Séquences de semi-bluff - Attaquer le weak spot
Introduction et définition
Cet article traite du semi-bluff au niveau le plus général.
Conventionnellement,
un semi-bluff correspond à un bet un ou un raise avec une main qui
n'est pas la meilleure pour le moment, mais qui a des outs, et ce dans
une situation où existe la possibilité que tous les adversaires se
couchent.
Cette définition est cependant trop restreinte et ne permet pas de maîtriser le semi-bluffing.
Définition étendue du semi-bluff
Un semi-bluff est une
séquence de mises, qui peut aller du flop à la river, avec une main qui
n'est probablement pas en tête pour le moment mais qui possède des outs.
Cette définition traduit le fait qu'au Hold'em les actions sur les
différentes streets ne sont pas indépendantes les unes des autres. Un
bet turn après un check/raise flop présente une fold equity bien plus
importante qu'un donkbet turn suite à un call flop.
Le coût réel d'un semi-bluff
De facto, un semi-bluff coûte
moins cher qu'un bluff pur. La raison en est que l'on récupère souvent
les bets que l'on a effectués en tant que semi-bluffs après avoir touché
l'un de ses outs
Le coût réel C d'un semi-bluff s'obtient à
partir du montant des bets B, du nombre des callers éventuels +
soi-même N et de la probabilité P de toucher un des ses outs
(décomptés).
C = B*(1 - N*P)
Nous devons cependant
faire attention à la chose suivante : si nous misons au flop pour un
semi-bluff avec un tirage couleur, nous sommes sûr d'aller à la river
quoi qu'il arrive. C'est pourquoi la probabilité P au flop correspond à
la probabilité de toucher la couleur d'ici la river, soit 35%. Mais
dans les cas où nous envisageons éventuellement d'abandonner notre
semi-bluff au turn, nous pouvons bien entendu prendre la probabilité de
toucher un out au turn.
Un exemple : imaginons que nous sommes
heads-up au flop contre 1 adversaire. Nous misons avec notre tirage
couleur et nous avons l'intention d'aller jusqu'à la river. On a alors :
C = 1*(1-2*0.35) = 0.3
Si
nous misons directement, quelle est la probabilité que notre adversaire
nous relance ? Soit R, la probabilité pour un Raise. Si notre
adversaire relance alors le coût de notre semi-bluff est multiplié par
deux.
Le coût réel sera donc C = 0.3 +R*0.3
Imaginons que
le pot au flop est de 4 SB. Alors notre semi-bluff calculé de façon
simplifiée est EV+ si il amène l'adversaire à se coucher dans (0,3 +
R*0,3) / 4 % des cas.
Imaginons que notre adversaire est un TAG
qui relance dans 20% des cas. Alors notre semi-bluff est EV+ si il se
couche dans un peu de plus de 0.36/4 soit 9% des cas. Imaginons que
notre adversaire est un LAG qui relance dans 50% des cas. Alors il nous
faut une fold equity d'au moins 0.45/4 = 11.25 % - ce qui reste très
faible.
On peut donc ici établir un premier résultat intermédiaire : avec des tirages forts on devrait également semi-bluffer en heads-up contre des LAGs.
Séquences de semi-bluff
Les joueurs plus expérimentés
parmi vous se sont sans doute souvent posé la question suivante :
Imaginez que vous êtes au BU first-in et tentez de voler les
blinds. Le SB se couche, le BB fait un 3-bet. Au flop le BB mise
directement. Vous avez maintenant une main avec quelques outs et vous
avez bien envie de tenter un semi-bluff. La question est alors : call
flop, bet/raise turn ou bien raise flop, bet turn ?
Il est possible
de répondre de façon méthodique. Vous calculez tout d'abord le coût de
chacune de ces séquences. Imaginons que nous avons un tirage couleur
comme précédemment.
Un bet au flop nous coûte
réellement seulement 0.3 SB. Si notre couleur ne se réalise pas au
turn, alors notre equity tombe à environ 20%, et un bet au turn nous
coûte 0.6 BB. Cependant notre couleur se réalise au turn dans 20% des
cas, ce qui fait que nous pouvons déduire 20% des 0.6 BB, ce qui fait
que le bet au turn nous coûte réellement seulement 0.48 BB.
Imaginons
que notre adversaire mise systématiquement au turn après avoir misé au
flop. Nous devons également prendre de nouveau en compte le risque R
que notre adversaire sur-relance si jamais la couleur ne se réalise pas.
Le coût de call flop, raise turn sont donc : 0.3 SB + (2-PNB)*0.48BB + R*0.48
PNB représente la probabilité que l'adversaire bet au flop, mais se contente de checker au turn.
Le coût du raise flop, bet turn sont : 0.6 SB + (1-FF)(0.48 BB) + R' = 0.3 + (1-FF)(0.48) + R'
R'
représente ici le coût additionnel qui apparaît si l'adversaire
relance au turn ou bien 3-bet au flop. Un calcul exact serait pénible,
étant donné qu'en cas de 3-bet flop nous abandonnons le cas échéant
notre semi-bluff. FF représente la probabilité que notre adversaire se
couche dès le flop.
