Mis à jour le 06 Juil 26 par

Le squeeze

Introduction

Dans cet article

  • Qu'est ce qu'un squeeze ?
  • Une situation idéale : BB vs. BU + SB
  • Importance des reads

Un squeeze est un bluff préflop, sous forme d'une grosse sur-relance, qui intervient après une relance initiale de la part d'un premier joueur, relance qui a été suivie par au moins un autre adversaire. Tandis que le premier joueur abandonnera sa main dans le cas idéal, étant donné qu'il est coincé entre plusieurs joueurs dont il ne sait pas ce qu'ils vont faire, le deuxième joueur et les suivants ont généralement une main qui n'est pas assez forte pour payer une telle sur-relance.

Cet article présente les
facteur sur lesquels reposent le succès ou l'échec d'un
squeeze, ainsi que la façon de réagir si la sur-relance
est suivie ou confrontée à un 4-bet.

Facteurs

L'image préflop à la table

Un des éléments les plus importants pour réussir
un squeeze est l'image que l'on a à la table. Plus on apparaît
tight et solide, ou plus on a joué passivement, plus notre
relance sera considérée comme signe de main forte, et
donc respectée.

Avoir une valeur PFR relativement
faible, par exemple de moins de 14 %, est assez utile afin de renvoyer
une telle image. Si il y a des joueurs réguliers à la
table, alors il peut être judicieux que cette valeur soit le reflet d'un échantillon de mains plus large, par exemple lors de mains jouées à
d'autres tables ou lors de sessions précédentes. Si on
a déjà fait un 3-bet lors de mains précédentes,
il est très important pour l'image d'avoir eu l'occasion
de montrer une monster comme QQ ou AK.

Une image agressive, en
revanche, avec par exemple une valeur PFR de 20 % ou plus, ou suite à des
sur-relances à répétition, sans avoir montré
une main forte à l'abattage, compromet fortement le succès du squeeze, car les adversaires se coucheront de moins
en moins.

L'image post-flop à la table

Cet aspect n'est pas aussi important, mais ne devrait pas être
non plus complètement ignoré. Si on est considéré
comme un bon joueur agressif post-flop, alors les adversaires vont
souvent vouloir éviter la confrontation pour un gros pot avec
une main marginale.

Les questions importantes sont ici :

  • Fait-on assez souvent de
    continuation bet après une sur-relance sur le flop ?
  • Fait-on assez souvent un second
    barrel sur le turn ?
  • Abandonne-t-on assez souvent un
    pot avec des mains fortes sans perdre un tapis complet ?
  • Fait-on assez de check-raise ?


Toutes ces questions devraient être répondues par
oui. Les beaux laydowns ainsi que les bluffs sur des tableaux peu
menaçants sont également des choses qui se gravent
aisément dans la mémoire des adversaires, et qui
facilitent un squeeze.

La position

Comme bien souvent, c'est un avantage énorme d'avoir la
position sur les adversaires, surtout en cas de gros tapis effectif.
Un squeeze hors position est plus difficile. Notre bet sur le flop
sera souvent suivi, et on se retrouvera sur le turn avec un gros pot
et une décision difficile. On est alors souvent amené à
faire des erreurs fort coûteuses, que seuls de bons reads et
une solide experience permettent d'empêcher. Et même ceci
ne garantit rien.

La taille des tapis

La taille des tapis a également son importance, aussi bien
son propre tapis, que celui des adversaires : le relanceur initial et
le joueur qui a suivi cette relance. Plus les tapis sont profonds, et
plus la cote implicite de notre main est donc élevée,
plus l'éventail d'un squeeze peut être large.

