La théorie du Shorthanded
Généralités
En principe, le jeu shorthanded ne diffère pas du jeu full ring. Il faut jouer shorthanded de la façon dont on joue full ring lorsque les premiers joueurs se sont couchés.
=> Il n'y a aucune raison de jouer les parties shorthanded en étant particulièrement loose et agressif ! Il faut comme toujours les jouer tight, agressif et solide.
Préflop
La bonne façon de jouer préflop est soumise aux règles de l'article Mains de départ : théorie pour les experts. Il est essentiel de bien suivre les consignes suivantes, spécialement en shorthanded :
• 1st in préflop : relance ou fold
• 2nd in préflop : relance ou fold
• 3rd in préflop : la plupart du temps, relance ou fold
Ces consignes ne s'appliquent bien évidemment qu'à votre première action préflop.
Quand doit-on relancer ?
Pour qu'une main justifie une relance, elle doit remplir les deux critères suivants :
1) Votre main est inscrite dans l'Open Raise Chart dans la colonne correspondant à votre position actuelle.
2) L'equity de votre main est au dessus de la moyenne face à l'éventail de mains possibles des adversaires vous précédant.
La condition 1) vous garantit que votre main est en moyenne profitable face à celles des adversaires en aval.
La condition 2) vous garantit que votre main est en moyenne profitable face à celle des adversaires en amont.
Afin de déterminer l'equity moyenne, il vous faut compter le nombre d'adversaires qui sont déjà entrés dans le coup avant vous. Soit N le nombre d'adversaires entrés, l'equity moyenne se définit alors suivant la formule : (100 / (N+1)) %. Pour justifier une relance, il faut que l'equity de votre main face à l'éventail des mains de votre adversaire soit supérieure à l'equity moyenne.
Il y a une exception à cette règle. Si vous êtes au small blind face à un relanceur unique, une sur-relance vous coûte 2,5 SB et non 3 SB. De plus il y a de fortes chances d'éliminer le big blind, et d'obtenir ainsi 1 SB de dead money. Une equity de 40 % est donc suffisante pour justifier une sur-relance.
Quand doit on se contenter de suivre ?
Un call préflop n'est justifié que quand une des conditions suivantes est remplie :
a) Il y a eu au moins 2 suiveurs avant vous.
b) Vous êtes au SB.
c) Vous êtes le BB face à une relance.
d) Le pot a été relancé, et au moins 3 joueurs sont entrés.
a) Ceci s'applique dans le cas où votre main ne possède pas l'equity nécessaire au regard des contions 1 et 2, mais s'avère profitable dans un multiway pot du fait d'une bonne cote implicite. Les mains présentant ces caractéristiques sont les petites paires, les As assortis, et les connecteurs assortis. Ce sont en général les mains qui contiennent un « Call 2 » dans la Strarting Hand Chart standard.
b) Ceci vient du fait qu'en étant au SB vous pouvez entrer dans le coup pour un coût bien moindre - à moitié prix. Ceci dit, la mauvaise position et la jouabilité moindre des mains faibles (sur le flop, vous ne savez pas vraiment où vous en êtes) jouent en votre défaveur. C'est pourquoi il ne faut compléter le SB (si celui ci est de ½ small bet) qu'avec les mains dont l'equity équivaut au minimum à 75 % de l'equity moyenne. Bien entendu, vous relancez avec tous les mains dont l'equity est supérieure à la moyenne.
c) C'est une situation comparable à b), vous pouvez également entrer dans le coup à moitié prix. Contre une relance, votre cote implicite est certes inférieure à b) mais vous vous retrouvez souvent face à un seul joueur, ce qui rend un semi-bluff occasionnellement possible. Et si vous touchez votre flop, vous pourrez assurément placer un check-raise.
d) Le principe est le même qu'en a). Vous jouez les mains dont l'equity ne suffit certes pas, mais qui sont toutefois profitables grâce à la cote implicite. Vos mains doivent cependant y être bien meilleures, en raison de l'action probable sur le flop, et du fait que votre cote implicite est moins bonne quand le pot est relancé. Il faudra donc choisir en général les mains « X/Call 3 » de la Starting Hand Chart standard.
