Le jeu au flop - Concepts de base
Le jeu au flop - Concepts de base
Le jeu au flop en Pot Limit Omaha diffère grandement du jeu au flop en No-Limit Hold'em. Les mains faites ne sont pratiquement jamais sous-jouées étant donné que tous les tableaux, à de très rares exceptions près, contiennent des scarecards. Les mains à tirage sont, quant à elles, soit suffisamment fortes pour pouvoir être jouées agressivement au flop, soit trop faibles pour pouvoir être jouées plus avant.
Par ailleurs, les contibets perdent énormément en valeur, étant donné que les adversaires touchent souvent quelque chose. Les donkbets au flop afin de protéger les mains faites deviennent donc d'autant plus importants, étant donné que dans de nombreux cas le contibet adverse qui permettrait de faire un check/raise ne se produira pas. Les articles "Jeu préflop - Concepts de base", "Comment décompter les outs", "Mains à tirage" et "Mains faites" constituent une base très utile pour la compréhension de ce qui suit, étant donné qu'ils expliquent comment évaluer la force d'une main dans les différentes situations.
Cet article présente de nombreux exemples relatifs aux différentes mains possibles, dans le but de vous aider à vous orienter lors de vos débuts en PLO. Il n'est malheureusement pas possible de traiter de toutes les mains qui méritent d'être jouées à partir du flop, mais cet article vous aidera à comprendre de nombreux concepts que vous pourrez ensuite utiliser dans des situations similaires.
1. Contibets
a. Pot relancé
La valeur de l'initiative, très profitable en No Limit Hold'em, perd quelque peu de son importance en Pot Limit Omaha. Dans de nombreux cas - surtout en full ring - le nombre de joueurs au flop dans les pots relancés est bien plus important, ce qui fait que le contibet en tant que bluff n'a plus de sens. Même à 3 joueurs, le flop offre souvent plusieurs tirages forts qui viennent s'ajouter aux mains faites telles que sets ou double paires, ce qui fait qu'on rencontre souvent de la résistance.
Pour les contibets dans les pots relancés, l'idéal est un tableau sur lequel vous pouvez représenter une main relativement crédible pour un relanceur préflop. Ce sont par exemple les tableaux A-high ou K-high, qui n'offrent que peu de tirages, ou encore les tableaux rainbow qui permettent des quintes formées à partir de cartes hautes dès le flop.
Scénario 1 :
Vous relancez depuis le CO après 2 limpers et êtes suivi par BB ainsi que par les 2 limpers. Le scénario est alors le suivant :
Tableau : K 9

Votre main : A Q

9
Les adversaires checkent et vous misez 3/4 du pot.
Le tableau n'offre pas de tirage fort, sauf à des mains QJT* qui n'ont que 9 outs (ici en fait seulement 7 puisque Hero possède deux bloqueurs avec Qd, Jh) ce qui en PLO n'est pas vraiment considéré comme un tirage fort. Étant donné que beaucoup d'adversaires relancent des mains KK**, les limpers n'auront que rarement top set. Même un bottom-set aura du mal à poursuivre au flop étant donné que sans retirage et sans la position, cette main présente une grosse cote implicite inversée, et que vous avez montré beaucoup de force avec votre contibet dans un pot à 4 joueurs. Un contibet sera donc ici souvent couronné de succès.
Scénario 2 :
Vous relancez first-in au BU et êtes suivi par SB et BB.
Tableau : Q

Votre main : K


Vous avez un tirage pour la deuxième couleur max et un gutshot. Le tableau offre certes quelques possibilités pour une main faite, mais étant donné qu'aucun de vos outs ne vous donne la nut, il n'est pas judicieux ici de jouer check/behind pour ensuite devoir éventuellement se coucher en cas de grosse action alors même qu'on a touché. Un contibet vous permet souvent d'amener des mains telles que AQ** ou bien des tirages supérieurs, mais encore relativement faibles, à se coucher. KT** sans autre tirage ou bien un tirage couleur T-high se coucheront contre un contibet. En cas de relance vous pouvez coucher votre main sans aucun problème. Il est donc judicieux de faire un contibet à hauteur du pot sur ce tableau afin de représenter QQ** ou JJ**. Même QJ** ne va que rarement relancer et engager son tapis ici, étant donné que cette main a une très mauvaise equity contre des tirages forts tels que K-Q-T-9 avec tirage couleur, et qu'elle tire mort face à un set.
Scénario 3 :
Vous relancez first-in depuis MP dans une partie full-ring 8-handed et êtes suivi par 4 joueurs. 5 joueurs voient le flop suivant :
Tableau : T

