Mis à jour le 06 Juil 26 par

Le facteur M selon Dan Harrington

M

Introduction

Dans cet article

  • Le facteur M et le M effectif
  • Le système de zones
  • Pourquoi vous devriez éviter à tout prix de vous
    retrouver dans la zone de non-retour

La série de livres Harrington
on Hold’em

est connue de la plupart des joueurs de poker sérieux. L'auteur, Dan
Harrington, y présente un système simple à l'aide duquel vous pouvez
déterminer votre position dans un MTT. Ce système se nomme le facteur
M, ou Magriel's M, et peut être calculé selon la formule suivante :

M = Stack / (SB + BB + Antes)

Cette valeur indique combien
d'orbites vos jetons
vous permettraient de jouer au niveau de blind actuellement en vigueur,
si vous ne jouiez aucune main. Pour les MTT, en particulier, le M vous
permet d'avoir une meilleure idée de la dose de pression à laquelle
vous êtes sujet, que ne le ferait le calcul du nombre de BB,
utilisé en SNG.

Le facteur M ne devrait cependant
jamais être
considéré isolément, mais toujours en fonction du M de vos
adversaires. Si vous avez un M de 8, mais que le M moyen est de 7,
alors vous devez moins vous sentir tenu d'être très agressif que si le
M moyen est de 30.

Ce concept peut-être affiné, en
particulier pour les tournois Shorthanded, sous la forme du M effectif.

M effectif = M * (Joueur /
10)

Comme nous l'avons évoqué, cela est
surtout
important aux tables Shorthanded, car les tours y sont plus courts et
le nombre de joueurs est ainsi inclus. En MTT Full Ring on
devrait, en principe, également considérer le M effectif, mais, puisque
10 joueurs
/ 10 = 1, ce calcul est superflu.

Harrington a défini cinq zones dépendantes de votre M.

  • Zone verte : M > = 20
  • Zone jaune : 10 < M < 20
  • Zone orange : 5 < M < = 10
  • Zone rouge : 1 < = M < = 5
  • Zone de non retour (death zone) : M < 1

Les paragraphes à venir vont traiter
du jeu dans les différentes zones.

Comment jouer dans la zone verte ?

Vous êtes dans cette zone la plupart
du temps,
lorsque vous jouez un MTT. Harrington considère que cette zone vous
laisse une marge de manœuvre assez large, qui vous permet de recourir
à toutes sortes de variantes et moves afin d'augmenter votre nombre de
jetons. On peut y être conservatif, agressif ou super-agressif. Il
recommande aussi de prendre des risques afin de rester dans cette zone
le plus longtemps possible.

Lors de cette phase, vous pouvez vous
orienter au
jeu Fullring No-Limit, en étant légèrement plus tight. Il est ici
préférable de vous coucher dans les situations marginales, que
d'essayer de jouer avec un edge minime, car, contrairement au cashgame,
vous
ne pouvez pas réalimenter votre tapis en tournoi, et devez jouer avec
les jetons qui vous restent.

Faire des
coldcalls avec des mains spéculatives contre des relanceur tight en
début de parole est une bonne possibilité de faire grossir son tapis.
Puisque leur éventail se limite souvent à QQ+ et AK, on peut très
facilement savoir où l'on se situe sur le flop. De plus, peu de joueurs
sont capables de coucher une overpair QQ+, ou de contrôler le pot hors
position.

Les bonnes mains de coldcall sont les
pocket paires et les connecteurs assortis, par exemple, 55 et
67s. Vous devez
également garder la cote du pot en tête. Ici, vous pouvez adopter la
règle du cashgame, qui requiert que vous et l'adversaire ayez au moins
15 fois (voire 20 fois) le montant de la relance initiale dans vos
tapis respectifs. Bien sûr, vous devriez, pour votre part, faire
attention à ne
pas surjouer vos monsters en début de parole.

EXEMPLE

Hero (t2850)
UTG (t3100)

Big Blind is 50

Preflop: Hero is BU with 7, 8.
UTG raises to 150 , 6
folds
, Hero calls [150] , 2
fold

Flop: (375) 9, 5, Q (2
players)

UTG bets t200, Hero raises to t550, UTG calls t350.

Turn: (1475) 3 (2
players)

UTG checks, Hero bets 800 ,
UTG calls

River: (3075) 8 (2
players)

UTG checks, Hero is allin ,
UTG calls

Final Pot: 5950

Vous suivez préflop en position avec
une main
spéculative. Si vous ne touchez rien sur le flop, vous pouvez vous
coucher face au continuation bet. Si, en revanche, vous touchez une
bonne main, vous avez de fortes chances de prendre tout son tapis à
UTG, car vous pouvez lui accorder un éventail QQ+, AQ+.

Sur le flop, vous avez 12 outs, tous
intacts, car
les cartes moyennes ne font pas partie de l'éventail de Villain. Vous
jouez votre tirage fort agressivement, car UTG ne couchera pas une
overpair et
vous voulez jouer pour tout son tapis en cas de hit. Une fois la
couleur réalisée, vous avez deux value bets faciles.