A quoi devraient ressembler mes statistiques Pokertracker pour être conformes à ce style de jeu ?
Si vous jouez selon ce système, votre VPIP dépendra évidemment du nombre de joueurs avec lesquels vous êtes en général assis. Une bonne valeur serait une VPIP de 18 pour une table de 10 joueurs et de 23 pour une table de 6. Votre PFR devrait toujours tourner autour des 2/3 de votre VPIP. Par exemple, si votre VPIP est de 24, alors votre PFR devrait être de 16.
La valeur de votre « folded BB to steal » devrait se situer entre 40 et 55.
La valeur de votre « folded SB to steal » devrait se situer entre 80 et 85.
La valeur de votre « attempt to steal blinds » devrait se situer entre 30 et 35.
Optimisation du jeu preflop - Quelques subtilités pour les pros
Avant tout, je tiens à vous avertir que les tactiques présentées ici requièrent des conditions parfaites ainsi qu'une grande qualité de jeu post-flop. Si elles sont appliquées dans de mauvaises conditions ou contre un adversaire inapproprié, elles présentent plus d'inconvénients que d'avantages.
La défense passive du BB
Pré requis :
Vous êtes au BB.
Vous jouez heads up contre le relanceur, il n'y a pas d'autres joueurs dans le pot.
Le relanceur est agressif post-flop. Il ouvre toujours si vous suivez préflop et checkez le flop.
Vous êtes à l'aise avec la lecture de la texture du flop. Vous êtes en mesure de reconnaître les flops sur lesquels vous pouvez mettre la pression même sans avoir une bonne main.
Votre adversaire joue relativement tight.
L'idée maîtresse :
Puisque l'adversaire ouvre systématiquement sur le flop lorsque vous suivez préflop puis checkez le flop, vous pouvez remplacer la sur-relance préflop par un call suivi d'un check-raise sur le flop (si celui ci vous convient). L'adversaire investira là encore au moins 3 SB; mais vous-même n'aurez investi que 2 SB si le flop s'avérait désastreux, et pourrez facilement vous retirer par un check-fold.
Problèmes :
Vous gâchez votre chance d'obtenir un cap de la part de votre adversaire préflop, alors que c'est exactement ce que vous recherchez avec les mains AA-TT, AK-AQ. Il serait dommage que l'adversaire, qui en principe aurait placé ce cap face à votre sur-relance, ne puisse le faire du fait de votre call.
Vous risquez de coucher la meilleure main sur le flop. Mettons que vous avez 77 et l'adversaire a 66. Il relance, et vous suivez en étant BB. Le flop est AKQ, et vous vous couchez, en couchant ainsi la meilleure main. Avec une sur-relance préflop suivie d'une ouverture sur le flop, vous auriez sans doute remporté le pot.
Si le flop n'aide personne, c'est vous qui remportez le coup avec la sur-relance préflop suivie d'une ouverture sur le flop, alors qu'avec un call préflop suivi d'un check sur le flop, c'est votre adversaire qui, en général, remportera le pot.
Solutions:
La solution au premier problème est simple: continuez à sur-relancer les mains pour lesquelles vous souhaitez un cap préflop, et contentez-vous de suivre avec les mains où celui-ci ne serait pas le bienvenu.
Les deux autres problèmes sont plus difficiles. On pourrait penser qu'ils peuvent être facilement résolus au moyen un donkbet à la place du check-raise sur le flop. Le problème, c'est qu'aucun des adversaires ne vous croira. Il faudrait donc placer ce donkbet avec de bonnes mains. Mais on perdrait alors le profit que l'on comptait tirer du call préflop, check-raise flop : la garantie d'une mise sur le flop !