La
position, déjà évoquée dans le paragraphe précédent, y est également
intimement lié. Si par exemple on a une main relativement
forte, comme TT-QQ ou AQ et que l'on a un tapis relativement profond,
par exemple avec un tapis effectif situé entre 150 et 200 BB,
alors un squeeze, surtout hors position, est nettement moins
efficace. La raison est qu'avec notre main souvent modérément
forte post-flop, il est difficile de contrôler le pot. Si, en
revanche, on a une main avec une cote implicite élevée
(petite PP, connecteurs assortis) et que l'on est au button, alors on
peut sur-relancer bien plus souvent, car on aura alors, après
le flop, une main bien définie, présentant une
jouabilité importante, avec laquelle on arrivera souvent à
bien contrôler le pot.

L'effet tilt

Ici il convient de faire preuve d'un peu de doigté,
car, d'une part, notre move ne devrait en aucun cas être
interprété comme un tilt, et, de même manière,
il faut éviter d'essayer de 'squeezer' un joueur en tilt. Il
convient de faire attention à ne pas avoir perdu un gros pot
juste avant, car notre image instantanée poussera alors notre
move à souvent être considéré comme loose.
Pareillement, il est important qu'aucune des personnes impliquées
ne soient actuellement en tilt. Ce n'est pas facile à
reconnaître, mais si un joueur normalement solide se met à
essayer de jouer beaucoup de gros pot, et est nettement plus agressif
que de normale, ou vient de se prendre un gros badbeat, alors il
convient d'être prudent.

De plus, en faisant des
sur-relances à répétition contre un même joueur, on peut
provoquer chez lui un sentiment frustration. Il n'est alors pas rare de voir un
joueur qui ne va normalement presque jamais all-in, pusher avec AK ou QQ après le 3ème ou le 4ème reraise. Dans une telle situation vous pourriez également voir apparaître des mains plus faibles telles que Ax. Grâce à cela, vos monster ont une cote implicite plus élevée. Cet effet peut même se propager au reste de la table. En fait, si nous avons déjà fait plusieurs squeeze au préalable, notre EV sera beaucoup plus élevée avec des mains telles que AA.

Les joueurs impliqués
L'open-raiser

Des reads suffisants et fiable sur l'open-raiser sont une
condition 'sine qua non' pour ce move. Si vous n'avez aucune
experience avec ce joueur, alors il faut que la situation soit
vraiment idéale pour justifier un squeeze . Plus vous
connaissez le joueur, plus le move est profitable, surtout en cas de
call.

Il convient d'observer les caractéristiques
suivantes :

  • PFR : Plus l'adversaire a un PFR élevé,
    plus il va faire d'openraise avec une main marginale. Si, en
    revanche, l'adversaire est un rock, alors il va souvent avoir une
    main qu'il ne lâchera pas préflop (et ne devrait pas
    lâcher, en général).
  • Le VPIP voire le Call-PFR : Plus le joueur est tight
    avant le flop, plus c'est avantageux pour nous. Un VPIP élevé
    signale la tendance qu'a l'adversaire à aimer voir le flop,
    et un call-PFR élevé signalise une relative défiance
    ou alors une confiance en soi quant à ses qualités
    post-flop. Toutes deux ne sont pas vraiment souhaitables pour un
    squeeze.
    • Exception : Vous avez une main relativement forte. Alors vous
      devriez préférer un 3-bet au call. Certains adversaires
      ont un call PFR énorme tout en relançant très agressivement préflop. Si un tel joueur suit au bouton,
      il est souvent profitable d'utiliser TT/JJ et AQs pour un squeeze. Si
      l'adversaire suit, votre main reste une bonne main jouable.
  • Reads individuels :

1. L'adversaire relance-t-il, voire push-t-il avec ses
monster (AA, KK et AK) contre un 3-bet ? IP ? OOP ? Ou bien va-t-il
plutôt souvent, voire toujours, essayer de nous piéger
avec une telle main ?

2. Quelles sont ses habitudes face à
un continuation bet sur le flop ? Suit-il sur le flop avec des middle
paires ? Fait-il parfois une relance avec rien du tout ? Ou bien se
couche-t-il la plupart du temps face à une mise sur le flop
?

