Mis à jour le 07 Août 26 par

Jouer à la table finale

Final

Introduction

Dans cet article

  • Comment jouer durant les différentes phases de la table finale
  • Quelle influence a votre tapis sur votre approche 
  • Votre stratégie en heads-up

Quels sont vos objectifs, arrivé à la table finale ? Voulez-vous à tout prix remporter le tournoi, ou le fait d'avoir atteint la table finale est déjà une grande victoire en soi ?

Si votre objectif unique est de remporter le tournoi, alors vous devriez jouer de manière agressive et téméraire.

Si, au contraire, chaque place gagnée et chaque augmentation du gain qui l'accompagne, sont du bonus, alors vous pouvez essayer d'éviter les confrontations trop dangereuses, et d'attendre que les autres joueurs s'éliminent entre eux.

Qu'allez-vous apprendre dans cet article ?

Dans cet article, vous apprendrez à trouver un juste milieu entre le jeu trop prudent et le jeu trop risqué. Vous ne devriez jamais verser dans la passivité, mais ne devriez pas non plus devenir un relanceur forcené. Le style à adopter dépend du nombre d'adversaires, et des tapis en présence. Bien souvent, vous ne pouvez pas jouer comme vous le souhaiteriez, car les conditions de jeu et les tapis ne s'y prêtent pas.

Dans les paragraphes à venir, vous allez découvrir comment vous comporter lors des différentes phases de la table finale.

Votre approche lors la phase initiale (7-9 joueurs)

Avec un tapis moyen

En tant que tapis moyen, vous ne devriez jouer que vos cartes lors de la phase initiale. Se lancer dans des moves complexes, tendre un piège, ou essayer de bluffer tout le monde hors du pot est une des erreurs que font la plupart des joueurs.

Contre tant d'adversaires, le danger est trop important qu'au moins l'un d'eux ait une très bonne main. Il est important de jouer de façon patiente, en attendant d'avoir de bonnes cartes. D'après la taille de votre tapis, vous vous situez en milieu de tableau, et n'avez donc pas encore à vous faire de soucis.

De plus, il convient d'éviter les confrontations directes avec le chip leader ou les autres gros tapis. Le danger de se faire éliminer par la seule personne à la table dont le tapis couvre le vôtre est trop important. Votre objectif est de jouer contre les petits tapis, et de leur mettre une pression maximale.

Voici un parfait exemple de tapis moyen prenant la mauvaise décision :

EXEMPLE 1:

Vous êtes au bouton avec 16 BB et tout le monde se couche. Vous regardez vos cartes : 73o. SB et BB sont short (moins de 8 BB)

Que faire ?

Beaucoup de joueurs seront ici tentés par un push, afin de voler les blinds. Mais ceci est une erreur !

En réfléchissant aux mains qui suivraient une telle relance, on s'aperçoit que vous êtes outsider face à quasiment toutes ces mains. Beaucoup pensent sans doute qu'il convient de mettre la pression sur les petits tapis. C'est certes vrai. Mais votre leitmotiv doit être : "agressivité sélective".

Lorsque vous avez les cartes qui vous le permettent, alors il faut mettre la pression aux petits tapis. Il est important d'être seul décideur des moments où vous jouez vos jetons, et de ne pas vous y laisser pousser de force.

Il faut également considérer le fait que lorsque vous montrez des mains aussi faibles, plus personne ne respectera vos relances. C'est ce qui peut vous arriver de pire : vous perdez une grosse partie de votre tapis contre un petit tapis, et avez de plus l'image d'un maniaque. C'est pourquoi, la décision correcte dans cet exemple est : fold  !

Il ne convient de prendre de gros risque que lorsque les petits tapis sont vraiment mal en point, et que l'on est dans les 4-5 premiers. Une image tight avec un tapis moyen d'environ 15 BB est extrêmement importante. Sans elle, vos adversaires ne prendront pas vos relances au sérieux et se mettront souvent all-in.

Une image tight est très importante avec un tapis moyen à la table finale

Il faut donc attaquer les petits et moyens tapis, et ce avec les bonnes mains. Si un gros tapis parle après vous, avec la possibilité de tenter un resteal, et si vous avez 10-14 BB, il peut être justifié avec des mains telles que Ax ou pocket paires, de se mettre all-in directement, plutôt que de faire une relance, car une sur-relance vous mettrait au-devant d'une décision difficile.

