Bienvenue dans l'ère postmoderne : prise d'informations et adaptation en NLHE SH
Introduction
Dans cet article
- Les avantages et inconvénients des différents
styles de jeu
- L'importance des informations et de l'image à la
table
- Vos dispositions mentales
En lisant cet article, vous allez
élargir votre
degré de réflexion et votre connaissance de la dynamique de jeu
particulière au Shorthanded. Vous y apprendrez en particulier des
choses concernant :
- Les différents styles du No-Limit Hold'em dans leur
apparence,
ainsi que leurs avantages et inconvénients en terme de théorie de jeu. - L'importance des informations d'un point de vue théorique
et dans
une perspective d'évolution et d'adaptation à la table (et donc,
d'évolution des différences de styles). - Le rôle de l'image à la table et les changements de vitesse.
- L'attitude à apporter à la table et avec laquelle analyser
vos mains.
Par ailleurs, en lisant cet article,
vous
élargirez vos horizons, vous permettant de devenir plus détendu et
moins sujet au tilt.
Introduction : "Come on, it's standard"
C'est
ainsi que Tom Dwan, a.k.a durrrr, a commenté sa main après s'être mis
all-in avec TT contre le AA de Phil Helmuth lors de la troisième main
de leur match au NBC National Heads-up Championship Duel. Après avoir
perdu la main, il s'est laissé aller à quelques remarques
désobligeantes sur le jeu étrange de son adversaire (la sur-relance
rapide), avant de devoir quitter son siège, broke.
Après que, ces dernières années, et
surtout depuis
2003 (avec Moneymaker, un comptable "ordinaire" qui a gagné le Main
Event
du WSOP), le poker a explosé, il y a bon nombre de joueurs talentueux
et d'écoles de poker qui sont apparus.
La
théorisation du poker est en marche, en particulier concernant le
No-Limit Texas Hold'em. En raison de la grosse présence médiatique du
poker, le nombre de joueurs normaux et de bons joueurs augmente
constamment.
De par le nombre de joueurs, et
l'amélioration
constante de la qualité de jeu qui en découle, le NLHE est passé d'un
jeu clandestin où des cowboys et escrocs se dévalisaient les uns les
autres, à un jeu de mathématiques et de psychologie, dans lequel des
millions de joueurs s'affrontent.
L'intention de mieux jouer au poker
est toujours
accompagnée par le rêve de gagner des millions. Surtout lorsqu'il
s'agit de millions gagnés facilement sur son canapé par quelques clics
de souris.
Mais, puisque cela n'est pas donné à
tout le
monde, il est important d'établir des stratégies gagnantes et des
théories de jeu profitables. Et la règle est : plus l'adversaire est
fort, plus la stratégie gagnante est complexe. C'est ainsi qu'on peut
exprimer l'évolution des différents styles au No-Limit Hold'em.
Différences de styles
Dans beaucoup des livres de
l'ancienne école (par
exemple Super System de Doyle Brunson), le style recommandé peut
définitivement être nommé conservateur (prudent, rationnel,
raisonnable,
sûr et calculateur).
Le deuxième point marquant de ce jeu
est d'une
part le nombre relativement faible de mains de départ, ainsi que la
taille assez élevée des mises. Ceux qui jouent de manière conservatrice
le font sur la base de l'equity, ou de l'avantage de value, connaissent
l'importance de la position et prennent en compte des facteurs de
metagame tels que l'image à la table et l'historique (sous son aspect
psychologique).
Ce style provient des années
50/60 du siècle passé. Il tire sa profitabilité (d'autant plus qu'en ce
temps, il était joué uniquement en "live") en profitant des principes
de Gap et d'effet "card removal", ainsi que des mauvais joueurs loose
passifs et de l'avantage psychologique que procurent les grosses mises
(tout en connaissant son avantage d'equity) pour mettre la pression sur
des joueurs émotifs, et donc mauvais.