Le(s) joueur(s) du milieu (si il y en a)

Un relanceur en début de parole trouve ssouvent plus d'un
suiveur. Admettons que UTG relance et MP suive, CO suit et BU suit.
Hero est SB. MP et CO seraient alors les joueurs 'du milieu'. Si le dernier des suiveurs a en plus la possibilité
d'être le dernier à parler préflop, alors les
suiveurs du milieu sont dans la même situation que le relanceur
initial dans un squeeze : même si ils ne mettent pas le
sur-relanceur sur une main forte, ils ne peuvent être sûrs que
les mains derrière eux rendent un call ou une relance non
profitable. Puisque ces joueurs se trouvent alors dans une position
stratégiquement mauvaise (ils sont en squeeze et n'ont pas
signalé de mains fortes), ce sont les joueurs impliqués
que l'ont doit le moins craindre.


Il convient tout de même de faire attention aux
valeurs suivantes :

  • PFR : Plus cette valeur est élevée, plus
    la situation se prête à un squeeze. Les rocks
    pourraient decider de ne pas sur-relancer avec une main comme AK.

  • VPIP ou Call-PFR : voir pour la partie précédente
    : l'open-raiser

  • Reads individuels : Ce sont surtout les pièges
    avec les grosses pocket paires qui nous intéressent ici.
    Certains joueurs, surtout en début de parole, tendent à
    ne pas sur-relancer avec leurs mains très fortes, mais à
    simplement suivre. Ce n'est certes pas très fréquent,
    mais rend la situation radicalement différente, les rares
    fois où c'est le cas. C'est pourquoi il est très
    importants de prendre des notes lorsque vous voyez un joueur faire
    ca. Il est également important de noter si le joueur fait
    ensuite un nouveau call ou un 4-bet.

Le dernier "Caller"

Ce joueur a une position particulière et est donc le joueur
décisif à la table, avec l'open-raiser. D'une part, il
est très rare qu'il ait une mauvaise main, si il est assis en
fin de parole, surtout si il a fait un overcall après que
d'autres joueurs aient suivi une relance : l'option de soi-même
relancer est, dans sa situation, en général meilleure
qu'un call. De plus, il sait qu'il est le dernier joueur a parler et
ne doit 'craindre' aucune autre main. De plus, il a la fonction de
shérif de la table, qui est le dernier à pouvoir
découvrir des bluffs potentiels.

Si tous les joueurs se
couchent et que cet adversaire suit notre sur-relance, alors il faut
prendre trois choses en compte :

  • 1. Il n'a pour ainsi dire jamais une main forte comme AK ou
    QQ+ (il convient toutefois de ne pas complètement ignorer le
    PFR ici)
  • 2. Il a rarement une main faible comme 22-66 ou des
    petits connecteurs assortis. La cote implicite n'aurait en principe
    pas été suffisante pour suivre une sur-relance (il
    convient ici d'observer tout de même le tapis effectif)
  • 3. Il est souvent prêt à disputer le pot. Cette supposition
    est d'autant plus forte lorsqu'il a suivi une sur-relance élevée.
    Il aura alors souvent une main comme KQs, AJ/AQ ou encore des middle
    paires, comme 88-JJ.

Remarque : L'historique que l'on a eu
avec ce joueur est très importante. Si on a déjà
eu des pots très disputés face à lui, et si on a
par le passé fait quelques moves agressifs, alors il tendra à
nous suivre plus facilement. De plus, il n'est pas rare qu'il
s'éloigne de le ligne optimale afin de pouvoir nous 'stacker'

 

La taille de la sur-relance

Dans le processus de décision sur la taille de notre
relance, beaucoup des facteurs énoncés précédemment
doivent être inclus à la réflexion. Grosso modo,
je recommande un relance située entre 3 et 4 fois la relance
du relanceur initial. En position, vous devriez toujours faire une
relance un peu plus faible qu'hors position, où votre relance
devrait être sensiblement plus consistante. Si vous voulez
exclure tous les joueurs après le flop, alors il faut vous
assurer que votre relance suffit à leur casser la cote
implicite, c'est à dire les convaincre qu'ils ne
toucheront pas assez souvent le flop pour justifier un call préflop
coûteux.