Comment jouer dans la zone jaune ?

Arrivé dans la zone jaune, avec un M
situé entre
10 et 20, Harrington considère que l'approche conservatrice n'est plus
une option. Il recommande de passer en mode agressif, voire
super-agressif. Vous devez élargir votre éventail, et relancer et
suivre avec des mains plus faibles. En revanche, vous ne devriez plus
jouer (en coldcall) les petites paires et les petits connecteurs
assortis. Il faut opter ici pour des moves "smallball", c'est-à-dire
qu'au moindre signe de résistance, vous devez décider si vous souhaitez
vous mettre all-in ou vous coucher avec votre main.

Lors de cette phase, on peut souvent
opter pour
des 3-bet pushs, des stealreraise, c'est-à-dire des relances all-in qui
poussent le relanceur initial à se coucher. Puisque la plupart des
joueurs ne suivront ces pushs qu'avec une partie très resserrée de leur
éventail, il est judicieux d'opter pour ce move avec les pocket paires
et les connecteurs assortis, car c'est avec ces mains que vous possédez
la meilleure equity face à un éventail tight.

Trouver la bonne situation pour un
3-bet push est
une des tâches les plus difficiles d'un MTT, c'est pourquoi on
ne
devrait y recourir, dans un premier temps, que lorsque les conditions
sont idéales.
Tout d'abord, vous devriez observer l'éventail de relance de votre
adversaire. Plus celui-ci est loose, mieux c'est. Toutefois,
l'expérience indique que les relanceurs looses sont également les
suiveurs looses, ce qui fait que votre fold equity n'augmente pas
vraiment. Mais, contre un relanceur loose, vous avez bien souvent une
meilleure equity en cas de call.

Ensuite, vous
devriez observer le tapis de votre adversaire et sa cote de call. Si
l'adversaire a un M de 7, alors il ne pourra plus se coucher
après votre all-in, quelle que soit sa main. Pareillement, beaucoup de
joueurs tendent à suivre plus facilement s'ils ont un très gros tapis,
car, même en cas de perte, il leur restera un tapis suffisant. Dans
l'ensemble, les joueurs qui se prêtent le mieux à un 3-bet push sont
ceux qui ont un tapis équivalent au vôtre.

Avec un M situé entre 10 et 20 vous
devriez surtout
essayer de récupérer des jetons depuis la fin de parole et les blinds.
Dans les MTTs à petits et moyens buy-ins, les adversaires recourent
rarement au 3-bet, ce qui fait que les steals sont une bonne occasion
de maintenir son tapis. D'un autre côté, depuis les blinds, vous pouvez
souvent faire des 3-bet push contre des steals, afin de faire grossir
votre tapis.

EXEMPLE

Seat MP2: Mike ($19,004 in chips)
Seat BU: Hero ($14,584 in chips)

Big Blind is 1000

Preflop: Hero is BU with 7, 7.
4 folds Mike
raises to 2500
, 2 folds,
Hero is allin, 2 fold,
Mike folds.

Une relance depuis la fin de parole
est souvent
très loose, et vous avez ainsi une fold equity élevée en relançant. Si
l'adversaire décide de vous suivre, 77 vous offre souvent une assez
bonne equity. Le rapport entre le montant du pot est votre tapis
devrait
balancer entre 1:3 et 1:5, afin de représenter un bon rapport
risques/gains.

Comment jouer dans la zone orange ?

Avec un M entre 5 et 10, il est
décisif d'être
first-in avant le flop. Plus vous êtes en position tardive, plus vous
pouvez ouvrir avec des mains faibles. Dans cette phase,
vous ne devriez jamais suivre ! Vous devriez relancer ou vous mettre
all-in, et finalement jouer en push or fold classique.

Les connecteurs assortis et les
petites paires y
sont jouables. Il convient d'essayer de conserver ses jetons afin d'en
avoir le plus possibles en cas de monster, permettant de doubler.

En raison de la fold equity faible
due à votre
petit tapis, le push or fold est bien souvent la seule approche
possible. Vous devriez bien faire attention à toujours
être le premier à mettre des jetons dans le pot. Par ailleurs, plus
votre
position se rapproche du bouton, plus vous pouvez élargir votre
éventail.

Les mains avec lesquelles vous jouez
en push doivent toujours dépendre la tightness de call de votre
adversaire. Si celui-ci a un éventail de call serré, alors vous pouvez
vous mettre all-in avec des petites pocket paires et des
connecteurs assortis, car elles vous offrent souvent la meilleure
equity face à son éventail de call. Si votre adversaire a un éventail
de call plutôt large, alors, les pocket paires restent
recommandables, mais, en revanche, les As assortis sont préférables aux
connecteurs
assortis. Les autres bonnes mains broadway sont également bonnes pour
un push contre les calleurs plus looses.

Dans les MTTs avec des petits
buy-ins, il arrive
que les joueurs soient des suiveurs très tight. Ceci vous permet de
faire des push en fin de parole avec une très bonne fold equity.
L'avantage est que le pot est souvent déjà d'un tiers de votre tapis,
mais qu'aucun joueur n'a de vraiment bonne cote. Puisque ces pushs sont
suivis de préférence par des pocket paires ou des broadway, il est
préférable de les faire avec des pocket paires et des
connecteurs
assortis.