Votre main : A


Les deux blinds checkent. Étant donné le nombre de joueurs, vous n'avez pratiquement jamais la meilleure main. En plus du tirage couleur, un nombre considérable de tirages quinte sont possibles, qui s'accompagnent souvent d'une double paire, ou en tout cas d'une paire. Même une main assez moyenne sur ce tableau, telle que Q-T-9-7, est largement favorite contre une simple overpair.
Main Pot equity Gagne Partage
|
A |
34.39% |
206,335 |
0 |
|
QT97 |
65.61% |
393,665 |
0 |
Un contibet ne présente aucun intérêt dans cette situation, étant donné qu'on sera trop souvent relancé par de bonnes mains et qu'on sera alors loin derrière ("way behind").
b. Pot sur-relancé
Dans les premiers temps, les 3-bet seront relativement rares. Comme expliqué dans l'article sur le jeu préflop, vous ne devriez effectuer un 3-bet ou un 4-bet avec les bonnes mains à paire haute AA**, KK**, que si vous pouvez mettre au moins 40% de votre tapis dans le pot avant le flop. Vous vous mettez ensuite systématiquement all-in au flop.
Si vous sur-relancez préflop avec de bonnes rundown comme par exemple J-T-9-8, alors un contibet est particulièrement intéressant sur les flops A-high ou K-high, étant donné que vous pouvez toujours représenter top set. Il est en revanche plus compliqué de savoir si vous devriez faire un contibet push all-in avec une rundown, comme dans le cas des mains à paire haute, étant donné que ces dernières ont toujours des outs pour double paire ou set, alors qu'avec J-T-9-8 sur un tableau Q-6-3 vous êtes clairement way behind.
2. Mains faites
Vous apprendrez comment évaluer la force des différentes mains dans l'article "Mains faites en Omaha". Je vais présenter ici pour chaque type de main faite, différentes lignes qui peuvent être jouées suivant qu'on est, ou non, l'agresseur préflop.
a. Top set
Le top set est dans la plupart des cas la plus forte main faite au flop. Cette main constitue de plus le meilleur retirage possible dans le cas où vous vous trouvez face à d'autres tirages. Il est pratiquement toujours correct de miser fortement au flop avec top set et - si possible - de pousser son tapis au centre de la table dès le flop. Si vous êtes vous-même l'agresseur préflop, vous devriez toujours effectuer un contibet. Vous devriez également relancer systématiquement en cas de donkbet adverse et protéger votre main contre tous les types de tirages possibles. Il n'y a que très peu de tableaux qui ne permettent aucune forme de tirage. Du fait des 4 cartes distribuées à chaque joueur, même un tableau comme Q-8-4 sera considéré en Omaha comme favorable aux tirages.
Scénario 4:
UTG limp, vous relancez à hauteur du pot au CO, BU, SB et UTG payent votre raise. Vous êtes à 4 joueurs sur le flop suivant :
Tableau : Q
4
Votre main : A


SB check, UTG donkbet à 2/3 du pot.
Au premier abord, le tableau ne semble pas propice aux tirages, étant donné qu'aucun tirage couleur, quinte bilatéral ou wrap n'est possible. Cependant, des mains telles que J-T-9-* et 7-6-5-* ont chacune 9 outs contre votre main. De plus, une main comme 8-8-7-6 possède, en plus du second set, un gutshot avec le 5. Si l'une cartes suivantes : J, T, 9, 7, 6, 5 tombe au turn, vous ne savez plus si vous avez encore la meilleure main, étant donné qu'une quinte peut tout a fait s'être réalisée. Vous donnez de plus la possibilité à l'adversaire de se défaire facilement de top double paire ou d'un petit set au turn. La seule action correcte ici est une grosse relance afin de vous retrouver pot commited.
Imaginons que le tapis effectif est de 100 BB. Vous relancez à hauteur du pot (4,5 BB) après un limper et êtes suivi par 3 adversaires. Le pot est donc de 19 BB au flop. Un adversaire donk a 13 BB et vous relancez à 58 BB avec 37.5 BB de tapis restant. Même si l'adversaire se contente de vous suivre, vous pouvez ensuite payer profitablement au turn quelle que soit la carte, étant donné que contre un quinte qui se serait réalisée, vous avez la cote pour un retirage vers un full. Vous ne commettez donc aucune erreur et mettez la plus grande partie de l'argent dans le pot alors que vous êtes en tête.
L'exemple a également pour objectif de montrer qu'en PLO le slowplay n'est pratiquement jamais une bonne idée.
Sur des flops qui rendent une couleur ou plusieurs quintes possibles, il est souvent justifié de jouer son top set en tant que semi-bluff. Votre adversaire ne peut jouer aucune autre main que la nut face à votre raise, et si vous êtes payé, vous avez le meilleure retirage possible avec 7 outs au flop et 10 outs au turn.
Scénario 5 :
CO raise first-in à hauteur du pot, BU call, vous suivez au SB, BB se couche. Le flop est 3-handed.
Tableau : K

