Mis à jour le 13 Mar 26 par

Le float scandinave

Introduction

Dans cet article

  • Le float, une arme particulièrement importante pour le jeu post-flop
  • Quand utiliser le float en MTT
  • Le fonctionnement du float, street par street

Si vous possédez une certaine expérience en tant que joueur de cash game, alors vous savez probablement ce qu'on entend par "float". Ce move consiste à payer une mise adverse au flop (ou parfois au turn) avec une main qui ne vaut pas grand-chose, dans l'intention d'arracher le pot au turn ou à la river. Cette option est souvent bien plus intéressante qu'une relance, le float permettant de représenter un éventail de mains bien plus large.

Le float

Examinons un exemple tiré d'une partie de cash game $.50/$1 :

Un TAG standard, avec des stats 22/18 et une fréquence de continuation bet à 80%, open-raise à 3$ au cutoff. Vous avez QdJd au bouton et décidez de suivre. Le flop est 7c7d5h et Villain effectue un continuation bet à 5$. Vous suivez. Le Ts tombe au turn, Villain checke. Vous misez 11$ et remportez le pot.

Ce que vous faites au flop est considéré être un float. Vous n'avez pas vraiment de showdown value et seuls 6 outs permettent à votre main de s'améliorer (plus un éventuel tirage couleur backdoor). Vous estimez cependant que l'éventail d'open-raise de Villain au cutoff est particulièrement large, et qu'au regard de son pourcentage de continuation bet élevé, il va miser presque systématiquement sur un flop aussi sec. Étant donné qu'il est capable d'ouvrir préflop avec des mains comme A2o, T8s et Q9o, il n'aura la plupart du temps rien touché.

Relancer le flop n'aurait aucun sens. Même un joueur assez limité en terme de lecture du jeu aura du mal à accorder un certain crédit à votre main. D'autant plus que personne ne relance un full ou un brelan sur un tel flop. Villain s'attendra à un simple call de votre part avec des mains aussi fortes, et la seule façon de représenter ces mains est donc de floater. Une fois que l'adversaire a checké le turn (ce qu'il fera souvent du fait qu'il joue hors de position et que, suite à votre call, il va souvent considérer que vous avez quelque chose), vous pouvez alors miser en ayant bon espoir de remporter directement le pot dans la plupart des cas.

L'histoire ne s'arrête cependant pas là. En cash game, vous affrontez toujours les mêmes joueurs et ceux-ci ne manqueront pas de détecter assez rapidement vos habitudes en matière de float. Ils s'adapteront en misant davantage de 2nd barrels et en utilisant le check/raise turn, suite à quoi vous devrez réajuster votre jeu en introduisant des doubles floats ou en prenant le check behind au turn. Comme souvent en cash game, cela se transforme donc en une interminable lutte, consistant à ajuster et réajuster votre jeu en permanence.

Le float en MTT

En MTT, les choses sont différentes. Tout d'abord, le pool de joueurs particulièrement important fait que vous êtes rarement assis avec les mêmes adversaires. Ensuite, les regulars sont généralement moins attentifs à vos actions qu'en cash game. Ceci vient principalement du fait que la plupart des tournois sont full ring, ce qui permet aux regulars de jouer sur plusieurs tables en parallèle. Ils n'ont donc pas le temps de surveiller aussi attentivement leurs adversaires qu'en cash game.

Plus important encore, les tailles de tapis en tournois ne laissent pas beaucoup de place à la créativité en terme de lignes de jeu. La plupart du temps, votre tapis restant au flop représente à peine plus de 4 à 7 fois le montant du pot. Vos adversaires ne peuvent donc pas se permettre de check/raise le turn ou d'effectuer un 2nd barrel en espérant que vous n'avez rien. Leur seule option est de tenter un continuation bet avant de coucher leur main. Si vous repensez à la grande majorité des mains avec lesquelles vous avez relancé préflop en tournoi sans aller finalement à l'abattage, je suis sûr que vous vous rendrez compte qu'il s'agit de mains avec lesquelles vous avez effectué un continuation bet au flop, avant de jouer check/fold turn.

