Mis à jour le 07 Août 26 par

Stats (2) - Interprétation

Introduction

Dans cet article

  • Comment interpréter correctement les stats
  • Pourquoi les stats doivent être envisagées dans leur contexte
  • Problèmes liés à la taille de l'échantillon d'observation

L'article précédent vous a permis de vous familiariser avec le système pyramidal et de vous faire une idée des liens qui peuvent exister entre différentes stats. Nous avons également vu l'importance de la taille de l'échantillon d'observation et ce que signifie interpréter une stat.

Dans cette deuxième partie, vous allez pouvoir approfondir votre compréhension des stats, apprendre à les interpréter, et voir comment tenir compte de la taille de l'échantillon. Vous découvrirez également ce qu'est une chaîne d'interprétation.

Enfin, vous comprendrez pourquoi une même valeur pour une stat donnée peut conduire à des conclusions différentes au sujet de Villain. En fonction du contexte, la valeur associée à une stat pourra être interprétée d'une manière ou d'une autre.

Les autres facteurs influant sur votre décision, tels que la texture du tableau, l'historique, ou les reads, ne seront pas pris directement en compte dans les exemples que nous étudierons dans le cadre de cet article. L'important pour vous est d'apprendre à maîtriser le processus de réflexion. Pour parler de façon un peu plus imagée, disons que l'objectif pour vous est de comprendre la formule, et non pas d'apprendre par cœur une série de résultats obtenus à partir de celle-ci.

Une interprétation à deux niveaux

Afin d'interpréter une stat dans une situation spécifique, vous devez former ce qu'on appelle une chaîne complexe d'interprétations. Chaque street représente un maillon de cette chaîne, on parlera de "nœud", au sein duquel vous effectuez une série d'interprétations organisées en deux niveaux. Le premier niveau consiste à examiner les stats dans leur contexte, c'est-à-dire en tenant compte des relations qui existent avec d'autres stats.

Ces résultats sont ensuite interprétés au deuxième niveau, à savoir en tenant compte de la situation de jeu concrète. Ce faisant, vous devez tenir compte de tous les nœuds précédents dans la chaîne, ainsi que des streets à venir. Le deuxième niveau consiste donc à interpréter vos conclusions du niveau précédent (interprétation de la stat qui vous intéresse en relation avec les autre stats), en tenant compte cette fois-ci de tous les facteurs spécifiques à une situation de jeu donnée, tels que la texture du tableau, l'historique, la dynamique de la table, les reads, le metagame, etc.

  • Premier niveau : Définir le contexte du nœud.

Vous examinez une ou plusieurs stats isolées, et les mettez en relation avec d'autres stats en rapport avec la street en question, voire d'autres streets.

  • Deuxième niveau : Interpréter le contexte du nœud dans le cadre de la situation de jeu concrète.

La réunion de ces deux niveaux forme le nœud de la chaîne d'interprétation pour la street concernée.

Bien entendu, vos raisonnements pour le flop reposent sur les réflexions menées préflop. De la même façon, une fois au turn, vos raisonnements intègrent les réflexions menées sur les streets précédentes. Même chose pour la river. C'est ainsi que se forme une chaîne complexe : la chaîne d'interprétation.

L'image suivante vous montre la structure d'une chaîne d'interprétation. Comme vous pouvez le constater, chaque nœud est relié à tous les autres. Ceci traduit le fait que vous devez tenir compte aussi bien de vos interprétations menées sur les streets précédentes, que des stats correspondant aux streets à venir.

Pourquoi interpréter les stats ? Est-ce vraiment nécessaire ?

Quelles que soient les stats utilisées, le poker reste un jeu à information incomplète. La forme du moment, le tilt, les sources de distraction, sont autant de facteurs qui peuvent conduire n'importe quel joueur à s'écarter de son style de jeu habituel en cours de session. Suivant le type de joueur, il peut s'avérer particulièrement dangereux de réduire Villain à ses stats.

La distribution des cartes et l'ordre dans lequel elles sont retournées ne sont pas les seuls paramètres soumis à la variance. Il en va de même du style de jeu de Villain à chaque session de jeu.