Votre main : K
Q

Vous checkez et l'agresseur préflop mise 2/3 du pot. BU suit et vous relancez à hauteur du pot.
Le call de BU est souvent le signe d'une petite couleur, qui n'ose pas relancer. Le contibet de CO, en plus d'un contibet standard, peut être le signe d'un bluff pur avec A
Il existe une multitude d'autres scénarios, et dans presque tous les cas il existe une bonne raison pour jouer rapidement votre top set dès le flop. Soit parce que votre relance vous donne de la fold equity, soit parce qu'elle débouche sur un all-in multiway. Vous trouverez plus d'informations sur l'equity des top sets dans de telles situations dans l'article sur les mains faites. L'important est de toujours choisir une ligne qui vous permet de mettre la pression sur l'adversaire en misant ou en relançant.
b. Trips
En Pot Limit Omaha, les trips sont des mains très dangereuses. On peut être way ahead, on peut être way behind, et on peut avoir un coinflip. L'important avec les trips est de savoir si la paire du tableau est plus élevée que la troisième carte ou non.
Scénario 6 :
UTG, MP, CO, BU limp, SB complète et vous checkez au BB.
Tableau : T 8
8
Votre main : 8


Vous pourriez bien n'avoir qu'un seul out contre TT**, voire même tirer mort contre T8**. Contre une main telle que A-Q-J-8 vous n'avez que 31% d'equity.
Dans ce cas vous jouez systématiquement bet/fold au flop. Tous les tirages vont se coucher sur ce tableau dans un pot multiway, T8 va presque toujours relancer pour la protection, étant donné que tout overcard représenterait un risque, et A8** vous relancera la plupart du temps avec trips et top kicker. Si vos adversaires se contentent de vous suivre, vous devez réévaluer la situation au turn, suivant que vous avez touché votre full ou non.
Contrairement au Hold'em, il est beaucoup plus probable qu'un autre joueur possède le dernier 8. Étant donné que vous êtes 6 joueurs au flop, un total de 20 cartes se trouve chez l'adversaire. Étant donné que pour votre part vous connaissez 7 cartes, il reste 45 cartes encore inconnues. Donc 20 fois sur 45, soit dans 44,4% des cas, quelqu'un aura le dernier 8. Ceci pour montrer que votre main est loin d'être aussi forte qu'on pourrait le penser au premier abord. Voici votre equity contre différentes mains adverses :
Main Pot equity Gagne Partage
|
8 |
12.82% |
72,931 |
7,986 |
|
T8*,TT,A8* |
87.18% |
519,083 |
7,986 |
Scénario 7:
MP, CO et BU limp, SB complète, vous relancez à hauteur du pot (à 6 BB) au BB, MP, BU et SB suivent, CO se couche. Le pot au flop est de 25 BB.
Tableau : J
3
Votre main : J
9
6
SB checke, vous faites un contibet à 20 BB, MP et BU se couchent, SB check/raise à hauteur du pot, ce qui fait qu'un call vous mettrait all-in. Le tapis effectif est de 100 BB. Vous devez donc payer 74 BB pour en gagner 135.
Le contibet est important afin d'éviter que la main soit checkée par tous les adversaires et que quelqu'un touche un full au turn. Suite au check/raise de votre adversaire, vous êtes la plupart du temps battu. Il a presque toujours 33**, J3** ou AJ**. Voici votre equity contre ces mains :
Main Pot equity Gagne Partage
|
J |
40.87% |
237,845 |
14,730 |
|
33** J3** AJ** |
59.13% |
347,425 |
14,730 |
Vous devez payer le all-in, étant donné que vous êtes pot commited suite à votre contibet. Si on compare l'equity à celle du scénario 6, on voit très bien l'énorme différence qui existe entre les deux flops, bien que dans les deux cas vous n'avez qu'un trips avec un mauvais kicker.
c. Top double paire
L'une des mains les plus problématiques en Pot Limit Omaha. Elle gagne le plus souvent de petits pots et perd presque toujours de gros pots. Les top double paires sans retirage doivent être jouées dans presque tous les cas en bet/fold flop. À la moindre relance, peu importe que le tableau offre des tirages ou non, vous êtes way behind face à un joueur possédant un éventail raisonnable. Dans certains cas l'adversaire sera sur un freeroll avec la même double paire accompagnée d'un bon retirage.
Scénario 8:
MP open-raise à hauteur du pot, vous suivez au CO, SB suit également.
Tableau : J 8
4
Votre main : J