En MTT, les joueurs ont tendance à accorder bien trop d'importance à leur survie dans le tournoi. Ils refusent de finir broke sans avoir une bonne main. Les gros bluffs sont quelque chose d'assez rare chez les regulars. Ils invoquent l'ICM et parlent de conserver leurs jetons, alors que l'ICM ne joue pratiquement aucun rôle tant qu'on ne se trouve pas aux abords de la table finale. La plupart des regulars ne le comprennent pas. En dehors du contibet, ils se contentent de jouer en mode fit-or-fold. Et c'est justement là que le float intervient.

Réfléchissez-y quelques secondes. Avez-vous pour habitude d'effectuer un continuation bet, indépendamment du fait que vous ayez touché ou non ? J'imagine que la plupart d'entre vous allez répondre que oui. Même les joueurs les plus inexpérimentés ont généralement entendu parlé des bénéfices qu'on peut tirer d'un contibet et l'utilisent régulièrement. Est-ce que vous utilisez souvent le 2nd barrel ? En supposant que vous fassiez du multitabling sur 15 tables, n'avez-vous pas tendance à abandonner au turn lorsque vous n'avez rien et que votre adversaire a payé votre contibet ? Pensez surtout aux fois où votre tapis au turn ne contient pas plus de 1 à 4 PSB (Pot Size Bet : mise à hauteur du pot) alors que vous vous trouvez hors de position.

Si vous optez pour un shove turn, ou encore pour un bet turn suite auquel vous êtes pot commited, il faut bien voir que vous prenez cette décision sans avoir d'autre information au sujet de la main de votre adversaire que ses deux calls successifs (préflop et flop). En jouant ainsi, votre adversaire a montré une certaine force. Avez-vous vraiment envie de risquer une bonne partie, voire tout votre tapis dans le seul but de bluffer votre adversaire ? J'imagine que beaucoup vont maintenant répondre que non. Et vous savez quoi ? Ce n'est absolument pas un problème. De fait, dans la majorité des cas, la meilleure ligne consiste à jouer bet préflop, contibet flop et check/fold turn sans amélioration.

Cet article envisage simplement les choses du point de vue opposé. La plupart des joueurs comme vous et moi vont répondre "oui" à la question sur le contibet, et "non" à la question sur le 2nd barrel. Des joueurs solides, d'un bon niveau, des joueurs gagnants. On trouve des joueurs qui vivent à Vegas dans de magnifiques villas et gagnent des montants annuels à six chiffres en MTT, tout en jouant d'une manière facile à exploiter. Ils font leur contibet au flop, checkent le turn et couchent leur main. Vous pouvez alors exploiter leur jeu en effectuant un float avant d'arracher le pot au turn. Un vrai jeu d'enfant. J'appelle cela le "float scandinave" car, pour une raison que j'ignore, les Scandinaves semblent l'utiliser beaucoup plus que les autres joueurs.

Voici quelques exemples tirés de tournois que j'ai joués récemment.

EXEMPLE 1

PokerStars $55 Freezeout. Blinds and antes: 200/400/25.

Stacks: 12k effectifs

Preflop: Hero is Button with KsQs
Hijack raises 950, CO folds, Hero calls, 2 folds

Flop: (2.675) 2d6hTs (2 Players)
Hijack bets 1.675, Hero calls

Turn: (6.025) 4h  (2 Players)
Hijack checks, Hero bets 3.025, Hijack folds


Analyse :

Je pense qu'en temps normal j'aurais plutôt tendance à 3-bet ici. Mais il se trouve que je contrôle parfaitement la situation contre cet adversaire et que les deux blinds sont des nits. C'est pourquoi je décide de flat call. Je sais également que ce joueur est particulièrement actif préflop, mais beaucoup moins post-flop. Je suis sûr d'être en tête face à son éventail d'open-raise et je pense avoir la possibilité de le déstacker sur un tableau Kxx ou Qxx. Et si je ne touche rien, j'ai de toute façon de bonnes chances de remporter le pot via un float.