Les particularités de ce style :
Préflop :
- Éventail d'openraise tight (10-16%: 22+, A2s+,
ATo+, KJ+, K9s+, Q9s+, QJo, JTs; selon la position. Particularités : AQ
UTG seulement assorti. Argument : Position/jouabilité) - Overlimp et Coldalls IP et OOP avec des monsters potentiels
(8-10%: 22-JJ, A2s-A5s, ATs, 54s-KQs, 75s-KJs) - 3-bets très tights (2-3%: QQ+ AKo, AQs; particularités :
AJs/AQo contre des steals de BU) - Pas de 4-bets de bluffs (4-Bet-Fold) : éventail de 4-bet
minime
(1%: KK+; particularités : AKs en fonction de l'image à la table, de la
taille des tapis et éventuellement de reads se basant sur des tells)
Postflop :
- Bluffs sélectifs et adaptés à la situation. Les Moves sont
plutôt rares.- Continuation bet Flop, Continuation bet retardé turn en
tant qu'agresseur préflop - Check/raise Flop hors position dans les pots heads-up
sur tableau avec paires, tableau rags et tableau Ace high-rag-rag - Call Flop-bet/raise Turn en position en float. En blind
battle Stop&Go-Play hors position ou mise de position
flop
turn en position.
- Continuation bet Flop, Continuation bet retardé turn en
- Bluffcatchings rares avec (mains à value marginales)
- AK ou AQ sur un tableau rag avec des tirages manqués
- Avec une top paire faible après une approche passive
(WA/WB) sur le flop et/ou le turn
- Taille de mises standard sur quasiment toutes les streets
(gros valuebets)- entre 60 % et 95 % du pot sur le flop
- entre 75 % et 90 % du pot sur le turn et la river
On pourrait définir ce style en
disant qu'il est
joué sans détour. Les mains fortes y sont jouées de manière forte, et
les mains faibles avec prudence. Les bluffs s'y font rares et seulement
dans des spots triés sur le volet. Post-flop, l'agressivité se limite
aux pots où l'on est l'agresseur préflop ou où on a un avantage
d'equity.
Depuis qu'existent les
retransmissions télévisées
de poker où l'on peut voir les cartes privatives des joueurs, le style
général a considérablement changé. Le style conservateur a perdu en
profitabilité en raison de sa prévisibilité.
Cela fait que beaucoup de joueurs
jouent soit plus
de mains, soit certaines mains différemment, soit passent d'une
approche à l'autre.
Cela implique : le style "moderne"
perd de son
avantage de value, d'un point de vue strictement théorique. Mais la
fold equity devient plus importante, et, de plus, on essaye ainsi de
masquer la force de sa main afin de mettre son adversaire sous
pression.
On augmente ainsi considérablement
son répertoire
de moves et de bluffs. Cela modifie profondément la dynamique du jeu.
Celui-ci devient plus psychologique, plus agressif et plus
propice à la
variance.
Les particularités de ce style :
Preflop:
- Un éventail d'openraises loose / une fréquence
d'attempt-to-steal élevée (PFR de 15-30%: allant de 22+, A9s+, ATo+,
K9s+, KJo+,
QTs+, JTs jusqu'à 22+, Ax+, K9s+, KJo+, Q9s+, QTo+,
J9s+, JTo, 54s+) - Une fréquence de 3-bet plus élevée, en position. Et ce,
également
contre les relanceurs en début de parole (en fonction du PFR du
relanceur 2-12 % : jusqu'à 22+, ATs+,
AJo+, KJs+, KQo, QJs, JTs) pour la value, l'initiative et la fold equity - 4-bets de bluffs (4-bet/fold) sélectifs en fonction de la
taille des
tapis (à partir de 120 BB de tapis effectifs) et de la fold equity
(souvent [Min-]4-Bet UTG contre un 3-Bet en fin de parole
ainsi
qu'en tant que BU/CO face à un 3-bet des blinds) - Utilisation des squeezes, en tant que forme particulière de
3-bet,
un peu plus souvent que le 3-bet normal en raison de la fold equity
plus élevée (en fonction de la position et de la tendance de call des
joueurs impliqués : jusqu'à 16%: 22+, A2s+, ATo+,
K9s+, KJo+, QJs)
Postflop:
- Agressivité élevée sur le flop et la river
- Check/raise pour la value et check/raise de bluff dans
des pot relancés une fois ou pas relancés - Donkbet pour le raiseinduce dans les pots sur-relancés
- Bluffbets turn et river OOP et IP en cas de scarecards
- Check/raise pour la value et check/raise de bluff dans
- Float en position (bien souvent deepstack : 150 BB+)
- 3-barrels bluffs voire lignes de bluffs (call Flop,
bet/raise Turn, bet/raise River; checkraise Flop, bet Turn, bet River) - Variation dans le betsizing : blockbet (20-40% du pot) sur
toutes
les streets hors position, valuebets sur le turn (55%-95% du pot) et
river (30%-95% du pot) - Overbets sur le turn et la river (bien souvent openpush
hors position) de bluff et de valuebet
inconvénients des styles
L'avantage fondamental du style
moderne réside
dans son imprévisibilité (camouflage, deceptivité). Elle repose sur le
"Fundamental Theorem of Poker" (Theory of Poker) de David Sklansky, qui
dit que l'on réalise des profits à chaque fois que son adversaire joue
sa main différemment de la façon dont il la jouerait si il savait ce
que
l'on a en main. L'intérêt de la variation du choix des mains, des
lignes et de la taille des mises est donc de pousser son adversaire à
faire des erreurs.