Les stats ont pour caractéristique de réduire les variations du style de jeu adverse à une valeur statistique moyenne.

Grâce à une observation attentive de leurs adversaires, les joueurs expérimentés sont généralement capables de déterminer quel est le niveau de prise de risque actuel de Villain, s'il est en tilt, s'il existe un historique à la table entre lui et d'autres joueurs, s'il est en forme ou non, et bien d'autres types d'information.

Si votre style de jeu ou la limite à laquelle vous évoluez s'y prêtent, alors ces composantes du metagame doivent elles aussi être prises en compte dans votre interprétation.

Comme vous le voyez, lorsque vous vous trouvez face à un Villain dans une situation de jeu concrète, les stats doivent être adaptées de nombreuses manières. Ceci est d'autant plus vrai que votre adversaire possède un niveau de jeu élevé, et que votre propre style de jeu s'écarte du poker ABC.

Nous allons maintenant examiner de plus près une approche structurée, qui vous permettra d'acquérir les processus de réflexions nécessaires à la bonne utilisation des stats : la chaîne d'interprétation.

Chaîne d'interprétation et éventail de Villain

Qu'est-ce qu'une chaîne d'interprétation ?

Après avoir mis l'accent sur l'examen individuel des différentes stats dans le premier article, nous allons voir maintenant comment celles-ci sont connectées entre elles.

Les chaînes d'interprétation ne sont pas définies de manière figée, et doivent au contraire être établies au cas par cas, en fonction de Villain, de la situation de jeu, et de la taille de l'échantillon d'observation disponible. Les exemples que nous allons examiner dans ce qui suit ont avant tout pour objectif d'illustrer le processus, afin que vous puissiez par la suite établir vous-même votre chaîne d'interprétation en cours de jeu.

La chaîne d'interprétation vous aidera non seulement à tirer des conclusions pour la street actuelle, mais vous permettra également d'établir un plan de jeu pour les streets à venir.

Lorsque vous jouez en position, votre analyse portera avant tout sur l'action de Villain avant vous. Lorsque vous êtes hors de position, ce sont les réactions possibles de Villain qui vous intéresseront en premier lieu.

Les stats dans leur contexte

Replacer des stats dans leur contexte signifie que vous incluez dans votre analyse d'autres stats en rapport avec la situation, et tenez compte des relations qui existent entre ces différentes stats.

Le I VPIP et le I PFR sont un bon exemple de stats étroitement liées. Lorsque l'on possède un échantillon de mains suffisant, elles permettent généralement de se faire une très bonne idée du style de jeu préflop de Villain, ainsi que de son éventail au flop. De plus, l'écart entre ces deux valeurs permet d'obtenir l'éventail de call préflop de Villain.

Il serait impossible de dresser une carte de toutes les relations envisageables entre les différentes stats. Voyons plutôt quelques exemples illustrant les liens qui peuvent exister.

EXEMPLE 1 :

Préflop : I VPIP – I PFR – I Calling range

De façon générale :

Plus l'écart entre les deux valeurs est réduit (par exemple un Villain avec 18/16)...

  • ...  plus Villain joue agressivement ses mains préflop.
  • ...  plus les situations dans lesquelles Villain possède l'initiative au flop sont fréquentes.
  • ...  moins Villain a tendance à se contenter de call passivement préflop, et plus son éventail de call préflop est donc serré.

Plus l'écart est grand (par exemple un Villain avec 20/10)...

  • ... plus Villain joue passivement avant le flop.
  • ... moins les situations dans lesquelles Villain possède l'initiative au flop sont fréquentes.
  • ... plus Villain a tendance à se contenter de call passivement préflop, et plus son éventail de call préflop est donc ouvert.

Cet exemple vous montre à quel point ces trois stats sont liées, et quels types de conclusions de caractère général vous pouvez en tirer sur l'éventail de Villain au flop.