Une fois au flop, je fais un float standard ; j'ai 6 outs directs et 13 outs supplémentaires qui peuvent me donner un bon tirage au turn (10 Piques et 3 Jacks). La plupart des cartes qui n'améliorent pas ma main ne devraient pas non plus améliorer la main de mon adversaire. S'il n'a rien touché d'ici là, mon adversaire a toutes les chances de se contenter de checker le turn en cas de blank, me permettant alors de miser et de remporter le pot. C'est d'ailleurs exactement ce qui se produit ici.

EXEMPLE 2

Full Tilt Poker $109 freezeout. Blinds and antes: 100/200/25.

Stacks: 7k effectifs

Preflop: Hero is Button with 8d7d
MP2 raises 500, 2 folds, Hero calls, 2 folds

Flop: (1.525) Ac5d2h (2 Players)
MP2 bets 950, Hero calls

Turn:(3.425) 9h (2 Players)
MP2 checks, Hero bets 2.025, MP2 folds


Analyse :

Préflop, je pense que la décision entre le 3-bet et le flat call est relativement close. J'ai eu tendance à 3-bet préflop de façon relativement active jusqu'ici et je me méfie de cet adversaire. Il s'agit d'un joueur pro aguerri, capable de 4-bet light contre moi, c'est pourquoi je choisis de me contenter de call préflop. Je décide de flat call le flop avec mon 8-high. Peu de cartes sont susceptibles d'améliorer l'éventail adverse au turn. S'il n'a rien touché au flop, je m'attends à ce qu'il joue la plupart du temps check/fold turn sans amélioration.

En me contentant de call le flop de cette manière, je représente une certaine force. Mon adversaire peut difficilement me mettre sur un float et il y a donc peu de chances qu'il tente de me bluffer. Je pourrais tout à fait avoir 55 ou 22, ou encore quelque chose comme AJ ou AT. De plus, ma main possède un minimum d'equity au flop grâce à plusieurs tirages backdoor. J'obtiens un gutshot au turn qui ne change absolument rien à la situation ; une fois que mon adversaire ce contente de checker comme prévu, ma seule mission consiste à miser pour remporter directement le pot.

EXEMPLE 3

Voici maintenant un exemple extrême.

Micro-gaming 25€ rebuy. Blinds and antes: 1500/3000/300.

Nous sommes à la bulle de la table finale avec seulement 11 joueurs encore en course.

Stacks: 210k (la moyenne est seulement à 85k).

Preflop: Hero is Button with 4d3d
Hero raises 6.500, SB folds, BB raises 23.500, Hero calls

Flop: (50.300) 9c7d6h (2 Players)
BB bets 31.200, Hero calls

Turn: (112.700) 6d (2 Players)
BB checks, Hero bets 53.700, BB folds


Analyse :

Villain et moi sommes les deux chip leaders du tournoi avec une énorme avance sur les autres. En temps normal, il s'agit d'un très mauvais spot pour un flat call en raison de la taille de la relance adverse particulièrement élevée. Il se trouve cependant que j'ai déjà affronté cet adversaire par le passé et je sais qu'il utilise de grosses relances avec des mains comme AQ-AK et qu'il relance moins fort avec ses grosses paires. Je suis pratiquement certain que son 3-bet n'est pas un bluff (ce joueur semble pratiquement incapable de 3-bet bluff), et je suis également convaincu qu'il ne s'agit pas d'une grosse paire.

En fonction de la texture du flop, je saurai exactement s'il a touché ou non. C'est la raison pour laquelle je me dis que j'ai des chances de remporter un gros pot en optant pour un float. Sur la plupart des tableaux, mon adversaire va en effet être obligé d'abandonner au turn s'il n'a rien touché. De plus, la taille de nos tapis respectifs fait qu'il a beaucoup à perdre. J'ai donc confiance dans le fait qu'il ne va pas se lancer dans un bluff multi-barrels contre moi, Finlandais un peu fou et seul joueur capable de lui faire vraiment mal à ce stade.