Avec un gros tapis

Être à la table finale avec un gros tapis est loin d'être aussi facile qu'il n'y paraît. Beaucoup de joueurs pensent qu'ils doivent contrôler la table et éliminer chaque petit tapis. Contrôler la table veut ici dire mettre la pression même avec des cartes moyennes, et ceci est faux. La force d'un gros tapis est le tapis en soi. Il est donc superflu de le dilapider avec des moves audacieux. Le leitmotiv est, ici aussi, "agressivité sélective".

Vous ne voulez pas prendre de risques inutiles, car vous ne voulez pas qu'un petit tapis double, vous forçant à abandonner tout ou partie de l'avantage que vous procure votre tapis.

EXEMPLE 2:

Stacks&Stats
UTG+1 15 BB
UTG+2 13BB
MP1 21 BB
MP2 23 BB
MP3 15 BB
CO 19 BB
BU 30 BB (Hero)
SB 12 BB
BB 25 BB

Preflop: Hero is Button with A, Q
UTG raises to 4 BB, Hero???

Que faire ?

UTG relance fort, alors qu'il y a un gros tapis au BB. Ceci est un signe indiscutable de force, de sorte que le push ne vous donne pour ainsi dire quasiment pas de fold equity. Avec AQo, vous êtes souvent légèrement favori, mais si l'adversaire a relancé avec une petite pocket paire, il s'agit alors d'une situation pile ou face. Dans l'ensemble on peut donc dire que l'éventail de mains de l'adversaire comporte tout simplement trop de bonnes mains, et que vos chances de remporter ce pot sont trop minces.

Il convient donc de se coucher. Car vous désirez rester maître de votre jeu, et choisir les moments où vous souhaitez signaler de la force et mettre les adversaires sous pression.

Changeons quelque peu l'exemple :

EXEMPLE 3:

Stacks&Stats
UTG+1 15 BB
UTG+2 13BB
MP1 21 BB
MP2 23 BB
MP3 15 BB
BU 30 BB (Hero)
SB 12 BB
BB 9 BB

Preflop: Hero is Button with A, Q
MP3 raises to 3 BB, Hero???

La situation est semblable, mais certains facteurs diffèrent. MP3 relance cette fois de 3 BB seulement, alors qu'un petit tapis est assis au BB. Il s'agit très souvent d'une tentative de vol des blinds. Vous êtes nettement plus souvent en tête contre son éventail de mains, et avez une bonne fold equity, car, dans la mesure où la relance est plus petite, il n'a plus une aussi bonne cote pour un call qu'avant. On peut établir cette règle grossière : on a une bonne fold equity lorsque l'on fait une relance d'au moins 5 fois la relance de l'adversaire.

Un resteal (c'est-à-dire une sur-relance face à une tentative de vol des blinds) avec des mains telles que, par exemple, A5s, est réalisable lorsque...

  • ... la relance de l'adversaire laisse présumer qu'il s'agit d'un steal
  • ... le tapis initial de l'adversaire est de 5-7 fois la taille de la relance
  • ... vous avez vous-même un tapis nettement plus gros
  • ...la main dont vous disposez a d'assez bonnes chances face à son éventail de mains pour un call, elle n'est donc pas souvent dominée (par exemple . AQ+,A2s+, 45s-KQs, 22+ avec en éventail pour un call JJ+,AQs+,AKo)

Le fait que vous ayez un plus gros tapis est ici d'importance, car vous vous assurez ainsi de ne pas vous faire sortir par une monster. Il convient de ne pas abuser de ces resteals, mais ils représentent une arme importante afin de remporter un tournoi et d'intimider les adversaires.

Avec un petit tapis

On parle d'un petit tapis lorsque l'on dispose de moins de dix big blinds. Il commence à devenir important d'entreprendre quelque chose. Un push systématique n'en est pas moins une erreur. Il est évident que vous devez réagir, et que votre objectif doit être au moins de voler les blinds. Toutefois, il reste plus de 6 adversaires et un tour de table durera assez longtemps pour que vous puissiez être un peu sélectif.

Il convient ici d'attendre de bonnes mains jouables. Des mains comme les As moyens ou les Rois forts (KQ ou KJ) sont jouables. Dès lors que vous avez une main jouable, il faut directement vous mettre all-in, et ne pas vous autoriser de plaisanteries du type : relance à 3 BB. Si vous investissez un tiers de votre tapis préflop, vous êtes de toute façon impliqué dans le pot. La meilleure décision est donc de vous mettre directement all-in préflop.

