Continuation bets pour joueurs confirmés
Introduction
Dans cet article
- Un contibet n'a pas besoin de fonctionner souvent
- Un check peut parfois avoir une EV supérieure
- Les conditions pour un second barrel
Une fois arrivé aux limites supérieures, les choses sont telles que vous connaissez parfaitement vos adversaires et que ceux-ci savent également à peu près comment vous jouez. Les joueurs complètement inconnus se font tout simplement plus rares. Et si votre adversaire vous connaît, on peut alors se demander si le jeu standard est toujours la meilleure solution.
Cet article aborde deux problèmes typiques. D'une part se pose la question de savoir si vous devez faire systématiquement un contibet, et d'autre part la question de savoir dans quels cas un second barrel, c'est à dire un deuxième bet au turn, est indiqué.
Contrairement à d'autres articles qui traitent de problématiques bien plus simples, il n'est pas possible ici de donner une ligne de jeu précise pour chaque situation. Vous allez devoir vous concentrer sur chaque adversaire afin de prendre la bonne décision.
Quelle doit être la taille de votre continuation bet ?
La première partie de cet article traite de la fréquence avec laquelle un continuation bet doit fonctionner, à savoir conduire à un fold adverse, pour être profitable. Il sera également expliqué pourquoi une telle mise ne devrait pas dépasser les 1/2 - 2/3 du pot.
Vous devriez commencer par étudier les mathématiques qui se cachent derrière le continuation bet. Il est important de savoir avec quelle fréquence un contibet doit fonctionner pour être profitable. La taille du continuation bet aux limites hautes (à partir de NL200/400) devrait se situer aux alentours de 1/2 - 2/3 du pot. Les mises plus élevées constituent l'exception, car soit vous vous trouvez face à plusieurs adversaires et pour miser vous devez forcément avoir une main faite, soit vous êtes en heads-up et une mise plus élevée n'a pas sa place.
La réponse est en fait très facile et peut être formulée simplement : Si le continuation bet fonctionne, vous gagnez deux fois la mise effectuée. Le continuation bet doit donc fonctionner 1 fois sur 3 pour être profitable.
Ici on obtient une valeur de 40%. Si l'adversaire se couche dans 40% des cas face à un bet aux 2/3 du pot, alors cette mise est profitable. Mais pourquoi miser aussi peu ? Afin d'y répondre, intéressons-nous de plus près aux mathématiques.
Si le tableau ne présente pas de tirages, par exemple K72 rainbow, et que vous avez AKo, alors votre adversaire possède dans le meilleur des cas 5 outs contre vous (les tirages backdoor ne peuvent être comptabilisés en tant qu'outs que dans le cas d'un all-in, car ils ont besoin de deux cartes, turn et river, pour s'améliorer, et qu'une nouvelle mise suivra au turn).
Avec 5 outs l'adversaire touche le turn dans environ 12% des cas. Mais dans le cas d'une mise à 1/2 du pot il a une cote du pot de 1:3. Cela représente une grosse différence. Même en comptant la cote implicite si il vient à toucher, c'est loin d'être suffisant pour justifier un call.
Si le tableau est favorable aux tirages, alors vous augmentez simplement votre mise aux 2/3 du pot. Pour que ceci soit justifié le tableau devrait cependant offrir plus qu'un simple tirage couleur ou quinte, étant donné qu'en heads-up un tirage reste assez peu probable chez l'adversaire.
Après avoir vu comment effectuer correctement un continuation bet et avoir découvert la fold equity nécessaire, le chapitre suivant s'intéresse à la question de savoir dans quels cas effectuer ou non un continuation bet.
Quand faites-vous un continuation bet ?
Vous avez sans doute déjà entendu parler du fait que vos lignes doivent être équilibrées ("balanced"). Ceci doit permettre d'éviter que l'adversaire soit capable d'identifier votre main à partir de votre séquence d'enchères. C'est en soit une bonne chose. On devrait cependant tenir compte du type d'adversaire contre lequel on joue. Contre des fish qui se concentrent avant tout sur leur jeu et leurs propres cartes, il n'est souvent pas nécessaire d'utiliser le balancing.
N'oubliez pas : il est certes nécessaire d'utiliser le balancing contre des adversaires attentifs, mais contre les autres adversaires ceci réduit vos gains étant donné que vous vous écartez alors de la ligne optimale qui présente la meilleure EV ! De plus vos lignes sont également contrebalancées si vous jouez Ligne A contre Adversaire 1 et Ligne B contre Adversaire 2. Aucun adversaire ne pourra alors savoir exactement ce que vous avez.