De façon générale, ce flop n'est pas idéal pour un float. Sa texture aura généralement aidé l'éventail adverse d'une manière ou d'une autre. Mais dans le cas présent, je suis convaincu qu'il n'a pas touché. Avec une overpair, il misera forcément au turn. S'il n'a rien, il se contentera de checker. De mon côté, je bénéficie d'un gutshot. Quatre outs ne représentent pas grand-chose, mais c'est toujours ça de pris.

Une fois qu'il checke le turn, je décide de miser suffisamment pour l'amener à se coucher (vu le tapis qui lui reste au turn, ses options sont fold ou shove, et en cas de shove je peux encore me coucher en gardant un bon tapis). L'astuce, c'est qu'il doit prendre à ce stade une décision mettant en jeu l'intégralité de son tapis. En tenant compte de la pression inhérente à la bulle d'une table finale et du fait que je suis le seul joueur susceptible de la sortir du tournoi, je considère qu'il ne va pratiquement jamais tenter un gros bluff ici.

Le float scandinave - Street par street

Comment réussir un float scandinave ? Voici comment s'y prendre, street par street.

Préflop

Voici quelques points dont vous devez tenir compte avant d'envisager quoi que ce soit.

Votre perception de Villain

Évitez de floater contre des adversaires qui semblent ne pas connaître le bouton fold. Beaucoup de joueurs ont tendance à bluffer beaucoup trop et se contentent de jouer bet, bet, bet. N'oubliez pas que l'idée du float est de parvenir à ce que votre adversaire arrête de miser à un moment ou un autre pour que vous puissiez voler le pot. Si Villain est un adepte des 2nd ou 3rd barrels, les floats vont finir par vous faire perdre beaucoup d'argent.

Vous devez être sûr que votre adversaire possède un éventail de relance suffisamment ouvert, puisqu'il est bien plus difficile de réussir un float contre 77+ AJ+ que contre 54s+, 76o+, QTo+, Ax, 22+. Vous devez ensuite avoir une idée de ses tendances post-flop. Si vous utilisez un HUD, jetez un œil à son pourcentage de contibet. Une grande partie des regulars va effectuer un continuation bet dans plus de 70% des cas (et ils ont bien raison de le faire étant donné que leurs adversaires utilisent trop rarement le float).

L'agressivité de Villain sur les streets suivantes

Examinez ensuite l'agressivité de votre adversaire sur les streets suivantes. Bon nombre de joueurs voient leur agressivité retomber de façon significative au turn. Ces joueurs sont les cibles idéales pour vous. D'autre part, vous avez tout intérêt à essayer de déterminer si votre adversaire est un regular ou non. Que vous le croyiez ou non, il est largement préférable que ce soit le cas. Plus il joue de tables, mieux c'est. Il y a des tas de regulars 12-tabling contre lesquels j'utilise le float tous les jours, et qui ne s'adaptent jamais parce qu'ils sont trop occupés à cliquer des boutons sur d'autres tables.

Bien entendu, l'idée n'est pas d'avoir affaire à un joueur de classe mondiale. Les meilleurs joueurs de MTT jouent tellement bien post-flop qu'il est difficile de tenter le moindre move profitable contre eux. En revanche, certains regulars pourtant particulièrement respectés restent incapables d'adapter leur jeu contre les floats. Lorsque vous tombez sur un regular gagnant avec un ROI de 70% pour un buy-in moyen de 30$ sur un gros échantillon, il y a de bonnes chances qu'il s'agisse d'un candidat idéal pour le move qui nous intéresse.

Votre position et les adversaires situés derrière vous

Vous devez avoir la position sur votre adversaire, l'idéal étant que votre adversaire se trouve en milieu ou fin de parole (de façon à ce que son éventail d'open-raise soit relativement large). De plus, vous devez être aussi près du bouton que possible. Si vous n'êtes pas au bouton, assurez-vous que le ou les adversaires situés derrière vous sont tight et ne 3-bet bluff pas trop souvent. S'il y a de grandes chances pour qu'un joueur situé derrière vous entre également en jeu via un call ou un 3-bet, alors votre tentative de float est morte avant même d'avoir commencé et vous réussissez uniquement à dilapider vos jetons en payant préflop avec une main spéculative. Assurez-vous également qu'aucun des blinds n'est short stack (afin d'éviter d'être confronté à un 3-bet shove).