SB checke, MP contibet à hauteur du pot. Vous avez top double paire sans retirage et vous couchez.
Imaginons un instant que SB joue check/fold et que vous vous retrouviez contre un seul joueur. Sur ce tableau, il va rarement faire un contibet avec du vent. Il peut avoir les mains suivantes :
- Top ou second set. 44** est peu probable, étant donné qu'il y a peu de mains qui contiennent 44 et avec lesquelles on open-raise.
- Top double paire avec tirage quinte ou couleur.
- Une petite rundown comme 7-6-5-4 avec tirage couleur. Sans tirage couleur la main serait très faible, avec seulement 6 outs pour la quinte, dont seulement 4 outs pour la nut.
- Overpair avec tirage couleur ou quinte.
Il peut éventuellement faire un contibet avec quelques mains marginales supplémentaires, mais un raise vous permettra uniquement de vous retrouver isolé face à des mains qui vous battent nettement.
Main Pot equity Gagne Partage
|
J |
11.80% |
62,934 |
15,722 |
|
88** JJ** KJT8 A |
88.20% |
521,344 |
15,722 |
Si vous vous contentez de suivre, vous êtes alors confronté à un nombre incalculable de scarecards au turn. À part le dernier J, vous n'avez aucun out pour la nut, et même un 8 au turn vous donnera seulement un underfull que vous devrez jouer prudemment étant donné que votre adversaire aura rarement une main telle que 44** ou 84** avec laquelle il terminera broke, ces deux mains étant les seules que vous battez encore au turn et qui vous donneront encore éventuellement de l'action.
Si vous êtes vous-même l'agresseur préflop, un contibet avec top double paire vaut presque toujours le coup. En fonction du tableau et de l'action adverse vous devez alors déterminer si vous voulez ou non poursuivre avec votre main. En principe on considère que top double paire sans retirage pour quinte, couleur ou au moins une double paire supérieure est trop faible pour mériter un all-in flop à 100 BB de votre part.
d. Set second, bottom set
Les deux plus petits sets diffèrent considérablement de top set, étant donné qu'ils perdent énormément en equity dans les pots multiway si jamais ils se retrouvent face au top set, auquel cas ils se trouvent réduits à un tirage avec 1 out. Le bottom set se jouera de façon comparable à top double paire, c'est pourquoi nous reprenons le scénario 8 :
Scénario 9 :
MP open-raise à hauteur du pot, vous suivez au CO, SB suit également.
Tableau : J 8
4
Votre main : 5


SB checke, MP contibet à hauteur du pot. Vous avez bottom set sans retirage et vous vous couchez.
Nous donnons le même éventail à Vilain que dans la main précédente et obtenons alors l'equity suivante :
Main Pot equity Gagne Partage
|
5 |
12.09% |
72,043 |
1,025 |
|
88** JJ** KJT8 A |
87.91% |
526,932 |
1,025 |
Comme vous pouvez le constater, votre equity s'est à peine améliorée.
Un set second est bien plus fort et mérite souvent d'être joué. Vous pouvez souvent estimer la probabilité que votre adversaire ait top set. Si vous jouez sur un tableau A-high contre un agresseur préflop, alors vous devez souvent compter avec AA**. Si au contraire l'action est provoquée au flop par un limpeur préflop, le second set se trouve souvent être la meilleure main. Ce type de lecture vous permettra d'améliorer considérablement l'estimation de la force de votre set au flop.
Scénario 10 :
La table est 6-handed. MP limp, CO raise à hauteur du pot, vous suivez au SB, MP call, et vous êtes 3 joueurs au flop.
Tableau : A