Ces liens entre stats jouent un rôle particulièrement important pour l'interprétation d'une stat dans son contexte. Il en résulte une longue chaîne de correspondances, qui peuvent à chaque fois conduire à des interprétations différentes, en ce sens qu'une même valeur pour une stat donnée pourra être interprétée différemment suivant les informations que l'on a obtenues lors des étapes précédentes. C'est le principe même de cette chaîne contextuelle.

N'oubliez jamais cependant que malgré toutes les stats, le poker reste un jeu à information incomplète.

Partant de l'interprétation de ces stats de premier niveau, intéressons-nous maintenant à l'étape suivante dans notre chaîne contextuelle, à savoir les stats en rapport avec le flop.

Flop: II CBet – II Fold to CBet – II Raise CBet – AF - WTS

De façon générale :

  • Plus Villain joue agressivement préflop, plus les situations dans lesquelles il peut effectuer un II CBet se produisent fréquemment.
  • Plus Villain joue passivement préflop, plus les situations dans lesquelles il peut être confronté à un II CBet adverse se produisent fréquemment.
  • Plus Villain est agressif (AF), plus la fréquence avec laquelle il mise au flop est élevée.
  • Plus Villain est passif (AF), plus la fréquence avec laquelle il mise au flop est faible.
  • Plus le WTS de Villain est élevé, moins il aura tendance à se coucher au flop.
  • Plus le WTS de Villain est faible, plus il aura tendance à se coucher au flop.

Ces principes généraux ne sont sans doute pas nouveaux pour vous. Mais, combinés à la chaîne d'interprétation, ils peuvent vous permettre dès le flop de tirer des conclusions particulièrement élaborées pour la suite du coup. Beaucoup de joueurs possèdent un style de jeu dont ils s'écartent rarement. Plus le joueur est mauvais, plus il aura tendance à coller à son style habituel. C'est la raison pour laquelle il convient de devenir particulièrement attentif lorsqu'un adversaire joue d'une façon qui semble aller à l'encontre de son style de jeu habituel.

EXEMPLE 2 :

Vous jouez maintenant une même main, d'abord contre un Villain A, puis contre un Villain B. À chaque fois, Villain relance depuis MP et vous optez pour un call au BU avec une pocket pair. Vous êtes ensuite confronté à un continuation bet de Villain au flop, alors que vous avez la position sur lui. Il s'agit donc d'essayer d'interpréter ce continuation bet, en utilisant pour ce faire une chaîne contextuelle.

Villain A (18/16) et Villain B (20/10) possèdent tous les deux un CBet de 75%. Réfléchissez quelques secondes aux conclusions que vous pouvez tirer concernant leurs éventails respectifs, en tenant compte des principes exposés plus haut au sujet de l'interprétation des stats préflop et des stats du flop.

  • Villain A (18/16, 75% CBet)
  • Villain B (20/10, 75% CBet)

Étant donné que Villain A joue plus agressivement avant le flop, et qu'il va donc avoir plus souvent l'occasion d'effectuer un CBet, l'éventail qu'il possède dans cette situation n'est pas particulièrement resserré. Villain B est plus passif préflop, ce qui signifie qu'il relance moins souvent. Son éventail au flop aura donc tendance à être plus fort que celui de Villain A (il suffit de comparer le PFR de 10% au PFR de 16%). Un CBet de la part de Villain B correspondra donc moins souvent à un bluff qu'un CBet du Villain A, et ce malgré une valeur de CBet identique.

Cet exemple relativement simple montre que des stats pourtant identiques (ici le même CBet avec une valeur de 75%) peuvent, lorsqu'on les met en relation avec d'autres stats, être interprétées de manière différente et conduire à des conclusions divergentes sur la force de l'éventail de Villain.

Bien entendu, vous ne vous contentez pas d'examiner la valeur du II CBet. Vous allez également vous intéresser à d'autres stats utiles pour l'interprétation de la situation au flop, afin de pouvoir établir un plan pour les streets suivantes. Vos interprétations relatives au flop vous permettent par la même occasion de réfléchir à la suite du coup.