Le revers de la médaille est que l'on
se retrouve
bien souvent sur le flop, voire jusqu'à l'abattage, avec une equity
inférieure à celle de l'éventail de son vis-à-vis, et que l'on investit
donc de l'argent en tant qu'outsider. En bref : on dévie de l'approche
optimale (Game
Theory Optimum), afin de pousser l'adversaire à en faire de même. On se
rend exploitable afin de générer de l'exploitabilité.
Un autre aspect de cette approche
moderne est que
l'on génère d'une part, une variance supérieure, et d'autre part que
l'on se créé ou que l'on exploite des edges marginaux. Tandis qu'avec
l'approche conservatrice, on couche, par exemple, KJs au BU face à une
relance en MP, le joueur moderne remportera quelques pots de plus, au
prix d'une variance et d'un danger post-flop supérieurs, si
l'adversaire ne s'adapte pas (ou pas assez vite).
La profitabilité du style moderne
réside également
dans la création de décisions difficiles pour l'adversaire, qui
impliquent une pression psychologique telle qu'il finira tôt ou tard
par faire une erreur fort coûteuse. Il ne s'agit donc pas
uniquement de probabilité de gain.
C'est surtout dans la variante
No-Limit, où la
cote implicite joue un rôle essentiel, que cela est très significatif
: l'avantage du joueur moderne par rapport au joueur conservateur
réside
dans l'expérience qu'il accumule pour gérer ces situations. On peut
donc formuler la supposition suivante : un joueur moderne
expérimenté fera moins d'erreurs post-flop que son vis-à-vis
conservateur.
Le poker d'un point de vue évolutionniste - les bases d'une compréhension postmoderne du jeu
Il s'agit là du cri de guerre de
Humberto Brenes
qui a fait fureur avec son protecteur de cartes en forme de requin lors
des WSOP. Mais outre le côté amusant de la petite bestiole, on peut en
déduire une vérité fondamentale sur l'état du poker, qui permet de
tirer des conclusions plus amples sur l'état social et socioculturel de
notre génération.
Dans les faits : l'image du "manger
et être
mangé", du requin et du fish, comme on l'aime à l'agiter parmi les
joueurs de poker, a une certaine légitimité. Le joueur du poker
d'aujourd'hui - vous y compris - qui participe part à une école de
poker
pour apprendre le jeu et sa maîtrise, est constamment en lutte pour sa
survie. En terme de poker, cela passe par la préservation et la
multiplication de sa bankroll.
Dans votre "environnement naturel",
la table de poker, se
trouvent d'autres joueurs de poker, qui veulent également survivre; ils
représentent donc un certain danger pour vous et votre bankroll. Vous
évoluez tous dans un monde où les ressources vitales sont limitées. Ou
pokeristiquement parlant : la rake vous use. Et chaque combat (en
l'occurrence, chaque pot) vous coûte des ressources.
Mais on peut s'affûter pour ce
combat, grâce à la
préparation théorique (connaissances mathématiques et analytiques, par
exemple au travers des charts), et à la préparation mentale (stabilité
psychologique, résistance au tilt), ainsi qu'à un travail a posteriori
sur les combats passés (revue de session, et analyses de mains).
En tant que joueur de poker, vous
êtes libre de
vos décisions, et n'êtes limité que par la
taille des tapis effectifs. Vous avez plusieurs sources de réflexion
possibles : le hasard, les émotions, ou le calcul. Même si certains
joueurs, y compris des joueurs pros, prétendent baser leurs décisions
sur le hasard, il est évident que le meilleur moyen de survivre est
d'être calculateur. Et la source la plus importante pour alimenter ce
calcul est l'information !
