Mis à jour le 13 Mar 26 par

L'intérêt d'un calldown

sinneines

Introduction

Dans cet article

  • Peut-on appliquer le principe de calldown comme on le connaît en Fixed Limit, au No Limit ?
  • Quelles sont les différences dans l'application d'un calldown
  • Quand jouer une ligne apparentée au calldown

Ceux d'entre vous qui ont joué un temps en Fixed Limit Hold'em et sont désormais passés au NL, sont sans doute familiers du concept de calldown. Bien souvent, vous avez une main dont l'equity face à l'éventail adverse suffit à suivre plusieurs mises adverses, et aller voir l'abattage.

Dans cet article, vous découvrirez dans quelle mesure on peut appliquer ce concept au No-Limit, et où se situent les différences.

Considérations mathématiques d'un calldown en FL

Si vous jouez en Fixed Limit, et optez pour un calldown, il est assez facile de voir dans quelle mesure le calldown était mathématiquement correct. En général, la décision est prise après l'action sur le flop ou le turn, ou bien l'apparition d'une carte particulière.

EXEMPLE FIXED LIMIT :

Limit: $5/$10
6 players
UTG: 68,4/47,9/1,4/57,8

Preflop: (6 players) Hero is BB with Q J
UTG folds, UTG+1 calls, 3 folds, Hero raises, UTG+1 calls.

Flop: 6, Q 7 (4.4SB, 2 players)
Hero bets, UTG+1 calls.

Turn: 8 (3.2BB, 2 players)
Hero bets, UTG+1 raises, Hero calls.

River: 2 (7.2BB, 2 players)
Hero checks, UTG+1 bets, Hero calls.

Dans cette main, vous jouez en Fixed Limit, pour vous changer les idées, et avez top paire good kicker sur le turn. Après la relance adverse, la question est : quelle est votre equity contre l'éventail adverse ?

Mathématiquement parlant, vous pouvez considérer le calldown de la façon suivante :

E = Equity de votre main contre l'éventail de main adverse
P = Taille du pot sur le turn après une relance adverse (donnée en big bets)
Ba = nombre de big bets attendus, que l'adversaire misera encore jusqu'à l'abattage
Bc = nombre de big bets attendus, que vous devrez encore suivre jusqu'à l'abattage

EV(Calldown) = E * (P + Ba) - (1-E) * Bc
E > Bc / (P + Ba + Bc)

Avec les données de l'exemple ci-dessus, vous arrivez au résultat suivant concernant l'equity minimale pour un calldown:

P = 6,25BB
Bc = 2BB
Ba = 1BB

E > 2 / (6,25 + 1 + 2)
E > 21,62%

C'est à dire que si vous avez une main avec une equity > 21,6 % face à l'éventail adverse, avec lequel il relance sur le turn et mise sur la river, alors vous avez un spot de calldown EV+.

Suppositions quant à l'éventail adverse :

QQ+, 88-66, AQs, KQs, Q2s+, 95s, 86s+, 76s, 54s, AQo, KQo, Q2o+, 95o, 86o+, 76o, 54o

Avec cet éventail, l'adversaire peut avoir des sets, des top paires, des quintes, des doubles paires. Contre cet éventail, vous avez une equity de 30,7 % sur le turn, et un calldown est donc EV+

Remarque : Pour plus de clarté, ce calcul est fortement simplifié. Pour avoir une véritable considération mathématique des calldowns en Fixed Limit, veuillez vous reporter à l'article "Calldown" de notre section Fixed Limit.

Vous voyez, à l'aide de cet exemple, qu'en Fixed Limit, il est très souvent profitable, lorsque le pot est conséquent, de faire un calldown avec des mains comme TPGK. Peut-on en dire autant en No-Limit ?

Les difficultés en No Limit

Si vous essayez de transcrire cette formule à une main de No-Limit, vous allez vite vous rendre compte qu'il est très difficile d'évaluer les différentes variables. La taille du pot reste simple, mais évaluer la taille des mises est plus problématique.

L'absence d'informations sur la taille des mises.

Pour anticiper les mises à venir d'ici l'abattage, on est confronté à un plus gros problème. En raison de la possibilité de choisir ses mises au No-Limit Hold'em, il est impossible de prévoir concrètement le prix que vous allez devoir payer.

Mathématiquement, un calldown est difficile à évaluer, sans connaître les différentes variables, et en avançant à tâtons parmi les différentes valeurs. Les mises ont tendance à grossir fortement à chaque tour.

