Mis à jour le 13 Mar 26 par

Types d'adversaires : Statistiques shorthanded - Recommandations Small Stakes

Introduction

Dans cet article

  • Les statistiques importantes pour le shorthanded
  • Recommandations pour votre jeu
  • Il faut savoir interpréter les statistiques

Les logiciels de tracking tels que PokerTracker ou
le PokerStrategy Elephant enregistrent toutes les données importantes
d'une session. On obtient donc d'une part, un aperçu de ses gains et
pertes, et d'autre part, une base de donnée
permettant une analyse empirique de son propre jeu. On a ainsi la
possibilité de détecter des leaks en comparant ses statistiques à
celles d'autres joueurs gagnants. Est-ce que je joue trop loose ? Trop
tight ? Suis-je suffisamment agressif ?  Ne suis pas au contraire
beaucoup trop agressif ?

Cet article vous permettra vous donnera une certaine orientation concernant vos
propres statistiques. La seconde partie traitera également de la façon
dont on
peut faire intervenir ces statistiques à la table, c'est à dire
le rôle joué par celles-ci dans l'évaluation de l'adversaire.

AVERTISSEMENTS AVANT DE DÉBUTER

Il n'existe pas de statistiques optimales.
Tout le monde est confronté à des adversaires différents. Ces derniers
varient d'une plate-forme à l'autre, d'une limite à l'autre, voire même
d'un horaire à un autre. Des adversaires différents requièrent des
stratégies différentes, permettant d'exploiter leurs faiblesses.

Par ailleurs tout le monde n'a pas le même niveau.
Si je sais par exemple que je ne joue pas très bien lorsque je suis OOP
sans avoir l'initiative, il est sans doute plus logique pour moi de
défendre mes blinds de façon un peu plus tight. Si à l'inverse je suis
très à l'aise avec des situations marginales et sais où se trouvent les
faiblesses adverses, alors je peux me permettre d'avoir une approche
plus libérale.

Une grandeur importante
lorsque l'on parle de données empiriques est la taille de
l´échantillon. Certaines données sont généralement disponibles en assez
grand nombre, par exemple celles qui permettent d'obtenir son propre
VPIP ou son propre PFR, étant donné que la possibilité d'investir dans
le pot s'offre souvent à moi et que je la mets fréquemment à profit.
Après 10k mains jouées, ces donnés sont généralement fiables.

À l'inverse, certaines statistiques requièrent un très grand nombre de mains jouées, comme par exemple le Folded To
Riverbet, étant que je suis beaucoup moins souvent confronté à un bet sur la river. 

Lorsque l'on observe des statistiques, on ne
devrait donc jamais perdre de vue la taille de l'échantillon. Certaines
données sont très rapidement fiables, d'autres mettront à l'inverse
beaucoup de temps avant de converger. Le meilleur exemple en est
le winrate (taux de gain). Mais nous reviendrons dessus plus tard.

VPIP ET PFR

VPIP est l'abréviation de Voluntary Put Money Into The Pot. Il
s'agit d'un pourcentage indiquant la fréquence avec laquelle je suis
disposé à investir volontairement de l'argent dans le pot. Sont
comptabilisés tous les calls et raises. Si on bénéficie d'un freeplay
au BB, ceci n'est pas comptabilisé, étant que le blind n'a pas été payé volontairement. 

Le Preflop Raise (PFR) indique avec quelle
fréquence j'ai relancé préflop. Si j'ai un PFR de 20 après 100 mains,
alors cela signifie que j'ai relancé, ou bien sur-relancé si une
relance avait été effectuée avant moi, 20 fois. En relançant préflop
j'investis volontairement de l'argent dans le pot et le PFR ne peut
donc jamais être supérieur au VPIP. 

Exemple : Un joueur ayant pour statistiques 25/20 (VPIP/PFR)
investit en moyenne 25 fois dans le pot sur 100 mains, dont 20
relances. Les 5 fois où il ne relance pas, c'est qu'il limp, cold call
ou bien défend son BB.