  • Villain A (18/16, 75% CBet, AF 3,0, WTS 35%)
  • Villain B (20/10, 75% CBet, AF 1,5, WTS 50%)

Dans cet exemple, Villain B est globalement plus passif. Vous le verrez donc moins souvent générer de l'action sur les streets suivantes, sous forme par exemple d'un semi-bluff. Du fait que Villain B possède généralement un éventail de Cbet flop plus fort que celui de Villain A, un second barrel turn devra être pris plus au sérieux qu'un second barrel de Villain A.

Si vous poursuivez votre interprétation du CBet en intégrant l'AF et le WTS dans votre raisonnement, alors vous n'êtes pas loin de pouvoir dire qu'avec un 75% de CBet au flop, et seulement 1,5 d'AF, l'agressivité de Villain B s'exprime majoritairement au flop.

Votre plan pour le turn contre Villain B pourrait donc consister à abandonner votre pocket pair en cas de nouvelle mise de sa part. S'il ne mise pas, vous pourriez envisager de prendre le chek behind en espérant bénéficier d'un abattage gratuit, ou encore tenter un float, ce qui n'est cependant pas la meilleure idée au regard du WTS à 50%. Il est à signaler que ces réflexions pourraient s'appuyer sur des stats supplémentaires, telles par exemple que le III Turn CBet ou encore l'AF Flop et l'AF Turn.

Comme vous le savez désormais, plus le niveau auquel appartient la stat est élevé, plus l'échantillon d'observation doit être grand. Vous devez à tout prix tenir compte de ce principe dans vos réflexions, par exemple lorsque vous souhaitez utiliser le III Turn CBet.

Les raisonnements associés au premier niveau d'interprétation portent uniquement sur les stats. Vous verrez un peu plus loin comment procéder à l'interprétation de second niveau, en tenant compte de la situation de jeu concrète.

Comme expliqué plus haut, bien qu'il s'agisse de stats générales, non spécifiques à cette street, l'AF et le WTS sont particulièrement utiles au flop.

On peut dire qu'un AF élevé est généralement corrélé à un WTS faible, et qu'un AF faible est généralement corrélé à un WTS élevé. Ceci vient du fait que les joueurs agressifs gagnent souvent leurs mains grâce à la fold equity générée, sans aller jusqu'à l'abattage, ce qui fait donc baisser leur WTS.

Ici, il est important de toujours interpréter l'AF, et plus encore le WTS, en fonction des stats du premier niveau (VPIP, PFR, Call Range) car, comme nous l'avons vu dans l'article précédent, le WTS varie par exemple en fonction de l'éventail de mains au flop.

Principes généraux relatifs au WTS :

  • Plus le WTS est élevé, plus l'éventail de Villain à l'abattage est large.
  • À valeur égale pour le WTS, plus l'éventail de Villain au flop est serré, plus son éventail à l'abattage est fort.
  • À valeur égale pour le WTS, plus l'éventail de Villain au flop est large, plus son éventail à l'abattage est faible.
  • Plus l'AF est élevé, plus le WTS est faible.
  • Plus l'AF est faible, plus le WTS est élevé.
Interprétation au deuxième niveau

Nous venons de voir des exemples de raisonnements pour le premier niveau, portant donc sur les stats dans leur contexte. Vous vous êtes sûrement fait la remarque que pour pouvoir tirer des conclusions sur le jeu de Villain, d'autres éléments particulièrement importants, tels par exemple que la texture du tableau, devraient également être pris en compte.

Le deuxième niveau consiste maintenant à interpréter ces résultats en se basant sur une situation de jeu concrète. Dans ce cadre, des facteurs tels que la texture du tableau, les reads, l'historique, et autres, jouent un rôle particulièrement important.

Le résultat obtenu représente un nœud de la chaîne d'interprétation. Dans notre exemple précédent, le flop.

Le deuxième niveau d'interprétation, à savoir l'interprétation finale pour une situation de jeu concrète, est un processus très complexe. Vous devez y intégrer tous les principes qui sont traités dans les autres articles stratégiques, et sur lesquels nous ne reviendrons pas dans cet article.

