Slowplay
Avant propos
J'essaierai dans cet article de vous faire vous rapprocher du secret du « slowplay ». Ce que l'on entend exactement par là, je vous l'explique dans la foulée. Comme on le sait déjà, les décisions au poker dépendent de la situation, et il en va de même du slowplay. Il n'a pas de règles absolues. C'est pourquoi j'illustrerai mon propos par de nombreux exemples.
Ce sont presque toujours les débutants qui commettent cette erreur qui consiste à sous-jouer leurs mains et perdent ainsi beaucoup d'argent. Dans certains cas il n'est cependant pas mauvais du tout de sous-jouer sa main, surtout au
Hold'em No-Limit où c'est le tapis entier qui est en jeu.
Quand est-il possible de jouer en mode slowplay ? C'est que vous comprendrez si vous parvenez à la fin de cet article !
Qu'est-ce que le Slowplay ?
Définition :
Slowpay - Se contenter dans un premier temps de checker et de suivre, donc jouer passivement, avec de fortes mains.
Il ne doit cependant pas y avoir ici de malentendu :
Le slowplay permet d'augmenter les gains grâce à des profits « implicites » sur les tours d'enchères suivants. On se contente dans un premier temps d'une espérance de gain plus faible, afin de pouvoir maximiser par la suite la taille moyenne du pot grâce aux gains implicites.
Le slowplay va à l'encontre d'un principe de base du style serré-agressif ou encore loose-agressif. Plus précisément contre le principe de la protection, par lequel on essaie de jouer de façon agressive afin de chasser les adversaires du pot. Mais il arrive que notre main soit tellement forte qu'elle ne nécessite aucune protection et c'est justement dans ces cas là que le slowplay entre en scène.
En marge du slowplay, qui intervient post-flop, existe le slowplay des grosses mains préflop. Je ne vois cependant pas d'obligation de sous-jouer préflop en cash-game No Limit, et je me contenterai donc dans cet article de traiter du slowplay post-flop.
Quel est l'intérêt du slowplay ?
Le slowplay en No Limit possède un avantage décisif.
A travers un jeu passif, on donne à l'adversaire la possibilité de voir la carte suivante pour une somme réduite (autrement dit, on ne lui donne pas la possibilité de se coucher). Si l'on joue agressif et augmente la mise l'adversaire jettera sa main à la première occasion. Dans la majorité des cas son fold est donc correct. Ce que l'on veut c'est que l'adversaire commette des erreurs, plus précisément :
On espère que la main de l'adversaire s'améliore, mais insuffisamment pour battre la notre, et pouvoir ainsi lui soutirer plus d'argent du fait qu'il ne pourra alors plus se défaire de sa main.
L'important dans cette formulation, c'est que notre main doit encore battre la main de l'adversaire même améliorée. Si tel n'est pas le cas, alors on a commis une erreur en donnant à l'adversaire une opportunité de tirage pour une meilleure main.
De plus, par un jeu passif, on donne laisse la possibilité à l'adversaire de bluffer puisqu'il pense vraisemblablement qu'il pourra chasser son adversaire du coup au moyen d'une grosse enchère, puisque celui-ci a montré de la faiblesse.
Cette méthode peut tout simplement conduire au gain du tapis adverse, et augmente la chance d'être bien payé par les mains faibles après amélioration, ce qui représente d'une manière ou d'une autre une maximisation des gains.
Comme déjà évoqué, la question de savoir si un slowplay se justifie dépend essentiellement de l'adversaire et de la situation. Il n'y a pas de règle pour le slowplay. C'est pourquoi je vais maintenant présenter un certains nombre d'exemples afin d'essayer de vous faire sentir les choses.
Il y quelques semaines de ça j'ai joué une main qui ressemblait à peu près à ça :
UTG ($102.64)
CO ($110.40)
Button ($88.94)
Hero ($96.90)
BB ($102.50)
Preflop: Hero is SB with A

UTG raises to $3.00, 2 folds, Hero raises to $8.50, 1 folds, UTG calls $6.00.
Flop: ($19.00) 7


Hero bets $19.00, UTG calls $19.00.
Turn: ($57.00) 5
Hero bets $35.00, UTG calls $35.00.
River: ($127.00) 8
Hero checks, UTG bets $35.00, Hero all-in ($34.4).
Cette main n'est en aucune façon parfaite. Sur le turn j'ai du décider si je devais continuer ou non. J'aurais pu de fait me mettre directement all-in sur le turn, étant donné que j'étais déjà impliqué dans le pot (en une mise la moitié de mon tapis passe dans le pot) ou bien jouer check/fold. C'est sans doute cette dernière alternative que je choisirais si je pouvais revenir en arrière. Mais indépendamment du fait que ce coup ait été ou non bien joué de ma part :
Mon adversaire m'a montré A







