Mis à jour le 06 Juil 26 par

MTT-Tournois - Deals

Introduction

Dans cet article

  • Différents types de deals
  • Quand un deal est-il recommandé ?
  • Comment trouver le meilleur deal possible

Arrivés à la table finale, les joueurs d'un MTT peuvent décider
de se partager l'argent qui est encore en jeu plutôt que de
jouer le tournoi jusqu'à son terme. C'est ce qu'on appelle
faire un deal (conclure un marché). L'option du deal est
disponible sitôt que l'on se retrouve à la table finale. Cependant, c'est souvent lorsqu'il ne
reste plus que deux ou trois joueurs à la table qu'on y a recours.

Le fait que les blinds et antes en fin de tournoi sont
généralement très élevés par
rapport au tapis moyen rend un deal particulièrement
attractif. Cet article discute des avantages et inconvénients
du deal-making.

Les différentes possibilités de deals

La méthode du décompte des jetons (Chipcount)

Une technique très répandue et considérée comme équitable
consiste à diviser la cagnotte proportionnellement au nombre
de jetons de chacun des joueurs. On compte la cagnotte totale
correspondant aux places encore en jeu, on attribue à chaque
joueur le gain minimum garanti (correspondant à la plus
mauvaise place encore en jeu) et le reste est distribué
proportionnellement au nombre de jetons de chacun des
joueurs.

Exemple :

Trois joueur sont encore
en course à la table finale. Les gains correspondant aux
places encore jeu sont les suivants :

  • Place 1 : 50.000$
  • Place 2 : 30.000$
  • Place 3 :
    20.000$

Total : 100.000$

Les tapis des joueurs :

  • Joueur A: 200.000
  • Joueur B: 120.000
  • Joueur C: 80.000

 

Total : 400.000

La part du nombre total de
jetons encore en jeu pour chacun des joueurs est donc :

  • Joueur A: 50%,
  • Joueur B: 30%
  • Joueur C: 20% des jetons.


Étant donné que la troisième place
garantit au moins 20.000 $, chaque joueur reçoit
automatiquement cette somme. 60.000 $ (3*20.000) sont donc soustraits
aux 100.000 $, et le cagnotte restant de 40.000 $ est distribuées
en fonction des tapis des joueurs. Le joueur A reçoit 50%, le
joueur B 30% et le joueur C 20%.

Ils reçoivent
donc finalement :

  • Joueur A: 40.000$
  • Joueur B: 32.000$
  • Joueur C:28.000$
Avantages et inconvénients de cette méthode

L'exemple montre bien que cette méthode garantit une
répartition équitable. Mais c'est seulement vrai parce
que les joueurs ont des tapis du même ordre de grandeur. Le
joueur C en tant que shortstack gagne un peu plus que s'il s'était
fait sortir en premier, et le chipleader gagne un peu moins que s'il avait
finalement remporté le tournoi.

Mais ceci change considérablement sitôt que la
répartition des jetons entre les différents joueurs est
un peu moins équilibrée.

Exemple basé
sur la structure de prix de PartyPoker :

11$ (10$ + 1$
Fee) Regular, 500 participants, 3 joueurs encore en course

Cagnotte
: 5000$

  • 1250$ (25%)
  • 700$ (14%)
  • 413$ (8,26%)

 

Part des jetons des joueurs :

  • Joueur A: 80%,
  • Joueur B: 10%,
  • Joueur C: 10% de tous les jetons encore en jeu.


La cagnotte restante représente un total de 2363 $.
On retire les 413 $ correspondant à la 3ème place pour
chacun des joueurs. Il reste donc 1124 $ (2363 – 413*3) qui vont
être répartis en fonction du nombre de jetons. Le joueur
A touche donc 899.20 $ supplémentaires, les joueurs B et C
touchant chacun 112.40 $ supplémentaires.

Le
résultat serait donc le suivant :

  • Joueur A 1312,20$
  • Joueur B 525,40$
  • Joueur C 525,40$


On voit dans cet exemple que le chipleader est bien plus
avantagé par le deal que les deux shortstacks. Alors qu'en
temps normal il aurait touché 25% de la cagnotte totale, il en
gagnerait maintenait 26%. On voit donc que la méthode du
décompte des jetons est plus profitable au chipleader lorsque
les tapis ne sont pas du m1eme ordre de grandeur.