Vous pouvez ainsi faire se coucher de meilleures mains telles que des pocket paires, et voler ainsi les blinds. Si quelqu'un vous suit, vous êtes la plupart du temps dans une situation de 50:50 ou bien légèrement outsider. Il est essentiel que tous les joueurs précédents se soient couchés. Il faut se méfier des limpers, et après une relance, il vous faut une excellente main !

Check liste pour un move lors de la phase initiale d'une table finale

Voici une liste des facteurs importants dans la décision de la réalisation d'une action. En tant que gros ou moyen tapis, vous relancez ou restealez, et en tant que shortstack, vous faites un push.

  • Vos cartes - Faites attention aux éventails de call, 87s est préférable à A3o, à cause de la domination.
  • Votre position - Combien de joueurs après vous ont encore des chances d'avoir un monster ?
  • Votre image - Si vous avez relancé deux fois de suite lors des mains précédentes, il convient de se coucher avec A8o
  • Le tapis des blinds - attaquez les petits et moyens tapis, à qui vous pouvez "faire mal".
  • L'approche des blinds - attaquez de préférence les joueurs passifs/tight.

Ces facteurs valent aussi avec un tapis gros/moyens.

Votre approche contre 4-6 joueurs (shorthanded)

Avec un tapis moyen

Avec un tapis moyen, contre un maximum de cinq adversaires, vous commencez à sérieusement envisager la victoire finale. De mauvaises décisions signifient rapidement l'élimination. En tant que tapis moyen, il y a un facteur très important : la position.

Dans la sélection des mains que vous jouez, il est important d'avoir la position sur les petits tapis. Vous désirez jouer vos coups contre ces joueurs, et éviter les conflits avec les joueurs qui ont plus de jetons que vous. Tant que vous évitez les mains avec des joueurs ayant un plus gros tapis que le vôtre, vous ne vous mettez jamais all-in, et évitez ainsi de vous faire éliminer.

Voici encore un exemple qui illustre votre stratégie dans cette phase du jeu.

EXEMPLE 4:

Il y a 5 joueurs. Les blinds sont 500/1000, avec des antes de 100. Vous êtes SB avec 28k de jetons avec A3o. Le chipleader est au BB avec 74k de jetons. Tout le monde s'est couché avant vous.

Dans un cash game normal, ceci serait une relance évidente, car vous avez l'equity pour vous. Mais ceci n'est pas un cash game, mais une table finale, et celle-ci requiert des réflexions stratégiques. Il convient donc de revoir vos options.

  • Raise: c'est très risqué, car à moins que le flop ne soit AA3, vous ne saurez pas vraiment où vous en êtes. Si un A arrive sur le flop, que vous misez et que BB vous met all-in, vous vous retrouvez dans une situation difficile où vous ne savez pas vraiment ce que vous devez faire, c'est la situation way ahead/way behind par excellence. Une relance avec un tableau imparfait et un bon move de la part de BB peut s'avérer très dangereuse pour vos jetons.
  • Fold: avec un fold vous éviteriez la confrontation. Mais il faut convenir qu'un fold serait ici vraiment très weak. Vous avez une main jouable, et battre en retraite avec une telle main n'est pas vraiment le signe d'un bon joueur de poker.
  • Limp: il ne vous reste que le limp. Celui-ci est souvent sous-estimé, mais la situation est la suivante : vous avez une main trop faible pour une relance contre le chipleader, et trop forte pour un fold. Il faut donc faire un limp. Vous restez ainsi actif, et pouvez regarder ce qui se passe. Si vous touchez le flop, vous pouvez miser, sinon, vous pouvez vous contenter d'observer ce qui se passe, et choisir de suivre (en fonction de la cote du pot) ou de vous coucher.

Changeons maintenant notre exemple, en admettant que BB n'ait que 8k chips, votre approche est alors complètement différente.

Pas l'ombre d'une hésitation à avoir ici, vous le mettez all-in. Si il n'a pas d'As, il y a de fortes chances pour que soit il se couche, soit vous soyez un léger outsider voire légèrement favori grâce à votre As.

En résumé : en tant que tapis moyen avec 4-6 joueurs il convient d'être prudent face aux gros tapis, et agressif face aux petits tapis.