Et comme déjà évoqué, il s'agit avec le slowplay de maximiser les gains. C'est la seule raison valable pour l'utiliser, à part peut-être d'autres aspects tels que la déception mais qui ne doivent pas être pris en compte aux limites basses.
Slowplay - le tableau ainsi que sa propre main
La première question à se poser lorsqu'on envisage un slowplay est la suivante :
Ma main est-elle si forte, que je peux me permettre d'accorder une carte gratuite ?
Si la réponse est « non » alors il vaut mieux oublier le slowplay tout de suite !
Dans le cas contraire, la question que l'on doit se poser quand on a une main qui ne nécessite aucune protection est la suivante : Comment obtenir le plus d'argent dans le pot ? (le slowplay peut alors bien entendu être envisagé)
La force de sa propre main est bien évidemment directement liée à la texture du tableau. Avec un tableau rainbow non connecté (ragged, composé de cartes quelconques) il n'est pas très dangereux de donner des cartes gratuites ou à moindre coût. Je voudrais d'ailleurs en profiter, même si ce n'est pas l'objet de cette partie, pour rappeler quele nombre d'adversaires joue également un rôle ce que je vais illustrer par un exemple.
Ainsi une overpair sur le flop contre un adversaire est presque une monster hand. Par contre, si l'on passe à sept adversaires, on perd de facon consequente en equity et il ne sera pas rare d'être déjà battu sur le flop.
Souvent on fera mieux de ne pas sous-jouer avec double paire, quinte ou sets, même si ces mains au premier abord semblent très fortes.
Preflop: Hero is MP+3 with A

UTG+1 calls $1, UTG+2 calls $1, 1 fold, MP1 calls $1, 1 fold, Hero calls $1, 3 folds, BB checks.
Flop: ($5.5) 9


BB checks, UTG+1 checks, UTG+2 checks, MP1 bets $3, Hero ???
Ce n'est vraiment pas le bon moment pour un slowplay. On possède probablement la meilleure main mais il faut relancer afin de se protéger des tirages couleur ou quinte. Une relance à 12$ semble ici appropriée. En se contentant de suivre on donnerait une bonne cote aux joueurs concernés. Une double paire est souvent trop fragile pour être sous-jouée, même quand il y n'y a pas de tirage couleur. Si un 9 venait à tomber sur le turn, ou bien encore une autre carte supérieure au 6 qui donnerait ensuite en une paire sur la river, notre double paire n'aurait alors plus aucune valeur.
Avec les quintes se pose le même problème. Si une paire apparaît sur le tableau alors qu'on a une quinte, cela peut nous coûter très cher si l'adversaire détient un full. De plus les quintes étant vulnérables face aux couleurs elles ne devraient en général pas être sous-jouées.
Voici deux exemples qui illustrent l'importance de la texture du tableau en fonction de sa propre main :
Preflop: Hero is UTG+1 with 8

1 folds, Hero calls $1, 1 folds, MP1 calls $1, MP2 calls $1, 4 folds, BB checks.
Flop: ($4.5) 9


BB checks, Hero ???
Hero mise !
Ce n'est vraiment pas le bon moment pour un slowplay. On ne peut en aucun cas se permettre d'accorder une carte gratuite sur ce type de tableau. Ce serait catastrophique. De nombreuses cartes peuvent se révéler fatales pour Hero, et si un adversaire possédait un tirage couleur backdoor, touchait un tirage couleur sur le turn et suivait, Hero pourrait devoir abandonner sur la river un pot et ce contre une main qui aurait été couchée sur le flop contre une simple enchère.
Il faut bien sûr faire payer les tirages couleur et quinte sur le flop. Une mise à hauteur du pot de 4.5$ semble ici appropriée.
Exemple suivant :
Preflop: Hero is UTG+1 with 8

1 folds, Hero calls, 1 folds, MP1 calls, MP2 calls, 4 folds, BB checks.
Flop: ($4.5) K


BB checks, Hero ...
La situation est ici totalement différente ! Hero pourrait tout à fait accorder une carte gratuite afin d'obtenir ensuite des gains plus élevés. Le fait de savoir si c'est vraiment ce qu'il devrait faire ou s'il devrait plutôt jouer de sans détours et miser directement, dépend de facteurs supplémentaires qui seront abordés dans le chapitre suivant.
Mais en théorie ce tableau est adapté au slowplay étant donné que le set n'a pour ainsi dire pas besoin d'être protégé.
Slowplay - les adversaires
Et tout d'abord un exemple :
Nous possédons les données suivantes concernant notre adversaire :
VPIP / PFR / AF / WSD
50 / 5 / 2 / 40
Les deux tapis sont de tailles égales (100$).
Preflop: Hero is MP+3 with 8