Vous disposez de deux sources
d'informations
essentielles : la théorie de jeu, c'est-à-dire les bases analytiques et
mathématiques du Texas Hold'em, et l'analyse des adversaires.
Tout d'abord, l'adversaire de l'autre
côté de la
table est une feuille blanche. Vous ne savez rien de lui, mis à part sa
taille de tapis et son screenname. Ses décisions sont pour vous un
mystère. En théorie, il pourrait même s'agir d'un ordinateur qui génère
des décisions aléatoires ou non (réactions programmées).
Afin de pouvoir prendre des décisions
justifiées à
la table, qui se basent sur des informations les plus complètes
possibles, vous devez partir du principe que votre adversaire est
également un joueur réfléchi (thinking player), c'est-à-dire que ses
décisions découlent d'une réflexion certaine, qui peut être appréhendée
et est plus ou moins transparente.
Par ailleurs, vous devez avoir
conscience du fait
que votre vis-à-vis ne joue pas nécessairement de manière théoriquement
optimale, et que tous les joueurs ne jouent pas de la même façon.
Chaque joueur poursuit sa propre logique et justifie ses décisions
d'une manière individuelle. Celle-ci peut correspondre à l'approche
théorique optimale, mais ce n'est pas systématique. C'est pourquoi, il
est essentiel de réussir à comprendre ses décisions, afin de pouvoir
utiliser ces informations contre lui.
calling station au LAG-TAG
Comme dans la nature, le monde du
poker est soumis
à une évolution constante du système : le joueur de poker veut
survivre, il doit donc s'adapter. Celui qui en est capable survivra,
les autres disparaîtront (faillite ou descente de limite).
Dans la théorie de l'évolution, on
parle de
principe de diversité du vivant, de variation. De ces espèces diverses,
certaines sont sélectionnées par la nature, ou par l'évolution, et sont
"autorisées" à survivre. C'est ce qu'on appelle la sélection naturelle.
Et c'est par cette sélection continue que le monde atteint une certaine
stabilité.
Si l'on applique cette théorie au
poker, alors on
peut déduire quelques éléments plausibles, en commençant par le talon
de cartes et les règles du jeu. Certains joueurs, qui, hormis les
règles, ne connaissent pratiquement rien du jeu, forment la base de
l'arbre d'évolution. Chaque joueur en est une variation. Certains
gagnent de l'argent, certains en perdent.
Les meilleurs joueurs sont
sélectionnés et
survivent. Certains éléments particuliers, ici une certaine part de
chance, ou une certaine variance, représentent le phénomène de hasard
dans la nature. Mais, au final, ce sont les meilleurs qui survivent sur
le long terme, et implantent ainsi une certaine stabilité.
Au poker, les joueurs réfléchis
jouent les uns
contre les autres, en se mesurant sur la base de décisions raisonnées.
Celui qui prend les meilleures décisions prend le dessus. Au poker,
depuis les années 1950, beaucoup de choses se sont passées en terme de
théorie du jeu, et ces connaissances sont à la disposition de bon
nombre
de joueurs, grâce à la télévision et internet, où fleurissent les
écoles de poker.
D'un point de vue évolutionniste,
on peut constater les développements suivant :
- Dans le monde des Calling Stations, ce sont les joueurs
tight
agressifs (TAGs) qui s'imposent, en raison de l'avantage de value qui
leur permet de gagner plus qu'ils ne perdent ("l'époque conservatrice"
:
environ 1950-1990). - Dans le monde des TAGs et Calling Stations, ce sont les
LAGs
(joueurs loose agressifs) et les TAGs qui s'imposent. Les TAGs ont un
avantage de value sur les calling stations et un petit avantage de
value sur les LAGs avec une variance supérieure. Les LAGs ont un
avantage de value et de décéptivité face
aux calling stations et ont un avantage de décéptivité sur les TAGs
avec une variance supérieure. ("Les modernes" : environs 1990-2003). - Dans un monde de TAGs, de LAGs et de calling stations, les
joueurs
qui seront sélectionnés en priorité, sont ceux qui recourent aux
avantages des styles TAG et LAG (LAG-TAG), et, en second lieu, tous
ceux qui
savent exploiter certains de ces avantages ("les postmodernes").
Les aspects important du style postmoderne : connaissez votre ennemi !