La taille des tapis

Vous avez généralement besoin d'avoir encore 30BB devant vous. Il existe certains cas dans lesquels il serait possible d'argumenter en faveur d'un float avec seulement 25BB. Personnellement, je ne m'y risquerais pas, à moins d'avoir affaire à un adversaire particulièrement straightforward et que les conditions soient parfaites. Si vous avez 20-25BB et que votre adversaire open-raise loose, alors vous devriez pratiquement toujours opter pour un shove préflop plutôt que pour un flat call. N'oubliez pas qu'il faut toujours anticiper sur la suite du coup.

À combien le pot s'élèvera-t-il au flop ? En supposant par exemple que votre adversaire open-raise à 2,5BB et que tout le monde se couche à part vous, alors le pot s'élève à environ 7,5BB au flop en comptant les blinds et les antes. Si vous avez seulement 20BB au début de la main, votre marge de manœuvre est plus que limitée. Votre adversaire se retrouvera pratiquement pot commited suite à un continuation bet et il sera donc bien plus difficile pour lui d'abandonner une middle paire ou une main de ce genre.

Votre main

Bien que ce point ne soit pas tout à fait aussi important que les précédents, il est bien entendu préférable d'avoir une main qui pourrait toucher le flop, comme un connecteur assorti ou une petite paire, plutôt qu'une poubelle absolue. Évitez également les mains qui s'accompagnent d'une énorme cote implicite inversée comme par exemple A2o. Vous n'avez pas envie de finir broke avec une top paire faible les quelques fois où vous et votre adversaire aurez touché tous les deux.

Donc :

  • Si vous n'êtes pas au moins 30BB deep, pas de flat call.
  • Si vous n'êtes pas sûr que votre adversaire possède un éventail d'open-raise suffisamment loose, pas de flat call.
  • Si vous n'avez aucune idée de la façon dont il joue post-flop, pas de flat call.
  • Si vous pensez qu'il est en tilt ou qu'il pourrait s'agir d'un de ces bluffeurs invétérés capables de barrel sur plusieurs streets, ou encore d'un TRÈS bon regular capable de lire vos pensées, pas de flat call.
  • Si votre adversaire est un mega fish incapable de coucher Ace high sur le moindre tableau, pas de flat call.
  • Si vous avez 72o, pas de flat call (sauf cas exceptionnel).
  • Si des joueurs capables de flat call ou de squeeze se trouvent derrière vous, pas de flat call.

Par contre :

  • Si vous avez affaire à un regular adepte du multi-tabling et que les circonstances semblent favorables, alors allez-y. Vous serez étonné du nombre de fois où cela fonctionnera.
Flop
La texture du flop

Il s'agit d'un point vraiment très très important. Si vous avez complètement manqué le flop et que sa texture est particulièrement propice aux tirages, pas exemple KJ8 avec un tirage couleur, le mieux est généralement d'abandonner votre plan et de coucher votre main. Le problème avec un flop de ce genre est que votre adversaire aura souvent touché un petit quelque chose ou un tirage.

Avec un tapis effectif aussi petit, les joueurs possédant un tirage ont généralement tendance à push le turn, qu'ils aient touché ou non. La dernière chose que vous avez envie de voir est un check/raise shove adverse au turn, puisque vous payez alors le maximum sans avoir la moindre possibilité d'aller à l'abattage.

Si votre adversaire possède en revanche une main faite sur ce genre de tableau, il va généralement vous mettre sur un tirage et shove le turn quoi qu'il arrive. En temps normal, si vous avez une main avec laquelle vous avez envie de finir broke sur un tableau à tirages, vous allez shove vous-même dès le flop. Un flat call flop sera donc perçu comme un signe de faiblesse et votre adversaire pourrait alors décider de 2nd barrel le turn avec une main aussi faible que gutshot + overcard.