Avec un gros tapis

Le comportement à adopter avec un gros tapis diffère peu. Vous évitez toujours de prendre de trop gros risques. Car les blinds ne vous intéressent pas vraiment. Les autres joueurs doivent agir, et opter pour de moins bons moves afin d'arracher quelques malheureux jetons. Dans cette phase, le temps est votre meilleur allié. Vous restez donc seul décideur du moment où vous choisissez de mettre les autres joueurs sous pression.

Il est important de ne pas suivre les all-in des autres joueurs avec des mains marginales. Si quelqu'un se met all-in, ce n'est sûrement pas avec 72o. De plus, il faut essayer d'éviter de jouer des pots énormes. Vous pouvez essayer de grignoter les tapis des autres joueurs en jouant de petits pots. Avec de gros pots, apparaît le danger de voir les adversaires se mettre all-in et vous faire ainsi perdre l'avantage que vous procure votre tapis.

Observons maintenant un exemple à ce sujet :

EXEMPLE 5:

Il reste 4 joueurs à la table et les blinds sont de 500/1000 avec des antes s'élevant à 100. Vous êtes chipleader avec 52k jetons, et êtes au BB. Le button se met all-in avec 11k, le SB se couche et vous avez T8s.

La plus grosse erreur que vous puissiez faire ici serait de suivre le all-in. Le bouton peut certes avoir relancé avec une main marginale, afin de voler les blinds, mais vous avez vous-même une main vraiment moyenne et êtes presque toujours outsider. Votre objectif n'est pas d'éliminer les autres au moyen de telles situations. Vous vous couchez donc en attendant une situation où vous aurez bonne main pour pousser votre adversaire à l'erreur.

Il convient toutefois de suivre ces all-ins avec des bonnes mains comme 88 ou AJo, même si vous n'êtes pas au BB, afin de tirer le meilleur des situations EV+ et de bâtir votre chiplead.

Par ailleurs, il convient ici de recourir au resteal lorsque la situation s'y prête. Par exemple, vous pouvez parfois relancer avec une main marginale contre un tapis moyen qui a relancé un petit tapis, à condition toutefois qu'il y ait de la fold equity (c'est-à-dire relancer de 5-7 fois la relance).

Si toutefois vous remarquez que vous bénéficiez d'un certain respect (justifié), il faut prendre les relances très au sérieux. Certains adversaires couchent tout sauf AK et QQ+ contre le chipleader.

Avec un petit tapis

Lorsque vous êtes petit tapis, vous pouvez tirer avantage de la tactique de jeu des moyens et gros tapis. Ceux-ci attendent les bonnes cartes pour vous mettre la pression et vous devez entreprendre quelque chose avant que les blinds ne vous mangent. Vous devenez donc de plus en plus agressif, car, après tout, qu'avez-vous à perdre ?

Vous êtes au bord du gouffre et, si vous voulez gagner le tournoi, il faut faire quelque chose. Attendre que les autres s'excluent mutuellement et que vous soyez heads-up, pour enfin doubler 10 fois votre tapis, est plutôt invraisemblable. Il convient donc de voler les blinds, pendant que les adversaires attendent leurs bonnes cartes.

Un exemple :

EXEMPLE 6:

Il s'agit encore une fois d'un pot à 4, avec des blinds de 500/1000 et des antes de 100. Vous avez 13k jetons et êtes en début de parole. Vous avez QTs, que faire ?

Sans hésiter : push ! Il n'y a ici que deux cas de figures.

Soit tout le monde se couche, et vous empochez les blinds, il s'agit tout de même de 2k. Si vous réussissez cela plusieurs fois, vous serez de retour en milieu de tableau.

Ou encore quelqu'un suit, ce qui débouchera sans doute sur du pile ou face, si l'adversaire a une petite pocket paire. Cela tournera en votre faveur la moitié du temps. C'est le genre de situation que l'on recherche.

Vous pouvez également ne pas avoir de chance et tomber contre AA, KK, QQ, ce qui fait que vous êtes presque assuré d'être dehors. Dans toutes les autres situations, vous n'êtes que légèrement outsider, voire favori, avec un peu de chance.

