Le claquement du plastique sur du plastique. De la lumière au-dessus de nos têtes pour bien éclairer des visages ludiques, rouges ou mélancoliques. Raise, bet, call. Raise, check, fold. Dans le désordre, la voix des joueurs se font musique pendant que certains se racontent des histoires. Un homme avec le milieu des yeux tellement noir que sa femme est à ses côtés pour lui nommer l’histoire qui se déroule sur le tapis. C’est la loi, j’ai le droit d’être ici, qu’elle me dit. C’est parce qu’il ne voit plus rien au centre de ses yeux, c’est la loi, j’ai le droit de rester.
Raise, bet, call. Raise, check, fold avec ce claquement de plastique qui ne s’arrête jamais, c’est ça la musique de fond.
Ça sent la sauce bolognaise, et le café te laisse un goût de carton sur la langue, que même la vodka ne peut pas effacer. C’est parce qu’il est fait de sirop, qu’un monsieur me dit. C’est un sirop à base de semelle pour serpent et de bosse de chameau. Ça tient réveillé et ça ne coûte pas cher. Joue, allez, joue. C’est à ton tour. Les histoires, c’est quand tu couches ta main.
Raise, bet, call. Raise, check, fold. Certains passent à la table, presque des enfants, qui n’ont jamais même joué à la guerre. Leur visage coule de l’eau salé, plus sale encore que la mer morte, c’est leur tirelire qui coule sous leurs yeux. Des silencieux qui passent en coup de vent, ou comme des torrents, c’est selon la chance. Des arrogants qui rient, insultent tout le monde et personne. Ils souhaitent à voix haute que ton chien et toi meurent du cancer, et que ta famille brûle dans un immense feu de forêt. Il y a les saoulons, les agressifs, les ludiques et les dépressifs. Les hommes d’affaires qui ne restent jamais longtemps et parfois une femme ou deux qui se sont égarées.
Raise, bet, call. Raise, check, fold. Il y avait cette femme une fois, qui complimentait mon sourire. Une étoile, le cosmos, le vent, la terre, un jardin, ou je ne sais pas quoi qu’elle disait.
-Ton sourire, c’était quelque chose comme ça. Mon frère avait la même chose dans son sourire. Il était beau, il avait tout pour lui. Une dizaine de dépanneurs à travers le pays, et toutes les femmes craquaient pour ses mains, mais lui c’était les hommes qu’il aimait. Vraiment, il avait tout pour lui. Une corde autour de son cou et son corps accroché au plafond, je ne sais pas pourquoi, parce que vraiment, il avait tout pour lui. Ton sourire, avec ton sourire ça aurait peut-être été différent. Je te trouve beau, tu lui ressembles beaucoup. Ton sourire surtout. Tu ressembles à mon frère.
Raise, bet, call. Raise, bet, fold. La musique fait son chemin, et ne s’arrête pas. Les tables changent, mais ne dorment jamais.
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Je suis un peu perdu sur cette main