Cette situation ne se produit sans doute pas aussi souvent qu'aux limites inférieures, mais elle se produit tout de même encore de temps en temps. En principe, on peut dire que contre un inconnu, vous ne commettez aucune erreur en continuant à faire systématiquement un contibet. Vous avez vu plus haut que le contibet n'a pas besoin de fonctionner souvent pour être profitable et comme vous ne savez rien sur l'adversaire, le fait de miser n'est en aucun cas une erreur.
Il s'agit de la seule situation dans laquelle vous devriez envisager de faire l'impasse sur un contibet. Vous avez vu plus haut qu'il suffit que le contibet fonctionne dans 33% des cas pour être profitable. Ce point est très important car il vous montre que les situations dans lesquelles vous laisserez le contibet de côté seront plutôt rares.
Le fait d'effectuer ou non un contibet dépend d'une part du jeu de l'adversaire, et d'autre part de votre position. Commençons par jeter un oeil aux statistiques Elephant qui doivent être prises en compte dans votre décision.
Vous devez en effet savoir quelles sont les données dont vous devez tenir compte. Il s'agit des stats suivantes :
- Aggression Factor AF
L'AF vous indique le niveau d'agressivité de l'adversaire à partir du flop. Le Flop-/Turn-AF vous indique de la même façon le niveau d'agressivité de l'adversaire au flop ou au turn.
- Éventails de Coldcall et de Limp/Call
Ces deux valeurs vous donnent l'éventail de mains avec lesquelles votre adversaire paye une relance avant le flop.
- Fold To Contibet
Avec quelle fréquence l'adversaire se couche-t-il face à un contibet ?
- Raise Contibet et Call Contibet
Avec quelle fréquence l'adversaire relance-t-il ou bien paye-t-il votre contibet ?
À l'aide de ces quatre données vous pouvez vous faire une idée de la façon dont l'adversaire risque de réagir à votre contibet.
Vous faites plus souvent un contibet en étant OOP qu'en étant IP. Cela vient tout simplement du fait que vous ne pouvez pas prendre de carte gratuite, ni prendre le check/behind contre un adversaire très agressif. Quand pouvez-vous abandonner le contibet en étant OOP ? Voici pour y répondre un exemple dans lequel l'adversaire joue limp/call.
NL 1000$
Hero: 200$
Hero is SB/ BB with K
Preflop: Utg1 calls 10, 8 folds, Hero raises to 50 $, UTG 1 calls
Flop: 2

Hero???
Prenons trois types d'adversaires différents :
- Joueur x: 20/10/2/20 (VPIP/PFR/AF/WtSD)
- Joueur y: 10/7/2,5/23
- Joueur z: 40/20/0,8/28
Contre l'adversaire x vous devriez faire un contibet à tout prix. Comme déjà expliqué, il ne doit fonctionner que dans 33,3% des cas. Ce joueur possède un large éventail de mains avec lesquelles il peut jouer limp/call. On y trouve les pocket paires, quelques monsters ainsi que des connecteurs. On peut faire confiance à cet adversaire pour coucher les connecteurs et dans quelques cas les pockets les plus faibles (pas toujours mais tout de même de temps en temps). Au final, il se couchera dans plus de 33% des cas.
Que faire contre l'adversaire y ? Ici c'est différent. Cet adversaire est très tight et il n'aura que peu de connecteurs dans son éventail. On devrait le mettre ici sur des pockets et de temps en temps sur un monster. Même s'il a une main du type Ax, il ne la couchera presque jamais du fait de son gutshot. Il ne couchera pratiquement aucune main de son éventail. Ax ne se couchera pas du fait du gutshot et des overcards, les pockets non plus. Et son éventail n'est pas beaucoup plus large.
Étant donné qu'avec KQ nous n'êtes pas en en tête face à un bluff avec A-high, il s'agit d'une des rares situations, si l'on dispose de statistiques fiables, dans lesquelles vous pouvez laisser tomber le contibet en étant OOP, même si ceci ne doit pas devenir systématique. Dans ce cas vous joueriez check/fold.
Contre l'adversaire z il doit être clair dès le départ que vous ne pouvez pas faire l'impasse sur le contibet. Son éventail est ici tellement large qu'il va souvent devoir se coucher et ce malgré son WtSD élevé. Si jamais il venait à suivre sur le flop, il s'agirait au passage du spot et de l'adversaire idéal pour un nouveau bet au turn.
Bien entendu, il y a bien d'autres spots dans lesquels il est justifié de ne pas faire de contibet. On ne peut cependant pas généraliser. Voici quelques unes des situations possibles :
-
Vous avez une main avec des outs et un adversaire qui ne mise que rarement. Il vaut peut-être alors mieux prendre la carte gratuite. Bien entendu vous n'abandonnez le contibet que si son EV est négative ou seulement légèrement positive. L'avantage de laisser de côté un contibet qui présente une EV légèrement positive, c'est que contre un adversaire prêt à payer vous gagnerez plus si vous touchez un de vos outs.
