Types d'adversaires : conna?tre l'adversaire et son style
Informations incomplètes
Le poker est un jeu aux informations incomplètes, contrairement à d'autres jeux comme les échecs. On ne connaît pas les cartes adverses. Il en découle donc un manque d'information qui nous empêche de nous décider pour le coup idéal. Le coup idéal est celui que l'on ferait en étant un joueur parfait et en voyant les cartes adverses. Cette vérité est expliqué dans le Fundamental Theorem of Poker de Sklanskys de la facon suivante :
"Every time you play a hand differently from the way you would have played it, if you could see all your opponent's cards, they gain; and every time you play your hand the same way you would have played it, if you could see all their cards, they loose. Conversely every time opponents play their hands differently from the way they would have if they could see all your cards, you gain; and every time they play their hands the same way they would have played it, if they could see all your cards, you loose." Texte issu de "Theory of Poker".
Il y a des situations où l'on peut adopter une approche "aveugle" sans trop de danger. A condition que l'on commence avec une pocket paire élevée et que le flop soit inoffensif (que des cartes basses) ou que l'on touche une excellente main sur le flop. Dans la plupart des situations toutefois on a une main fort vulnérable, qui est bien loin de la nut. Dans une telle situation, on aimerait bien pouvoir évaluer la force des mains adverses. La méthode qui consiste à mettre l'adversaire sur une main particulière est appelée lecture de la main. Une bonne lecture permet de combler partiellement le manque d'informations (les cartes cachées des adversaires).
Lecture de la main
On peut déduire l'éventail des mains adverses en procédant par élimination, à condition toutefois que l'on se trouve face à des joueurs un tant soit peu raisonnables :
Les séquences de mises adverses
On peut supposer de la force et du type de la main adverse en observant les séquences de mises sur ce tour et sur les tours précédents.
Le profil des adversaires (style)
Le profil adverse relativise la signification de la séquence de mises. Une relance d'un rock a naturellement une toute autre signification que celle d'un maniaque.
Le profil des adversaires
Au poker, beaucoup de choses dépendent de votre capacité à interpréter les actions des adversaires. Pour cela, on doit connaître son profil :
Caractéristiques
Le style adverse est composé de quatre caractéristiques principales. Il est important d'être en mesure de classifier chacun de ses adversaires suivant chacune de ces caractéristiques. Cette classification reste toutefois un peu grossière. Pour pouvoir analyser complètement l'adversaire il faudrait pouvoir connaître son comportement (betting patterns) dans les innombrables situations du Hold'em.
1. Fort/faible
2. Tight/loose
3. Agressif/passif
4. Rusé/sans détours
Motivation
Les caractéristiques des joueurs reposent sur les émotions de l'adversaire, ses peurs et ses désirs. Il arrive souvent qu'un certain nombre de choses nous influencent de manière inconsciente. Les gens jouent au poker pour toutes sortes de raisons. Gagner de l'argent est loin d'être l'unique raison. Il arrive souvent que les pertes d'argent soient le résultat d'autres motivations. Celles-ci sont : l'amour de la compétition (on voudrait bien remporter le plus de pot possibles), le besoin d'excitation, les contacts sociaux (surtout lors des live games), ou bien le divertissement dans le sens large du terme. Si on connaît les motivations des adversaires, on peut s'expliquer leurs actions et inversement. On peut alors bâtir des stratégies adaptées aux différents adversaires. Les joueurs ayant un style extrême sont très rigides et prévisibles. Ils jouent d'une manière bien précise, même si ils courent ainsi à leur pertes.
Jouer selon les pourcentages
Au poker on joue selon les pourcentages. La lecture de la main est rarement en mesure de nous donner la main exacte de l'adversaire. Il s'agit plutôt de le mettre sur un éventail de main. En général, on se décide alors pour l'action qui a les plus grandes chances de succès face à cet éventail de mains.
Exemple :
Notre adversaire est un maniaque et relance 30% de ses mains préflop. Si on part du principe que ce sont les 30% les meilleurs, il relance donc en moyenne avec les mains qui dans la hiérarchie des mains aux 15 - 16% les meilleurs. On pourrait donc sur-relancer sans hésitations avec une main comprises dans les 10% les meilleurs. Parfois, on aura la malchance de tomber face à une monster (le top 1%). Il est pourtant plus envisageable que sa main se situe dans les 20-25%. Dans quelques cas isolés, il est fort possible que nos réactions ne soient pas justifiées. Mais à long terme toutefois, on gagne de l'argent, car la moyenne de ses mains est forcément proche de la moyenne contenue jusqu'alors dans la banque de données le concernant. Je souhaiterais également évoquer qu'il faut également inclure sa position dans le calcul. Il relancera sans doute dans moins de 30% des cas en début de parole, et sans doute beaucoup plus en fin de parole.
Flexibilité
Les mains au poker n'ont pas de valeur absolue mais plutôt une valeur relative. On ne reçoit pas de lot de consolation en ayant la seconde main avec des cartes très fortes. Bien au contraire, la seconde main est la pire main au poker, c'est elle qui coûte le plus d'argent.