EXEMPLE

Blinds 750/1500, pas de Ante (8 handed)

Stacks & Stats
UTG 3370
MP1 13140
MP2 4870
MP3 13910
CO 4240
Hero 15367
SB 6000
BB 7015

Preflop: Hero is BU with Q, J
5 folds,
Hero raises ALL-IN to 15367 ,
2 fold.

Vous faites un push avec un M
d'environ 6,5.
Celui-ci vous met sous pression et ne vous permet plus de faire de
3-bet pushes, puisque votre fold equity ne suffirait plus. Vous devriez
toutefois vous assurer que les blinds ont un tapis plutôt petit et ne
sont pas des callers trop loose.

Comment jouer dans la zone rouge ?

Selon Harrington, la seule option
restante dans
cette phase est celle du first-in push. Pour ce faire, il recommande
toutes les paires, connecteurs assortis et facecard. Il s'agit de
toutes les mains ayant un tant soit peu d'equity.

Il considère également que c'est une
erreur de ne
pas se mettre all-in directement avec AA. Ceci, pour la simple raison
que cela sautera aux yeux des joueurs perspicaces, si vous jouez tout
le temps en push or fold et faites soudain une exception. Vous devez
juste espérer que vos adversaires se coucheront face à vos mains
faibles et suivront face aux fortes.

Harrington indique par ailleurs que ce serait une grosse erreur de se
laisser grignoter par les blinds. Un push non suivi peut faire grimper
votre tapis de plus de 25 % ! C'est également la somme que vous perdez
en ne pushant pas une seule fois durant un tour complet !

On
voit souvent des joueurs qui, dans la zone rouge, ne jouent plus rien
et se couchent constamment jusqu'à ne même plus pouvoir se coucher.
Cette façon de jouer peut-être justifiée lorsque l'on n'est tout près
de l'ITM ou de la table finale, et qu'elle permet de décupler ses gains
de façon sigfnificative. Mais ce serait une erreur dans toutes les
autres phases d'un MTT !

Lorsque vous vous retrouvez dans la
zone rouge,
vous n'avez plus rien à perdre. Vous êtes arrivé dans cette situation
car vous avez perdu une main, ou n'avez pas touché la moindre
main. Il
est maintenant important de jouer agressivement et d'essayer de doubler
son tapis afin de repasser dans la zone orange, quitte à perdre le
all-in et quitter le tournoi.

Comment jouer dans la zone de non-retour ?

Comme déjà évoqué plus tôt, vous
devez à tout prix
éviter de tomber dans la zone de non retour, et son M inférieur à 1,
en vous laissant grignoter par les blinds. Vos chances de réussir à
vous refaire un tapis sont maintenant infimes. La seule solution est le
push first-in.

Si vous êtes dans cette phase, vous
devez
"gamble", et espérer avoir une bonne dose de chance, afin de
reconstruire votre tapis. Avec un très petit tapis, il est souvent
justifié de se "jeter" dans la relance d'un joueur vous précédant. Vous
avez ainsi l'avantage de pouvoir bien souvent considérer les blinds
comme de la dead money, qui vous offre ainsi une meilleure cote du pot
qu'en relançant first-in et en étant suivi par le big blind.

Pour ce call, il est cependant
important que le
relanceur ait un éventail assez loose, afin de vous offrir un minimum
d'equity. Un bon éventail serait composé de Kings assortis, de paires
et de connecteurs assortis.

EXEMPLE

Blinds 750/1500, pas de antes (8 handed)

Stacks & Stats
UTG 3370
MP1 13140
MP2 4870
MP3 13910
CO 40240
Hero 2000
SB 6000
BB 7015

Preflop: Hero is BU with Q, J
4 folds,
CO raises to 3800 , Hero is ALL-IN , 2 fold.

Ici, vous suivez car, contre son
éventail de
relance, vous avez une equity acceptable, et il y a beaucoup de dead
money dans le pot.

En résumé

Le facteur M est un bon moyen de vous
situer dans
un MTT et de définir la stratégie à adopter en conséquence. Il indique
à combien de tours vous pourriez encore survivre à ce niveau de blinds,
sans jouer la moindre main.

Tandis qu'avec un M supérieur à 20,
vous êtes dans
la phase verte, avez un grand nombre de possibilités et pouvez adopter
différents styles de jeu, votre marge de manœuvre se réduit au fur et à
mesure que votre M baisse, et que vous descendez dans les zones
dangereuses.

Plus votre tapis baisse, par rapport
aux blinds,
plus vous devez prendre rapidement une décision. La plus grosse erreur
que vous pouvez faire, et que l'on peut souvent observer chez certains
joueurs, est de vous laisser grignoter par le blinds. À partir de la
zone rouge, et d'une M de 5 ou moins, vous arrivez de plus en plus dans
une situation où vous ne pouvez quasiment plus rien perdre, et où
chaque push est préférable à un nouveau fold.