En suivant les charts de PokerStrategy on devrait tourner autour de VPIP 24 / PFR 18.
Cela ne vaut cependant que si l'on joue essentiellement en 5 ou
6-handed. Si l'on joue ultrashort à 4 joueurs ou moins, alors ces
valeurs sont plus élevées. On devrait filtrer pour obtenir les valeurs
correspondant à du 5-6-handed afin de pouvoir vraiment exploiter ces
données. Ceci vaut également pour d'autres statistiques telles que VPIP
SB, Folded SB/BB, WTS...

Le VPIP/PFR dépend également des adversaires.
Une table contenant un grand nombre de joueurs loose-passif me
permettra de limper plus souvent, alors qu'une table avec beaucoup de
joueurs très agressifs m'amènera à jouer très souvent en mode 3-bet ou
fold.

Si le VPIP passe en dessous de 20, c'est qu'on est
trop tight, et s'il s'élève à plus de 28 c'est qu'on est trop loose. Le
PFR devrait pour se part varier en conséquence. 22/16 - 26/20 constitue
un bon intervalle. On devrait cependant éviter des stats du style 26/16
ou 22/20, qui signifient qu'on call soit trop, soit pas assez souvent.

Voici enfin quelques valeurs pour l'ultrashort, à
titre purement indicatif. Ceux qui débutent en SH ne devraient pas
jouer en ultrashort, car on y est confronté encore plus souvent à des
situations marginales. Par ailleurs, moins il y a de joueurs à la
table, moins on peut parler de statistiques optimales, étant donné
qu'on doit s'adapter encore plus aux quelques adversaires encore à la
table.

4-handed: VPIP 35 +-5, PFR 26 +-3
3-handed: VPIP 50 +-8, PFR 38 +-5

VPIP FROM SB

Le
VPIP SB dépend grandement des adversaires. Si ceux-ci sont très loose
et que ceci conduit souvent à des pots avec des limps, alors j'obtiens
de bonnes cotes et je peux compléter avec beaucoup plus de mains. Même
contre un seul limper au jeu médiocre, on pourra compléter avec des
mains marginales, surtout si le BB est passif. Dans les parties très
loose, on pourra donc avoir un VPIP SB allant jusqu'à 40.

Dans les parties plus agressives où les pots sont
souvent relancés, on obtient de moins bonnes cotes. Étant donné qu'on
devra jouer OOP post-flop, on ne devrait jouer alors que les mains
suffisamment fortes pour un 3-bet. Dans de telles circonstances et
contres des adversaires d'un niveau correct, le VPIP SB devrait se
situer autour de 30.

Pour les Small-Stakes le VPIP SB se situera en moyenne aux alentours de 33.

Cette valeur différera bien entendu en fonction de
la structure des blinds. En 5/10 avec des blinds de 2 $ et 5 $, on
devrait être un peu plus tight. Il n'est pas forcément d'obtenir de
bonnes valeurs empiriques, étant donné qu'en 5/10 les adversaires
jouent mieux qu'en 2/4 et que le VPIP SB sera forcément plus faible. Il
sera généralement inférieur d'environ 3% par rapport aux limites
0.5/1-2/4. Si on avait par exemple un VPIP SB de 33 à ces limites,
alors il devrait sans doute passer à environ 30 en 5/10.

En 3/6 avec des blinds  à 1 $ et 3 $, on
devrait être encore plus tight. On ne se contente pas de compléter plus
tight, on open-raise également moins depuis le SB. Le VPIP SB sera
inférieur d'environ 5-6% à celui d'une structure standard.

FOLDED SB TO STEAL

Face à une relance du CO ou du BU, on devrait
abandonner son SB dans 85% +-5% des cas. Une valeur de 90% tendrait à
être un peu trop tight. Mais cela dépend du contexte. Si je sais que
mes adversaires relancent relativement tight et ne tiennent pas
vraiment compte de la position, alors je devrais défendre mon SB de
façon plus tight, car leurs raises auront tendance à être plus souvent
légitimes.

À l'inverse, face à un LAG, on pourra se permettre
d'être un peu plus libéral dans son approche. Si l'on se sent vraiment
à l'aise post-flop, on pourra descendre à 80. On ne doit cependant pas
oublier qu'il reste difficile de jouer OOP post-flop contre un LAG qui
sait utiliser la position. Si l'on est pas très sûr de soi, on devrait
plutôt avoir tendance à 3-bet de façon plus tight.