Cet exemple vous a donné une idée de l'étendue des réflexions qui peuvent être menées lorsqu'on interprète ne serait-ce qu'une seule stat. Vous avez notamment pu voir comment des stats appartenant à d'autres streets peuvent vous aider dans votre interprétation sur une street donnée.

Chaîne d'interprétation et taille d'échantillon

La taille de l'échantillon est un concept qui vous est désormais familier. Il s'agit du nombre de mains sur Villain dont vous disposez dans votre base de données. Nous avons vu que ce paramètre est particulièrement important pour vos interprétations, étant donné que pour toutes les stats, la fiabilité des valeurs observées en dépend. Mais ces considérations ont déjà été présentées dans la première partie à partir du système pyramidal.

Problèmes liés à la taille de l'échantillon

Que faire en cas d'échantillon insuffisant ?

Avant d'interpréter la moindre stat, vous devez tout d'abord vérifier la taille de l'échantillon dont vous disposez. C'est la base de toute interprétation.

Si la taille de l'échantillon est trop faible pour le niveau de stat considéré, par exemple le turn, alors reportez-vous sur les stats des niveaux inférieurs, qui ne nécessitent pas un échantillon aussi large et pourront éventuellement vous venir en aide. C'est par exemple le cas des stats du premier niveau comme le VPIP et le PFR.

Il est cependant important de laisser de côté des stats nécessitant une taille d'échantillon bien plus élevée. Si vous avez par exemple seulement 50 mains à votre disposition, vous ne devriez en aucun cas tenir compte d'une stat du turn telle que la fréquence de second barrel, ou d'une stat préflop telle que le 3-bet. Un grand nombre de logiciels de tracking affichent ces stats malgré un nombre de mains vraiment faible.

Afin de ne pas tomber dans le piège de la "taille d'échantillon non représentative", vous devriez, avant même de vous intéresser à la moindre stat le concernant, commencer par vous habituer à consulter systématiquement le nombre de mains dont vous disposez sur Villain.

Si l'échantillon n'est pas suffisant pour avoir une idée du style de jeu de votre adversaire, alors vous devez considérer qu'il s'agit d'un adversaire inconnu.

Le joueur inconnu

Qui est réellement ce "joueur inconnu" (unknown player) dont on entend parler si souvent ? Quelles sont les hypothèses que l'on peut se permettre d'effectuer à son sujet ?

Le joueur inconnu dépend fortement de votre variante et de la dynamique de votre limite de jeu. Un inconnu en NL10 ne sera pas le même qu'un inconnu en NL100.

Nous attribuons au joueur inconnu un jeu correspondant au niveau de jeu moyen pour la limite considérée. On part du principe qu'à chaque action, sur chaque street, un inconnu pratiquera un jeu standard pour la limite. Dans le cas d'une limite de jeu passive, on considérera donc avoir affaire à un joueur passif.

Pour nous, un adversaire inconnu joue plus ou moins comme un regular de niveau moyen pour la limite concernée. On ne lui attribue aucune caractéristique particulière, on considère tout simplement qu'il possède un niveau de jeu standard pour cette limite, basé sur des raisonnements basiques.

Déduire des stats manquantes à partir de stats connues. Est-ce envisageable ?

Cette approche peut s'avérer intéressante dans le cas de stats pour lesquelles vous ne possédez encore aucune valeur, ou lorsque l'échantillon n'est pas suffisant, pour des stats appartenant aux niveaux élevés (par exemple sur la river).

Supposons que vous soyez au flop avec une taille d'échantillon suffisante pour des interprétations correspondant aux stats du deuxième niveau, à savoir environ 500 mains, et que vous ayez tout de même envie d'essayer d'obtenir une estimation correcte de la probabilité d'un III Second Barrel.

Afin d'avoir une chance de déduire cette valeur, vous avez besoin de l'éventail de Villain au flop en tant que PFA, à savoir son I PFR, puis la valeur de son II Continuation bet Flop, ainsi que des stats générales AF et WTS.