Si, en revanche, vous prévoyez simplement de faire
preuve de force préflop, et d'arracher le pot au moyen d'un
continuation bet en cas de call, alors votre relance ne doit pas
nécessairement être astronomique. Une sur-relance est
déjà en soi une preuve de force. Ce type de move est
particulièrement rentable si un ou plusieurs joueurs suivent
énormément mais se couchent très souvent sur le
flop face à un contibet, ou si les tapis effectifs sont
tellement élevés que même une grosse relance sera
suivie.

La fréquence des 4-bet

Plus les limites auxquelles vous jouez sont élévées,
plus il est fréquent que les coups puissent être décidés
préflop. Tandis que l'on voit rarement un 3-bet aux petites
limites, les 4bets sont monnaie courante aux limites élevées.
Si votre table est très agressive, alors les 4bets sont plus
vraisemblables, or, les 4bets sont les ennemis du squeeze. Si vous
êtes assis a une table de ce type, il est préférable
d'éviter ce move.

Quelques catégories de mains

Grosses mains AK/AA/KK :

Avec ces mains, nous vous recommandons bien évidemment de toujours 'squeezer' – même si, dans ce cas, on ne peut pas vraiment parler de squeeze, ces mains
sont bien trop fortes pour ca.

Paires moyennes 88- QQ :

Attention, danger ! Pour être tout à fait honnête,
je ne relance pas volontiers OOP un open-raise en début de parole
et un suiveur, même avec QQ et JJ ! Même s'il est
vrai que je décide la plupart du temps de le faire tout de
même avec ces deux mains, dans une situation
comparable (à part en cas de bataille des blinds) je joue TT-88
pratiquement toujours pour la set value.

La raison est ici la
mauvaise jouabilité en cas de call. Nous avons une main
moyenne, il y aura souvent des overcards sur le tableau, et nous ne
pouvons être certain de ne pas jouer face à une pocket
paire plus élevée. Si notre contibet est suivi ou
relancé par un bon joueur solide, notre main a une valeur
comparable à 22. De plus, dans un pot simplement relancé,
on a une bonne déception et jouabilité.

Petites paires 22-77 :

Ces mains sont celles qui
ont ma préférence. Suite au contibet, nous avons
toujours une main dont la valeur est clairement définie –
Monster ou poubelle – et nous pouvons alors jouer en
conséquence.

Les mains solides AQ, AJs/ATs, KQs:

Quand je squeeze avec ces mains, c'est souvent contre un open-raiser
loose situé au CO ou au BU et contre un suiveur loose avec un
PFR élevé, car dans cette situation je peux avoir
confiance en la force de ma main. L'open-raiser peut avoir ici
beaucoup de mains et le caller loose aurait le plus souvent relancé
préflop avec une main supérieure à la notre, je
dispose donc d'informations précieuses. Je n'aimep as
spécialement les mains offsuited, inférieures à
AQ pour ce move. Nous risquons alors relativement souvent d'être
dominés, et ne touchons que rarement un tirage, avec lequel
nous pourrions pusher sur le flop via un 3-bet.

Connecteurs assortis + connecteurs à 1 trou (1 gappers) :

Pour jouer ces mains il me faut des conditions très
favorables, telles qu'un TAG très agressif préflop en
tant qu'open-raiser ainsi que la position. Le fait d'être deep
stack gagne en importance. Squeezer avec un connecteur assorti en
étant OOP est d'après moi dans la plupart des
situations une erreur. On dit souvent qu'avec ses mains on floppe
soit une monster soit une poubelle, mais je pense qu'en y regardant
de plus prêt cette affirmation ne tient pas, car il nous
arrivera souvent de toucher une paire et/ou un tirage, main vraiment
désagréable à jouer OOP.