En défense du SB, on joue presque toujours 3-bet
ou fold. Du fait de la mauvaise position post-flop, on doit prendre
directement l'initiative et essayer en même temps de sortir le BB
du coup. Si nous nous contentons de suivre, le BB obtient alors une
cote du pot de 5:1 pour un call en ayant de plus la position sur nous.
Il pourrait ainsi payer avec de nombreuses mains de façon EV+, ce qui
nous coûte de la value. La structure de blinds influe également sur
le Folded SB To Steal.

FOLDED BB TO STEAL

La défense des blinds dépend d'un grand nombre de
facteurs. Les principaux sont la façon dont on évalue l'éventail de
l'adversaire, le niveau de jeu de l'adversaire post-flop ainsi que le
nôtre.

Si l'on n'est pas très à l'aise avec le jeu
post-flop et préfère éviter les situations marginales (d'autant plus
si les adversaires sont plutôt tight), il est tout à fait possible de
débuter avec 65%. On devrait cependant essayer de faire retomber cette
valeur aussi vite que possible à 60%. Avec une certaine expérience en
ce qui concerne les batailles de blinds, on peut tranquillement
descendre à 55%.

Contre des stealer loose un Folded BB de 50 est de
rigueur. De très bons joueurs peuvent défendre leur BB de façon très
libérale. Aux Mid-Stakes, où la rake est faible et les adversaires
agressifs, un Folded BB de 40 voire même inférieur est imaginable. Ce
n'est cependant pas recommandé pour des joueurs n'ayant pas
l'expérience suffisante : 55% est une bonne valeur. 

Si la main est multiway, du fait qu'un cold caller
se trouve entre nous et le relanceur, on défendre bien entendu
différemment. Avec une cote du pot de 5:1 on pourra jouer un grand
nombre de mains. Toutes les mains assorties, mis à part peut-être une
poubelle comme 72s, ainsi que de nombreux connecteurs non assortis. Des
mains avec une cote implicite inversée importante et une jouabilité
moins bonne comme par exemple K6o devraient être laissées de côté.

L'écart entre le VPIP et le PFR provient
essentiellement de la défense du blind, étant donné que le reste du
temps on limp très peu, privilégiant le raise or fold. Si l'écart entre
le VPIP et le PFR s'avère être inhabituellement faible ou élevé, on
doit regarder si le Folded BB TO Steal n'est pas trop grand ou trop
faible et le cas échéant adapter sa défense du blind en conséquence.

ATTEMPT TO STEAL BLINDS

L'Attempt To Steal comptabilise tous les
open-raise effectués au CO, BU ou SB. L'expérience montre que
l'ATS correspond à peu près à l'éventail au BU du stealer. En suivant
l'ORC on open-raise avec 37.7% de ses mains au BU. L'ATS ne sera
cependant pas si élevé. En suivant les charts de PokerSrtategy on
devrait avoir un ATS se situant aux alentours de 35. Si l'on souhaite rendre son éventail de steal encore plus souple, on pourra aller jusqu'à 40.

Le poker est une bataille pour les blinds. Sans
les blinds, cela n'aurait aucun sens de relancer. C'est uniquement avec
le dead money qu'il devient envisageable de relancer avec d'autres
mains que AA. Plus il y a de dead money, plus il y a de mains qui
peuvent être jouées profitablement.

À l'inverse ceci signifie qu'en 5/10 et 3/6 on
devrait avoir tendance à moins voler les blinds. On devrait avant tout
éliminer les mains situées tout en bas de l'éventail, tout
particulièrement les mains à problèmes comme K7o ou A2o au BU.

En 3/6, on peut également supprimer JTo au
CO. Ces mains ne sont que très légèrement profitables avec les
structures standard, et perdent encore en valeur quand le pot devient
multiway. L'ATS ne devrait cependant pas être inférieur à 3-4% à celui
d'une structure de blinds normale.

