un thinking TAG, comme adversaire. Comment va-t-il interpréter ce check/call turn OOP avec initiative ? Pour l'adversaire le turn check OOP peut signifier les choses suivantes :

1.) J'aimerais faire un check-raise, et donc je préfère ne pas miser.
2.) J'aimerais aller à l'abattage à moindre coût, donc je préfère ne pas (semi-)bluffer.
3) Je joue check-fold

Laquelle de ces possibilités pèse le plus, cela dépend de la texture du tableau. Sur un tableau rainbow ragged, le turn check OOP indique un mélange de 1) et 3), sur un tableau coordonné plutôt 2).

Mais au final nous obtenons grâce au turn check OOP l'effet suivant : nous réduisons l'action que pourrait provoquer l'adversaire, nous le décourageons de miser sa main. Si notre pot equity contre son éventail est mauvaise (mais pas assez pour un check-fold) c'est exactement ce que souhaitons obtenir.

Le check-call turn OOP est donc un moyen d'emmener des mains marginales à l'abattage à bon prix.

De meilleures mains pourraient se coucher ?Alors bet !

Si les conditions appropriées sont réunies, le gros avantage du bet c'est qu'il peut amener une meilleure main à se coucher. Si ça fonctionne, on réussi à arracher à l'adversaire un pot qui ne nous revenait pas en terme d'equity. Donc s'il existe une chance significative que l'adversaire couche une meilleure main, alors on ne devrait pas jouer check/call au turn. On devrait également tenir compte ici de ce qu'on appelle le bluff implicite : si la probabilité est élevée qu'une scare card tombe sur la river et qu'elle amène l'adversaire à coucher bon nombre de meilleures mains, alors ceci parle également en faveur d'un bet au turn. C'est souvent le cas sur un tableau avec 3 cartes d'une même couleur.

Compromis - Free Cards et Bluff Induction

Un check/call au turn intervient le plus souvent dans des situations où nous avons une plus mauvaise main que notre adversaire. Il faut donc partir du principe que nous sommes généralement ceux à qui profiterait une freecard au turn. Mais nous sommes OOP. Cela veut dire que l'adversaire peut décider si il prend une carte gratuite (ou plutôt nous en donne une) ou non.

En général l'adversaire va miser pour la value avec ses bonnes mains et nous priver ainsi d'une freecard. Avec des mains marginales il va checker et nous donner dans ce cas une carte gratuite. Et de temps en temps (même si avec notre check nous lui indiquons qu'il ferait mieux de ne pas nous bluffer) il va tenter de nous bluffer avec des mains désespérées.

La value que nous perdons dans le cas des value bets adverses, va être en partie compensée par les cartes gratuites qu'il va nous donner avec des mains marginales et les bluffs avec les mains sans espoir.

Cela signifie que l'adversaire, malgré le fait qu'il a la position sur nous, ne va pas pouvoir tirer beaucoup plus que ce qui lui revient selon sa pot equity. Ainsi avec une pot equity de 70% il ne pourra pas en moyenne nous prendre beaucoup plus que les 0.4 BB qui lui reviennent.

En comparaison : si nous misons au turn, nous amenons notre adversaire à coucher ses mains sans espoir, à relancer pour la value ses bonnes mains, et à faire un calldown avec ses mains marginales. Dans ce cas il pourrait ainsi nous prendre bien plus de value que seulement 0.4 BB.

La river après un check/call OOP

Nous avons donc checké au turn et suivi la mise adverse. À la river nous sommes de nouveau avec une marginale non améliorée. Nous checkons (avec raison) de nouveau.

Si notre adversaire est un thinking TAG, alors nous devons avoir conscience de ceci : après notre check/call il peut être relativement sûr que nous sommes sur une main relativement marginale que nous souhaitons tout simplement emmener à l'abattage à moindre coût, et que nous avons donc l'intention de payer son riverbet. Si nous prêtons cette intelligence à l'adversaire, alors il devrait être clair que s'il mise sur la river, il est possible, sous certaines conditions, que son éventail de bet soit devenu trop resserré et qu'il soit nécessaire de coucher notre main ! Souvent il n'aura plus envie de miser avec un busted draw.

Fréquemment, un riverbet après notre check/call turn montre d'avantage de force qu'un riverbet après un raise turn de l'adversaire. En effet si nous misons au turn, sommes relancés par l'adversaire, et payons, alors le scénario suivant est possible : l'adversaire est sur un tirage et a tenté un semi-bluff turn. Il pense que nous pouvons également être sur un tirage. Il va donc miser de nouveau sur la river avec son busted draw.