Il n'y a donc qu'une solution : il vous faut en permanence faire preuve d'une excellente lecture des mains ainsi que des adversaires, de sorte à pouvoir placer de temps à autres un bluff bien ciblé au moyen d'un check-raise. Et pour que ça fonctionne, votre adversaire doit jouer tight.
Vol agressif des blinds
Pré requis :
Vous êtes au bouton.
Le BB joue trop tight, la valeur de son « folded BB to steal » est supérieure à 65 sur au moins 500 coups.
Le SB n'est pas un maniaque.
L'idée maîtresse :
Puisque le BB se couche trop souvent, les mains avec lesquelles vous volez normalement les blinds vous offre une value supplémentaire. Certaines des mains qui ne sont pas utilisées à cette fin en temps normal, peuvent même devenir profitables.
Mettons que le SB défende dans 15% des cas et BB 35%. Les chances que tous deux se couchent sont donc de 55,25%! C'est à dire que dans 55,25% des cas vous gagnez 1,5 SB. Dans 30% des cas vous devez payer 3 SB (contre une sur-relance) et dans 15% des cas 2 SB (simple call de la part du blind). Si l'on comptabilise les gains des vols de blinds réussis, on se trouve dans ces 2 cas avec une marge d'environ 0.9 SB. C'est à dire que lorsqu'un adversaire défend, on peut accuser un déficit de 0,9 SB tout en présentant un bilan positif grâce au vol des blinds ! Contre des joueurs qui défendent leurs blinds ce type d'avantage existe encore mais reste bien inférieure à 0,9 SB. On peut donc voler de manière beaucoup plus laxiste contre des joueurs tights que contre ceux qui défendent bien. Dans la situation décrite au dessus, on peut sans hésiter voler avec toutes les mains avec lesquelles on aurait également relancé first in en SB.
Avertissement :
Le concept décrit ici est dangereux. Vous devez être sûrs que les blinds jouent vraiment tight. Pour cela, il vous faut beaucoup de coups dans PT ou une très bonne lecture. Si vous en doutez, continuez à voler selon l'Open-Raise Chart.
La sur-relance d'isolation
Pré requis :
Vous êtes en fin de parole
Un joueur tight agressif a relancé avant vous, mais ce n'est pas un maniaque
A part le relanceur, il n'y a pas d'autre joueur dans le coup.
SB et BB ne sont pas des maniaques.
L'idée maîtresse :
Normalement, dans une situation comme celle ci, on ne fait une sur-relance qu'avec des mains ayant une equity d'au moins 50%. Mais en procédant ainsi en fin de parole, on néglige deux aspects du problème:
- Une sur-relance nous permet la plupart du temps de jouer la suite du coup en heads up contre le relanceur, sur qui nous avons l'avantage de la position.
- Les SB et BB se couchent généralement, ce qui amène dans le pot 0,75 BB de dead money dont une partie proportionnelle à notre equity nous appartient.
Ces deux points permettent une sur-relance avec une equity inférieure à 50%. On peut baisser la barrière à 45% sans prendre trop de risque. Si le relanceur joue tight et de manière prévisible post-flop, et si les blinds sont particulièrement tights, on peut même descendre à 40%.
Avertissement :
Cette stratégie est contre-productive si les blinds ou le relanceur jouent loose agressif. Le risque d'un cap préflop est trop gros et la probabilité que les adversaires couchent des mains non améliorée (fold-equity) post-flop est excessivement basse.
Post-flop
Débutons encore une fois par le plus important: le jeu shorthanded ne diffère en principe pas du jeu full ring. Vous devez continuer à coucher vos mains faibles! Il ne faut en aucun cas partir du principe que vos adversaire vous bluffent constamment, et que « ils n'ont sans doute rien non plus ». La voie de la réussite au shorthanded passe également par un jeu solide, tight et agressif.