Il est très probable que R' < R*0.6 BB
étant donné qu'un turn 3-bet après un call flop, raise turn est
beaucoup plus rare qu'un flop 3-bet après raise flop, ou bien un
check/raise turn après raise flop, bet turn. D'un autre côté il y a des
cas où l'adversaire se couche dès le flop et où aucun coût additionnel
ne peut intervenir au turn. C'est pourquoi je pense que l'hypothèse
suivante est justifiée : R*0,6 = R'
Nous pouvons donc dire globalement la chose suivante :
Coût du call flop, raise turn = 0,15 + (2 - PNB)*0,48 + R'
Coût du raise flop, bet turn = 0,3 + (1-FF)(0,48) + R'
Rapport Coût / Profit
Nous
devons maintenant comparer les coûts des séquences de mises avec la
fold equity obtenue. Ceci dépend énormément de l'adversaire et du
tableau.
Certains d'entre vous se souviennent peut-être d'une
session de coaching au cours de laquelle j'ai joué contre Baller6969,
un adversaire extrêmement tight, mais très agressif. La probabilité FF
qu'il se couche face à un raise flop était je pense d'environ 50%. La
probabilité qu'il mise de nouveau au turn après un bet flop était très
élevée je pense dans les 90%, et donc PNB = 10%.
On a donc :
Coût du Call Flop, Raise Turn = 0,15 + 1,9*0,48 + R' ~= 0,9 + R'
Coût du Raise Flop, Bet Turn = 0,3 + 0,5*0,48 + R' ~= 0,54 + R'
Contre
cet adversaire nous observons la chose suivante : nous misons certes
2.5 BB dans le cas du call flop, raise turn, et seulement 2 BB dans le
cas du raise flop, bet turn, mais les coûts effectifs sont nettement
inférieurs. Le raise flop, bet turn coûte environ 40% de moins
que le call flop, raise turn. Et contre Baller6969, le call flop, raise
turn ne fournit pas la fold equity supplémentaire nécessaire. C'est
pourquoi contre un tel adversaire le raise flop, bet turn est meilleur.
Pourquoi ? Le flop correspond à ce qu'on appelle le "weak spot" de Baller6969. Un
weak spot correspond à la première situation au cours d'une main dans
laquelle un adversaire présente une fold equity significative.
Chez
beaucoup d'adversaires rencontrés aux mid-stakes (20/40, 30/60), le weak spot se
situe définitivement au turn. En heads-up la plupart des joueurs
confrontés à raise flop, bet turn suivent avec A-high, alors que face à
call flop, raise turn ils se couchent souvent.
Ceci peut être
reproduit dans les équations précédentes. Imaginons que dans l'équation
ci-dessus l'adversaire a un FF de 10% et un TNB de 10%. Des valeurs
typiques pour un semi-LAG en 20/40. Alors :
Coût du Call Flop, Raise Turn = 0,15 + 1,9*0,48 + R' ~= 0,9 + R'
Coût du Raise Flop, Bet Turn = 0,3 + 0,9*0,48 + R' ~= 0,73 + R'
Le
call flop, raise turn coûte maintenant seulement 12% de plus que raise
flop, bet turn. Mais contre ces adversaires j'estime que notre fold
equity dans le cas du call flop, raise turn est d'au moins de 50% de
plus qu'avec le raise flop bet turn. Ce type d'adversaire ne faiblit en
effet qu'au turn. Son weak-spot se manifeste face à raise turn.
Est-ce
que cela va plus loin ? Y a-t-il des adversaires qui n'ont absolument
pas de weak-spot ? Oui, c'est même relativement fréquent. Contre les
maniaques par exemple qui sont enchantés de faire un 3-bet au turn avec
rien ou pas grand chose. Ces adversaires alourdissent énormément la
facture dans le cas d'un semi-bluff. Prenons simplement le cas
extrême : un adversaire qui ne fait que miser et relancer. Contre un
tel adversaire votre fold equity est 0. Un semi-bluff avec un tirage
couleur sans high card value est à coup sûr un losing play. Contre un
tel maniaque on jouera dans le cas d'un tirage couleur call flop, call
turn, fold river unimporoved.
Il y a également des types
d'adversaires (très LAG, mais capables de se coucher) et des situations,
dans lesquelles on devrait même attendre la river avant de relancer.
Mais ces situations sont extrêmement rares.
Ceci explique ainsi
le principe selon lequel plus votre adversaire est LAG, moins vous
devriez semi-bluffer, et si vous décidez de semi-bluffer, alors vous
devriez avoir un tirage vraiment fort.
Le weak-spot de
l'adversaire ne reste cependant pas toujours le même. Il y a parfois
des tableaux tellement scary que même un LAG se coucherait relativement
souvent contre un raise flop. À l'inverse il y a des tableaux
tellement inoffensifs, que même un joueur weak-tight n'accorderait
aucune attention à votre raise flop. Ceci doit être pris en compte dans
votre décision.
Le principe général du semi-bluff
Étape 1 : calcul du coût d'une séquence de semi-bluff en fonction des outs, du tableau et du type d'adversaire.
Étape 2: calcul du profit associé à une séquence de semi-bluff, c'est à dire estimation de la fold equity.
Étape 3: le choix de la séquence de semi-bluff en fonction des étapes 1 et 2.
Règle : trouvez le weak spot de l'adversaire et placez-y votre raise.
Rappeler-vous que le weak spot est la première situation dans la main,
où l'adversaire présente une fold equity siginificative. Pensez
également au fait que sur des tableaux particuliers, le weak-spot peut
se déplacer.