Ici aussi il est important de choisir le moment pour attaquer. Si il y a d'autres petits tapis, ils pourraient profiter du fait que quelqu'un vous suive. C'est pourquoi, il est plus utile d'attaquer les autres petit tapis. Si il n'y a pas d'autres petits tapis, il est alors judicieux d'attaquer les tapis moyens, toujours pour les mêmes raisons. Car lorsque vous réussissez un double up contre un gros tapis, vous ne gagnez pas autant que contre un tapis moyen, puisque ce dernier deviendrait alors petit tapis, vous rapprochant ainsi de la place suivante.

Il ne faut en aucun cas attendre les très bonnes mains. Il faut faire quelque chose si vous voulez l'emporter, vous n'avez donc pas le choix. Qui sait quand vous toucherez une telle main ? Un push all-in avec 73o en ayant une stack de 4 BB vous offrira une fold equity nettement moindre. Et si quelqu'un vient à vous suivre, vous pouvez d'ores et déjà vous lever et quitter la table.

Votre approche avec trois joueurs (3-handed)

Vous vous demanderez sans doute pourquoi créer un paragraphe spécialement pour le 3-handed. La différence avec le shorthanded, est que l'on est toujours en situation d'action. Soit en blinds, soit au bouton. On n'a donc pas le temps de respirer.

Avec un tapis moyen

Lorsque vous avez la position du tapis moyen, votre but est que le petit tapis soit le premier à quitter la table. Vous ne souhaitez surtout pas sortir avant lui. 

Cela ne veut pas pour autant dire que vous devez devenir une serrure en puissance qui balance toutes ses mains en attendant que le gros tapis mange le petit. Il convient à nouveau d'éviter les confrontations avec le gros tapis. Vous ne souhaitez surtout pas jouer de gros pot contre le gros tapis !

Vous devez toutefois exercer une pression suffisante sur le petit tapis. Le moment est bien choisi pour replacer notre petite formule : "agressivité sélective".

Exemple 7:

Vous êtes au bouton avec K9o. Le petit tapis est en SB et le gros tapis en BB. Passons en revue vos options :

  • Fold : Vous ne voulez, certes, pas jouer contre le gros tapis, mais comme on l'a déjà dit auparavant, vous ne voulez pas non plus tomber dans un demi coma ni jouer un poker de poule mouillée. Un fold serait ici bien trop weak.
  • Raise: D'un point de vue objectif, il s'agirait ici du meilleur move, car vous êtes souvent en tête ici. Toutefois, si le gros tapis veut jouer contre vous, vous êtes alors presque obligé de jouer pour un gros pot, à cause de la relance préflop, et c'est précisément ce que vous souhaitez éviter.
  • Limp: Vous optez donc à nouveau pour un limp. Vous restez ainsi actif, et avez la position. Vous pouvez observer le flop et voir ce qui se passe. Si vous ne touchez rien et que BB relance, alors vous pouvez facilement quitter la main. Si tout le monde checke, vous pouvez miser à la moitié du pot et essayer ainsi de le voler. Si BB continue à jouer et que vous n'avez rien en main, il est alors impératif de ralentir.

Il est important de faire attention à ne pas jouer ainsi contre un gros tapis trop agressif, qui relance systématiquement n'importe quelle main depuis le bouton, profitant de votre "weakness". Il est alors préférable de relancer et d'essayer ensuite de maintenir un petit pot ou de l'arracher dès le flop.

Si on changeait l'exemple, mettant le gros tapis en SB et le petit tapis en BB, alors l'approche changerait du tout au tout.

Une relance serait alors une obligation, afin de mettre la pression sur BB. S'il arrive alors que SB joue et BB se couche, alors vous pouvez toujours vous appuyer sur sa position. Et comme SB checke souvent dans ces cas-là, vous pouvez souvent miser pour voir où vous en êtes. Si SB suit de nouveau, alors il convient de mettre le holà et de voir si vous pouvez aller voir l'abattage à moindre coût avec votre main marginale.

Il faut toujours avoir conscience du fait que, dans cette phase, la position et les jetons sont les éléments les plus importants. C'est pourquoi vous essayez de mettre les deux éléments de votre côté, en jouant contre le petit tapis. Avec Ax et n'importe quelle paire, il convient également de vous mettre directement all-in avec 10-14 BB, afin de ne pas être forcé au fold par le gros tapis.

Avec un gros tapis

Avec seulement 2 adversaires, il est important d'essayer de conserver sa domination en jetons, car il s'agira d'un avantage considérable en heads-up, puisqu'il vous permet de mettre votre adversaire all-in à tout moment.