Un des traits de caractère essentiels
du joueur
postmoderne est sa connaissance de ses forces et faiblesses, la
disposition mentale avec laquelle il s'assied à une table. Soyez
conscient du fait que vous vous trouvez dans une situation
concurrentielle. Vous avez un objectif : préserver votre bankroll, et
la
faire grossir, si possible. Votre arme est le panel d'informations dont
vous disposez.
C'est pourquoi il est essentiel d'une
part
d'élargir vos connaissances théoriques (de par la lecture d'articles
stratégiques, le visionnage de vidéos, et l'analyse de mains), et
d'autre part, d'accumuler de l'expérience à la table, afin de devenir
plus adroit dans le traitement et la synthèse des informations dont
vous disposez.
Il est cependant primordial qu'en
recourant à toutes
ces actions, vous ayez toujours conscience de vos intentions, et
surtout des domaines où vous avez des avantages sur vos adversaires.
informations spécifiques à l'adversaire
Vous avez conscience du fait que vos
adversaires
se situent sur différents échelons de la chaîne d'évolution,
c'est-à-dire
qu'ils peuvent jouer de manière pré-conservatrice (mauvaises calling
stations), conservatrice (TAG), moderne (LAG) ou postmoderne (LAG-TAG).
Il existe par ailleurs certaines autres définitions de types de joueurs
qui peuvent vous aider à dévoiler et exploiter certaines faiblesses
adverses, par exemple donkey, rock ou maniac.
Au poker en ligne, vous devez prendre
des
notes sur les aspects exploitables, et les tendances de vos
adversaires, et/ou jouer avec des stats qui facilitent grandement
votre appréhension générale du déroulement du jeu. Mais une fois que
vous avez rangé un adversaire dans un tiroir, vous êtes éventuellement
confronté à un danger : les joueurs peuvent évoluer !
L'évolution n'est pas un processus
statique qui
s'effectue forcément par étape, c'est un phénomène constant, dont le
cheminement est fluide. Les styles médiocres définis ici correspondent
bien souvent à des joueurs qui n'ont pas de styles conscients à
proprement parler, car ils jouent souvent un peu au pif. C'est pourquoi
vous ne devriez jamais vous reposer à 100 % sur les stats et les notes,
mais devriez toujours déterminer les risques de pertes et de gains en
vous servant de toutes les informations dont vous disposez.
Si vous avez une évaluation un tant
soit peu
solide de votre adversaire (un volume de données suffisant, soit
plusieurs milliers de mains), vous pouvez alors le classifier en terme
de style, et déterminer son répertoire de moves. Vous savez si vous
pouvez sur-relancer dans tel ou tel spot, et quand vous ne le devriez
pas, quand un coldcall serait préférable, quand un 4-bet n'est pas
profitable, quand un 4-bet de bluff est envisageable, etc.
En règle générale, votre avantage de
joueur
postmoderne est que vous connaissez les forces et faiblesses des
différents styles, et pouvez exploiter précisément les leaks adverses :
il est par exemple envisageable que votre adversaire se couche trop, ou
qu'il suive
trop souvent, voire même qu'il soit trop agressif.
Les deux plus grosses armes dont vous
disposez au
poker sont d'une part les mathématiques, sous formes de cotes, outs,
tendances, stats et fréquence de moves ; et, d'autre part, la
déceptivité, c'est-à-dire les avantages d'informations concernant la
force des mains. Contre les joueurs conservateurs, la valeur de la
déceptivité augmente en raison de la cote implicite et de
l'augmentation du potentiel d'erreurs. Contre les joueurs modernes,
c'est la value qui joue un rôle particulièrement important.
C'est ici qu'intervient votre faculté
de décision.
Au poker, il y a bon nombre de joueurs qui jouent de manière
postmoderne. Contre ces joueurs, il est important d'utiliser votre
pédale d'accélération, votre agressivité, avec beaucoup de doigté.
C'est surtout préflop que le potentiel d'erreur est grand, en
particulier avec les mains à value marginales (JJ, QQ, AQ) en cas de
4-bets. Il est bien souvent préférable de jouer ces mains pour le
contrôle du pot. Contre les bons postmodernes, on aura de toute façon
rarement un edge suffisant. C'est pourquoi il est préférable d'être
prudent contre eux, et jouer les gros pots seulement selon l'equity.