Si un adversaire ouvre la main préflop en blindbattle avec un minraise, et mise ensuite à la moitié du pot à chaque tour, alors les mises sont des tailles suivantes :

  • Pot sur le Flop: 4BB -> Mise sur le Flop 2BB
  • Pot sur le Turn: 8BB -> Mise sur le Turn: 4BB
  • Pot sur la River: 16BB -> Mise sur la River 8BB
  • Pot à l'abattage : 32BB

Comme vous le voyez, le pot et la taille des mises grandissent fortement. Si vous pouviez avoir un bon read sur votre adversaire, vous disant qu'il mise toujours 1/2 pot sur la river quand il a misé 1/2 pot sur le turn, alors vous pourriez tenter d'appliquer la formule issue du Fixed Limit. L'equity nécessaire serait alors la suivante 

E > 12 / (16 + 12 + 8)
E > 33%

En raison de l'augmentation de la taille des mises au No Limit, l'equity nécessaire est, bien entendue, plus élevée.

Ceci livre donc la première difficulté d'exécution d'un calldown en No-Limit Hold'em. Vous voyez donc qu'un calldown, tel qu'on le connaît en FL, ne peut être aussi aisément appliqué au NL. Les deux variantes sont trop différentes pour cela.

La peur du riverbet

Lorsque vous avez une main avec laquelle vous aimeriez voir l'abattage, alors le turn présente bien souvent une problématique particulière : Si l'adversaire mise sur le turn, ce n'est pas la seule mise à laquelle il vous confronte. En fonction de la taille du tapis qui lui reste, vous ne pouvez pas savoir de quelle taille sera sa mise sur la river. Il n'est donc pas très utile de suivre une mise sur le turn si vous pensez que vous ne pourrez pas suivre de mise river supérieure à 1/3.

Beaucoup de vos adversaires sont au courant de cet avantage du turnbet et exploitent fort bien la fold equity qui en résulte. Ne faites jamais l'erreur de décider dès le turn de suivre toute mise river, car cela pourrait s'avérer fort coûteux.

L'intérêt d'un calldown en No-Limit Hold'em

Jusqu'à présent, nous en sommes plutôt arrivés à la conclusion que les calldowns sont impossibles en No-Limit Hold'em. Ce n'est cependant qu'à moitié vrai. Ils ont tout simplement un autre champ d'action, pour lequel on doit adopter une tout autre approche. Nous allons maintenant vous présenter les situations de calldown possibles, et leurs bases théoriques, mais pensez bien qu'un traitement mathématique comme au Fixed Limit Hold'em n'est pas possible.

Le calldown, en NL, peut servir les objectifs suivants :

Contrôle du pot

Au No limit hold'em, le contrôle du pot est très important. Il est donc rare qu'un joueur avec une main moyenne, ayant de la valeur à l'abattage, opte pour la ligne call flop, raise turn, bet river. Car, en raison des mises grandissant sur chaque street, cette ligne ne sert qu'à chasser les moins bonnes mains, en s'isolant contre les meilleures mains. On ne peut donc plus vraiment parler d'un value bet.

C'est la raison pour laquelle, avec une main moyennement forte, on optera souvent pour une ligne de contrôle du pot, de sorte que l'adversaire se voit encore en mesure de remporter le pot à l'abattage.,

Bluffinduce (provocation de bluff)

Le bluffinduce fonctionne un peu comme le contrôle du pot. Si un joueur de NL a une main avec de la showdownvalue, alors il passe en contrôle du pot OOP, et opte pour une ligne passive de provocation de bluff. Cette approche commence souvent dès le turn, car il s'agit de la street décisive pour la taille du pot à l'abattage.

Calldowns dans une situation de way ahead/ way

Si vous avez lu et intégré l'article "Que faire dans les situations way ahead / way behind ?",  vous savez que, dans une telle situation, la ligne passive check/call est la meilleure approche.

Cette approche ressemble fort à un calldown en FL, mais n'est pourtant pas identique. En FL, en règle générale, vous décidez sur une street que vous suivrez une mise sur la street suivante, quelle que soit la carte qui tombe, car vous connaissez la taille de la mise adverse à venir. Vous ne pouvez pas en faire autant en NL. Ici, il faut s'adapter à la taille des mises ainsi qu'a la texture changeante du tableau, et peut-être aux timings tells. Il faut prendre une nouvelle décision à chaque street. Vous pouvez donc jouer passivement, mais ne devriez surtout pas devenir une calling station, qui décide de voir le showdown quel qu'en soit le prix.