Les flops idéaux pour un float sont les low flops rainbow, comme 642 ou 843, les flops avec une high card et deux low cards, comme par exemple Q52 ou A54, ainsi que les flops avec une paire, par exemple 833. Notez que sur un flop sec, le fait que vous ayez touché ou non n'a aucune importance.

Par exemple, que peut faire l'adversaire si le flop est A22 et que vous suivez son contibet ? Il sera la plupart du temps obligé de jouer check/fold avec des mains aussi fortes que 99 ou KQs, étant donné que vous lui indiquez que vous avez un As et que vous n'allez probablement pas le coucher. Personnellement, je float tous les jours avec des mains comme 87s sur des tableaux Axx pour cette simple raison. En ce qui concerne la texture du flop, la question que vous devez donc vous poser avant tout est la suivante : "Quelles sont les chances que mon adversaire ait touché quelque chose ?".

Les joueurs situés derrière vous

Est-ce que tous les autres joueurs se sont couchés préflop ? Si jamais un 3ème joueur est impliqué dans le pot, alors vous devez revoir vos exigences à la hausse avant de décider de vous lancer dans un float. Vous pouvez encore floater de temps en temps , mais la texture doit être particulièrement favorable et vous devez savoir exactement à quoi vous en tenir concernant vos deux adversaires. Un exemple de spot particulièrement favorable pour un float 3-way correspond à une situation dans laquelle un regular a payé dans les blinds et où le flop est Axx. En effet, les regulars n'ont pas pour habitude de payer avec les As dominés en étant hors de position, à cause la cote implicite inversée, et ils vont généralement 3-bet avec les gros As. Il est donc particulièrement improbable que le regular ait un As dans cette situation.

Lorsque l'open-raiser effectue son contibet sur un flop A82 rainbow et que vous payez, le blind va systématiquement se coucher à moins d'avoir 22 ou 88. Du point de vue du joueur qui vient de miser, votre float représente encore plus de force étant donné que vous avez payé alors qu'un autre joueur pouvait encore agir derrière vous.

La connexion entre votre main et le flop

Si vous avez par exemple une main comme 87s et que le flop est 652 avec votre tirage couleur, vous avez alors une monster-equity grâce à laquelle vous êtes favori contre n'importe quelle autre main. Mais sans amélioration, vous avez seulement 8-high. Il est donc préférable de maximiser la fold equity à ce stade du coup via un shove ou un raise/call.

Il vous arrivera d'autres fois de toucher une bonne paire sur un flop présentant une possibilité de tirage couleur, par exemple KQ sur un flop Q65. En fonction de la taille des tapis restants, il peut être plus judicieux de relancer dès le flop pour mieux protéger votre main, trop de cartes risquant de ne pas vous convenir au turn.

Turn

Le turn est bien plus simple à jouer que les streets précédentes, puisque tout dépend de ce que fait votre adversaire. S'il opte pour un committing bet et que vous n'avez rien, vous devez bien entendu vous coucher. Si vous avez suivi mes instructions sur les streets précédentes et si le profiling de votre adversaire est correct, il est possible que ce soit un simple coup de malchance ; deux fois sur trois, votre adversaire ne va rien toucher et va se contenter de jouer check/fold. Il se trouve simplement que cette fois-ci, il a eu la chance de toucher quelque chose.

S'il se contente de checker (comme ce sera le cas la plupart du temps, à moins que vous ayez commis une erreur lors des étapes précédentes), alors vous devez miser dans pratiquement tous les cas. Comme toujours, il peut bien entendu y avoir des exceptions. Voici les scénarios les plus fréquents dans lesquels il est recommandé de s'écarter du plan initial :

La carte du turn est une overcard (par rapport au flop)

Ce facteur est important lorsque l'adversaire mise un montant au flop qui ne le commit pas. Même le regular le plus straightforward va généralement barrel lorqu'un As apparaît au turn, peu importe qu'il ait touché ou non. Si Villain possède par exemple 87o sur un flop Q42, il va généralement effectuer son contibet avant de fold au turn. En cas d'As au turn, il va en revanche miser de nouveau en essayant de représenter cette carte. Il joue ainsi parce qu'il sait que vous avez de bonnes chances de coucher une Queen, et que vous coucherez à coup sûr une pocket comme 88.