La méthode ICM

On calcule la valeur des jetons à l'aide d'un calculateur
ICM et on réparti la cagnotte encore en jeu en conséquence.
Les résultats obtenus sont plus équitables que dans la
méthode du décompte des jetons. On peut se faire une
meilleure idée de ce qui serait équitable, et essayer
d'influencer les adversaires en faveur d'une décision qui nous
serait plus favorable. En effet très peu d'adversaires savent
vraiment ce qui serait vraiment équitable.

En
reprenant les deux exemples précédents, on obtient
alors ce qui suit :

Exemple 1 avec des tapis représentant
50%, 30%, 20% du total de jetons (Deal suivant la méthode du
décompte des jetons entre parenthèses) :

  • Joueur A: 38.392$, (40.000$)
  • Joueur B: 32.750$, (32.000$)
  • Joueur C: 28.857$, (28.000$)


Exemple 2 avec des tapis représentant 80%, 10%, 10%
du total de jetons (Deal suivant la méthode du décompte
des jetons entre parenthèses) :

  • Joueur A: 1.133$, (1.312$)
  • Joueur B: 614$, (525$)
  • Joueur C: 614$, (525$)


On voit ici clairement que le chipleader s'en sort moins bien,
le middle stack un peu mieux et le shortstack beaucoup mieux qu'avec
la méthode du décompte des jetons.

La méthode dite du 'Post-Deal'

Une autre méthode, dite du post-deal, consiste à
diviser la cagnotte totale encore en jeu par le nombre de joueurs
encore en course, avant de remettre en jeu le reste de la division.
Cette méthode est souvent utilisée lorsque les tapis
sont très proches. La seule chose qui doit encore être
précisée est si le reste revient au vainqueur finale ou
bien sera distribué au différentes places encore en
jeu.

Exemple :

11$ (10$ + 1$ Fee) Regular,
500 participants, 3 joueurs encore en course

Cagnotte :
5000$

 

  • Place à 1250$ (25%)
  • Place à 700$ (14%)
  • Place à 413$ (8,26%)

La cagnotte totale encore en jeu est là encore de 2363
$. Les joueurs se décident pour la méthode du post-deal
et divise le pot en 3 parts égales, avec un reste. Chacun
reçoit 700 $ et les 263 $ (2363-700*3) restants seront
attribués au vainqueur.

Le résultat
serait donc le suivant :

  • Place à 963$
  • Place à 700$
  • Place à 700$


On voit que cette méthode est plus favorable au
shortstack. Celui qui est 3ème à ce stade du tournoi
reçoit l'équivalent du prix associé à la
2ème place. Il lui reste de plus encore la possibilité
de toucher les 263 $ supplémentaires. Pour le chipleader, ce
deal est loin d'être le plus avantageux, car même s'il
venait à gagner, il gagnerait bien moins que dans la méthode
du décompte des jetons.

La méthode du Seat+Chipcount

Cette méthode associe tout simplement la méthode du
post-deal et celle du décompte des jetons. Chaque joueur
reçoit le même montant pour son seat, à savoir le
fait qu'il est encore à la table avec des jetons, comme dans
la méthode du post-deal. Le reste n'est pour sa part pas remis
en jeu, mais réparti suivant la méthode du décompte
des jetons.

Cette méthode est apparue parce que les shortstack avaient
tendance à systématiquement refusé les deal
suivant le décompte des jetons, argumentant qu'en plus des
jetons, la place qu'ils occupent a également un prix. Ils ont
en effet encore la possibilité de remporter le tournoi ('All
you need is a chip and a chair.').

Le calcul ICM est certes équitable, mais peu de personnes
sont capables de le comprendre, et encore moins de l'effectuer de
tête. Plus on a tapis petit, plus on a intérêt à
ce que la part attribuée pour le seat soit importante. En
étant supershortstack on devrait forcément proposer ce
genre de deal.

To deal or not to deal ?

Bien entendu chacun est libre d'accepter ou non un deal, quelle
que soit la place qu'il occupe à ce moment du tournoi. Il
existe cependant différents facteurs qui parlent en faveur ou
en défaveur d'un deal et qui devraient être pris en
compte dans votre décision.