WENT TO SHOWDOWN

Les mains marginales ont d'autant plus de value
que le nombre de joueurs dans le coup est faible. C'est pourquoi on
aura un WTS plus élevé en SH. 33% correspond sans doute au minimum, 42%
étant  la limite haute. Il convient cependant d'observer qu'on ne
devrait dépasser les 40% que dans des parties agressives. Un WTS de 33%
est en temps normal très faible, à moins qu'il ne corresponde à une
configuration très particulière, si par exemple on joue contre des
adversaires très prévisibles, qui ne deviennent  agressifs qu'avec
de bonnes mains.

Pour les Small-Stakes on recommandera un WTS de 35-38.

À partir des Mid-Stakes un WTS de 38+ est plus approprié.

WON $ AT SHOWDOWN

Avec un WTS de 35-38,  un WSD réaliste sera
de 51-55. Cette valeur dépend avant tout de celle du WTS. Pour un WTS
élevé le WSD sera plus faible, et inversement il sera plus élevé pour
un WTS plus faible. Mon WSD augmentera si je trouve des fold tight sur
la river et si de façon générale je préfère me coucher plutôt que
de calldown. 

On a cependant souvent de bonnes cotes pour un
calldown. Si on a un WSD trop élevé c'est donc sans doute qu'on se
couche trop souvent. Il faudrait bien sûr examiner ceci en relation
avec le Went To Showdown et le Folded To Riverbet. Et c'est le
même principe dans l'autre sens. Si j'ai un WSD trop faible, c'est sans
doute que je fais des call trop loose.

Le WSD, de même que le winrate, est également
influencé par la taille de l'échantillon dont on dispose. Un joueur en
downswing peut se retrouver avec un WSD assez faible, alors qu'un
joueur en upswing peut avoir parfois un WSD très élevé. En cas
d'échantillon relativement limité (< 20k mains), on ne devrait donc
pas trop accorder de crédit au WSD.

AGGRESSION FACTOR

Le Preflop-Aggression  se retrouve
essentiellement dans le PFR. C'est pourquoi le PF AF est peu utile est
devrait être désactivé, car sinon il intervient dans le calcul du
facteur d'agression total. Pour ce faire on va dans PokerTracker
-> "General Info"- > "More Detail..." et on décoche
l'option "Include Pre-flop numbers in Total Aggression Factor
calculation".

Du fait que le jeu TAG ne repose pas seulement sur
la composante mais tight, mais également sur l'agressivité, notre AF
sera plutôt élevé. L'AF est le résultat des (Bets+Raises)/Calls.
Puisque nous sommes relativement tight, nous aurons tendance à avoir
moins de call, et comme nous sommes agressifs à avoir beaucoup de
bet/raise.

C'est au flop que l'AF est le plus élevé, pour
ensuite diminuer jusqu'à la river. Sur la river le pot est déjà très
gros et nous n'allons que très rarement nous coucher de façon tight,
alors que nous opterons souvent pour un crying call.

Nos bets et raises deviennent également plus
rares, car il s'agirait soit de value bets, soit de bluffs. La
protection n'a plus de sens sur la river. De bonnes valeurs pour les
AFs Flop/Turn/River sont 2.8/2.3/1.8. Des valeurs un peu plus élevées comme 3.3/2.6/1.9
sont également acceptables aux Small-Stakes étant donné qu'on peut
trouver de bons folds au flop et au turn (=> moins de calls) et que
nos adversaires sont plus passifs ce qui fait que dans un premier temps
nous allons privilégier les bets/raises.

Aux limites plus élevées les adversaires
deviennent plus agressifs et il est souvent profitable d'abandonner
l'initiative au profit du bluff inducing. L'AF flop et turn peut être
alors un peu plus faible. On pourra jeter un oeil au WTS. Si on a un
WTS relativement élevé alors il est logique que l'AF soit un peu plus
faible, alors que pour un WTS plus faible on s'attendra à trouver un
AFs plus élevé. D'un autre côté un AF élevé peut expliquer un WTS
faible, car en jouant agressivement, on aura tendance à conclure plus
de mains sans abattage.

Sur la river on ne doit bien entendu pas oublier
de miser pour la value. On considérait par le passer qu'un AF river de
2 était ok, mais ce n'est pas réaliste. On est souvent amené à
effectuer des crying calls, et l'AF s'en trouve automatiquement
affaibli, même si l'on effectue des valuebets vraiment limites.

