Mis à jour le 13 Mar 26 par

Trois étapes pour la prise de décision

Introduction

par Thorsten77

La plupart des questions que posent
les débutants sont d'ordre relativement général : "Comment doit-je jouer une overpair sur le flop ?"
ou bien encore "Est-ce que je devrais plutôt relancer ou jouer
check/call avec un tirage couleur ?". Et la réponse
standard à ce genre de question est le plus souvent : "Cela dépend de la situation."

Le dilemme lorsque l’on enseigne le
poker, c’est que l’on essaye de faire au plus simple et de donner
aux débutants des règles de conduite qui s’appliquent
à la plupart des situations. C’est le cas
par exemple avec
la SHC ou encore la règle du "Call-15". Ce faisant, on perd souvent de vue
l’essentiel : Quelles réflexions dois-je mener pour prendre
la bonne décision dans une situation donnée ?


Dans cette colonne, je vous
présente trois étapes de réflexion simples que
l’on devrait suivre pour chaque prise de décision. Bien sûr,
il est nécessaire d’avoir quelques connaissances préalables,
comme par exemple le jeu basé sur la cote du pot et des outs,
et avoir une idée de la façon dont l'adversaire va
généralement réagir face à telle ou telle action avec telle ou telle main. On connaît
déjà la plupart du temps les principes de base et la
lecture de l’adversaire s’améliore avec l’expérience. Mais si vous respectez de surcrois les trois étapes présentées
dans ce qui suit, vous prendrez certainement de bien meilleures
décisions.

 

Les trois étapes

1. Evaluer l'éventail de
main adverse

Notre objectif est bien entendu de
jouer au poker de manière profitable et une condition est bien
entendu de gagner des pots. Cependant, beaucoup de débutants
font l’erreur de ne considérer que leur propre main.

Un exemple: Hero a 22 au big blind et
bénéficie d'un freeplay. Avant lui, 5 joueurs se sont
contentés de suivre. Le flop : 5, 4 et 2. Hero a un set, mise à hauteur du pot,
sur quoi il est suivi par 3 adversaires. Sur le turn tombe le 6. Beaucoup de joueurs ne prennent que leur set en
compte et continuent à miser – pour ma part, je
considérerais dans cette situation que je suis déjà
battu. Un value bet n’entrerait plus en ligne de compte pour moi.


Nous devons prendre conscience du
fait que la valeur absolue de notre main (dans l’exemple ci-dessus,
nous avons un set, main forte s'il en est)
n’a aucune importance. Cela ne nous apporte rien d’avoir un full,
si notre adversaire a un carré. Nous avons alors certes une main
forte, mais seulement la deuxième meilleure main et nous
perdons le pot. A l'inverse, 22 sur un tableau présentant 5 overcards serait loin d'être une bonne main – et cependant nous
pourrions encore l'emporter à l'abattage, à partir du moment où l’adversaire
n’a pas de main faite.


Ce qui est important, c’est la
valeur relative de notre main: c’est-à-dire la valeur de
notre main par rapport à celle de notre adversaire. Pour cela,
nous devons estimer l'éventail de mains de notre adversaire. Reprenons donc l’exemple précédent et réfléchissons
aux mains avec lesquelles les adversaires pourraient jouer ainsi contre nous.

Tous les adversaires ont suivi avant
le flop. La plupart du temps, ils ont des petites paires servies,
des connecteurs assorties, un As assorti; les joueurs en fin de
parole ont une assez bonne cote du pot et peuvent donc suivre
facilement avec des connecteurs ou deux cartes assorties en espérant
un bon flop.


Sur le flop, nous faisons preuve
de beaucoup de force : nous misons à hauteur du pot face
à 5 adversaires (en fait, nous aurions déjà dû
suivre les trois étapes avant de prendre cette décision;
cependant ici, pour les besoins de l'explication, nous partons
du principe que nous l’avons fait et que nous sommes arrivés
à la conclusion qu’une mise est la meilleure solution).
Malgré cette mise importante, 3 joueurs nous suivent. Avec quoi
peut-on ici suivre une mise à hauteur du pot ? Pour ma part un
3, 76 ou un tirage couleur me semblent très probables.
Certains adversaires suivent ici avec un gutshot
(87) ou Ax.
Il est aussi possible, même si c’est très
mal joué, que quelqu’un suive avec une pocket paire
supérieure à 55 ou avec un set.

 

 

2. Comparaison de notre main avec
l'éventail adverse

La seconde étape consiste à
déterminer la valeur relative de notre main. Nous savons
exactement où nous en sommes : Avec notre 22, nous avons
le set le plus bas. Mais qu’est-ce que peuvent bien avoir nos
adversaires ? Observons les différentes mains qui
composent l'éventail adverse et voyons ce que le turn (6) a bien pu leur apporter :

  • 3x
    (probable): Avec le 3, la quinte a été complétée
    – nous sommes derrière.

  • 76
    (probable): 76 a un tirage quinte bilatéral et a touché
    top-paire – nous sommes en tête.

  • xy (probable): Les deux carreaux ont touché la couleur –
    nous sommes derrière.

  • 87
    (moins probable): 87 a complété sa quinte – nous
    sommes derrière.