Situations à 3 adversaires sur le flop et sur le turn
Le principe fondamental : réduction du nombre d'adversaires !
Votre objectif dans quasiment toutes les situations 3-handed est de sortir au moins un adversaire sur le flop. Ceci vaut aussi bien pour les made hands que pour les mains à tirages. Avec ces dernières, vous vous créez ainsi une occasion de gagner le pot avant l'abattage. Avec les made hands, vous protégez vos mains.
Si vous avez relancé préflop, vous pouvez alors atteindre cet objectif en ouvrant sur le flop.
Si toutefois c'est un adversaire qui a relancé en dernier préflop, alors vous pouvez utiliser cet adversaire afin d'évincer le troisième. Puisqu'il s'agit ici d'une situation 3 handed, on nommera les positions des joueurs EP, MP et LP -early, middle et late position autrement dit début, milieu et fin de parole. Si vous êtes en EP et le relanceur en LP, vous pouvez mettre le joueur en MP sous pression maximale à l'aide d'un check-raise. Si vous êtes en EP et le relanceur en MP, alors vous ouvrez directement et espérez que le joueur en MP relance et élimine ainsi le joueur en LP. Il est assez aisé de déduire les autres scénarios possibles.
Si vous possédez une monster hand, vous pouvez également essayer de piéger le 3ème joueur entre vous et le relanceur préflop. Par exemple, vous êtes en EP, le relanceur préflop en LP et vous possédez une monster hand, vous ouvrez directement, en espérant que MP suive et que LP relance, afin de pouvoir sur-relancer. Selon la position, vous pouvez également réaliser ceci à l'aide d'un check-raise.
Situations heads up sur le turn et sur le flop
L'importance de l'initiative
On dit de quelqu'un qu'il a l'initiative lorsqu'il a été le dernier à miser sur le tour d'enchères précédent.
Dans les situations où vous n'avez plus qu'un adversaire sur le flop, et où vous avez l'initiative, il est essentiel de miser à nouveau.
Si vous avez une bonne main, cette mise la protége.
Si vous avez une main faible, cette mise vous permet souvent de remporter automatiquement le pot, à savoir toutes les fois où votre adversaire n'a rien touché non plus.
Et même avec vos monster hands vous devriez miser et non tenter un slowplay. Un check dans cette situation est en effet très suspicieux, ce qui fait qu'il vous nuit plus qu'il ne vous sert.
Si vous avez l'initiative sur le turn, il vous faut dans quasiment tous les cas ouvrir à nouveau.
Les quelques rares exceptions, au nombre de trois, sont les suivantes:
Hors position : check/fold turn
• Vos chances de mener sont minces
• Les chances que votre adversaire se couche sont très minces
• Si vous checkez, vous pouvez vous coucher sans états d'âme.
En résumé : avec les mains possédant quelques outs, une certaine valeur à l'abattage ou des chances de bluffs, on mise de nouveau sur le turn.
Exemple : Vous relancez en étant au SB avec QTo contre un joueur tight. Le flop est A72 rainbow. Vous ouvrez, il suit. Le turn amène un 2. Vous pouvez ici jouer un check/fold.
En position: check turn, fold river si pas d'amélioration
• Vos chances de mener sont minces
• Les chances que votre adversaire se couche sont très minces
• Si vous checkez, vous pouvez vous couchez sans états d'âme sur la river si votre main ne s'y est pas améliorée.
En résumé : Les mains avec quelques outs, de la valeur à l'abattage ou des chances de bluffs doivent être ouvertes sur le turn.
Exemple : Vous relancez avec QTo préflop sur le bouton contre un joueur tight. Le flop est A72 rainbow. Il checke, vous ouvrez, il suit. Le turn est un 2. Vous pouvez ici faire un ckeck behind et vous coucher sur la river, s'il n'y a pas eu d'amélioration.
En position: check turn pour provoquer un bluff
• Vos chances de mener sont modérées mais assez importantes pour suivre une ouverture.