La river après un check-behind de l'adversaire

Si l'adversaire prend le check/behind après notre check turn alors cela peut généralement signifier deux choses :

1. Il a une main sans espoir ou bien un tirage et il a n'a pas misé au turn de peur d'un check/raise ou d'un check/call de notre part. Il se couchera en cas de mise de notre part à la river. Contre un nouveau check de notre part il va souvent bluffer.

2. Il a une main marginale. Il va payer un bet river. En cas de check il va souvent faire un value bet relativement fin.

Nous devons maintenant nous demander - chose typique sur la river - si nous devrions plutôt miser pour la value ou bien si nous préférons induire un bluff potentiel. Un check/fold n'entre pas en ligne de compte. Plus notre main marginale est faible plus nous devrions tendre vers un check/call river. Plus notre main marginale est forte, plus nous devrions avoir tendance à miser sur la river. Il doit cependant être clair que nous pouvons souvent faire des value bets très fins, étant donné qu'avec notre check/call nous avons fait preuve d'énormément de faiblesse et que notre adversaire va donc suivre avec un très grand nombre de mains. Il y a même des situations dans lesquelles un value bet avec A-high good kicker est correct.

Check-Call Turn OOP - version compacte

Conditions

Critères principaux :

  • Nous avons une main marginale
  • Nous avons l'initiative
  • La probabilité que notre adversaire relance notre turn bet est élevée
  • Contre un turn raise notre décision serait difficile
  • La probabilité que l'adversaire couche une meilleure main est extrêmement faible

Critères secondaires :

  • Il s'agit d'une situation Way-Ahead-Way Behind, une carte gratuite ne nous nuit pas
  • L'adversaire bluff beaucoup

Alors nous devrions jouer check-call turn.

Explications :

Le Turn check-call OOP avec initiative est une situation vraiment tricky, avec laquelle je ne suis moi-même pas encore très à l'aise. Avec ce move on souhaite atteindre deux objectifs :

1. Provoquer des bluffs de la part de mains  inférieures
2. Économiser de l'argent contre de meilleures mains, éviter un fold incorrect contre des mains inférieures

Le problème du check-call effectué dans la mauvaise situation est qu'il donne toute la mesure de l'avantage de position à l'adversaire. En effet après un check/call de notre part, l'adversaire a le choix sur la river entre un value bet très fin ou un free showdown check.

D'un point de vue théorique on devrait souvent jouer donkbet ou check/fold river après notre check-call turn, afin de réduire ce désavantage.

Exemple :

Nous avons relancé au SB avec 88. L'adversaire suit. Le flop est J T 7 . Nous misons, l'adversaire suit. Le turn est 2 . Nous savons que notre adversaire joue volontiers call flop raise turn aussi bien avec des mains faites qu'avec des tirages. Contre un turn raise la décision entre un calldown et un fold serait donc difficile. Nous estimons de plus que la probabilité que notre adversaire nous relance ici est très élevée. Nous devrions donc jouer ici check-call.

Annexe

Citation :
Message de Korn tiré d'un échange d'emails avec un winning player en 300/600

Aujourd'hui j'aimerais parler du turn check OOP avec initiative. Je ne parle que des cas où seulement 2 joueurs vont ont au turn.

Je pense que pour que cette ligne soit une option, les conditions suivantes doivent être vérifiées :

1) Tu as une main avec une certaine showdown value, mais sans un réel potentiel de value betting.
2) La combinaison tableau / adversaire offre de bonnes chances d'être confronté à une relance de semi-bluff ou bien pour le free showdown. Mais ta main est telle que tu n'as surtout pas envie d'être relancé, car la décision serait alors vraiment difficile.
3) Le pot est petit, et le tableau est tel qu'une free card ne sera pas si négative (toujours miser le turn quand le tableau présente 3 cartes de la même couleur afin d'amener Villain à coucher un petit tirage couleur à une carte)
4) La combinaison tableau / adversaire est telle que vous gagnerez souvent de la value en induisant des bluffs de la part de mains qui se seraient sinon couchées contre un bet turn.

Le turn check oop est plus faible que le turn check ip. Avec le turn check/behind ip, tu as un showdown garanti pour 1 BB au lieu de 3 BB en cas de check/raise suivi d'un bet river adverse.

En étant oop, tu devras payer 2 BB pour un showdown garanti si l'adversaire mise turn et river. Donc avec le check/call oop tu ne peux souvent économiser que 1 BB si tu es battu, alors qu'avec le c/b ip tu économises 2 BB.

Les conditions pour rendre un turn check oop correct sont donc beaucoup plus difficiles à satisfaire que les conditions pour un turn check behind ip. Ce move ne devrait donc être utilisé que rarement.

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