En raison de la complexité des
situations préflop,
et de la diversité des adversaires (et types d'adversaires) vous devez
toujours réévaluer quel élément est prédominant : la value ou la
déception. Si vous jouez plusieurs milliers de mains contre un
adversaire donné, vous devez par ailleurs vérifier dans quelle mesure
votre adversaire s'adapte à votre approche. Cela est bien moins souvent
visible au travers de statistiques qu'en analysant une ou plusieurs
mains marquantes.
Préflop, il est préférable d'observer
le
comportement de 3-bet et de coldcall ou autre moves particuliers, comme
par exemple le redoutable "call to 3-bet" avec AA UTG face à un 3-bet
du button.
Il est particulièrement important de
modifier de
temps en temps son style, le choix de ses mains et d'augmenter ou
baisser sa fréquence d'agression (Power-Poker vs.
Smallball-Poker) lorsqu'on joue régulièrement contre un même
adversaire : en règle générale, de s'évader de la prison stylistique
que
sont les lignes, éventails et taille de mise, et qui nous rende
prévisibles.
: le facteur talent
En
tant que joueur postmoderne, vous réunissez les avantages des
différents styles. Votre grande adresse consiste à bien calculer les
éventails adverses et à déterminer les spots pour des mises de value ou
de bluff, mais également votre exploitation adaptée des leaks et
tendances adverses.
La pertinence des
informations dont on dispose pour choisir l'approche optimale en terme
de jeu postmoderne n'est pas toujours exhaustive, et lorsqu'elle l'est,
il n'est pas toujours facile de la déterminer dans une main donnée. La
capacité de calcul humaine est parfois dépassée. Et c'est alors que des
mécanismes de sélection entrent en jeu, sous forme de répartition du
talent, de facultés de calculs, de rapidité d'adaptation et de
créativité dans la découverte de leaks et de spots profitables.
Pour en bénéficier, il vous faut
beaucoup de
patience et d'expérience, ainsi qu'une bonne disposition à analyser et
synthétiser constamment vos informations, ce qui est pour le moins
exigeant. C'est pourtant une disposition essentielle du joueur de poker
accompli.
Il est quasiment impossible dans le cadre de cet article, de déterminer
un aperçu détaillé du style postmoderne.
Mais sa caractéristique principale
est la suivante
: il réunit toutes les approches dont le but est d'exploiter les
faiblesses adverses. Concrètement, l'article de Hasenbraten sur les bases du jeu préflop en SH
(disponible en allemand et en anglais, en traduction pour la version française) donne une bonne idée de l'approche. Vous y apprendrez à vous poser les
bonnes questions pour prendre généralement les bonnes décisions.
En résumé
D'un point de vue évolutionniste, au
poker en ligne, vous vous trouvez dans un véritable combat pour la
survie avec vos
adversaires. Vos adversaires ont une approche rationnelle et jouent à
leur propre manière. En accumulant les informations sur les bases
mathématiques du jeu adverse, vous êtes en mesure de reconnaître leur
style et d'en exploiter les faiblesses.
Pour vous aider dans l'orientation de
votre
évaluation de vos adversaires, nous vous avons présenté un modèle de
quatre étapes de l'évolution des joueurs de poker (calling station, TAG
conservateur, LAG moderne, LAG-TAG postmoderne). Vous pouvez
déterminer,
ou réévaluer les tendances de vos adversaires grâce aux notes et reads,
ainsi qu'aux stats mathématiques que vous accumulez, afin de pouvoir
adapter votre jeu de manière optimale, et vous concernant sur leurs
faiblesses.
Plus votre adversaire est "moderne",
plus il est
important que votre jeu se base sur l'equity. Plus il est conservateur,
plus vous pouvez jouer la déceptivité. Mais, puisqu'aucun joueur ne
joue de manière complètement épurée l'un ou l'autre des styles, vous
devez constamment intégrer les deux éléments à votre jeu, et essayer de
déterminer lequel est le plus important dans une situation donnée.
Au cas où vous vous retrouveriez face
à un joueur
que vous avez déjà joué fréquemment par le passé, et qui a et
exploite un certain nombre d'informations à votre sujet, vous
devez sortir parfois de votre carcan stylistique, et changer de
vitesse, afin d'être moins prévisible.
L'important est d'entrer consciemment
à une table
qui vous permet une base d'informations la plus large possible. Cet
article vous a démontré comment c'est possible d'un point de vue
postmoderne. C'est maintenant à vous de développer cette conscience.
Bonne chance !
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