Calldown en ligne de bluffinduce contre adversaire agressif

Il s'agit ici d'une nouvelle situation que l'on n'a pas encore traité dans les différents articles. Si vous jouez contre un adversaire agressif, qui essaye souvent d'évincer les adversaires du pot, alors vous pouvez opter pour une ligne de bluff induce comparable au calldown.

EXEMPLE

$1/$2 No-Limit Hold'em (6 handed)

CO $200, LAG, très agressif post-flop
Hero $200

Preflop: Hero is Big Blind with A, Q
2 folds, CO raises to $6, 2 folds, Hero calls.

Flop: ($13) Q, 8, 4 (2 players)
Hero checks, CO bets $9, Hero calls.

Turn: ($31) J (2 players)
Hero checks, CO bets $20, Hero calls.

River: ($71) A (2 players)
Hero checks, CO bets $61, Hero calls.

Vous avez TPTK sur le flop et avez plusieurs possibilités pour jouer la main. Puisque votre adversaire est très agressif après le flop, et fait un continuation bet sur presque 100 % des flops, le check flop est standard.

Après son continuation bet, vous pouvez, d'une part, tenter de stacker des mains comme KQ, QJ et d'éventuels tirages, ou faire un check/raise flop afin de construire le pot et de pouvoir vous mettre all-in sans trop de peine d'ici l'abattage.

L'autre possibilité est de retourner l'agressivité de votre adversaire contre lui. Il se lancera souvent dans un second barrel sur le turn en cas de scarecard, ou essayera de vous faire coucher une second paire ou une mauvaise TP. Un check/call flop suivi d'un check turn vous en offre la possibilité. Au final, vous ne craignez guère qu'un K, toutes les autres cartes ne sont pas dramatiques.

Le turn amène une carte pas trop mauvaise. Votre adversaire profitera souvent du J pour faire un 2nd barrel, car il pense pouvoir amener des paires comme 99 ou TT à se coucher. S'il avait QJ, il vous a certes ratrappé, mais son éventail est bien trop grand pour que vous puissiez vous couchez sur cette simple supposition.

Sur la river arrive la meilleure carte pour un nouveau Check/call. Il peut tout à fait avoir touché l'As, et faire un value bet contre une main comme KQ. Et si l'adversaire n'a pas l'as, et est sur une main avec laquelle il ne peut plus vraiment se donner de showdown value, il fera souvent un 3rd barrel avec son As, afin de tenter une dernière fois de faire coucher une meilleure main.

Puisque vous avez double paire, vous pouvez suivre sans le moindre souci. Un check/raise sur la river n'aurait pas vraiment d'intérêt, car votre adversaire ne vous suivra pas souvent avec une moins bonne main. Pensez bien qu'il s'agit d'un joueur agressif, qui essaye de voler des pots grâce à son agressivité. Il ne fera pas souvent de mauvais calls avec une mauvaise paire ou double paire. Votre ligne semble trop forte pour cela.

Cet exemple vous démontre comment exploiter l'agressivité adverse contre lui. Pour ce faire, il vous faut toujours un read, et vous devez penser que vous devrez reprendre une nouvelle décision sur chaque street. Cette approche correspond à un calldown, mais ce n'est pas un calldown que vous faites en raison de votre equity suffisante face à l'éventail adverse, mais plutôt une série de calls basés sur vos reads de l'adversaire.

Calldown en Blindbattle

En blindbattle, il est toujours préférable d'opter pour une ligne adaptée à l'adversaire auquel vous êtes confronté. Vous remarquerez très souvent que beaucoup de vos adversaires sont bien trop agressifs en battle de blinds. La meilleure façon de contrer des joueurs trop agressifs est bien souvent de devenir vous même plus passif, en optant pour une ligne de bluffinduce.

Cette adaptation a pour conséquence que vous ferez souvent des moves semblables au calldown, que ce soit IP ou OOP. Dans l'ensemble, on peut dire que le raisonnement qui se cache derrière cette ligne est le même que précédemment. Vous devez cependant avoir conscience que vous devez vous adapter à votre adversaire et opter pour une ligne qui peut amener à faire un calldown, mais ne le doit pas impérativement.

Observez donc bien si votre adversaire joue les blindbattle agressivement, et jouez pour le bluffinduce lorsque vous avez des mains ayant de la showdownvalue sur des boards pas trop menaçants.