Un AF de 1.8 est une très bonne valeur. Si l'AF
est seulement de 1.6 alors on oublie sans doute des valuebets, ou alors
on passe à côté de situations de bluff profitables. Mais aux
Small-Stakes il s'agira plus souvent de valuebets manqués que de
bluffs. ;>

Le Total Postflop AF devrait se situer entre 2.3 et 2.8 dans les parties loose-passives et entre
2.0 et 2.3 dans les parties plus LAG.

Les statistiques liées à l'AF sont celles qui
sont à prendre avec le plus de précautions. Ne modifier surtout pas
votre agressivité dans le but d'avoir des stats plus présentables !
Faites plutôt un tour du côté des forums d'analyses afin d'identifier
les spots qui requièrent plus d'agressivité et ceux qui requièrent plus
de passivité.

FOLDED TO RIVERBET

40 ou moins est une bonne valeur. Quelqu'un qui dispose
d'un échantillon représentatif et dépasse largement les 40 couche sans
doute trop souvent. Les pots sur la river sont gros et même les
calling-stations place de temps à autre un donkbet de bluff. Étant
qu'elle suivent avec beaucoup trop de mains elles se retrouvent plus
que de moyenne avec des tirages ratés sur la river.

Un TAG aurait déjà couché son gutshot ou son
overcard au turn, un adversaire loose se retrouve avec cette main à la
river sans amélioration et voit dans le bluff sa dernière chance de
l'emporter. Étant donné la cote du pot qui nous offerte et le fait
qu'on n'a pas besoin de catcher trop souvent un bluff pour que ceci
soit EV+, on ne devrait pas se coucher très souvent sur la river.

Notre
style tight avant et après le flop nous garantit que nous nous trouvons
sur la river avec des mains supérieures à la moyenne. C'est seulement
avec de très bon reads qu'on peut se permettre d'y trouver des folds
tight. Dans les autres cas on doit tout simplement payer l'adversaire.
Les adversaires aux Small-Stakes passant à côté de trop de value-bets
limites, ce qui fait que leur éventail de mains pour un bet se centre
essentiellement sur les bonnes mains faites et les bluffs et qu'il
n'est donc pas si difficile pour nous de catcher un bluff.

Bien entendu il peut arriver qu'à l'inverse on ait
tendance à faire trop de calls désespérés. Ceci pourra alors être
détecté via un  Folded To Riverbet trop faible, un WTS trop élevé et un WSD lui aussi trop faible.

WINRATE

Soyons francs, au final c'est bien cela qui nous
intéresse : combien est-ce que je suis vraiment capable de gagner ?
 Malheureusement, au risque de vous décevoir : le winrate ne
vous aidera pas vraiment.

Pourquoi ? Et bien parce que, si l'on veut être
vraiment précis, on a besoin d'un échantillon très grand. Une variance
typique pour un TAG en 6max est d'environ 1.7 BB/300. Pour 300*300 =
90k mains, cet écart standard sera donc de 300 * 1.7 BB = 510 BB.

Cela signifie que pour un échantillon de 90k
mains, on se trouvera à 70% dans un intervalle de +-510 BB autour de
l'espérance de gain. Dans 30% des cas le winrate se trouvera même en
dehors de cet intervalle ! Et 510 BB sur 90k mains représentent 0.56
BB/100.

On doit donc joueur au moins 100k mains, pour une
précision à 0.5BB/100 prêt. Et même alors on ne peut pas être
complètement sûr du résultat. Si l'on veut être sûr à 95% alors l'écart
s'élève à 1 BB/100.

Conclusion : le winrate ne permet pas de mesurer vraiment la qualité de
votre jeu. Comment faire alors ? Comparer les skills de l'adversaire
aux vôtres !

C'est quand je suis capable de voir que l'adversaire commet des erreurs
que je suis moi-même capable d'éviter, que je joue de façon EV+. Plus
je trouve d'adversaires médiocres, mieux c'est => sélection de
table.