Si vos tapis sont suffisamment deep pour que vous puissiez miser sur la river en cas de nouveau check adverse, vous devriez envisager un nouveau float au turn, même si vous n'avez aucun out. Là encore, le fait d'avoir des outs, par exemple avec un gutshot, est forcément un plus, mais cela n'a rien d'obligatoire. Par contre, ne jouez pas ainsi si votre tapis restant ne vous permet pas de miser à hauteur du pot sur la river en cas de nouveau check adverse.

Villain checke, vous avez de la showdown value et le tableau est inoffensif

Supposons que vous ayez 88 sur un tableau 9422 rainbow. Votre main est pratiquement toujours en tête et votre adversaire n'a généralement qu'entre 2 et 6 outs. Vous pourriez miser histoire d'obtenir un balancing de votre ligne, mais ce n'est pas vraiment nécessaire. Si vous avez au moins trois fois le montant du pot devant vous (auquel cas un check/raise adverse réussirait de temps en temps à vous faire coucher la meilleure main), alors vous devriez envisager de checker. Face à un adversaire que vous affrontez régulièrement, le bet reste la meilleure option pour des raisons de balancing (vous n'avez pas envie qu'il vous voit avec une main aussi forte au showdown sans avoir misé le turn). Il se rendrait en effet alors compte que dans ce genre de spot, votre main est polarisée entre les monsters et les floats, et il pourrait commencer à punir vos floats.

La texture du tableau change totalement et votre adversaire checke avec un tapis idéal pour un check/raise

Imaginons que vous tentiez un float avec 87o sur un superbe flop T22 rainbow. La turn est un J qui fait apparaître un tirage couleur et votre adversaire checke, alors qu'il vous reste encore l'équivalent de 4 PSB (Pot Size Bet). Il n'avait pas forcément grand-chose au flop, un tableau T22 étant particulièrement difficile à toucher. Une telle carte au turn fournit soudain un grand nombre d'outs à une main comme KQ, sachant que votre adversaire pourrait également être désormais sur un tirage couleur. Avec une taille de tapis idéale pour un check/raise shove (3-4 PSB), certains adversaires vont souvent choisir ce move, plutôt qu'un 2nd barrel.

D'ailleurs, avec quelle main pourriez-vous vraiment avoir envie de miser et de payer un shove sur ce turn ? Il est peu probable que vous ayez JJ ou TT étant donné que ces mains débouchent la plupart du temps sur un 3-bet préflop. Il est peu probable que vous ayez un deux étant donné que vous couchez préflop toutes les mains contenant cette carte. Un joueur sachant un minimum lire une main se rendra compte que votre éventail de bet turn se compose essentiellement de floats. S'il possède quelques outs (par exemple des overcards, un gutshot avec AQ ou un tirage couleur) pour compenser les fois où il se trompe et où vous avez effectivement une main, alors il va opter pour un check/shove. Notez bien que du point de vue de votre adversaire, le check/shove est bien meilleur que le 2nd barrel, d'une part pour la deception, et d'autre part afin d'obtenir de la value contre vos floats.

River

Si vous avez effectué un double float et que votre main ne s'est pas améliorée, alors votre mission consiste simplement à miser en cas de check, et à vous coucher en cas de shove. Là où les choses deviennent très intéressantes, c'est lorsque votre adversaire a joué check/call turn. Dans cette situation, il vous reste le plus souvent aux alentours de 1PSB. La bonne approche dépend alors uniquement de votre read et de la carte de la river. Il est impossible de donner des consignes exactes pour les rares fois où cela se produit. Essayez avant tout de déterminer si la plus grosse partie de son éventail peut résister à un river bet ou non. J'aurais tendance à dire que je mise sur environs 65% des rivers et que j'abandonne dans environs 35% des cas. Voici tout de même quelques conseils, à titre indicatif :

Dans quels cas miser
  • Si la carte de la river est une overcard (par rapport au tableau) et qu'il est peu probable que votre adversaire possède cette carte.