• Si vous menez, l'adversaire n'a guère d'outs.
• Votre adversaire ne suivra presque jamais avec une moins bonne main.
• Sur le turn, votre adversaire ne couchera jamais une meilleure main.
• Votre adversaire joue tight agressif.
C'est ce qu'on appelle la situation "way-ahead-or-way-behind". Elle est très très rare!!! On la démontrera mieux avec un exemple:
Hero est au bouton avec KQs, le BB est un joueur solide.
Preflop:
Hero raises, SB folds, BB 3-bets, Hero caps, BB calls
Flop: K 2 2 rainbow
BB checks, Hero bets, BB calls.
Turn: A
BB checks, Hero ???
Il faut checker. BB a soit un As, une pocket pair inférieure à QQ soit une monster hand. Puisqu'il est solide, il couchera QQ et inférieur face à une ouverture. Il suivra avec d'autres mains, ou bien nous donnera la migraine avec un check-raise. Si par contre, on fait un check behind, il ouvrira sans doute sur la river avec une main comme QQ, JJ,..., 55. On suit et on lui a ainsi soutiré un BB de plus. Et contre un As ou une monster, on aura perdu qu'un BB. Ajoutons qu'il n'est pas dangereux d'offrir une carte gratuite à QQ, JJ,..., 55 puisque ces mains n'ont que 2 outs !
Hors position: Conserver l'initiative
Hors position, il est essentiel de saisir l'initiative sur le flop si vous avez une main jouable. Si par exemple vous ouvrez sur le flop avec une made hand à peu près jouable près ou une bonne opportunité de semi-bluff, et que l'adversaire vous relance, vous devriez alors sur-relancer et ouvrir le turn. Les seules mains avec lesquelles vous ne devriez pas sur-relancer sur le flop sont les mains avec lesquelles vous comptez jouez check/fold si elles ne se sont pas améliorées au turn.
Les raisons:
Dans le cas d'un semi-bluff, vous obtenez, avec sur-relance sur le flop suivie d'ouverture sur le turn, une bonne fold equity et empêchez également un check behind de votre adversaire.
Avec une made hand vous générez un maximum de value.
Si l'adversaire a une bonne main, vous ne perdez en règle général qu'un SB de plus. Car si vous checkez le turn, l'adversaire ouvrira pour générer de la value et vous n'économiserez donc rien sur le turn.
Vous faites même parfois une économie, puisque après un flop sur-relancé et un turn ouvert, il est beaucoup plus facile de coucher certaines mains contre une relance de l'adversaire sur le turn ou de jouer le turn en check/fold suite à un cap sur le flop.
Exemple :
Hero est en SB avec 99 et relance first in. BB suit. Le flop est Js 8s 2h. Hero ouvre, BB relance. Hero devrait ici absolument sur-relancer et ouvrir le turn, pour les raisons citées plus haut.
Prendre l'initiative
Prenons une situation heads up sur le flop où votre adversaire a l'initiative.
Si vous checkez le flop, il va presque à coup sûr ouvrir. S'il est hors position et que vous suivez sur le flop, alors il ouvrira aussi le flop. Si vous êtes en position sur le turn, et que vous avez suivi sur le flop, alors il prendra souvent une carte gratuite par un ckeck behind.
On peut tirer le maximum de ce jeu standard de l'adversaire au moyen des réponses standard appropriées:
Hors position: check-raise flop, bet turn
si on est hors position avec une main jouable, on devrait choisir la séquence check-raise flop, bet turn. Avec une main à tirage, on s'assure ainsi une bonne fold equity sur le flop et le turn. Avec une made hand, on génère ainsi un maximum de value sur le flop et empêchons que notre adversaire prenne une carte gratuite par un check behind.