  • 66+
    (moins probable): 66 obtient le meilleur brelan, face auquel nous
    perdons, 77+ a une overpair, face à laquelle nous sommes en tête.

  • 44,55 (moins probable): 44 et 55
    ont un meilleur set dès le flop – nous sommes derrière.


Lorsque l'on examine l'éventail
il faut bien faire attention au fait que chaque catégorie de
mains est composée d'un nombre total de mains possibles
différent. Il y a par exemple 12 combinaisons possibles pour
la main « 76 », tandis que pour la main xy , il
y a beaucoup plus de possibilités.

 

3. Déterminer la meilleure
action face aux différentes mains de l’éventail
adverse.

En dernier lieu nous réfléchissons
à la meilleure action possible face à chacune des mains
qui composent l'éventail adverse. Dans la situation actuelle,
il convient de constater que nous sommes derrière face à
la plupart des mains. Il n’est alors pas envisageable de
miser pour la value. Il pourrait cependant être profitable de
miser contre d'autres mains contre lesquelles nous sommes encore en
tête ou bien pour bluffer un adversaire avec une main marginale
bien que supérieure à la nôtre à ce stade
du coup. Considérons en détail les mains potentielles
de notre adversaire :

  • Couleur
    (xy ): Une couleur est ici la
    meilleure main. Même si nous faisons une grosse mise, une
    couleur va sûrement relancer, voire se contenter de suivre.

  • Quinte
    (3x, 87): Une quinte est une main forte, mais sur ce tableau elle
    doit craindre une couleur. Cependant, je pense que nous pouvons être
    sûrs d’être suivis par le joueur avec la quinte.

  • Brelan
    (44, 55, 66): Un joueur avec un set est conscient du danger que
    représentent aussi bien la quinte que la couleur. Si
    cependant un 2,4,5 viennent à paraître sur la river, le
    brelan devient un full et bat ces mains. C’est pourquoi les
    brelans auront ici tendance à suive.

  • Overpair
    (77+): Une overpair se sent nécessairement en mauvaise
    posture sur ce tableau. Si nous faisons une mise importante, le
    joueur abandonnera sûrement sa main.

  • Top-paire + tirage quinte
    bilatéral (76): Comme dans le cas ci-dessus, la top-paire ne
    vaut pas grand chose. De plus, le tirage quinte a perdu de sa valeur
    du fait de la possibilité d’une couleur. Cette main aura
    aussi plutôt tendance à abandonner face à une
    mise importante.


Nous voyons donc que nous pouvons
certes pousser les adversaires que nous battons (76,77+), à
abandonner, mais que les mains qui nous battent auront plutôt
tendance à nous suivre voire même à relancer
notre mise. De plus, avec autant de joueurs dans le pot, il est
presque sûr et certain que quelqu’un a une quinte ou une
couleur. Une mise est donc ici la plus mauvaise option. Par ailleurs,
face à toutes les mains autres que 44-66 nous avons encore 10
outs pour obtenir un full. 44-66 sont les mains de les moins
probables de l'éventail (les joueurs ayant ces mains ont
plutôt tendance à relancer dès le flop, car ils
doivent les protéger). Ce sont de plus des mains fortes dont
ils auront du mal à se séparer – notre cote implicite
si nous touchons notre full est donc favorable. Par conséquent,
la meilleure action dans la situation actuelle est de checker et de
suivre une mise normale. Si cependant la somme à payer est
trop élevée (par exemple mise à hauteur du pot
suivie d'une sur-relance à 3 fois), nous devons alors jeter
notre brelan, car nous n’avons plus la cote du pot nécessaire.

 

 

Conclusion

L’exemple peut sembler bien
compliqué : Nous avons de nombreux adversaires, l'éventail
de mains est large et par conséquent nous devons prendre en compte un
nombre important d’éléments différents.
Cependant, à force de vous entraîner, vous pourrez
prendre ces décisions les yeux fermés et vous réussirez
à parcourir ces trois étapes de réflexion de
plus en plus vite. De plus, il y a plein de situations qui sont
beaucoup plus faciles à estimer (si par exemple un joueur
solide de PokerStrategy relance depuis UTG, alors son éventail
sera relativement serré).


L’avantage avec ces réflexions,
c’est que vous ne prenez plus de « décisions
standard », mais qu’au contraire vous agissez de la meilleure façon possible dans une situation donnée. Vous économisez
d'une part beaucoup d’argent en ne poussant plus votre tapis au
milieu en étant outsider. Vous gagnez d'autre part beaucoup
d’argent, car vous faites de bons valuebets. Si, par
exemple, vous avez les nuts et que votre adversaire a les deuxièmes
meilleures nuts, vous pouvez faire tapis, même si cela
représente un gros overbet. Il vous suivra bien assez souvent.
Si vous pensez cependant qu’il a seulement une top-paire, vous
pouvez faire une petite mise pour la value, qu’il suivra la plupart
du temps. Mieux vous évaluez l'éventail de votre
adversaire, plus vous pouvez jouer de manière profitable
contre lui.


La semaine prochaine, nous
approcherons le sujet de manière plus concrète : nous appliquerons les trois étapes de réflexion à
chacun des stades du déroulement du coup en prenant des
exemples particuliers. D’ici là, essayez d’utiliser ce
système aux tables – bonne chance!