Poubelle, Ax:

Voici ce que je pense de ces deux types de
mains : avant de relancer avec une main totalement inoffensive telle
que 96o, on peut tout à fait attendre d'avoir Ax. C'est
pourquoi je m'abstiens de squeezer avec une poubelle.

Les
mains de type Ax possèdent quant à elles deux très
bonnes propriétés :

  • 1. La chance qu'une bonne
    main, qui pourrait nous suivre, soit dans le coup s'en trouve
    amoindire.
  • 2. Contre toutes les mains à part AA nous
    avons une equity acceptable, et la probabilité à une
    table SH que quelqu'un ait AA quand on a déjà un As est
    inférieure à 1.5%.

C'est pourquoi je considère ces mains comme les plus
indiquées pour notre move, après les petites pocket
paires. Tout particulièrement A2s-A5s avec lesquelles on
touche souvent quelque chose et avec lesquelles on s'épargne
ainsi des décision difficiles via un push sur le flop. Avec
une equity acceptable contre presque toutes les mains (A3s vs Ako
31.5:68.5; A3s vs TT 33.3:66.6) elles sont de bonnes candidates pour le
squeeze.

Quelques bonnes situations pour un squeeze

BB vs BU+SB

La meilleure situation pour un squeeze. Aux limites supérieures
les vols de blinds agressifs sont tout particulièrement
utilisés. Et même aux limites inférieures, on
devrait toujours garder un oeil sur la valeur du Att. To Steal. Des
valeurs de ~35-40% ne sont pas rares.

Si un tel joueur
agressif effectue un open-raise au bouton et qu'il trouve un caller
au SB, quand je me trouve pour ma part au BB, il s'agit alors d'un
spot idéal pour un resteal. Le BU a souvent ici une main
horriblement faible telle que J7s, avec laquelle il ne peut en aucun
cas payer une sur-relance, avec ou sans la positon. Le SB, n'a pour
sa part pas relancé alors qu'il sait pertinemment que la main
de BU est la plupart du temps vraiment médiocre, ce qui
clairement un signe de faiblesse. Il lui sera donc très
difficile de payer un reraise. Ce joueur aura souvent une main
intermédiaire qui n'a rien d'exceptionnel telle que 22-99,
AT/AJ, KQ ou QJ. Et jouer OOP est loin de constituer une situation
idéale post-flop dans un pot qui a été
sur-relancé. Donc n'hésitez pas à expérimenter
un peu ces resteal, moi personnellement cela m'a beaucoup aidé.

SB/BB vs CO+BU

Cette situation est bien plus compliquée, car vous devrez
jouer OOP. Le principe est le même qu'énoncé
précédemment : les vols réalisés au CO
sont également très loose, souvent comparables à
ceux réalisés au BU. Cependant le BU a ici montré
une très grande faiblesse, plus grande encore que celle de SB
dans l'exemple précédent.

Ces analyses présupposent que vos adversaires
sont normalement agressifs et savent ce qu'ils font. Si un joueur
15/5 paye au bouton un steal du CO, alors je n'interpréterait
pas ça´forcément comme un grand signe de
faiblesse.

Si un joueur a TT au BU, il devrait normalement sur-relancer quasi
systématiquement suite à un open-raise du CO. S'il se
contente de payer il s'agira généralement d'une main
qui présente une bonne jouabilité dans un multiway pot
sans posséder une equity particulièrement élevée,
comme par exemple une petite pocket ou un connecteur assorti, voire
même JTo ou T9. Il s'agit donc de mains qui seront généralement
amenées à se coucher après une sur-relance, même
s'il convient de faire attention à ne pas tenter ce move trop
souvent sans avoir une main correcte.

Limp/Squeeze UTG

Tricky play. Vous ne devriez bien entendu pas l'utiliser trop
souvent, mais si vous jouez également limp/raise avec des
monsters, il s'agit d'un spot parfait pour devenir tricky et
représenter une grosse paire. Vous pourrez souvent remporter
le pot directement, au plus tard suite à un contibet.

