Mis à jour le 13 Mar 26 par

Stratégie à la bulle (1) : Introduction

Bubble1

Avant de lire cette leçon, vous devriez avoir lu :

Vous devriez maintenant être familier avec le concept de prime de risque, selon lequel vous avez besoin d'un surplus d'equity en plus de votre cote du pot, afin de pouvoir profitablement suivre une mise. Ce surplus d'equity est particulièrement élevé lors de la bulle et de la phase qui la précède. C'est là que les derniers joueurs "non payés" se font éliminer. Cette phase d'un tournoi est appelée la phase de bulle.

On peut parfois retrouver des dynamiques comparables à celle de la phase de bulle à d'autres moments du tournoi. Cependant, c'est à la bulle qu'elles sont les plus prononcées. En conséquence, savoir gérer de telles situations est une compétence sur laquelle il est important de travailler.

Dans ce module, vous découvrirez ce à quoi votre plan de jeu devrait ressembler lors de la phase de bulle, en fonction de la taille de votre tapis par rapport à celui des autres joueurs. Vous découvrirez également en quoi les situations de bulle varient en fonction des différents types de SnG.

Vous trouverez des conseils spécifiques aux stratégies de bulle des variantes SnG les plus populaires dans les leçons suivantes.

La phase de bulle

Bien entendu, il n'est pas possible de tracer une ligne et dire "et voici où la phase de bulle commence". La dynamique de bulle croît progressivement et s'intensifie au fur et à mesure que le tournoi se rapproche de la vraie bulle. Plus vous allez accumuler d'expérience et plus vous apprendrez à apporter une adaptation graduelle à ces dynamiques.

Mais pour le moment et pour le bien de cette leçon, il nous faut déterminer précisément ce que l'on nomme phase de bulle.

Nous allons désormais considérer que la phase de bulle débute lorsqu'il y a 20% de joueurs restants de plus que ce qu'il resterait à la bulle.

Par exemple, dans un SnG à 9 joueurs avec une structure de paiement standard, il reste 4 joueurs à la bulle. On considère donc que la phase de bulle commence à 4*(100%+20%) = ~5 joueurs restants. Dans un SnG à 180 joueurs dont 27 sont payés, il reste 28 joueurs à la bulle. La phase de bulle débute donc avec 28*(100%+20%) = ~34 joueurs encore en jeu.

Vous pouvez vous entraîner à faire de calcul pour tous les autres types de tournoi auxquels vous participez. Lorsque vous jouez à un format de SnG donné, vous constaterez que la dynamique devient sensiblement plus "bullesque" aux alentours d'un certain seuil.

Mettre la pression pendant la bulle

La première chose que vous devriez vous demander durant la phase de bulle d'un tournoi est si vous êtes dans une situation vous permettant de mettre la pression sur les autres joueurs. Cela dépendra bien plus de la taille de votre tapis par rapport à celle des joueurs restants à parler que de la taille absolue de votre tapis, mesurée en BB.

Vous devriez considérer une situation de phase de bulle comme adéquate pour mettre la pression, lorsque tous les joueurs restants à parler ont :

  • soit un tapis plus petit que le vôtre
  • soit un tapis plus gros que vous, mais avec lequel perdre un all-in face à vous leur coûterait une grosse part de leur tapis, ce qui compromettrait donc leur chance de toucher de l'argent
  • soit encore un tapis plus gros que le vôtre avec lequel ils arriveront dans l'argent même en perdant un all-in face à vous, mais s'il s'agit de joueurs très tight-passifs qui ne tireront pas avantage de cette configuration de tapis à moins "d'avoir une vraie main".

Ci-dessous, vous trouverez une situation simple dans laquelle vous êtes en bonne posture pour mettre la pression :


Votre plan de jeu par défaut dans un spot dans lequel vous êtes en bonne posture pour mettre la pression devrait être le suivant.

Vous devriez faire un open raise avec la plupart des mains et ne faire d'exception que lorsque vous avez une main faible ET en fonction des tailles de tapis ou tendances adverses (par exemple, si vous avez de fortes chances d'être suivi/relancé malgré le fait que vous êtes en bonne posture pour mettre la pression). Vous devriez éviter d'attaquer les joueurs qui peuvent opter pour des calls light. Certes, ces derniers leur sont dommageables, mais ils le sont également pour vous. Au final, ce sont tous les autres joueurs qui en profitent, en raison de l'ICM. Un call avec des mains marginales de la part d'un autre joueur poussera l'un d'entre vous à perdre une grosse part de son tapis. En conséquence, ce sont les joueurs restants (ne participant pas à la main all-in) qui se rapprochent de l'argent et voient donc leur EV augmenter.

Votre approche par défaut devrait être d'opter pour des minraises, tout en gardant en tête qu'un push est une meilleure option dans les situations dans lesquelles les joueurs derrière vous sont tights face à un all-in mais loose dans le comportement de reshove face à un minraise. Cela dépendra fortement de la configuration des tapis et des tendances de vos adversaires.