En position: call flop, raise turn
Avec cette tactique, on s'assure d'un coté une bonne fold equity pour les mains à tirages, et d'un autre une bonne value avec les made hands. Cette tactique permet de plus de bénéficier d'un abattage gratuit. Dans la plupart des cas, l'adversaire ne va pas sur-relancer le turn, ce qui nous permettra un check ou un value bet sur la river, selon la situation et la carte retournée. Nous nous sommes mis dans une situation idéale grâce à notre relance sur le turn.
Vous avez remarqué ? Un point intéressant :
Nombre d'entre vous auront sans doute remarqué que dans les séquences décrites ci-dessus, la façon de jouer une main à tirage ou une made hand ne change pas. La raison en est que le joueur shorthanded typique est mi-loose mi-agressif. Les séquences d'enchères optimales pour la value et pour le semi-bluff sont sensiblement les mêmes contre ce genre de joueur !
Les séquences standard optimales changent par contre face à des types de joueurs inhabituels. Et il arrive alors souvent que la séquence pour la value diffère de la séquence semi-bluff.
Adapter la séquence d'enchères au type d'adversaire
Les séquences d'enchères en heads up suivent de manière générale trois objectifs :
1. Maximiser la value
2. Maximiser du rapport fold equity / coût
3. Gérer les situations inhabituelles (way-ahead-way-behind, etc.)
L'objectif 1. est évident. Imaginez que vous avez touché une monster hand sur le flop. Vous souhaitez maintenant jouer de la façon qui, en moyenne, vous apportera le plus de profit. Vous voulez amener l'adversaire à investir le plus d'argent possible jusqu'à l'abattage.
L'objectif 2. est plus complexe. On désirerait ici amener l'adversaire à se coucher. Le rapport entre la fold equity générée et le coût de la séquence d'enchère est décisif.
L'objectif 3. regroupe les cas particuliers qui ne rentrent pas dans le cadre des deux premiers points. Il est difficile de traiter de ces situations de manière générale, elles doivent plutôt être étudiée au cas par cas, et ce n'est pas le sujet de cet article.
Concentrons nous donc sur l'objectif 1. et 2. contre différent type de joueurs. Partons d'abord du principe que le tableau n'est pas particulièrement dangereux, et ne présente pas de grandes menaces de tirages.
Objectif 1: Value
Contre un maniaque
Hors position: check/call flop, bet/3-bet turn
En position: call flop, raise/3-bet turn
Contre un joueur loose-agressif (LAG)
Hors position: bet/3-bet flop, bet turn
En position: call flop, Raise turn
Contre une calling station
Hors position: check/raise flop, bet turn
En position: raise flop, bet turn
Contre un rock (tight passif)
Hors position: check/call flop, bet turn
En position: call flop, bet/call turn
Contre un joueur tight-agressif (TAG)
Hors position: check/raise flop, bet turn
En position: call flop, raise turn
Dans le cas de tableaux menaçants, sans tirages, et de tableaux menaçants avec tirages, les ajustements suivants devront être apportés:
Avec un tableau menaçant mais sans tirage, en position, il ne faut pas relancer contre un joueur tight, mais suivre afin d'avoir une autre mise sur la river.
Avec un tableau présentant des menaces de tirages, il faut jouer avec une agressivité maximale contre un joueur tight.
Objectif 2: maximisation du rapport fold equity/ coût
Contre les maniaques
Laissez tomber! Amener un maniaque à se coucher n'est pas profitable. Jouez vos bons tirages en check/call.
Contre les LAG
Hors position: check/raise flop, bet turn ou check/call flop, check/raise turn
En position: call flop, raise turn
Contre les calling stations
Attention : contre les calling stations vous aurez besoin de plus d'outs afin qu'un semi-bluff soit profitable.