Il en découle que l'on doive jouer les mains de manière plus flexible. Si j'ai top paire faible kicker, je devrais me coucher si un rock mise avant moi (à condition que je n'ai pas une cote suffisante pour un tirage). Si en revanche un maniaque mise avant moi, je pourrais même envisager de relancer, puisque celui-ci pourrait bien bluffer, voire jouer sa middle ou bottom paire agressivement. Par une relance, j'isolerai sans doute le maniaque et sa main faible, et amènerai peut être une main comme top paire, kicker décent à se coucher.
Le poker est donc un jeu dynamique, un jeu de situations. Une seule et même main devra parfois être couchée et parfois relancée, suivant l'adversaire. La capacité d'adaptation est une des vertus capitales du joueur de poker. Les joueurs débutants et confirmés peuvent s'imposer face à leurs adversaires à l'aide de règles strictes. Il leur suffit de jouer serré pour profiter des erreurs de leurs adversaires (négligence des principes élémentaires, cote, etc.). Les experts (2/4 et plus) ne pourront ceci dit prendre les bonnes décisions qu'en tenant compte du profil des adversaires. Beaucoup de décisions stratégiques sont ainsi basées sur des considérations psychologiques. Les bons joueurs sont en mesure d'observer ce qui se passe dans la tête de leurs adversaires. Le poker à son niveau le plus élevé est bien résumé par cette citation de Davis Sklansky :
„What we mean by the psychology of poker is getting into your opponents' heads, analysing how they think, figuring what they think you think, and even determining what they think you think they think." Texte issu de „Theory of Poker".
Soft Spots
Lorsque l'on joue sur plusieurs tables, il est impossible de se concentrer sur plusieurs joueurs en même temps. Il convient donc de se concentrer sur l'essentiel.
Le plus d'argent
Les joueurs desquels on pourra potentiellement soutirer le plus d'argent sont essentiels. Afin de pouvoir gagner dans les limites supérieures, il convient de pouvoir identifier les joueurs faibles à la table et de découvrir quels sont les caractéristiques qui participent à leur jeu médiocre. On doit ensuite choisir la bonne stratégie afin de s'approprier l'argent de ces joueurs.
Les confrontations les plus fréquentes
La concentration sur les joueurs faibles présente l'avantage de nous donner l'occasion de faire souvent usage des connaissances acquises à leur sujet. Les joueurs médiocres sont loose et beaucoup plus souvent dans la main.
Acquisition rapide de connaissances
L'aspect économique repose sur le processus d'observation. Les joueurs médiocres possèdent souvent un style extrême. On acquiert donc plus vite des connaissances précieuses qu'en analysant les bons joueurs. Pour plus de simplicité, on peut dans un premier temps se contenter de classifier les bons joueurs en tant que tight-agressifs.
Shorthanded
La connaissance des adversaires est particulièrement importante aux tables shorthanded. Dans une partie full ring on en arrive souvent à des pots multiples, où il faut montrer la meilleure main à l'abattage. Si on se retoruve sur le flop contre 2 adversaires ou en heads up, on peut alors jouer beaucoup plus selon les joueurs. On a tout simplement plus de possibilités de recourir à des artifices psychologiques et à la "deception". C'est pourquoi le combat sera souvent décidé avant l'abattage. Il arrive même souvent que ce soit la moins bonne main qui s'impose. C'est d'ailleurs une des raison pour lesquelles les bons joueurs améliorent leur taux de gain aux tables shorthanded et pourquoi les joueurs médiocres devraient éviter ces tables. Les bons joueurs ont simplement de meilleures facultés de lecture et sont en mesure de jouer en s'adaptant au joueur.
Sélection de la table et de la place
Une grosse partie de la réussite au poker provient du choix des bonnes tables. Plus l'adversaire est faible, plus le profit est élevé. Si on a une bonne base de données PokerTracker, on peut tout de suite reconnaître la force d'une table, avant même de s'y être assis. Afin de reconnaître les types de joueurs, il faut observer trois valeurs : VPIP, PFR et agression factor. La valeur la plus importante est VPIP. Quelqu'un qui joue plus de 50% de ses mains est définitivement un joueur perdant. Les joueurs que l'on préfère sont les joueurs qui jouent beaucoup trop de mains, mais sont passifs, les calling stations. Les tables avec beaucoup de joueurs tights agressifs sont à éviter, à moins qu'un ou deux gros fish y soit également assis.
Une partie n'est pas nécessairement profitable lorsque des joueurs faibles sont présents. Il nous faut également la position sur eux. Il est préférable d'avoir tous les joueurs loose à droite et les joueurs serrés à gauche. Ainsi, les joueurs médiocres sont tous déjà dans la main lorsque je relance avec une main forte. Dans l'article "Sélection de la table" les thèmes de sélection de la table et de la place sont traités de manière complète.
Résumé
La connaissance des adversaires est important pour les raisons suivante :
1. Lecture de la main
2. Adaptation stratégique au style adverse (particulièrement important lorsque les traits de style sont extrêmes)
3. Concentration sur les soft spots
4. Sélection de la table et de la place