L'EV d'un squeeze

Je vais maintenant vous montrer comment calculer l'EV du squeeze à
partir du d'exemples concrets. Plus notre fenêtre d'observation
est grande et plus nous avons de reads sur les différents
joueurs impliqués dans le coup, plus les résultats
obtenus seront précis.

Situation

Nous venons d'entrer sur la tablle avec 100 BB, avec lesquels nous
couvront BU et SB, et jouons le premier tour à cette nouvelle
table. BU a un Att. To Steal de 35% et un call-preflopraise de 4%
après ~1000 mains.Le SB a couché son blind 7 fois sur
11 face à un steal. Son Call-PFR est de 7% après 180
mains.

Notre main : A8o

Tout le monde se couche jusqu'au BU qui relance à 3.5 BB.
Le SB paye relativement rapidement. Nous identifions ici un bon spot
pour un squeeze et relançons à 14BB. J'aime bien cette
taille de relance. Nous n'investissons pas trop et nous ne donnons
pas une trop bonne cote implicite à des mains telles que les
petites pocket paires. Quelle devrait être la fold equity pour
que notre soit profitable en remportant le coup directement ?

Examinons la taille du pot au moment où nous avons la
parole :

3.5BB + 3.5BB + 1BB = 8BB (Rake négligée)

Selon moi le call n'est pas une bonne option, et je lui donne une
EV négative. L'EV d'un fold est de 0. Pour que notre move soit
EV+ par rapport aux autres laternatives, il doit donc s'accompagner
d'une EV>0.

EV(Squeeze) = p(C)*-(13BB) + p(F)*8BB =
p(C)*(-13BB) + (1-p(C))*8BB = 8BB -21BB*p(C) =>

C'est
bien le cas si : 21BB*p(C)<8BB, soit: p(C)<0.38
ist.

Etant donné que BU est stealer loose et n'a qu'un
Call-PFR relativement faible, je pense qu'il va coucher la plupart de
ses mains.

Regardons cela en nous basant sur un éventail d'open-raise
concret :

Partons du principe qu'un joueur avec une valeur moyenne de 35% de
steal, relance 1 main sur 4 au CO. Cela nous donc un ATS de 45% au
BU. Cette valeur correspondrait à peu prêt à
l'éventail suivant : 22+, A2s+, K2s+, Q9s+, J8s+, 53s+,
43s+, A2o+, K8o+, Q9o+, T8o+, 54o+

Pour SB nous n'avons malheureusement qu'un échantillon
limité de mains, mais nous pouvons déjà deviner
qu'il suit au SB avec un éventail de mains très large
(ce qui est absolument désastreux !). Ne lui donnons pas 35%,
mais plutôt un éventail ramené à 20% en
tenant compte de la variance de cette valeur et en décidant
d'opter pour la limite basse, ceci nous donne l'éventail
suivant : 22+, A2s+, KTs+, QTs+, 65s+, ATo+, KJo+, QJo, Jto.

Il faudrait que la probabilité qu'un des deux adversaires
suive soit inférieure à 38%. C'est le cas si la
probabilité que les deux adversaires se couchent est
supérieure à 62%, ce qui équivaudrait à
une probabilité pour chacun de se coucher d'environ 80%. Ceci
correspond à l'éventail pour un call ou un reraise de
BU suivant : 77+, ATs+, KJs+, AJo+, KQo – un éventail
vraiment loose selon moi.

Pour le SB, l'éventail serait plus resserré (nous
l'avons mis un éventail de 20%) et ressemblerait à
quelque chose comme TT+, AJs+, AKo.

Il serait trop optimiste de penser qu'un SB loose va coucher
autant de mains suite à notre sur-relance. Heureusement, un
élément joue en notre faveur. Le fait que SB n'a pas
sur-relancé après la relance de BU fait que la
probabilité qu'il ait une monster est moins grande. On
pourrait penser qu'il aurait sur-relancé avec 60% de
l'éventail que nous lui avons donné au début. La
probabilité de nous retrouver face à une grosse main
est donc plus faible, ce qui viendra compenser je fait de prendre un
éventail de call/reraise un peu plus réaliste et donc
plus large qui pourrait être : 77+, AJs+, KQs, Aqo+.