Hero raises to $3.00, 3 folds, BB calls $2.00.
Flop: ($6.50) 8


BB checks, Hero…
Hero mise !
Il faut ici miser. A première vue une carte gratuite pour notre adversaire ne nous préoccupe pas plus que ça. A cet instant du coup notre main n'a pas spécialement besoin d'être protégée. Le tableau n'est pas particulièrement menacant. Un 


Le plus important reste qu'à priori l'adversaire paiera de toute façon une mise.
Ceci permet permet de tirer certaines conclusions quant au type d'adversaire contre lequel utliser le slowplay. Comme on l'a vu plus haut, l'adversaire possède un Went-to-Showdown de 40. Au No Limit, c'est énorme. D'après mon expérience, cette valeur pour un bon joueur se situe entre 16 et 22, mais en aucun cas à 40. Même si le tableau ne présente pas de possibilités de tirages, il suivra vraisemblablement avec toute paire, voir même avec As carte haute.
Si la probabilité que l'adversaire suive est élevée, alors il ne faut pas sous jouer.
C'est souvent le cas avec les fish au WSD élevé
La crainte à laquelle répond le slowplay, c'est que l'adversaire couche sa main contre une ouverture ou une relance. Cette crainte est beaucoup moins fondée avec les fish qu'avec les TAG.
Deux arguments en défaveur du slowplay viennent d'être évoqués. Ceux-ci ne sont cependant encore pas suffisant, étant donné que même des fish avec un WSD de 40 ne vont pas suivre avec tout, et que la probabilité d'un tirage couleur backdoor est faible...
Le plus grave, c'est que dans cette situation un check apparaîtra plus que suspect.
Ce tableau est parfait pour un continuation bet. Même un fish se demandera certainement pourquoi son adversaire checke sur un tel tableau aprés avoir relancé préflop. Et un joueur averti en vaut deux, ce qui réduit les gains possibles sur les tours suivants étant donné que si l'adversaire nous met sur une grosse main, il sera plus réticent à payer par la suite.
Résumé
Les deux questions à se poser avant de se décider pour un slowplay sont donc les suivantes :
1. Est-ce que ma main est si forte que je peux me permettre de donner une carte gratuite ?
2. Est-ce que mes adversaires risquent de se coucher si je mise ?
Si la réponse à ces deux question est oui, alors on peut se lancer dans un slowplay.
Illustration à l'aide d'exemples
Cette partie présente des situations concrètes que je vais analyser et expliquer. Comme souvent au poker, il n'existe pas de formule magique et les facteurs qui interviennent sont trop nombreux pour pouvoir généraliser. C'est pourquoi des exemples concrets sont si utiles pour l'apprentissage.
Exemple 1
Les deux adversaires ont des tapis équivalents et BB est un LAG.
Preflop: Hero is MP+3 with 9

Hero raises to $3.00, 3 folds, BB calls $2.00.
Flop: ($6.50) 9


BB checks, Hero bets $4.00, BB raises to $12.00, Hero …
Hero calls !
Examinons notre main au regard du tableau. Ce devrait toujours être la première étape lorsque l'on envisage un slowplay. Le tableau est particulièrement peu dangereux. On a la gagne face à presque toutes les mains et celle-ci n'ont qu'entre 2 et 4 outs - c'est vraiment très, très peu. Notre main est donc très, très forte sur ce tableau. Sur le turn apparaîtrons très certainement d'autres possibilités de tirage, mais on est sur le flop. La main la plus probable pour le BB est ici top paire. Contre la quasi totalité des mains possibles de BB nous sommes archi-favori. D'après Pokerstove notre equity se trouve à 97 %, un rêve. Une autre possiblité est que BB soit sur un bluff. Bref, venons-en au fait :
On doit se contenter de suivre ici que pour ne pas effaroucher une simple paire et lui soutirer ainsi une nouvelle mise sur le turn. C'est en général ce à quoi on parviendra. Face à une relance l'adversaire pourrait bien coucher une top paire accompagnée d'un mauvais kicker, avec laquelle il s'apprête selon toute vraisemblance à miser de nouveau sur le turn. S'il s'agit d'un bluff, il se couchera de toute façon, et s'il possède 22 il aura de toute façon perdu son tapis d'ici la fin de la main.
Exemple 2
MP+3 ($120.12)
Hero ($95.72)
Preflop: Hero is BB with A

