Slowplay I - Principes de base
|
| » COLONNE |
Slowplay I - Principes de base
par MiiWiin
Le
slowplay fait partie intégrante du jeu et représente une possibilité de ne pas
dévoiler directement la force de sa main. Il convient cependant
d'identifier avec soin, quand et contre qui un slowplay est judicieux, et
quel est vraiment le bénéfice qu'on peut en tirer. Nous voulons en
effet éviter à tous prix de donner des cartes gratuites inutilement, de
même que nous souhaitons maximiser la value obtenue et non pas la
diminuer en oubliant tout simplement de miser.
Qu'est-ce que le slowplay ?
Le
slowplay (to slowplay = sous-jouer) signifie que l'on joue une main très passivement (on ne fait
preuve d'aucune agressivité) dans le but de remporter davantage
d'argent sur les tours d'enchères suivants qu'on ne l'aurait fait en
misant directement.
Il faut pour ça avoir une
très bonne main, qu'il n'est pas forcément nécessaire de protéger. À partir
du moment où l'on peut laisser la protection de côté, le slowplay représente
une possibilité d'offrir à l'adversaire la seconde meilleure main sur
l'une des streets (tours d'enchères) suivantes, avec laquelle il sera prêt à payer de
grosses mises (ou bien de miser/relancer lui-même). Le bluffinduce représente une autre possibilté, quand, en ayant
par exemple la position, nous pensons qu'une mise de notre part risque de chasser l'adversaire,
alors qu'un check/behind peut l'amener à bluffer en misant sur l'une
des streets suivantes.
Le slowplay est
réalisé au moyen d'un check ou bien du call d'une mise/relance adverse.
Nous jouons donc passivement, sans générer de fold equity, gardant
ainsi l'adversaire dans le coup.
Conditions requises pour un slowplay
Commençons
par notre main : qu'entend-on par main "forte, voire très forte" et à partir de
quel moment la protection peut-elle être laissée de côté ? Comme
d'habitude, on ne peut pas donner de réponse générale. Dans un pot à
plusieurs (multiway), il n'y a pratiquement aucune possibilité de slowplay, étant
donné qu'avoir beaucoup d'adversaires signifie avoir beaucoup d'outs contre nous. De
plus, nous avons généralement la possibilité de mettre beaucoup d'argent
dans le pot dès le flop, voire même de nous mettre all-in.
Si
nous jouons par contre en heads-up, une main éventuellement plus faible
telle que double paire peut tout à fait suffire. Les tirages dans
cette situation ne sont pas aussi dangereux que lorsque nous sommes
cinq joueurs à avoir vu le flop. La force de la main dépend donc du
nombre d'adversaires, mais aussi bien entendu du type de joueur, à savoir dans quelle mesure il est prêt à payer nos mises ou non. En heads-up contre une
calling station passive, le slowplay n'a aucun sens.
Il
faut se demander si des tirages sont possibles et quelle est le cas
échéant la probabilité que notre adversaire soit justement sur un
tirage.
Plus
nous avons d'adversaires, plus notre slowplay devient difficile et
souvent inutile. Il faut avoir touché au flop au moins un full, car on
peut alors faire cadeau de cartes pour une quinte ou une couleur. Notre
objectif est alors que nos adversaires touchent leur tirage au turn et
commencent alors à nous payer vraiment.
Nous examinons ce point d'un peu plus près sans
plus tarder. Voici deux exemples qui permettront d'illustrer la problématique du slowplay sur un
tableau à tirages :
Exemple 1
PartyPoker $25 NL Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
MP ($25)
CO ($25)
UTG ($25)
BB ($25)
SB ($25)
Hero ($25)
Preflop: Hero is Button with A

3 folds, Hero raises to $1.00, SB calls $1.00, 1 fold
Flop: ($2.25) 4


SB bets $2.00, Hero calls $2.00
Turn: ($6.25) Q
SB checks, Hero bets $4.50, SB folds
Exemple 2
PartyPoker $25 NL Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
MP ($25)
CO ($25)
UTG ($25)
BB ($25)
SB ($25)
Hero ($25)
Preflop: Hero is Button with 7