D'après moi ces éventails ne sont pas irréalistes.
Et s'ils s'avéraient exacts, nous nous trouverions alors dans
une situation dans laquelle le squeeze présente une EV
positive, et ce indépendamment de la main que nous avons. Au
passage, je vous fais remarquer que nous avons oublié de
prendre en compte le point suivant qui joue pourtant en notre faveur
: nous avons nous-même un As et la probabilité d'être
confronté à une main suffisamment forte pour un call
s'en trouve donc réduite.

En réalité notre EV est plus élevée
étant donné que notre main possède une certain
value post-flop. Contre les éventails attribués à
BU et SB nous aurions une equity de 30%. Et si notre situation en HU
contre BU ou dans un pot à 3 serait loin d'être
confortable, il convient de prendre en compte la jouabilité de
notre main si nous nous retrouvons en HU contre SB.

Vient
s'ajouter à cela que beaucoup trop d'adversaires couchent
beaucoup trop de mains en cas de contibet, et ce même dans les
pots sur-relancés. Si par exemple BU couche sa main face à
un contibet au 2/3 du pot dans 50% des cas, nous avons de nouveau
une très bonne situation EV+. Dans notre exemple EV(Conti)
= 0.5*31.5BB - 0.5*21BB = 5.25BB

Ceci reste positif même avec une fold equity moins optimiste
mais > 40%, et ce sans tenir compte là non plus de la
valeur réelle de notre main.

Un calcul qui prendrait en compte tous les facteurs seraient très
complexe et ne sera pas forcément d'une grande utilité
pour la plupart des lecteurs. Un tel calcul inclurait la fold equity
préflop, la fold equity du contibet, la possibilité
d'un rereraise, ainsi qu'une évaluation de l'EV de notre main
pour un raise sur le flop ou le turn en fonction du type
d'adversaires ainsi que des reads.

Finalement on se rendrait compte que sous certaines conditions, il
suffirait d'une fold equity préflop de seulement 40%(!) pour
que notre move soit EV+, pour peu que l'adversaire se couche HU dans
1/3 des cas suite à notre contibet. Voici les hypothèses
associées :

  • Nous avons une petite pocket paire
  • Nos adversairesnous pièges avec AA/KK préflop
    et push suite à notre contibet sur le flop avec ces mains.
  • Nous misons systématiquement au 2/3 du pot en HU.
  • Nous ne continuons à jouer en cas de call de SB et Bu
    que si nous avons touché notre set et nous nous donnons alors
    une cote implicite équivalente au pot sur le flop.
  • Si nous sommes payé ou relancé sur le flop et
    que nous n'avons pas touché de set, nous abandonnons
    systématiquement notre main. Si nous avons un set nous nous
    donnons une cote implicite de 60% du nouveau pot sur le turn.
  • Si nous sommes suivis préflop, nous nous retrouvons
    dans les 2/3 des cas en HU, dans un 1/3 des cas dans un pot à
    3.

Il s'agit sans aucun doute d'un résultat vraiment
impressionnant. Bien entendu les hypothèses sont
sous-optimales. Il faut bien remarquer le fait que nous n'envisageons
pas le 4-bet prélop, ce qui ne correspondra malheureusement
généralement pas à la réalité.
C'est ce dont je traite dans le dernière partie de cet
article.

Un peu de mathématiques

Pour ceux d'entre vous qui sont intéressés par la
formule incluant les hypothèses relatives au call préflop
et aux probabilités liées au contibet, voici ce que ça
donne :

EV(Squeeze) = p(F)*8 + p(C)*p(f|C)*18.5 +
p(CC)*1/8*71 + p(C)*p(c|C)*1/8*83.6 - p(C)p(c|C)*7/8*34 – p(CC)*13

Comment les reads peuvent-ils vous aider lors d'un squeeze ?