De plus, il faut observer que la structure des prix d'un tel tournoi est ainsi faite que les progressions en terme de gains deviennent considérables à partir de la troisième place. En tant que gros tapis, vous pouvez faire tourner ceci à votre avantage, car les deux adversaires entrent en demi-coma et essayent d'atteindre cette petite place supplémentaire, et s'en remettent à la chance pour remporter ensuite le tournoi.

Pour vous, cela signifie que vous devez vous efforcer, de par votre jeu agressif, d'arracher en misant, tous les pots qu'aucun de vos adversaires ne cherche à s'attribuer. C'est surtout dans les coups contre le pot moyen que cela fonctionne, car celui-ci se concentre plus sur l'élimination du petit tapis que sur le gain de jetons du gros tapis.

Avec un petit tapis

Avec un petit tapis, il ne vous reste qu'une option dans cette situation : jouer vraiment agressif. Le tapis moyen attend souvent que vous soyez éliminé et le gros tapis a un avantage qu'il veut conserver. Aucun des deux n'a donc de bonnes raisons de suivre des all-in avec des mains marginales. Et vous mettez ceci à profit, en imposant votre rythme, et en vous mettant all-in avec des mains fort marginales. Vous n'avez rien à perdre, et, plus vous attendez, plus les blinds deviennent douloureux. Et c'est exactement ce que les autres joueurs veulent, car dans cette phase du jeu, il est fréquent que les deux autres adversaires "s'allient" afin d'exclure le petit tapis le plus vite possible.

Il est donc important d'en tirer avantage en faisant des pushs fréquents. Il faut cependant ne jamais suivre de all-in, sauf avec des mains premiums. Vous mettez la pression aux adversaires en les forçant à se demander s'ils veulent suivre un all-in avec des mains marginales, face à une pocket paire éventuelle.

Heads-Up

Vous avez réussi à atteindre le heads-up. Il ne reste qu'un joueur entre vous et la glorieuse victoire finale. Il est maintenant essentiel de ne pas faire la moindre erreur, qui ne vous laisserait "que" la deuxième place. Au heads-up, il y a deux facteurs importants auxquels il faut faire attention. D'une part, l'élément le plus important, l'adversaire. D'autre part, évidemment, la répartition des jetons. Étudions maintenant ces deux éléments plus précisément, afin d'en tirer le plus possible.

L'adversaire

En heads-up, il ne reste qu'un seul adversaire. Comprendre la façon dont il appréhende chacune de vos actions, ce qu'il en pense et comment il réagit en conséquence est donc un avantage considérable. Il faut essayer d'entrer dans sa tête.

C'est l'aspect psychologique le plus important au heads up, il faut connaître l'adversaire et savoir comment on peut utiliser cette information au mieux contre lui.

Si, par exemple, l'adversaire est trop agressif, il faut être alors plus réservé et attendre le bon moment pour le piéger dans un gros pot.

Si, en revanche il se couche souvent préflop, alors vous mettez les gaz afin de le mettre sous pression et lui montrer qu'il ne peut se permettre d'attendre de toucher un flop idéal.

En heads up, il est très important d'analyser le jeu de manière objective. C'est d'ailleurs le plus difficile. Il faut être en mesure de reconnaître les moments où un adversaire est tout simplement meilleur. Cet état de chose ne signifie pas que l'on doit directement abandonner. Il faut en tirer le meilleur. Si par exemple on voit que l'on est meilleur qu'un adversaire, alors on peut essayer d'en tirer profit post-flop, en l'amenant à jouer le plus de petits pots possible, et de lui soutirer des jetons petit à petit. Cette technique, dite des "smallballs" demande du temps, mais elle est en revanche moins risquée. On essaye d'éviter les grosses confrontations, et d'amener l'adversaire à se faire grignoter par les blinds. Une fois que l'on a environ dix fois plus de jetons que lui, on peut commencer à le mettre all-in préflop, en espérant toucher les bonnes cartes si il suit. S'il se couche continuellement, alors c'est encore mieux, car les blinds deviennent alors de plus en plus gros par rapport à son tapis, le forçant ainsi à suivre avec des cartes de moins en moins bonnes.