3 folds, Hero raises to $1.00, SB calls $1.00, 1 fold
Flop: ($2.25) 5


SB checks, Hero bets $2.00, SB calls $2.00
Turn: ($6.25) 5
SB checks, Hero checks...
Ces deux exemples illustrent parfaitement où résident bon nombre d'erreurs de base.
Dans
l'exemple 1 il s'agit d'un slowplay très risqué. Nous avons certes les
nuts, et il pourrait sembler que la protection ne soit pas nécessaire.
Mais nous devons être conscient du fait qu'une 4ème carte de la couleur
au turn tuera complètement l'action. Même une couleur plus faible
touchée dès le flop pourra alors trouver un fold. Un slowplay n'est
pas du tout recommandé ici.
Exactement
la même chose pour l'exemple 2. Bien entendu nous avons l'intention de
donner une carte gratuite à Villain afin de lui permettre de toucher
une bonne main sur la river. Cependant, deux facteurs devraient être pris en
compte ici :
- Dans un pot aussi petit, le slowplay n'en vaut pas la peine. Nous devrions miser de nouveau au turn.
- Aucun tirage manqué ne payera plus sur la river, alors qu'il aurait encore souvent payé au turn.
Objectifs du slowplay
Nous
avons déjà indiqué qu'un de nos objectifs est de garder l'adversaire
dans le coup afin de le laisser tirer pour une deuxième meilleure main
avec laquelle il va nous payer.
Bien entendu
nous devons toujours battre son éventuel tirage réalisé, c'est évident.
Mais nous ne devons pas perdre de vue notre objectif initial ! Nous
voulons si possible stacker (mette all-in) notre adversaire.
On
voit trop souvent des monster jouer check/behind au flop et au turn
pour ensuite miser sur la river en désespoir de cause afin de tirer ne
serait-ce qu'un peu de value. Cela doit bien entendu être évité à tout
prix.
Nous voulons un gros pot, c'est notre
objectif. Nous ne sommes cependant pas sûr que l'adversaire ait une
main avec laquelle il est prêt à miser ou bien à payer une relance.
La
tâche est particulièrement simplifiée si l'adversaire vient à prendre
lui-même l'initiative. Si nous sommes alors d'avis que Villain peut
bluffer de nouveau sur les streets suivantes ou bien améliorer sa main
(et obtenir ainsi la seconde meilleure main), mais qu'il couchera
beaucoup de mains en cas d'action de notre part, alors un slowplay est
envisageable, en se contenant par exemple de suivre un donkbet au flop.
Mais il ne faut pas perdre de vue notre objectif qui reste d'être all-in au plus tard sur la river.
Exemple 3
PartyPoker $25 NL Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
MP ($25)
CO ($25)
UTG ($25)
BB ($25)
SB ($25)
Hero ($25)
Preflop: Hero is Button with Q

2 folds, CO raises to $1.00, Hero raises to $3.50, 2 folds, CO calls $3.50
Flop: ($7.35) 3


CO bets $5.50, Hero calls $5.50
Hero n'a ici aucune raison de relancer et de
chasser du pot une plus mauvaise main. Au
turn, le pot fera 18 $, et Hero n'aura plus que 17 $. Avec la position,
il a alors suffisamment de possibilités pour arriver à mettre Villain
all-in. Villain pour sa part pourrait bien se sentir obligé d'effectuer
un 2nd barrel avec la deuxième meilleure main, ou encore être sur un
semi-bluff avec un tirage couleur (cependant peu probable).
Heads-up ou multiway ?
Nous avons déjà évoqué brièvement le fait que le nombre d'adversaires joue naturellement un rôle décisif :
En
heads-up nous pouvons envisager une main un peu plus faible comme étant
une "nuts relative" et essayer d'effectuer un slowplay à partir du
moment où nous considérons qu'il présente une espérance de gain plus
grande qu'une mise directe.
J'aimerais maintenant lister les raisons pour lesquelles on devrait renoncer au slowplay dans un pot multiway :
- Avoir beaucoup d'adversaires signifie avoir
beaucoup d'outs contre nous. Nous devons donc presque toujours
protéger, à part si nous avons la nuts absolue (qui ne se présente que
très rarement). - Avec beaucoup d'adversaires
dans le coup, il est plus probable que quelqu'un ait touché quelque
chose. Nous serons alors souvent payé en retour. - Dans
un pot multiway, il est tout à fait justifié pour beaucoup de joueurs
d'investir au flop avec un tirage (ce qui n'est plus forcément le cas
au turn étant donné qu'il ne reste plus qu'une carte à venir). Il faut
donc leur en donner l'occasion. - Dans un pot mulitway, le pot est généralement gros. Plus le pot est gros, moins un slowplay est justifié.
J'aimerais
revenir sur le dernier point. Si le pot est déjà gros, alors la
probabilité que des joueurs avec des mains marginales restent également
dans le pot est plus grande, du fait qu'ils obtiennent de très bonnes
cotes. Ici on a intérêt à miser et relancer afin d'obtenir de la value
et de faire payer les tirages. Souvent ceci est lié à l'action préflop,
étant donné que des pots un peu plus gros au flop sont souvent issus
d'un jeu préflop plus agressif. Les mains impliquées sont donc
généralement plus fortes, et sont également prêtes à investir un peu
plus.
Si nous sommes à l'inverse dans un
petit pot avec une très forte main, un slowplay a tendance à être plus
indiqué, du fait que nous ne pouvons pas partir du principe que nous
allons être payé dans un pot non relancé. Si nous avons par exemple la
nuts (par exemple un full au flop), et que le tableau présente des
tirages, alors un simple call est envisageable dans l'espoir de pouvoir
stacker un adversaire qui aurait touché son tirage sur une des streets
suivantes.
Examinons un exemple dans lequel le pot est déjà très gros au flop :
Exemple 4
PartyPoker $25 NL Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
MP ($25)
CO ($25)
UTG ($25)
BB ($25)
SB ($25)
Hero ($25)
Preflop: Hero is Button with 5