- Vous équilibrez votre ligne avec une bonne main. Ceci est indiqué contre des joueurs agressifs afin de jouer check/call ou check/raise plutôt que de miser directement.
En résumé : Il n'y a que très peu de situations dans lesquelles vous allez laisser tomber le contibet en étant OOP. Réfléchissez aux éventails envisageables pour votre adversaires, et déterminez si vous amènerez assez souvent votre adversaire à se coucher. Il n'arrivera que rarement que ce ne soit pas le cas. Un autre spot correspond à un adversaire passif et qui ne se couche pas souvent. Il peut alors être indiqué de se contenter de checker.
Si le jeu en étant OOP était encore relativement simple et assez limité à cause du désavantage de position, le jeu IP est bien plus riche. Vous avez en effet quelques possibilités supplémentaires. Vous pouvez par exemple prendre des cartes gratuites dans des situations indiquées, lorsque celles-ci vous aident davantage que votre adversaire.
Bien entendu, je jeu en étant IP dépendra également de chaque situation. Il n'existe pas de chart qui vous dit : ici vous misez et ici il vaut mieux laisser tomber. Ceci dit, quand pouvez-vous prendre le check/behind et quand vaut-il mieux miser ?
La phrase précédente résume bien l'idée. Ou bien vous jouez check/behind parce que le contibet n'offre pas assez de fold equity, ou bien vous jouez check/behind parce que le bluffinduce vous apporte plus de value que le contibet. Dans tous les autres cas vous faites un contibet au flop.
Encore une fois, vous ne faites pas de contibet si votre adversaire ne se couche pas assez souvent. Les exemples sont similaires à ceux qui ont été donnés dans le chapitre sur le jeu OOP. Vous devriez pour ce faire tenir compte de certaines statistiques adverses. Si votre adversaire a par exemple un Flop-AF élevé et relance souvent le contibet, alors il peut s'avérer judicieux de laisser le contibet de côté. Vous devez cependant tenir là encore compte du fait que le contibet n'a pas besoin de fonctionner souvent pour avoir une espérance de gain positive.
Si le contibet ne présente qu'une espérance de gain relativement faible, parce que l'adversaire devrait par exemple se coucher dans 40% des cas, alors il peut s'avérer plus judicieux, surtout contre des adversaires agressifs, de jouer check/behind avec de bons outs. Si vous touchez vous serez ensuite bien payé et votre EV augmente. Examinons un exemple.
NL 1000$
Hero: 200$
Hero is BU with K
Preflop: 5 folds, MP 3 calls 10$, CO folds, Hero raises to 50 $, 2 folds, MP3 calls 40$
Flop: J

Avec ce flop, sur lequel vous pouvez vous donner sans problème 8-9 outs, il peut s'avérer judicieux de se contenter d'un check/behind. Si on considère que l'adversaire se couche dans seulement 40% des cas, alors un contibet à 1/2 du pot est bien entendu EV+, mais le check/behind présente éventuellement une EV supérieure. Calculons ceci de façon plus précise.
Le pot contient environ 100 $ (pour simplifier). Le coût du contibet est de 50 $ et le contibet remporte le pot dans 40% des cas.
EV= Foldequity * Pot - (100-Foldequity) * Coût
EV= 40% * $100 - 60% * $50
EV= $40 - $30
EV= $10
Avec un contibet, le gain moyen est donc de 10 $.
Regardons ce qu'il en est contre un adversaire agressif. Vous pouvez certainement vous donner 8 outs décomptés sur ce tableau. 8 outs ont une probabilité d'environ 17% de tomber au turn. Dans tous les autres cas vous vous couchez contre un bet au turn, à moins que la cote et les outs vous permettent de suivre. Pour simplifier nous imagions que Villain va miser dans tous les cas au turn, La mise de Villain sera généralement aux 2/3 du pot.
EV = 17 % * $166 + 83% * $0
La première partie de la formule correspond à votre EV si vous touchez, la deuxième partie à votre EV si vous vous couchez au turn. Cette dernière est bien entendu de 0, étant donné que vous n'investissez plus d'argent. Il peut bien entendu arriver que Villain se mettre All-In face à votre relance, ce qui vous donne une cote implicite encore plus élevée. Mais pour simplifier nous allons considérer que la mise aux 2/3 du pot représente votre gain moyen, ceci étant compensé par les fois où vous êtes battu au turn malgré le fait que vous avez touché votre tirage.