Calldowns et force de la main

Si vous envisagez de jouer une ligne semblable au calldown, alors il y a deux types de mains qui rentrent en ligne de compte. Pensez bien qu'outre la force de votre main, vous devez également toujours prêter attention à votre adversaire pour prendre votre décision. Si vous jouez contre un adversaire passif, alors un calldown est rarement une bonne idée, car cet adversaire ne tombera pas dans le piège du bluffinduce. Pour cela, il vous faut un joueur capable de bluffer !

LA MAIN MONSTER

Une fois que vous aurez engrangé une certaine expérience, vous en arriverez peut-être à un moment de votre carrière où vous ne pourrez plus vous réjouir d'une main comme un set d'as, un carré ou un full sur le flop. Ces mains sont toutes d'excellentes mains, et tout joueur devrait se réjouir de toucher un tel board.

Mais ces mains ont un gros problème : les adversaires auront rarement touché quoique ce soit. Il se couchent donc bien souvent au moindre signe d'agression. C'est pourquoi, une ligne apparentée au calldown peut-être une bonne idée lorsque vous avez une monster hand, afin d'extraire une value maximale.

Puisque vous n'avez pas peur des cartes gratuites, vous essayez de signaler de la faiblesse à votre adversaire, afin qu'il se mette à bluffer. En plus du blufinduce, vous souhaitez également que votre adversaire touche une seconde main, afin d'être en mesure de jouer pour un tapis complet.

Contrairement au calldown, ceci dit, vous ne vous contenterez jamais de suivre une mise sur la river. Votre objectif est de pousser votre adversaire à être convaincu par la force de sa main et son approche, qu'il pourrait tenter un gros bluff sur la river, ou suivre votre value bet, en pensant avoir une main de force suffisante.

LA MAIN DE FORCE MOYENNE

Outre les mains monster, vous pouvez également envisager une ligne semblable au calldown avec les mains faites moyennes. Il s'agit d'ailleurs souvent d'un vrai calldown. Si vous avez une main faite moyenne, deux conditions doivent être remplies, en plus de celle d'avoir un adversaire agressif, pour justifier un calldown :

  • Showdownvalue:

    Votre main a besoin d'une showdownvalue suffisante même lorsque votre adversaire opte pour la ligne bet, bet, bet. Une middle paire sur le flop n'est donc que rarement suffisante pour un calldown, puisque, en plus du danger d'être déjà battu, vous êtes souvent menacé par les autres overcards que votre adversaire pourrait encore toucher. Les top paires sont déjà plus adaptées. Elles vous offrent la possibilité, si votre adversaire a une moins bonne top paire, de lui soutirer une value maximale tout en contrôlant le pot.

  • La structure du tableau :

    En plus de la force de votre main, la structure du tableau est très importante. Le tableau ne doit pas être trop propice aux tirages, car vous ne souhaitez pas offrir à votre adversaire la possibilité de tirer gratuitement, et de devoir ensuite suivre un value bet adverse avec une main battue s'il touche.

    De plus, la structure du tableau doit être telle que l'adversaire pourrait être tenté de représenter une main avec sa ligne, lui permettant de bluffer. Une main TPTK est parfaite pour cela, car l'adversaire bluffera souvent un As si il a fait preuve d'agressivité auparavant. Puisque cet As vous amènerait une top paire, vous pourrez très facilement suivre le bluff, et, contre des adversaires qui ne savent plus se séparer de leur main moyenne après un bluff, vous pouvez même faire un value raise.

    En outre, les tableaux présentant une situation WA/WB se prêtent également bien à un calldown.

Comme vous pouvez le voir, la ligne passive pour le bluffinduce, apparentée au calldown, dépend d'un grand nombre de choses. Mais faites cependant bien attention de ne pas la confondre avec la ligne standard du FL.

En résumé

Cet article vous a démontré que le concept du calldown, propre au FL, ne peut être complètement retranscrit au NL. L'augmentation incontrôlable de la taille des mises empêche un raisonnement commun à celui du FL.

Cependant, il existe un certain nombre de situations dans lesquelles vous pouvez opter pour une ligne qui s'apparente au calldown. En résumé, vous pouvez retenir les points suivants. Une ligne apparentée au calldown est envisageable lorsqu'une ou plusieurs des situations suivantes se présentent :

  • Vous jouez contre un adversaire agressif
  • Vous avez une main monster
  • Vous êtes dans une situation WA/WB 
  • Vous avez une main faite moyenne sur un tableau qui vous est propice