    Vous décidez par exemple de floater sur un flop 922. Le turn est un 4 et vous misez. L'adversaire suit et la river est un Jack, une Queen ou un King. Dans ce cas, vous devez miser pratiquement à chaque fois. Si la river est un As, alors il faut vous en remettre à votre read, c'est le scénario de loin le plus compliqué. Votre adversaire peut très bien s'être entêté avec son AK ou quelque chose dans le genre, mais il peut également avoir une main comme 33 qu'il va alors probablement coucher. De façon générale, plus la river est scary, plus vous devriez avoir tendance à miser.

  • Si la river complète un tirage et que votre adversaire se contente de checker.

    Supposons que le flop soit particulièrement inoffensif, par exemple 822. Le turn est un 7 qui fait apparaître un tirage couleur (votre adversaire joue alors check/call). La river est un Jack qui complète la couleur. Si votre adversaire se contente de checker, un shove va fonctionner dans la plupart des cas. Il est peu probable que votre adversaire ait touché la couleur, étant donné que pratiquement tout le monde aurait 2nd barrel le turn avec un tirage. Si jamais votre adversaire a choisi de jouer check/call turn avec le tirage (ce qui est la plus mauvaise ligne), il va généralement donkbet shove la river.

Dans quels cas s'abstenir de miser
  • Si la river est une blank (surtout si elle fait apparaître une paire sur le tableau).

    S'il n'a rien, votre adversaire va généralement check/fold le turn. S'il joue check/call turn et que la river ne change absolument rien, il est peu probable qu'il joue check/fold river.

  • Si votre adversaire utilise le time bank pendant une très longue période avant de checker.

    Il s'agit d'un timing tell universel : en temps normal, lorsqu'un joueur n'est pas particulièrement intéressé par sa main (il a par exemple joué check/call turn avec des overcards et un tirage quinte désormais busted, et sa seule intention est de jouer check/fold) il a tendance à appuyer relativement rapidement sur le bouton check.

    Je pense que c'est un phénomène purement psychologique qui est le mélange de deux choses. D'une part, le joueur veut passer à la main suivante le plus rapidement possible histoire de recevoir de nouvelles cartes et de pouvoir regagner ses jetons. D'autre part, il se trouve dans une situation inconfortable en société, il vient de gaspiller ses jetons et a maintenant un peu honte. Il souhaite donc y mettre terme au plus vite. Par conséquent, lorsqu'un joueur pense pendant un bon moment et décide finalement de checker, c'est souvent le signe qu'il a hésité entre un shove direct et un check, ou en tout cas qu'il est toujours intéressé par sa main. Ce point n'est pas aussi important que les autres recommandations contenues dans l'article (d'ailleurs je recommande tout de même de shove la river en cas de scary card si vous pensez que votre adversaire n'a pas touché), mais il peut tout de même être intéressant d'en tenir compte.

Conclusion

En MTT, le jeu dans les phases avancées repose en grande partie sur des règles liées à la taille des tapis ; le plus souvent, votre jeu préflop se résume à 3bet/call, 3bet/shove ou fold. Un call avec un tapis aux alentours de 30BB est généralement une mauvaise approche, à moins que vous soyez un très bon joueur post-flop. Si vous optez trop souvent pour un call préflop et jouez ensuite en mode en fit-or-fold post-flop, vous jetez alors vos jetons par les fenêtres.

En revanche, si vous maîtrisez les moves post-flop, alors vous pouvez payer beaucoup plus loose préflop et compliquer ainsi la vie de votre adversaire. J'aurais tendance à dire que le float est l'arme la plus importante dans l'arsenal de moves post-flop d'un joueur MTT. Pourtant, peu de monde se penche vraiment sur la question. J'espère que cet article vous servira de source d'inspiration et qu'il vous permettra de commencer à exploiter les regulars weak-thight. Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas à me la poser ici (in english please) !