Votre main : Q
T

Vous checkez le flop et MP mise à hauteur du pot. CO se couche et vous relancez à hauteur du pot avec votre set second.
Ici MP a rarement AA**, étant donné que cette main est toujours relancée depuis MP. Il va souvent avoir un gros tirage, qui ne veut pas donner de carte gratuite pouvant faire apparaître une paire sur le tableau et convertir une faible double paire en full, ou bien qui perdra énormément en equity en cas de blank au turn. Une autre possibilité est qu'il ait une main faite faible, comme top double paire ou bottom set avec tirage quinte, avec laquelle il n'a pas envie de voir une scarecard tomber au turn. Étant donné qu'il ne peut pas partir du principe que l'agresseur préflop va effectuer un contibet, un donkbet avec ces mains, dans cette position, est tout à fait judicieux.
De votre côté vous ne faites pas de donkbet au flop depuis SB parce que vous voulez pouvoir obtenir de l'information à partir de l'action adverse, et ne savez pas non plus comment va réagir l'agresseur préflop. En cas de relance de l'agresseur préflop vous seriez confronté à une décision difficile, étant donné qu'il ne relance ici qu'avec de gros tirages, contre lesquels vous n'avez généralement qu'un coinflip, ou bien avec top set, contre lequel vous êtes way behind. De plus, si jamais les deux adversaires décidaient de se contenter de suivre, un donkbet leur donnerait la possibilité de voir la carte du turn pour un coût relativement faible.
Un check/raise vous permet de mettre beaucoup plus d'argent au milieu sur le flop et de vous retrouver ainsi pot commited contre les deux adversaires de façon profitable. Suite à son contibet et sur un tel tableau, l'agresseur préflop aura éventuellement tendance à surjouer une top double paire parce qu'il se sentira pot commited, alors que face à un donkbet il sortira souvent de la main à moindre coût.
e. Couleur
Les couleurs touchées dès le flop se jouent très facilement en PLO. Elles n'ont en effet aucune espèce de possibilité d'amélioration, que ce soit contre une couleur supérieure, auquel cas vous êtes mort, ou que ce soit contre une couleur plus faible, auquel cas vous êtes way ahead. Seuls les sets ont la possibilité de continuer à jouer profitablement sur un tableau unicolore grâce au retirage pour un full.
- Les petites couleurs au flop devraient être jouées dans presque tous les cas en check/fold. Un bet de votre part ne sera suivi que si vous êtes way behind, et la probabilité que quelqu'un ait une couleur supérieure dans un pot multiway en Omaha est tout simplement trop élevée. Si tout le monde checke au flop, vous décidez une fois au turn si un bet ou un call sont envisageables.
- Les couleurs moyennes, de T-high à Q-high, devraient généralement être jouées en bet/fold flop. Vous gagnez très souvent le pot directement, et êtes suivi assez souvent par des couleurs plus faibles, qui essaieront ensuite de checker au turn et à la river, ce qui vous permettra d'avoir un abattage bon marché. En cas d'action de la part d'un adversaire, vous êtes presque toujours battu. La main est définitivement trop faible pour aller à l'abattage.
- C'est seulement à partir de la couleur max seconde que vous pouvez commencer à vraiment jouer pour la value. Il y aura suffisamment d'adversaires qui suivront avec une couleur plus faible. Cependant, un raise signifie là encore la plupart du temps que vous êtes battu. Si un adversaire joue check/call sur toutes les streets, c'est souvent qu'il a une couleur moyenne avec laquelle il essaie d'aller à l'abattage à moindre coût.
- La couleur max devrait être jouée rapidement et agressivement. Vous obtenez souvent de la value de la part de sets qui payent au moins au flop en espérant toucher un full au turn, ou bien de la part d'une couleur seconde, qui ne réussit à se coucher sur aucune street.
f. Quinte
En PLO, les quintes touchées dès le flop sont des mains très dangereuses. On devrait les jouer très rapidement, étant donné qu'elles sont extrêmement vulnérables, tout particulièrement dans le cas de flops bicolores, de nombreuses cartes pouvant convertir au turn votre quinte max en une main faible.
Scénario 11 :
CO raise, vous suivez au BU, SB et BB suivent.
Tableau : 9
5
Votre main : 7