Hors position: check/raise flop, bet turn
En position: raise flop, bet turn
Contre les rocks (tight passif)
Hors position: check/raise flop, bet turn
En position: raise flop, bet turn
Contre les TAG
Hors position: check/raise flop, bet turn
En position: call flop, raise turn
Adapter la fréquence de vos semi-bluff aux types d'adversaires
Il faut que ceci soit bien clair: plus la chance que votre adversaire se couche contre un semi-bluff est mince, plus votre tirage doit être fort. Contre des rocks, ont peut même, selon le tableau, relancer avec des tirages n'ayant quasiment aucun outs, voire avec une main sans aucune valeur. Contre une calling station, il faut avoir au moins 6 outs pour qu'un semi-bluff vaille la peine. Contre des vrais maniaques, qui ne se couchent quasiment jamais, ce n'est même pas la peine de tenter un semi-bluff.
Concrètement cela signifie que vous pouvez par exemple placer un check-raise avec un gutshot contre un joueur tight agressif (toujours selon le tableau), mais que vous devez jouer check/fold avec le même tirage contre un maniaque!
Hors position sur la river en heads up
Jouer correctement la river en étant hors position est difficile, et doit être bien adapté aux adversaires. Avec une made hand moyenne, les actions les plus fréquentes sont check/call ou ouverture/call. Enumérons les avantages et inconvénients de chacune de ces actions :
| Adversaire en tête /vs Bet /vs Check | Bet / Call | Check / Call |
| 1) Oui / Raise / Bet (value-raise) | -2 | -1 |
| 2) Oui / Raise / Check (pseudo-bluff-Raise) | -2 | 0 |
| 3) Oui / Call / Bet (value-bet) | -1 | -1 |
| 4) Oui / Call / Check (passif) | -1 | 0 |
| 5) Oui / Fold / Bet (pseudo-bluff) | +P | -1 |
| 6) Oui / Fold / Check (pseudo-busted) | +P | 0 |
| 7) Non / Raise / Bet (bluff bet-raise) | +P2 | +P1 |
| 8) Non / Raise / Check (bluff-raise) | +P2 | +P0 |
| 9) Non / Call / Bet (pseudo-value-bet) | +P1 | +P1 |
| 10) Non / Call / Check (crying-call) | +P1 | +P0 |
| 11) Non / Fold / Bet (bluff-bet) | +P0 | +P1 |
| 12) Non / Fold / Check (busted) | +P | +P |
Explications :
Chaque ligne donne le coût ou le profit associé au move. En étant OOP on
a le choix entre b/c et c/c. La première colonne indique si
l'adversaire est en tête (oui/non) ainsi que la réaction de
l'adversaire face à notre move. Le résultat est donné en Big Bets. "P"
représente le pot.
+P2 signifie que notre move ne gagne pas seulement le pot, mais
également 2 BB supplémentaires. -1 signifie que nous perdons pas
seulement le pot (que vous perdez de toute façon), mais également 1 BB
supplémentaire (par rapport à check/fold).
La question est maintenant de savoir comment les différentes lignes
doivent être prises en compte. Tout dépend en fait de la probabilité associée
à chacune des lignes allant de 1) à 12) et de l'importance de
l'écart entre bet/call et check/call. Dans les cas 5) et 6), la
différence est en fait énorme. Le cas 3) est très probable lorsque l'on
à affaire à un TAG. Dans le cas d'un adversaire passif c'est plutôt la
4) qui est plus probable. Contre un maniaque ce sont les bluffs qui
sont très probables.
On remarque tout d'abord la chose suivante : si nous sommes
presque à coup sûr battus, alors un check/call n'entre pas en ligne de
compte. La question qui se pose est check/fold ou bet/fold.
La question du check/call ou bet/call se pose pour les mains
avec lesquelles nous ne savons pas comment nous situer, quand nous sommes
cependant certains que l'adversaire ne va pas coucher une meilleure
main.
Le plus important dans cette situation est le cas 10). Nous misons pour
la value, du fait que l'adversaire va toujours suivre sur la river avec
une main inférieure, avec laquelle il aurait sinon pris le
check/behind.
En fonction de la situation et de l'adversaire, les cas 1), 3), 4), 11)
sont donc les plus importants.