Il est par ailleurs important d'améliorer ses
propres skills. C'est ainsi que je parviendrai à augmenter l'écart avec
la concurrence, voire à maintenir un certain écart si les adversaires
s'améliorent (par exemple en montant de limite). Les meilleures méthode
pour s'améliorer et détecter ses leaks : analyses de mains, coachings,
vidéos, échanges avec les autres membres, etc. 

Valeurs concrètes : Tout ce qui est positif est bon. La grande
majorité de joueurs de poker est dans le négatif. Jouer break-even est
déjà une réussite en soi étant donné qu'on bat la rake qui peut
représenter aux faibles limites jusqu'à 3.5 BB/100.Un winrate > 1
BB/100 est déjà bien, un winrate > 2 BB /100 est très bien.

Cela dépend bien évidemment très fortement de la
force des adversaires ainsi que de la rake. Dans des parties vraiment
faciles, un winrate > 3 BB/100 est envisageable, mais on trouve
difficilement encore de telles parties de nos jours. Je considère qu'un
joueur avec un winrate de 1.5 BB/100 est un joueur vraiment fort. Mais
comme déjà évoqué : tenir compte de la taille de l'échantillon
d'observation !

Stats de l'adversaire

FIABILITÉ

Un point très important pour l'utilisation des
stats adverses est leur fiabilité. On a parfois un échantillon très
réduit, peut-être une cinquantaine de mains, et on se demande alors
dans quelle mesure les données obtenues sont fiables.

Exemple : Après
100 mains, le VPIP observé diffère à 95% de moins de 10 du VPIP réel.
On peut donc dire avec un VPIP de 60 qu'on a affaire à un gros fish (50
- 70), par contre un TAG avec un VPIP de 25 peut en fait s'avérer être
un rock (VPIP=15) ou un fish semi-loose (VPIP=35).


Attention :
Ceux qui affichent volontiers des données aussi
exotiques que "check/raise
turn" ou "won SD when raised turn", doivent bien penser au fait que
l'échantillon doit être vraiment large pour pouvoir avoir des valeurs
fiables.

Si je regarde par exemple dans mon PokerTracker,
je constate que sur les 80k dernières mains, je n'ai relancé au turn
que 1.5k fois. La situation se produit donc en moyenne toutes les 50
mains. Et il faut encore qu'on aille jusqu'à l'abattage pour que ceci
soit pris en compte par le"won SD when raised turn". On aurait donc
besoin de plus de 3k mains en moyenne pour pouvoir observer 50 fois le
phénomène !

Conseil : afin de faire grossir votre base de donnée, jetez un coup d'oeil dans le forum d'échange de données.

INTERPRÉTATION

Quelqu'un relance au CO et je voudrais savoir avec
quelles mains je peux 3-bet au BU. C'est l'éventail de
l'adversaire qui est ici déterminant. Malheureusement les stats ne nous
donnent pas directement les éventails. On ne connaît que le PFR, qui
est la synthèse de différentes positions et de différentes situations :
beaucoup de joueurs relancent de façon plus loose au BU qu'en MP2,
d'autres relancent plus tight après un limper, ou à l'inverse plus
loose.

De plus, personne ne nous indique avec quelles
mains l'adversaire relance réellement. Le PFR indique seulement la
fréquence du raise, il ne nous indique rien au sujet des mains avec
lesquelles l'adversaire relance : un joueur relancera toujours avec Te
top 20% donné par l'Equilator, alors qu'un autre joueur relancera
toujours avec le Top 10%, et relancera une fois sur deux avec les mains
appartenant au Top 10-30%. 

Une calling station avec un PFR de 4 ne relance
pas obligatoirement le Top 4% des mains. Souvent les fish avec un PFR
aussi faible relancent quand l'envie leur prend, indépendamment
de leurs cartes.

Afin de passer des stats aux éventails, on a
besoin d'un processus, dans lequel interviennent des hypothèses
relatives à l'adversaire. Si un adversaire avec un PFR de 18 et un ATS
de 35 open-raise au BU, il est certes raisonnable de penser qu'il
s'agit d'un adversaire qui joue selon l'ORC, mais rien ne nous permettent
de le savoir.

