Mis à jour le 13 Mar 26 par

Éléments de réflexion - La théorie du delay

Introduction

À la base, cette stratégie s'applique uniquement à des situations heads-up, dans lesquelles le SB a le
bouton, alors qu'on est soi-même au BB. Le SB doit de plus être
agressif post-flop. Face à un raise de SB, on se contente d'un call
avec de nombreuses mains qui auraient pourtant l'equity suffisante pour
un 3-bet.

Pourquoi ne fait-on pas de 3-bet ? La raison en est la
suivante : puisque SB est agressif, il va miser au flop dans 99.9%
des cas suite à un chek de notre part. On peut alors, en fonction du flop,
soit faire un check/raise avec nos bonnes mains, soit coucher nos mauvaises
mains. Nous pouvons donc abandonner nos mains faibles à moindre coût et
de façon élégante, et avec nos bonnes mains nous obtenons au
moins autant de value qu'avec 3-bet préflop, bet flop.

Inconvénient de cette stratégie

Un cap préflop n'est plus possible. Or c'est exactement ce que vous
voulez quand vous avez de très bonnes mains. Si vous avez par exemple
QQ au BB face à un raise du BU, l'idéal est bien évidemment un 3-bet de
votre part suivi d'un cap adverse. Vous avez en effet encore
l'avantage, même contre l'éventail de cap de l'adversaire.
C'est
pourquoi vous devriez absolument faire un 3-bet préflop avec toutes les
mains qui ont encre un edge même en cas de cap adverse.

En me basant sur ces principes, j'ai développé une théorie étendue, que j'appelle théorie du delay (to delay = retarder, différer).

L'idée
de base : beaucoup d'adversaires jouent les situations de heads-up de
façon mécanique lorsqu'ils ont l'initiative. S'ils sont les agresseurs
préflop et qu'on checke avant eux, alors ils misent toujours. On peut
alors exploiter ce mécanisme : un adversaire qui mise systématiquement n'a
pas la possibilité d'utiliser l'information qui lui est offerte au
flop. C'est comme s'il jouait "en aveugle", c'est-à-dire comme s'il
misait sans voir le flop. Il joue suivant ce qu'on appelle une Fixed Betting Sequence (séquence de mise établie/systématique) ou FBS.

Si
nous savons que l'adversaire joue une FBS dans une situation donnée,
alors on peut attendre la fin de sa FBS pour décider comment
poursuivre avec une main jouable. Ceci représente un énorme avantage
d'information - nous savons en effet à l'avance comment l'adversaire va
jouer une bonne partie de la main. à savoir conformément à sa FBS.
C'est au moins aussi important que d'avoir la position sur l'adversaire.

Il y a au moins deux exceptions :

  • Les très fortes mains avec lesquelles nous aimerions que l'adversaire sorte de sa FBS pour nous donner davantage d'action.
  • Les séquences de semi-bluff conformément à l'article sur le weak spot.

Avec des mains moyennement fortes, on aimerait pouvoir exploiter au maximum les FBS de Villain grâce à la théorie du delay. La condition est bien entendu d'être en heads-up au flop.

Les deux maximes de la théorie du delay sont :
1. Jouer (surtout préflop) de sorte à faire tomber l'adversaire dans sa FBS.
2. Attendre la fin de la FBS avant de tenter un move.

Exemple

Vous connaissez tous l'exemple suivant : vous êtes au BU et relancez
avec K3s. Le BB fait un 3-bet. Le flop est KT2. L'adversaire est un LAG
SH typique. Il mise au flop. Vous êtes pratiquement certain qu'il va miser de
nouveau au turn si vous vous contentez d'un call. L'adversaire a
donc une FBS : 3-bet préflop, bet flop, bet turn. Vous attendez la fin
de sa FBS, c'est-à-dire jusqu'au turn, avant de le relancer.

L'idée
suivante devrait cependant être nouvelle pour vous : vous pouvez jouer
dans cette situation de la même façon avec une killer hand telle que
AA. Vous vous contentez de payer son 3-bet préflop, payez son bet flop
et relancez son bet turn. Vous l'amenez ainsi à investir au moins 6 SB
dans la main.

Conformément à la théorie du delay, vous joueriez dans cette situation toutes les mains jouables
de façon identique jusqu'au turn. Suivant la théorie du delay on veut
en effet provoquer une FBS chez l'adversaire et l'exploiter au maximum.

Utilisation pratique

La théorie du delay contre des adversaires semi-loose agressifs :
Prérequis :

  • Le pot sera forcément heads-up à partir du flop
  • Votre main n'est pas à ce point forte que vous préférez un cap préflop.
  • Après un raise préflop l'adversaire mise systématiquement au flop

Vous devriez alors :
- Vous contenter de payer les raises et 3-bets adverses.
- Jouer soit check/fold ou check/raise flop, bet turn lorsque vous êtes OOP au flop.
- Jouer fold flop ou call flop, raise turn lorsque vous êtes IP
(éventuellement fold turn en cas de carte trop défavorable).

Autres réflexions

La théorie du delay peut être étendue en se basant sur la
généralisation de la théorie des FBS. Il s'agit d'essayer de trouver
des FBS dans le jeu adverse et de les exploiter au maximum. La théorie du delay est
seulement un cas particulier, qui consiste à rester passif et à laisser
l'initiative à l'adversaire jusqu'à un certain point. Il y a cependant
des adversaires qui réagissent suivant une séquence précise en cas
d'agression, ce qui peut là encore tourner à notre avantage. Beaucoup
de joueurs ont tendance à passer en mode "cap or fold" au flop en heads-up,
c'est-à-dire qu'ils se couchent directement ou à l'inverse sont prêts à
capper dès le flop. C'est seulement au turn qu'ils deviennent passifs.
Contre de tels adversaires on devrait naturellement jouer ses bonnes
mains agressivement dès le flop afin de leur soutirer 2 SB supplémentaires.