UTG raises to $1.00, MP calls $1.00, 1 fold, Hero calls $1.00, SB calls $1.00, BB checks
Flop: ($7.35) 5


SB checks, BB checks, UTG bets $5.50, MP calls $5.50, Hero...
Dans cette situation, on pourrait penser qu'un
slowplay à travers un simple call serait la meilleure variante.
J'aurais cependant ici presque tendance à pusher ! Pourquoi ?
- Un push ressemble plus à un bluff et sera plus souvent payé.
- UTG, avec son overpair évidente, finira plus facilement broke au flop que sur un turn avec une nouvelle carte à
.
- Le
pot est déjà gros. Si UTG paye notre push, alors MP pourrait bien payer
également avec un tirage couleur (ce qu'il ne pourrait plus faire au
turn en raison des cotes). - Nous avons un full, qui peut assez facilement être rattrapppé. Nous
devons donc protéger. Exemple : UTG a AA, MP a TT et BB a 99. Si nous
nous contentons de suivre, alors BB va presque toujours rester dans le
pot. Si les mains sont effectivement celles-ci, quelles sont alors les
cartes que nous ne voulons pas voir au turn ? Un As (2 outs), un Dix (2 outs), un Neuf (2 outs), un Sept (2 outs
). Ce sont donc 8 outs que nous aurions alors contre nous. Nous
devrions donc protéger de la même façon que contre un tirage quinte ou
couleur !
Je
reconnais que cette répartition des cartes est quelque peu
artificielle, mais elle a pour seul but de vous montrer que nous
n'avons pas ici la nuts absolue. Dans un pot mulitway, le slowplay n'a
ici pas sa place. Nous devrions générer de l'action afin d'être payé au
flop. Il faut souligner de nouveau la phrase citée plus haut : "Beaucoup de mains signifie beaucoup d'outs" !
Bluffinduce
Par
bluffinduce, on entend le fait d'induire un bluff de la part d'une
main inférieure, en donnant par exemple un signe de faiblesse au moyen
d'un check/behind au turn. Ce move n'est pas réservé aux seules mains
marginales avec lesquelles on souhaite voir l'abattage à moindre coût
(et provoquer avec top-paire un bluffbet de la part d'un tirage raté),
et peut également être utilisé avec des mains très fortes si l'on
considère que l'adversaire ne va pas payer une mise au turn (ou bien
déjà au flop).
Une mauvaise application a déjà
été illustrée dans l'exemple 2. Le pot était trop petit et trop de
tirages auraient encore payé. Cependant l'intention n'était pas
mauvaise, car Villain aurait pu miser à la river avec un tirage raté.
Mais c'est généralement plus indiqué dans des plus gros pots. Nous ne
devrions pas oublier notre objectif : le tapis de l'adversaire !
Exemple 5
PartyPoker $25 NL Hold'em (6 handed)
Stacks & Stats
MP ($25)
CO ($25)
UTG ($25)
BB ($25)
SB ($25)
Hero ($25)
Preflop: Hero is Button with A

2 folds, CO raises to $1.00, Hero raises to $3.50, 2 folds, CO calls $3.50
Flop: ($7.35) 3


CO checks, Hero bets $5.50, CO calls $5.50
Turn: ($18.35) A
CO checks, Hero checks
River: ($18.35) 5
CO bets $14.50, Hero raises All-in ($17.00)
Pas
la peine de nous intéresser plus en détail à la main de Villain. Une
chose est claire : il s'agira suffisamment souvent d'un bluff ! Nous
avons montré que l'As au turn ne nous plaît pas et avec notre
check/behind nous avons signalé le fait que nous voulions aller à
l'abattage à moindre coût.
Nous avons entrepris un slowplay au turn du fait que :
- Villain peut tout à fait être sur un tirage couleur et toucher la seconde meilleure main à la river.
- Villain tire mort. Nous n'avons donc pas besoin de protéger.
- Un
bet au turn amènerait presque toutes les mains inférieures à se
coucher. Un tirage couleur ne peut pas payer de façon profitable. - Même
si Villain ne touche pas ou s'il a une main faible, il va de temps en
temps bluffer sur la river et se retrouver pot commited en cas de bet
avec une main marginale.
Étant donné que Hero a la position et que son
tapis est inférieur à la taille du pot, il pourra miser pour la value
sur la river si jamais son plan venait à échouer (Qx va sans doute
payer plus souvent que si Hero avait misé directement avec l'As du turn).
| » EN RÉSUMÉ |
|
Nous
Après une brève introduction théorique, |