Nous sommes partis du principe que nous n'étions jamais
confrontés à un 4-bet. Et même si contre de
nombreux joueurs ceci est inexact, on trouvera des joueurs qui
conrrespondront à ce cas. Si vous avez réussi à
détecter un tel joueur, vous avez alors un 'monster read' sur
lui. Vos squeeze gagnent tout de suite en EV étant donné
que vous ne craignez jamais une sur-relance. Vous pouvez alors
sur-relancer avec un grand nombre de mains, surtout si vous êtes
deep, plutôt de vous contenter de payer pour la set value. Vous
augmentez bien sûr grandement la variance de votre jeu (comme
c'est pratiquement toujours le cas avec les bons moves agressifs),
mais également l'EV, et ce de façon conséquente.

Un autre read important, comme déjà évoqué,
correspond au fait de se coucher trop souvent contre vos contibets.
C'est une caractéristique que l'on trouvera chez certains
fish. Contre certains joueurs vous pouvez squeezer presque n'importe
quelle main au BU et remporter ensuite directement le pot sur le
flop. Ce sont des joueurs que l'ont pourrait qualifier de
loose/tight. Ils sont prêts à payer beaucoup pour voir
le flop, mais ils ont ensuite peur de poursuivre le coup sans une
bonne main. Il aimportant ici de ne pas trop en abuser si un thinking
player agressif se trouve à votre table, prêt à
vous bluffer souvent en sur-relançant à son tour.

Contre certains joueurs avec un Call-PFR élevé, vous
devriez faire attention avec les squeeze (bluff ou semi-bluff), à
moins qu'il ne s'agisse d'un de ces joueurs loose/tight. Vous devriez
en contrepartie avoir tendance à sur-relancer plus souvent
avec des mains intermédiaires telles que AQs ou 99+. Cela peut
vous conduire à des situations post-flop assez compliquées,
dans lesquelles vous ne savez pas toujours où vous situer
exactement, mais si vous avez la position avec une main qui peut tout
à fait être en tête, il s'agit du move le plus
profitable à long terme.

Par ailleurs, il est important de savoir comme vos adversaires
jouent AK, s'ils jouent 4-bet avec cette main et si oui depuis quelle
position. Il est également intéressant de savoir si les
4-bet de vos adversaires avec AK ne seraient pas d'une taille
particulière qui permettrait de les identifier. Si tel est le
cas on peut alors jouer très profitablement de nombreuses
pocket paires en payant le 4-bet. 

Et comme déjà évoqué : soyez attentifs
aux 4-bet à la table ! Si votre victime est un joueur qui
4-bet agressivement au BU, laissez alors de côté
quelques bluffs, et ayez tendance à plus sur-relancer avec des
mains fortes ou intermédiaires afin d'extraire de la value !

En résumé


Si le squeeze est un move très efficace dans
l'arsenal du joueur de poker, il requiert cependant de jouer en étant
plus attentif, plus concentré, en observant en permanence les
adversaires. L'image qui est la nôtre, la façon de jouer
des adversaires, la position relative que l'on occupe par rapport à
eux, ainsi que la taille des tapis, tels sont les facteurs qui
interviennent dans le succès d'un squeeze.

Même si ceci pourra sembler être une évidence,
la première condition pour qu'un squeeze soit envisageable,
c'est que les adversaires soient capables de se coucher. Il faut
également que l'éventail des adversaires, et tout
particulièrement de l'open-raiser, soit suffisamment large
pour qu'ils soient régulièrement amenés à
jeter leurs cartes sans se poser de question.

Si l'on se décide pour un squeeze, il convient alors de
prendre en compte le fait qu'en cas de call nous allons jouer dans un
pot relativement gros, et qu'il faut être capable de jouer dans
une telle situation. Il serait erroné de ne considérer
le squeeze que comme un simple bluff qui vise à faire coucher
directement leur main aux adversaires.