Vous avez certes floppé la quinte max, mais il y a un grand nombre de cartes qui annuleraient votre nut au turn :
8 cartes qui rendent un full possible (tous les 9, 8, 5 restants).
10 Piques qui rendent une couleur possible sans permettre un full.
13 cartes qui rendent une meilleure quinte possible, sans permettre un full (chacun des trois Q, J, T et chacun des deux 7, 6).
Ce sont donc 31 cartes sur 45 qui menacent votre main au turn. Comme vous ne savez pas quels sont les outs qui aident votre adversaire, vous devriez choisir des lignes qui vous permettent de vous mettre all-in dès le flop. L'exemple montre à quel point la position est importante dans ce cas. Vous êtes au BU. Si quelqu'un vient à miser avant vous, alors vous pouvez vous rendre pot commited via un raise. Si personne ne mise, vous pouvez miser à hauteur du pot et serez souvent relancé par des adversaires avec des sets, des tirages couleur ou des tirages combinés, étant donné qu'ils peuvent penser qu'il s'agit d'un steal de votre part. Là encore vous pourrez mettre tout votre argent au milieu de façon très profitable dès le flop. Pour 100 BB et aux petites limites, cela vaut presque toujours le coup de se mettre all-in dès le flop avec une quinte max.
Il faut cependant faire attention à la chose suivante : étant donné que dans ce cas vous n'avez pas de retirage possible, il vous arrivera souvent d'être confronté à un freeroll, c'est à dire une main comme T-9-7-6 qui a la même quinte max que vous, mais qui donnera une meilleure quinte en cas de J, 7 ou 6. Vous bénéficiez donc dans ce cas au mieux d'un pot partagé - on négligera le cas très peu vraisemblable d'un runner-runner pour un full ou un carré -, tandis que votre adversaire a 8 cartes au turn et à la river qui peuvent lui donner une meilleure quinte, sans qu'il puisse être battu.
Pour 100 BB, pas besoin d'envisager une telle possibilité. Mais si par contre vous êtes deepstack, vous devriez envisager de coucher une quinte max sans possibilité de retirage en cas de grosse action au flop. Ceci provient également du fait que vous pouvez vous trouver face à de grosses mains adverses telles que tirage quinte + couleur ou encore set + tirage couleur.
Main Pot equity Gagne Partage
|
7 |
28.99% |
173,947 |
0 |
|
J |
71.01% |
426,053 |
0 |
Comme vous le voyez, contre deux grosses mains adverses tout à fait plausibles, qui joueront all-in même en étant deepstack, votre equity n'est pas particulièrement bonne. Mais pour 100 BB vous vous trouverez suffisamment souvent face à des mains nettement moins bonnes et tout de même prêtes à jouer all-in au flop.
Comme le montre cet exemple, même la quinte max n'est souvent pas si forte que ça. Si vous touchez une petite quinte au flop, alors vous devriez le plus souvent jouer bet/fold, comme avec les petites couleurs. Si vous êtes suivi, vous devriez évaluer de nouveau la situation au turn, tout en privilégiant systématiquement le contrôle du pot.
g. Full
Un full touché au flop peut, comme dans le cas des trips, être de force variable. Sur un tableau avec paire, vous pouvez avoir un full max - par exemple TT** sur T-5-5 -, un underfull un peu vulnérable - par exemple 87** sur un tableau 8-7-7 - ainsi qu'un underfull très vulnérable - par exemple 44** sur 9-9-4.
Pour les deux underfulls la protection est incroyablement importante. L'idéal serait de réussir à se retrouver pot commited suite à un check/raise au flop, afin d'obtenir la meilleure protection contre des overcards qui peuvent permettre des fulls plus élevés. Les adversaires sur-jouent souvent leurs trips sur ce genre de tableau, ce qui fait qu'un meilleur full ou un carré ne seront pas les seules mains à vous payer, même si cela arrivera de temps en temps.
Scénario 12 :
UTG+1 et UTG+2 limp, MP3 raise à hauteur du pot, BU call, vous suivez au BB, UTG+1 et UTG+2 call. Le flop est 5-handed.
Tableau : J

Votre main : J T
T

Vous misez 3/4 du pot.
Vous êtes first-in et vous avez touché un bon flop, la seconde nut. Il s'agit donc de savoir comment défendre au mieux votre main contre des trips avec kicker élevé, tout en choisissant une bonne ligne pour la value. Un check/raise contre autant de joueurs n'est pas une très bonne idée, étant donné que l'agresseur préflop ne va pas forcément faire un contibet sur un flop à 5 joueurs, et que si jamais personne ne mise avec son trips, vous offrez alors un carte gratuite aux overpairs. Si tout le monde checke au flop et qu'un K tombe au turn, alors vous devez être très prudent en cas d'action adverse, car vous êtes battu non seulement par KK** mais aussi par K8**. Par ailleurs, un check/raise amènera presque toujours les trips à se coucher, même avec As kicker, étant donné qu'ils n'ont pas la cote pour suivre.
Un donkbet sera à l'inverse plus souvent relancé par les trips, étant donné que bon nombre de joueurs ne lui accorderont pas autant de crédit. De plus, le pot est déjà très gros, ce qui vous garantit une bonne protection en cas de call de la part de trips avec overcard, étant donné que la cote est considérablement réduite. Le problème est que si vous vous faites ensuite relancer au turn ou à la river alors qu'une overcard est tombée, vous devez coucher votre main car vous serez battu. La chance de voir quelqu'un surjouer une main inférieure, vous permettant ainsi un all-in très profitable, existe uniquement au flop.
Le seul full que vous pouvez vous permettre de sous-jouer est le full aux As, car il n'existe alors aucune scarecard. Mais même dans ce cas, si jamais vous êtes relancé, le push est souvent préférable au call étant donné qu'un adversaire avec les trips se sent souvent pot commited au flop et que vous risquez donc de perdre de la value s'il ne touche pas son underfull au turn ou à la river et finit par se coucher.
3. Mains à tirage
a. Tirages couleur
Les tirages couleurs simples sont trop faibles en Pot Limit Omaha pour être joués directement via un semi-bluff all-in. Il est important de toujours veiller à tirer pour la nut, ce qui vous permettra de vous retrouver souvent dans la situation profitable flush over flush (couleur contre couleur supérieure) que vous remporterez avec la meilleure main. Dans de nombreux cas, sur des tableaux offrant de nombreux tirages, vous aurez intérêt à faire des overcalls ou des calls visant à provoquer des overcalls de la part de joueurs avec des tirages plus faibles.
Scénario 13 :
MP open-raise, CO call, vous suivez au BU, SB et BB suivent. Vous voyez un flop 5-handed.
Tableau : 9

