Mis à jour le 27 Juil 26 par

Jouabilité et action préflop

Jouabilité - définition

Citation :
La "jouabilité" est une grandeur qui peut être définie comme suit : une main possède une bonne jouabilité si elle peut être jouée de façon correcte et optimale à la fois.

Jouer correctement signifie jouer la main comme il se doit dans une situation donnée.

Jouer de façon optimale signifie jouer comme si on connaissait les cartes de l'adversaire.

Jouabilité et action préflop

Imaginons que l'adversaire a un éventail de 35% et relance first-in. Tout le monde se couche jusqu'à nous au BB. Comparons maintenant deux mains : KQo et A9o. KQo a une equity d'environ 52%, A9o une equity de 54%.

KQo possède cependant une jouabilité bien meilleure, car au flop nous savons généralement où nous en sommes. Avec A9o nous ne pouvons jamais être sûr : si nous ne touchons pas le flop, A9o pourrait quand-même être la meilleure main. Si nous touchons notre As, l'adversaire peut tout à fait posséder un meilleur As. Si nous touchons le 9, il pourrait de la même façon avoir une meilleure main. Ces problèmes ne se posent pratiquement pas dans le cas de KQo. KQo est ici une main plus forte.

Mais imaginez vous maintenant que nous soyons des joueurs de No-Limit (où que nous avons tout du moins la possibilité de mettre notre adversaire all-in préflop). Les inconvénients de A9o en terme de jouabilité disparaîtraient complètement, seule l'equity nous intéresserait encore.

Même si nous ne jouons pas en No-Limit, nous pouvons obtenir un effet similaire en Fixed-Limit, à savoir en jouant sur la taille du pot : plus nous faisons grossir le pot préflop, plus les inconvénients liés à la jouabilité perdent en importance.

Vient s'ajouter à cela le fait qu'un 3-bet préflop nous permet de jouer la main de façon "mécanique" et de nous rapprocher en quelque sorte d'un all-in. Un 3-bet préflop est toujours suivi d'un bet au flop. L'adversaire ne va pas souvent relancer car il a peur d'une main très forte. De cette manière nous repoussons les problèmes liés à la jouabilité au turn. Au turn la situation se complique, mais du fait de la taille du pot, les désavantages de la jouabilité pèsent moins dans la balance. Et une fois au turn, la plupart des adversaires donnent une "vraie" indication sur la force réelle de leur main, ce qui nous permet alors de jouer de façon optimale.

En résumé on peut dire la chose suivante : avec une main possédant une mauvaise jouabilité, on essaye de faire correspondre l'EV effective de la main à l'equity préflop. On y parvient en faisant grossir autant que possible le pot préflop et en adoptant la séquence de mises post-flop la plus standard. IL ne faut cependant pas exagérer. On ne doit faire un 3-bet qu'avec les mains qui possèdent vraiment un edge d'equity (à savoir au moins 50% d'equity). Il est peu probable qu'un 3-bet avec des mains inférieures (48% d'equity, et une  mauvaise jouabilité).

Qu'en est-il maintenant des mains avec une très bonne jouabilité, du type KQo ? Exactement l'inverse ! Avec ces mains nous savons généralement exactement où nous nous situons : ou bien nous sommes clairement derrière, ou bien nettement en tête. C'est pourquoi nous ne voulons pas nous en tenir à une ligne standard préflop.

Nous nous contentons donc de payer le raise adverse. En cas de flop défavorable tel que A92 nous pouvons jouer check/fold sans états d'âme, et nous n'avons ainsi perdu que 2 SB. Si nous avions joué 3-bet préflop, bet flop, alors on aurait investi au moins 4 SB.

Si au contraire le flop nous plaît, nous pouvons grâce à un jeu post-flop judicieux (dans 95% des cas : check/raise flop, bet turn) tirer autant si ce n'est plus de value qu'avec un 3-bet préflop, bet flop.

De ce fait, il est tout à fait rentable de ne pas pusher notre avantage de 2% préflop. En jouant ainsi, une main telle que KQo gagne plus que ce que l'equity préflop de 52% ne le laisser présager.

Citation :
Partie obsolète

Aujourd'hui en jouant, les réflexions suivantes me sont venues à l'esprit :

Plus la jouabilité de notre main est bonne, moins le fait d'avoir l'initiative est important

Plus la jouabilité de notre main est mauvaise, plus le fait d'avoir l'initiative est important


Illustration à l'aide d'un exemple :

Nous sommes first-in au SB et nous avons 22. Nous relançons. BB fait un 3-bet. Si nous nous contentons de payer nous avons au flop le dilemme suivant : l'adversaire mise directement et nous amène éventuellement à coucher une meilleure main, ou à l'inverse à payer avec une main inférieure.

Si par contre nous avons dans la même situation QJo, ceci n'arrivera pas. Au flop nous savons relativement bien où nous nous situons.

En généralisant on peut dire qu'une main avec une mauvaise jouabilité se joue bien mieux en ayant l'initiative. L'effet est souvent - d'après moi - suffisamment grand pour que cela justifie un 3-bet ou un cap préflop, qui n'est pas forcément tout à fait justifié du point de vue de la value. Nous devrions par exemple capper avec 22 dans notre exemple. Nous mettons ainsi l'adversaire dans une situation très inconfortable qui peut souvent l'amener à coucher une meilleure main au flop. Nous nous épargnons par la même occasion cette décision au flop.

Comparaison avec l'article sur le shorthanded issu du séminaire

Dans la section préflop de l'article du séminaire sur le shorthanded on parle de cap tactique. Lors de la rédaction de ce texte, je n'avais cependant pas encore conscience de la corrélation qui existe entre cap tactique et jouabilité. On peut donc en conclure que le cap tactique permet de compenser le déficit en jouabilité.