Il s'agit uniquement d'une approximation qui
consiste à transformer les stats en un éventail à l'aide de la
logique, de l'expérience, de l'historique, etc. Et ce sont ceux qui
seront capables d'effectuer les meilleures estimations, qui gagneront
le plus d'argent au poker.

STATS ET READS

Si
je sais ce que signifie une action particulière de mon adversaire,
alors j'ai un read sur lui. Les stats constituent une partie des reads,
mais sont loin d'être les seules. Si je sais qu'un adversaire surjoue
des mains marginales telles que bottom-pair, cela m'aide plus que son
AF. Savoir si un adversaire va jusqu'à capper avec un tirage pour la
freecard, si un fish passif semi-bluff avec ses gros tirages, avec
quelles mains un adversaire est capable de donker, ça ce sont des
reads. Et de telles informations ne nous sont pas données par les
stats, nous ne les obtiendrons qu'à travers une observation attentive
de l'adversaire. 

RELATION ENTRE VPIP, AF et WTS

Les stats VPIP, AF et WTS ne sont pas
indépendantes les unes des autres. Un adversaire avec un VPIP élevé a
en moyenne des mains plus faibles au flop qu'un adversaire avec un VPIP
plus faible. Si les deux adversaires jouent ensuite de manière aussi
loose, ou bien aussi tight, et de manière aussi agressive, ou bien
aussi passive, alors le joueur avec le VPI P élevé aura un WTS plus
faible.

Si par exemple un fish avec un VPIP de
90 et un rock avec un VPIP de 10 jouaient tous les deux en mode "fit or
fold" au flop, alors le fish devraient coucher un nombre bien plus
grand de mains que le rock. La raison pour laquelle bon nombre de fish
ont tout de même un WTS aussi élevé, est le fait qu'ils sont d'une part trop
loose et d'autre part trop passifs post-flop.

=> si un joueur a un VPIP élevé et un WTS élevé, c'est qu'il loose extrêmement loose après le flop.

Un AF élevé conduit à un WTS faible. On gagne
d'une part plus de pots sans abattage de part son agressivité, et
d'autre part l'AF se calcule à partir de (Bets+Raises)/Calls. Donc si je ne call jamais, j'ai un AF infini.

=> si un joueur a un AF élevé et un WTS élevé, c'est qu'il est trop agressif post-flop.

L'expérience montre que le fish loose avec un
VPIP élevé et un WTS élevé ont souvent un AF post-flop faible. Les
calling-stations ont par exemple un AF autour de 0.6. Si on tombe sur
un joueur loose mais avec un AF à 1.3, alors il faut se montrer plus
prudent car il sera plus agressif une fois au flop. Il tentera de temps
en temps des semi-bluffs, voire même des bluffs purs. Il convient donc
d'observer la relation entre VPIP, l'AF et le WTS.


Exemples : À quel type de joueur correspondent les stats suivantes ?

  • (25/18/2.5/37) ....TAG
  • (60/04/0.5/48) ....Calling-Station
  • (60/04/1.2/45) ....Calling-Station, agressive avec les tirages et capable de bluffer
  • (69/33/2.2/45) ....Maniaque
  • (35/25/2.4/44) ....LAG
  • (35/10/1.1/41) ....joueur semi-loose, weak-passif

Conclusion

Les statistiques sont un outil important. Elles
permettent d'une part d'évaluer son propre jeu et d'autre part de mieux
juger l'adversaire. Votre propre perception et vos propres observations
sont certes également importantes, mais elles restent subjectives.

Les statistiques sont à l'inverse objectives. Je
peux par exemple raconter que je joue seulement de temps en temps
une main en dehors de l'ORC, mais si j'ai un VPIP de 33, je ne peux
plus raconter d'histoires.

Cet article vous
recommande des valeurs de référence avec lesquelles comparer votre jeu.
Cependant, malgré l'objectivité des chiffres, il reste une place
suffisamment importante pour l'aspect dynamique du poker et les
adaptations à la texture de la partie. On ne devrait donc pas essayer
de changer ses stats uniquement pour qu'elles présentent mieux. On
devrait surtout chercher les spots correspondants. Et la meilleure
façon de le faire, c'est en postant des mains dans le forum, en
assistant aux coachings, en regardant des vidéos ou en discutant avec
les autres membres.