Votre main : A


Vous avez le tirage couleur max avec des overcards. Les blinds checkent et MP mise à hauteur du pot. CO se couche et vous payez au BU.
Votre main est clairement trop faible pour un raise, et trop forte pour un fold, étant donné que vous avez le tirage le plus fort. Chacun de vos 8 outs qui ne fait pas apparaître une paire sur le tableau vous donne la nut. Si il s'avère que vous n'avez en réalité que 6 outs, du fait que quelqu'un d'autre a également un tirage couleur, alors votre cote implicite augmente en contrepartie. Étant donné que l'agresseur préflop effectue un contibet, il a certainement touché le flop. Il aura très souvent une overpair avec un tirage couleur ou bien une rundown double paire avec un bon tirage quinte. Notre call permet maintenant aux blinds de suivre avec un tirage faible, quinte ou couleur, et vous pouvez donc jouer très profitablement cette main du fait que vous avez le tirage max.
Si l'un des blinds joue check/raise, alors vous devez décider en fonction de l'action et de la taille des tapis si cela vaut la peine de jouer un 3-way all-in. Mais étant donné que dans une telle éventualité vous vous trouvez le plus souvent contre tirage couleur + quinte chez l'un, et set chez l'autre, vos outs se trouvent considérablement réduits. Contre une main comme 8h 7h 6c 5c, vous perdez, en plus du 9c et des deux bloqueurs de l'adversaire, le 8c et le 3c, ce qui fait que vous devez alors la plupart du temps vous coucher. Il est cependant assez rare que quelqu'un check/raise sur un tel tableau. Le plus souvent les sets seront joués via un donkbet, ce qui fait qu'un call pour obtenir des overcalls fonctionne généralement très bien. Grâce à notre position au bouton, notre jouabilité au turn augmente encore, ce qui nous donne une cote implicite encore plus élevée.
b. Tirages quinte
La problématique associée au jeu des gros tirages quinte sur des tableaux bicolores vous sera présentée dans l'article "Comment décompter les outs en Omaha". Je préfère m'intéresser ici au cas d'un bon wrap que vous pouvez jouer vite et fort sur un tableau rainbow, puisque vous avez le meilleur tirage et même éventuellement la meilleure equity au flop.
Scénario 14 :
MP et CO limp, vous relancez au BU à hauteur du pot, SB call, BB se couche, MP et CO suivent. Le flop est 4-handed avec des tapis effectifs de 100 BB. Le pot est alors de 23 BB.
Tableau : 9
4
Votre main : J


Vous avez un bon wrap. Chaque Q, 7 ou 6 vous donne la nut et chaque J ou T vous donne une quinte non max. Vous avez de plus un tirage couleur backdoor et une top paire qui vous donnent un peu plus d'equity.
Votre main est très forte, vous avez 11 outs pour la nut au turn, 6 outs supplémentaires pour une quinte non max, quelques outs backdoor, et vous voulez donc mettre votre argent au milieu. Vous avez une très bonne equity contre une main comme double paire + tirage quinte bilatéral, et vous êtes favori même contre un simple set. Vous avez par ailleurs une certaine fold equity contre bottom et second set, plus probables que top set étant donné que vous avez vous-même top paire.
Vous relancez donc à hauteur du pot et vous vous retrouvez pratiquement all-in et commited. Se contenter de suivre ici pour obtenir des overcalls serait très mauvais étant donné que des mains faibles avec des tirages couleur backdoor peuvent rester dans le coup, de même que des gutshots ou bien des tirages quinte faibles avec lesquels vous risqueriez ensuite de devoir partager le pot.
c. Tirages monster
En Omaha les tirages monster sont assez fréquents et ils doivent être joués comme des sets. Ils ont souvent l'equity la plus élevée au flop et il est important d'amener à se coucher les quelques tirages faibles qui pourraient éventuellement conduire à un partage du pot. Il n'est donc que rarement indiqué de provoquer des overcalls, et il vaut mieux isoler les mains faites. Dans le cas idéal vous vous retrouvez alors heads-up avec la meilleure equity au flop et beaucoup de dead money. Reprenons le scénario 13 en adoptant le point de vue d'un de nos adversaires éventuels.
Scénario 15:
MP open-raise, CO et BU call, vous suivez de la SB et BB suivent. Vous voyez un flop 5-handed.
Tableau : 9