Pour :

  • On est bigstack et le deal nous
    permettrait de finir au moins aussi bien que si on avait gagné
    le tournoi.
  • On a relativement peu d'expérience
    en tournoi, voire en table finale, et on estime que les adversaires
    sont plus forts.
  • On est fatigué ou bien on a
    plus le temps de poursuivre
  • Les blinds Antes sont si élevés
    que l'on risque de se retrouver all-in avant même d'avoir
    touché une main jouable.
  • On joue en mode 'scared money' (l'enjeu a une influence
    néfaste sur notre jeu), et on prefère opter pour la
    sécurité plutôt que pour l'EV max.


Contre :

  • On est shortstack et le deal nous
    garantit à peine plus que si on sautait à la main
    suivante.
  • On est chipleader et le deal nous
    garantit un gain bien plus faible que par la méthode du
    décompte des jetons ou bien que le gain correspondant à
    la première place.
  • Les adversaires sont bien moins bons, et on a de grandes
    chances de remporter le tournoi.

Quel deal pour quel tapis ?

Voici quelques règles d'ordre assez général pour le deal le plus
adapté en fonction de votre tapis.

Deal en tant que chipleader:

Si on est chipleader et que les blinds sont
élevés, à savoir que tous les adversaires ont
moins de 10 BB, alors on ne devrait pas accepter un deal s'il ne nous
garantit pas un montant au moins égal à celui du
décompte des jetons ou bien à
la première place. On peut en effet encore exercer une forte
pression sur les adversaires avec des push all-in à
répétition. Si les adversaires ont entre 15 et 20 BB,
c'est plus délicat, car on risquerait trop en se mettant
directement all-in, et les joueurs agressifs vont donc encore pouvoir
nous restealer. Cela dépend donc du degrés de passivité
des adversaires.

Post-Deal en tant que chipleader:

Ici on devrait plutôt essayer de parvenir à un deal
selon le décompte des jetons qui peut nous permettre que
gagner un montant supérieur à celui qui récompense
la première place. Il est possible que personne parmi les
autres joueur ne s'en rende compte, et on peut également jouer
sur le fait que les adversaires peuvent avoir envie de jouer la sécurité.
S'ils jouent avec du scared money, le post-deal est à
éviter du fait qu'une fois conclu, ceux-ci risquent de se
mettre à mieux jouer car ils seront déjà assurés
de gagner une certaine somme. C'est pourquoi on n'acceptera ce genre de deal que s'il est
à notre avantage.

Deal en tant que Middle Stack:

Ici
tout dépend de la situation et des adversaires. Si par exemple
le big stak exerce une très forte pression sur nous en
profitant du fait qu'on a pas envie de sauter avant le shortstack,
alors on risque de finir par se retrouver all-in à cause des
blinds. Dans une telle situation on devrait être plus enclin à
accepter un deal. Si possible suivant la méthode ICM.

Deal en tant que Shortstack:

En tant que shortstack on ne devrait
pour ainsi dire jamais accepter un deal suivant le décompte
des jetons. Il devra s'agir d'une répartition suivant l'ICM,
ou bien incluant une part pour le seat. La valeur du shortstack est
souvent sous-estimée. En tant que shortstack il est souvent
beaucoup plus facile de jouer de façon optimale. Si on est par
exemple le seul joueur à être à moins de 10 BB, on
peut alors pusher all-in avec des mains moyennes, même contre
le bigstack, alors que les middlestack peuvent encore être
amenés à se coucher en cas de sur-relance du gros
tapis. Il n'est pas rare qu'on arrive à survivre avec son
petit tapis jusqu'au heads-up, et ensuite tenter sa chance en
profitant du fait que bon nombre de joueurs ne font pas assez
attention à leurs jetons.

 

Conclusion

Le fait d'essayer ou non de conclure un deal avec les autres
joueurs reste une décision personnelle. Souvent cela se résume
à la question suivante : quelles sont mes chances de remporter
une somme supérieure en continuant à jouer, et suis-je
prêt à jouer pour des sommes aussi importantes ?

Si on décide d'essayer d'arriver à un deal,
l'approche devra être pour le chipleader de parvenir à
un deal suivant la méthode standard, alors que le midd- et le
shortstack devraient essayer de parvenir à un deal suivant
l'ICM.