Si c'est en revanche la situation contraire qui se présente, c'est l'adversaire qui prend le dessus, il faut alors adopter la stratégie inverse. Si l'adversaire, appelons le Phil Helmuth, ne joue que pour des petits pots, alors il nous soutirerait petit à petit tous nos jetons. On se met alors à ne jouer que pour des big bets. Phil Helmuth a dit un jour qu'il ne suivrait jamais un all-in avec les dames. Et c'est donc la technique qu'il adopterait contre nous. On se met all-in et il nous dit qu'il a les dames mais attend une meilleure situation, alors on peut lui montrer notre 76o et lui dire qu'il peut tout à fait continuer à attendre.

Prenons un exemple extrême : imaginons que votre mère a demain l'occasion de jouer contre Phil Ivey heads-up pour un million de dollars. Chacun reçoit 10.000 $ de jetons et la partie doit se dérouler normalement. Le problème est le suivant : Votre mère ne connaît rien au poker, mais vous ne pouvez laisser passer une telle occasion. Alors, quelle est la meilleure façon de la préparer à un heads-up contre Phil Ivey ?

Lui dites-vous :

"Maman, joue tes tirages sans détours (straight forward), il bluffe beaucoup"

ou

"Essaye de lui voler les blinds lorsque tu as le sentiment qu'il n'a pas de bonnes cartes."

ou bien encore

"Essaye de tirer le meilleur de ta position après le flop, et si tu es OOP, alors fais un check/raise, afin de voir où tu en es."

Votre mère risquerait alors de vous faire de grands yeux et de vous répondre, "oui, oui, cause toujours".

La seule stratégie que vous puissiez lui donner et avec laquelle elle a des chances de gagner c'est de jouer le "big bet poker", poussé à l'extrême. Vos recommandations ressembleraient alors à ceci :

"Maman, dès que tu as une main où il n'y a ni un 2, ni un 3, tu te mets all-in. Et ce, tout le long de la partie."

Elle aurait alors une infime chance contre Phil Ivey. Car avec les all-in préflop, on neutralise les skills post-flop d'un joueur exceptionnel comme Phil Ivey. Il faut maintenant que Phil Ivey saisisse la bonne situation pour suivre un all-in.

Le nombre de jetons

Venons en maintenant au nombre de jetons. Si vous êtes largement en tête, vous jouez tout simplement vos cartes, en essayant petit à petit de percer à jour votre adversaire, afin d'adapter votre jeu.

Si vous avez moins de jetons, alors il est important de savoir à quel point, et d'avoir conscience du rapport entre votre tapis et la taille des blinds. Votre stratégie va en dépendre.  Voici quelques exemples :

EXEMPLE 8:

Vous avez 130k jetons. Les blinds sont de 2000/4000 avec des antes de 500. Vous avez A3o au bouton, ce qui est une bonne main en Heads up. Que faire ?

RAISE ! Contrairement à l'exemple shorthanded, vous pouvez jouer directement sur l'EV ici. Et au SB, vous pouvez plus facilement checker le turn après un continuation bet suivi. A3 a une bonne equity préflop mais une mauvaise jouabilité, il faut donc le plus souvent relancer. En terme d'Equity, vous pourriez même vous mettre all-in. Mais les blinds sont trop petits et vous n'avez donc aucune raison de le faire.

EXEMPLE 9:

Vous avez le sentiment que l'adversaire vous domine.

À nouveau, vous avez 130k et l'adversaire 300k.

Il relance à 16k et vous avez ATo. Que faire ?

Le facteur décisif est qu'il semble être meilleur. Vous n'avez donc pas  d'autre choix que de vous mettre all-in. La décision lui revient désormais.

Il n'y a que contre AA que vous n'avez pratiquement aucune chance. Même contre KK vous avez des chances de gagner, en touchant un As.

Il est fréquent que l'adversaire se couche alors face au all-in, vous permettant ainsi d'empocher 16 k jetons. C'est surtout lorsque l'adversaire a le sentiment de vous dominer qu'il couchera une meilleure main, comme une petite pocket paire.

En résumé

J'espère que cet article a pu vous montrer en quoi le jeu à la table finale exige une approche tactique particulière, et n'est en cela pas comparable à un cash game ou aux étapes précédentes du tournoi. Il s'agit la plupart du temps de beaucoup d'argent, et j'espère que cet article va permettre à certains d'entre vous de remporter quelques dollars supplémentaires.