Votre main : 8 7
6

Vous touchez un flop de rêve. En plus d'un bon wrap vous avez un petit tirage couleur et des outs pour la quinte flush. Contre un set pur vous avez une equity de 60%. Étant donné que vous êtes premier à parler, vous essayez ici de faire un check/raise, en espérant que l'adversaire ait overpair + tirage couleur ou un set. Si vous faites un donkbet et que vous n'êtes pas relancé, vous devrez abandonner votre main au turn si la couleur se réalise ou si une paire apparaît car vous ne saurez pas si quelqu'un n'a pas suivi au flop avec une double paire, un petit set, ou le tirage couleur max. Si vous vous trouviez en MP alors le donkbet serait la meilleure alternative, étant donné que peu de joueurs resteraient encore à parler.
Vous checkez donc, le BB checke également, MP fait un contibet, CO se couche et le BU suit. Comme montré dans l'exemple précédent, l'adversaire a souvent ici un tirage quinte faible ou un simple tirage couleur et il essaie de voir le turn de façon profitable en provoquant des overcalls. Vous faites maintenant votre check/raise, vous avez de la fold equity contre la main faite de l'open-raiser et vous amenez dans presque tous les cas BU à coucher son tirage couleur max, ce qui vous donne encore plus d'outs. Vous vous retrouvez par la même occasion pot commited ce qui annule le problème de devoir agir en premier sur les tours suivants. Si votre adversaire n'a pas justement un set avec un meilleur tirage couleur, vous êtes ici favori dans presque tous les cas, et vous avez en plus obtenu du dead money grâce au call de BU.
4. Mains combinées
Les mains combinées résultent de l'association d'une main faite faible et d'un bon tirage qui, ensemble, garantissent une très bonne equity contre presque toutes les mains adverses possibles. L'un des représentants les plus courants de ce type de main est
l'overpair avec tirage couleur
Avec une overpair et un tirage couleur dans un pot relancé, vous avez la plupart du temps la cote suffisante pour pouvoir jouer la main. Il est important de veiller à ce que le tirage couleur donne la nut s'il s'agit d'un pot multiway, afin d'avoir le meilleur tirage. Nous reprenons le scénario 3, en modifiant simplement notre main au niveau des couleurs.
Scénario 16:
Vous relancez dans une partie full ring 8-handed depuis MP en étant first-in et êtes suivi par 4 adversaires, le flop étant donc 5-handed.
Tableau : T

Votre main : A


Les deux blinds checkent. Votre main a bien changé. Grâce à votre tirage couleur max votre equity augmente contre les tirages quinte avec paire, étant donné que vous êtes encore en tête et que tous vos outs pour la couleur sont intacts face à ce type de main. Même contre double paire vous avez encore 8 outs couleur, 2 outs pour un set et 3 outs pour une meilleure double paire. Contre un set vous avez 8 outs couleur et 2 outs pour un meilleur set. Votre tirage est bien plus fort qu'un simple tirage quinte étant donné que vous bloquez les outs couleur de la quinte et que vous avez de plus un retirage. Vous jouez donc la main agressivement avec un contibet à hauteur du pot, et pour 100 BB vous vous mettez all-in que ce soit en heads-up ou multiway.
Main Pot equity Gagne Partage
|
A |
28.93% |
156,045 |
0 |
|
T976 |
32.73% |
173,750 |
5,567 |
|
88** |
38.33% |
203,959 |
5,567 |
Main Pot equity Gagne Partage
|
A |
35.87% |
215,138 |
175 |
|
88**,T976 |
64.13% |
384,687 |
175 |
Ce sont deux scénarios possibles pour la main. Dans les deux cas votre equity n'est pas très bonne, mais du fait que 4 joueurs ont déjà suivi préflop votre relance, le dead money fait que vous n'êtes pas vraiment behind. Étant donné que bottom set sans retirage va souvent se coucher, le scénario suivant se produira au moins aussi souvent :
Main Pot equity Gagne Partage
|
A |
35.68% |
210,814 |
0 |
|
T876,T976 |
38.53% |
227,638 |
0 |
|
Q |
25.79% |
152,391 |
0 |
Comme vous le voyez, overpair + tirage couleur est une main limite, avec laquelle vous devez jouer vite et fort dès le flop. Il s'agit d'une situation tout à fait profitable aux petites limites où les tirages faibles et les mains comme double paire ou overpair sont largement surjouées. Autres combinaison du même genre :
- Double paire + tirage quinte, souvent obtenues à partir de rundowns.
- Top paire + overcards + tirage couleur max.