EV = 17% * $166 + 0
EV = $28,22
Vous voyez donc que l'EV d'un check/behind dans cette situation est supérieure à celle d'un continuation bet. Il y a donc des situations dans lesquelles le check/behind constitue l'option de jeu la plus profitable. En moyenne, le gain estimé de 2/3 du pot au turn représente une bonne hypothèse. En pratique il faudra bien entendu tenir compte du fait que l'adversaire ne va pas toujours miser.
Bien entendu il existe d'autres situations dans lesquelles un check/behind peut s'avérer judicieux. Vous pouvez essayer de les découvrir en suivant la démarche présentée plus haut. Pensez cependant à la chose suivante : il est presque impossible d'être sûr à 100% que tel ou tel spot est meilleur qu'un autre du fait du nombre considérable de facteurs qui interviennent. Mais vous devriez cependant développer un certain feeling. Encore une fois, l'objectif n'est pas de faire un move qui présente une EV positive, mais bien le move qui possède l'EV maximum.
Dans quels cas un second barrel est-il indiqué ?
Vous vous êtes sans doute déjà souvent posé la question suivante : quand puis-je placer un second barrel au turn ? Là encore tout dépend de la fréquence avec laquelle l'adversaire se couche au turn. Cela dépend d'une part de l'adversaire en lui-même, et d'autre part également de la carte du turn, voire de la texture du tableau en général.
Le "Fold to Contibet" et le "Fold to Turnbet" constituent deux bons points de repère. Il existe des adversaires qui suivent très souvent au flop, uniquement pour voir votre réaction au turn. Si le Fold to Turnbet est très élevé, alors un deuxième bet est, bien entendu, clairement recommandé. Si vous identifiez un adversaire qui possède une FBS (Fixed Betting Sequence) au flop, alors misez également au turn car c'est seulement à ce stade du coup que le jeu commence vraiment.
Les choses se compliquent grandement quand l'adversaire ne correspond pas à ce profil. Si, en moyenne, il ne se couche pas suffisamment souvent au turn, alors vous devez regarder plus attentivement quelle carte est tombée au turn. Si c'est une blank, alors la fold equity ne va certainement pas augmenter. Si par contre il s'agit d'une carte appartenant à votre éventail, alors vous gagnez en fold equity et pouvez donc placer profitablement un 2nd barrel.
Vous pouvez déterminer la fold equity de la même façon que pour un contibet au flop. Commencez par déterminer l'éventail possible de votre adversaire, et les mains qu'il va coucher au turn. Vous pouvez ensuite déterminer si cela vaut le coup de miser de nouveau au turn du fait que l'adversaire se couche suffisamment souvent. Si ce n'est pas le cas, alors vous checkez en espérant une carte gratuite.
Un adversaire passif qui se contente de suivre constitue une exception intéressante. Vous devez de nouveau faire intervenir vos outs dans l'équation. Si il se couche par exemple dans seulement 30% des cas, mais que vous avez 5 outs que vous allez toucher dans 12% des cas, alors l'EV est de nouveau positive, car l'EV manquante vous est fournie par les outs.
De façon générale, vous pouvez déterminer l'EV d'un second barrel comme suit :
EV = Foldequity * Pot – (1-Foldequity) * Coût + (1-Foldequity) * (Outs * 0,02) * Pot
Le premier terme indique combien vous gagnez à travers le contibet. Le deuxième terme indique la fréquence de call adverse. Si l'adversaire suit en effet, alors le troisième terme apparaît : avec quelle fréquence allez-vous toucher et combien gagnez-vous. On donne pour ce faire une probabilité de 2% à chaque out, d'où le terme 0,02.
En résumé
L'un des enseignements clé de cet article est le suivant : un continuation bet n'a pas besoin de fonctionner si souvent que ça pour être profitable. Dans le cas d'un contibet à la moitié du pot, l'adversaire n'a besoin de se coucher que dans 33,3% des cas.
Vous devriez donc continuer à faire des contibets contre les joueurs inconnus. Contre des adversaires bien connus, il peut être parfois judicieux de laisser le contibet de côté. C'est le cas lorsque le check présente une EV supérieure à celle du bet.
Une telle situation peut se présenter par exemple lorsque vous avez des outs ainsi que la position sur un adversaire qui se couche rarement. Si vous êtes hors position, vous pouvez faire l'impasse sur le contibet si l'adversaire mise rarement, ou bien afin d'équilibrer votre ligne contre un adversaire agressif en jouant check/call ou check/raise avec une bonne main plutôt que de miser directement.
Le continuation bet reste cependant l'une de vos armes les plus efficaces. Avant de la laisser de côté, vous devez être sûr d'avoir de bonnes raisons de le faire, et bien identifier les spots dans lesquels c'est envisageable.
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