L'interprétation de ces différentes stats doit sans aucun doute vous permettre de vous faire une idée de la probabilité d'un III Second Barrel au turn. En cours de jeu, vous devez bien entendu tenir compte également du metagame, ainsi que de tous les facteurs tels que la texture du tableau, la position, le nombre d'adversaires etc.

Les stats déduites à partir d'autres stats doivent donc également être envisagées dans leur contexte, et interprétées en conséquence.

Il est donc tout à fait possible de déduire des stats manquantes à partir de stats disponibles. L'interprétation des stats ainsi que la chaîne d'interprétation vous fournissent des modèles de raisonnement très utiles. Ils vous aident à analyser plus précisément le style de jeu de Villain, et à envisager chaque stat dans un contexte plus global. Vous pouvez en tirer des enseignements sur le style de jeu adverse et vous faire une idée de certaines stats manquantes.

Mais encore une fois, la taille de l'échantillon disponible reste décisive.

Un échantillon trop grand peut-il se transformer en problème ?

Cela peut tout à fait être le cas. Les Villains peuvent eux aussi faire évoluer leur jeu, avec plus ou moins de succès suivant les cas. Cela concerne tout particulièrement les regulars avec lesquels on se retrouve souvent à la table (on possède un nombre de mains élevé sur eux), et qui vont adapter leur jeu et corriger certains leaks avec le temps.

Il suffit de se rendre compte que vous faites vous aussi partie des regulars à votre limite de jeu, et de voir à quel point votre jeu peut avoir changé par rapport à ce qu'il était il y a encore quelques mois.

Il n'y a donc rien de stupide à préférer avoir un échantillon assez réduit, mais qui soit d'actualité, plutôt qu'un échantillon composé d'un grand nombre de mains vieilles de plusieurs mois. Cependant, en cas de doute, il vaut mieux avoir trop de mains que pas assez.

Les stats et leurs fluctuations

De façon générale, on peut dire que plus le phénomène décrit par une stat est général, plus son évolution sera stable. Un bon exemple de ceci serait le I VPIP ou le I PFR.

Les stats qui dépendent d'une situation de jeu bien particulière ont davantage tendance à varier au fil du temps. Un check/raise turn dépendra par exemple fortement des circonstances particulières qui ont débouché sur cette action.

Peut-on réduire un Villain à ses stats ?

Arrivé à ce stade, vous ne devriez avoir aucun mal à répondre à cette question. Vous savez que les stats reflètent des valeurs statistiques moyennes, qui doivent être interprétées sur deux niveaux, et qui en tant que telles ne permettent pas forcément d'obtenir beaucoup d'information.

Le premier niveau consiste à interpréter les valeurs moyennes dans leur contexte, en tenant compte des liens qui existent entre elles.

Le deuxième niveau consiste à interpréter les conclusions du premier niveau, en les replaçant dans la situation de jeu concrète qui nous intéresse et en tenant compte notamment de la texture du board, de l'historique, de la dynamique de la table, des reads ainsi que de tous les autres facteurs spécifiques à la situation.

Si vous considérez les actions de Villain comme un tout, alors vous vous rendrez compte que la somme de toutes les stats reflète beaucoup mieux son style de jeu que ses hole cards.

Chaque stat représente une facette du jeu de Villain. Si vous apprenez à interpréter ces facettes de manière spécifique, alors vous serez capable d'en tirer de nombreuses informations qui vous aideront à prendre vos décisions en cours de jeu.

En résumé

Cet article vous a montré que malgré toutes les possibilités offertes par les différents logiciels de tracking, il vous appartient au final de savoir manipuler les informations statistiques obtenues.

Afin de pouvoir vous aider à prendre la bonne décision en cours de jeu, une stat doit tout d'abord être interprétée correctement. Une stat se résume rarement à sa simple valeur, et doit toujours être replacée dans le contexte de la situation de jeu concernée. La chaîne d'interprétation vous a permis de vous rendre compte de l'étendue des possibilités offertes.

Si vous avez compris les concepts présentés dans cet article et êtes bien conscient des pièges à éviter, alors vous disposerez rapidement d'une arme particulièrement efficace dans votre lutte pour les jetons.