MP+3 raises to $3.00, 3 folds, Hero calls $2.00.
Flop: ($6.50) T


Hero checks, MP+3 bets $5, Hero …
Hero raises!
Quiconque envisage ici un slowplay n'a rein compris à l'article et doit reprendre depuis le début. Avant tout, le tableau est très dangereux. Il faut à tout prix se protéger contre les tirages couleurs. Ensuite, la main est loin d'être aussi forte qu'elle peut le sembler. On peut déjà se trouver derrière face à un set, une quinte ou une couleur. Une relance à 17 $ - 20 $ semble ici adéquate. Et si l'on est confronté à une forte contre-attaque de la part de l'adversaire on pourra même, en fonction de l'adversaire, songer à coucher sa main.
Exemple 3
BB ($150.53)
Hero ($100.00)
Button ($80.90)
Preflop: Hero is MP+3 with 7

Hero to $3.00, 3 folds, BB calls $2.00
Flop: ($6.50) 7


BB bets $4, Hero …
a) Nous avons un read du BB. C'est un bon joueur, qui maîtrise les concepts de cotes et outs, et ouvre fréquemment au moyen d'un donk bet avec un tirage couleur sur le flop. De plus, il sait que nous sommes un bon joueur.
Dans ce cas on devrait se contener de payer sur le flop, en espérant que l'adversaire touche sa couleur et ainsi pouvoir lui soutirer plus d'argent. Une forte relance l'effaroucherait très certainement. S'il possède une paire ou un brelan de Valets, il misera de nouveau sur le turn. Suite à une relance il coucherait certainement une paire telle que 99 ou TT, même s'il s#agit d'une relance minimum. Si l'on relance au minimum, à savoir à 8 $, l'adversaire obtient une cote de 4:18.5, soit 1:4.6. Son tirage couleur est outsider à 1:4. La cote serait donc suffisante pour un call. Mais puisque l'on sait que BB est un bon joueur, on sait qu'il va se demander pourquoi on se contente de relancer au minimum. Avec une overpair cela n'aurait aucun sens puisque l'on veut se protéger des tirages couleur. Il est évident qu'il se voit offrir la cote suffisante. De plus le tableau est pairé, et le tirage couleur de BB est probablement faible. Il pourrait d'une part coucher sa main face à un raise minimum, mais cela réduirait également les futurs gains possibles, étant donné qu'un tel raise semble suspect.
On devrait donc au final suivre plutôt que relancer, étant donné qu'on pourrait très bien suivre avec seulement 2 overcards.
b) Dans ce cas BB est un joueur médiocre, qui voit beaucoup trop de flops et va beaucoup trop souvent à l'abattage. Il ouvre également volontier avecun donk bet lorsqu'il a un tirage couleur, et ne s'en débarrasse que très rarement. Il veut à tout prix voir la rivière.
Il s'agit ici d'une toute autre histoire. Si on relance, l'adversaire va probablement payer. Pourquoi alors se contenter de suivre alors que l'on a la possibilité de faire grossir le pot ?
Si l'on relance au minimum dans l'exemple a) et que l'adversaire paye, il comment une erreur. Si dans cet exemple on relance gros et que l'adversaire paye, il comment également une erreur- et cette fois bien plus grosse !
L'objectif avec de grosses mains et d'obtenir le plus de value possible.
Dans ce cas, c'est lorsque l'adversaire commet la plus grosse erreur que l'on obtient le plus de value. Il existe cependant d'autres cas où l'adversaire joue correctement et où l'on obtient quand-même la value maximum, comme par exemple seconde nuts contre nuts.
Dans b) on devrait définitivement relancer, étant donné que l'adversaire paiera selon toute vraisemblance. Le pot grossit et on peut ensuite miser encore plus sur le turn, et donc gagner encore plus. On gagnera ainsi beaucoup, même si le tirage de l'adversaire ne se concrétise pas.
Cet exemple montre encore une fois à quel point il est important de savoir à que type d'adversaire on a affaire.
Exemple 4
Tous les adversaires ont des tapis équivalents.
Preflop: Hero is MP+2 with 9

MP+1 calls $1, Hero calls $1, 2 folds, BU calls $1, SB calls $0.5, BB checks.
Flop: ($5) 7


SB checks, BB checks, MP+1 bets $3, Hero…
Hero raises!
Ici on ne devrait en aucun cas sous jouer. Même si la main semble très forte, cela reste une couleur faible, qui peut être battue par de nombreuses autres couleurs - et c'est justement contre ces couleurs qu'il faut se protéger. Un call serait ici fatal. Des 

En conclusion, il faut dire que le slowplay est un outil qui peut s'avérer très utile dans l'arsenal d'un joueur. Il faut cependant toujours évaluer sa main en fonction du tableau, et ne jamais oublier que la plupart du temps il vaudra mieux miser ou relancer et ne pas donner à l'adversaire d'autre alternative qu'un call injustifié.