S'il y a une relance avant vous, vous devriez considérer la combinaison de votre fold equity, votre equity à l'abattage si vous êtes suivi et la prime de risque nécessaire. Vous vous basez ensuite sur tout cela pour choisir entre un shove et un fold. En revanche, il est rare que le call soit justifié.

S'il y a déjà un all-in lorsque c'est à vous de parler, alors vous devriez procéder conformément aux consignes données dans la leçon Le jeu préflop : suivre et isoler les all-in. Ici, la bonne nouvelle est que vous n'avez pas trop à craindre un overcall. Ceux-ci se font extrêmement rares dans les situations de bulle.

Que faire lorsque vous ne pouvez pas mettre la pression

Il arrive qu'il soit peu probable que des occasions de mettre la pression se présentent. Cela est surtout fréquent lorsque vous avez un petit tapis durant la phase de bulle. Dans de tels cas, vous n'avez plus que deux possibilités : laisser passer l'orage ou tenir tête.

Un exemple d'une situation inappropriée pour mettre la pression :


Le processus permettant de calculer si vous devriez tenir tête est comparable à celui des situations où vous avez un gros tapis et êtes confronté à une relance devant vous. La différence principale survient lorsque c'est l'adversaire qui vous couvre. Dans un tel cas, la prime de risque est nettement plus élevée, ce qui fait que votre range devrait être bien plus resserrée.

Si tout le monde se couche jusqu'à vous tandis que vous avez un petit tapis, vous ne devriez pas envisager de minraise. Vos options se cantonnent à un push ou un fold et, une fois encore, votre décision dépend de la combinaison de votre fold equity, votre equity à l'abattage en cas de call et la prime de risque requise.

Si vous ne pouvez pas mettre la pression et qu'il n'est pas profitable de tenir tête, alors il vous faut laisser passer l'orage. Dans un STT, vous ne pouvez pas faire grand-chose d'autre que de vous coucher et essayer de manipuler la montée des blinds de telle sorte que ceux-ci augmentent immédiatement après votre tour de blind.

En revanche, dans un SnG à 90 ou 180 joueurs, où la bulle se joue sur plus d'une table, vous devriez non seulement influer sur la montée des blinds, mais également faire usage de tout le temps de réflexion dont vous disposez, afin d'augmenter les chances que quelqu'un d'autre se fasse éliminer à une autre table avant que vous ne soyez forcé de risquer le tout pour le tout.

Par ailleurs, si vous tenez tête tandis que le tournoi n'est pas encore en "hand-for-hand" et qu'il y a de plus petits tapis aux autres tables, vous devriez vous efforcer de faire durer la main le plus longtemps possible. Cela comprend le fait de garder un seul jeton au lieu de vous mettre all-in, ce qui vous donnera l'occasion de faire usage d'encore un peu plus de temps de décision.

Les différences entre les divers formats de SnGs

different sngs

Dans les quelques leçons à venir, nous allons vous fournir quelques conseils approfondis sur comment approcher la phase de bulle dans les différents formats de SnG.

Cependant, après avoir lu cette leçon, vous devriez être en mesure de comprendre les différences de base des approches du jeu à la bulle.

Jetons-y donc un œil :

  • La prime de risque dépend fortement de la structure de paiement. La taille de la prime de risque dicte vos ranges. Plus la prime de risque est élevée, plus vous devriez avoir une range de call resserrée et une range de push large (face à des joueurs craintifs ou réfléchissant un tant soi peu). Vous remarquerez que la prime de risque la plus élevée se rencontre dans les DoN et les satellites.
  • La bulle d'un STT ainsi que des tournois à 18, 27 ou 45 joueurs se joue sur une seule table, tandis que la bulle des SnG à 90 ou 180 joueurs se joue sur plus d'une table, ce qui permet de mieux gagner du temps, mais pose également quelques problèmes statistiques. En effet, la prime de risque est plus difficile à calculer sur plus d'une table restante, en raison des problèmes posés par le calcul de l'ICM sous-jacent.
  • La bulle d'un STT ou d'un SnG à 18 joueurs se joue en shorthanded, tandis que la bulle des tournois à 45 et 180 joueurs se joue plus ou moins sur une table full ring. Cela implique des ranges plus tights dans les SnG MTT que dans les STT et oblige les petits tapis à tenir tête plus vite dans un STT.

En résumé

Dans cette leçon, vous avez appris que :

  • La phase de bulle se distingue par une dynamique particulière dans laquelle les ranges de calls sont extrêmement tight et les ranges d'open raises peuvent être extrêmement larges.
  • La phase de bulle débute généralement avec 20% de joueurs en plus que ceux qui seront encore en jeu lors de la bulle effective.
  • Dans les situations dans lesquelles vous pouvez mettre la pression, vous devriez le faire sans pitié. Lorsque vous ne pouvez pas le faire, vous devriez tenir tête lorsque c'est profitable, mais devriez avant tout chercher à laisser passer l'orage.