Semi-bluffs pour joueurs confirmés
Introduction
Dans cet article
- Les différentes formes de semi-bluff
- Les principales caractéristiques d'un
semi-bluff
- Analyse mathématique du
semi-bluff
Ces derniers temps, on a pu noter une augmentation significative de
l'agressivité aux small- et middstakes. De nombreux joueurs
essaient de reproduire de façon pour le moins fantaisiste le moindre move observé à la télé et espèrent ainsi démontrer qu'ils sont les meilleurs à la table. Il se trouve qu'un
grand nombre de ces moves relèvent en fait d'un concept essentiel, le semi-bluff.
Cet article vous expliquera comment perfectionner vos semi-bluffs et vous montrera quels
sont les critères dont vous devez tenir compte afin d'éviter les mauvaises décisions causées par la simple ignorance.
Qu'est-ce qu'un semi-bluff ?
Pour commencer, vous devez bien entendu savoir ce qu'est un semi-bluff.
En voici une définition rapide :
Un
semi-bluff n'est rien d'autre qu'un move agressif effectué avec une
main qui n'est probablement pas la meilleure pour le moment, mais qui
possède de bonnes chances de le devenir.
On peut donc parler de semi-bluff
à chaque fois
que vous misez ou relancez avec la plus mauvaise main, tout en ayant
cependant une equity non négligeable. Le semi-bluff vous donne la possibilité de remporter la main de deux façons :
- Votre adversaire couche la meilleure main.
- Vous touchez un de vos outs, obtenez ainsi la meilleure
main et l'emportez à l'abattage.
Une condition de base pour qu'il
puisse s'agir
d'un semi-bluff est, bien entendu, de ne pas encore être à la river. Une
fois que vous êtes sur la river, plus aucune carte n'est
distribuée et la plus mauvaise main ne possède plus aucune equity.
Par ailleurs, vous ne devriez tenter un semi-bluff que si
vous possédez une equity acceptable. Plus elle est élevée, plus les
chances de succès de votre plan B sont élevées.
Ce plan B est toujours le même :
Si
votre adversaire suit votre mise ou votre relance, alors vous espérez
toucher un de vos outs afin d'avoir une chance de battre la main
adverse et de remporter l'abattage s'il y en a un.
Les différentes formes de semi-bluff
Dans la pratique, le semi-bluff peut
prendre deux formes différentes, le semi-bluff all-in et le semi-bluff
non-all-in.
Dans cette forme de semi-bluff,
vous vous mettez
directement all-in et essayez ainsi de stopper net l'action. Il peut
aussi bien s'agir d'un 4-bet-push avec Axs préflop, que d'un move exécuté
au flop avec un gros tirage.
L'avantage d'un all-in direct est de
vous permettre de maximiser l'equity d'une main à tirage.
Un
autre aspect important est d'éviter ainsi de voir apparaître des cartes
qui risqueraient de tuer l'action. Si vous jouez par exemple votre
tirage couleur
passivement et devenez soudain actif quand la
carte manquante apparaît, alors votre adversaire vous mettra la plupart
du temps exactement sur la main qui est la vôtre et abandonnera sa main
pourtant forte.
Dans cette variante, vous ne misez
pas directement
tout votre tapis. D'un point de vue mathématique, on se rend compte que
plus les mises sont élevées, plus la fold equity doit être importante
pour que le semi-bluff soit encore rentable.
Or,
dans la plupart des cas, il est bien difficile d'observer une
augmentation significative de la fold equity avec l'augmentation de la
mise, ce qui fait qu'une mise plus faible au flop est souvent tout à
fait suffisante, et garantit même parfois davantage de fold equity qu'un
push direct.
S'ajoute à cela le fait
qu'avec cette forme de semi-bluff, vous avez plus de possibilités
d'obtenir des informations sur la force de la main adverse, ce qui vous
permettra dans la suite du coup de prendre les bonnes décisions et
d'éviter de mettre votre tapis au milieu prématurément en étant
outsider.
En ne vous mettant pas
directement all-in, vous réussissez de plus à contrebalancer vos bonnes mains, ce qui jouera en votre faveur les fois où l'edge
sera clairement de votre côté post-flop.
En vous
mettant directement all-in au flop, vous risquez de dévoiler tout de suite votre main.
Si vous ne faites pas d'overbet avec un set en temps normal, vous ne
devriez pas le faire avec un tirage. L'inconvénient des semi-bluffs
non-all-in est bien
entendu que vous pouvez être confronté à des décisions difficiles dans
de très gros pots, en cas de modification de la texture du tableau ou
de
move soudain de votre adversaire, ce qui risque de vous faire commettre
plus
d'erreurs que votre adversaire si vous manquez d'expérience.
Quel est l'objectif d'un semi-bluff ?
Maintenant que vous savez ce qu'est
un semi-bluff
et quelles sont les conditions requises, il convient de se demander
quels sont exactement les objectifs d'un semi-bluff ainsi que les
cas d'utilisation.
Un semi-bluff peut poursuivre
différents objectifs, sans pour autant se limiter à un seul à la fois.
Un bet ou un raise vous permettra
toujours de mettre
la pression sur l'adversaire et de le forcer à prendre une décision, ce
qu'il fera le plus souvent en se basant sur la force de sa main et
son intuition. Jusqu'alors, vous avez très probablement sous-estimé
la pression que vous réussissez à exercer en misant ou en relançant.
En
effectuant un semi-bluff, vous obligez non seulement l'adversaire à
payer le montant que vous avez misé, mais vous le laissez dans
l'incertitude quant aux mises à venir, en supposant bien sûr qu'il
ne s'agisse passe d'un semi-bluff all-in.
Les
bons joueurs planifient souvent leur main à l'avance et tiennent compte
de la jouabilité de leur main. Grâce à la pression que vous
exercez sur eux en misant, de nombreux joueurs auront tendance à
coucher la meilleure main.
En intégrant des
semi-bluffs dans votre jeu, vous augmentez le pourcentage de pots
gagnés qui n'auraient pas dû vous revenir en temps normal.
La pot
equity abandonné par votre adversaire n'est pas négligeable étant donné
que son éventail contient généralement des mains qui battent
encore vos tirages.
Un autre objectif est le
balancing de
votre propre éventail de mains. Plus votre adversaire est fort, plus
il lui est facile de vous mettre sur un groupe de mains
particulier. Et si votre adversaire finit par savoir avec quelles mains
vous utilisez telle ou telle ligne, alors il pourra jouer de façon
optimale contre vous.
Si votre
adversaire joue de façon optimale contre votre éventail de mains, alors
vous subissez des pertes sur le long terme, car votre adversaire ne
commet pratiquement plus aucune erreur. L'utilisation ponctuelle du semi-bluff
avec des tirages vous permet d'obtenir une forme de polarisation de
votre éventail et de provoquer un certain effet de surprise
qui peut s'avérer déterminant.
Afin de se rendre compte de l'importance du
balancing pour votre propre éventail, le plus simple est de prendre l'exemple de l'éventail de 4-bet préflop
avec 100 BB.
Aux limites inférieures, vous
pouvez généralement mettre vos adversaires sur QQ+, AK et pouvez
prendre la bonne décision en vous basant sur la cote implicite et
sur l'equity de votre main face à cet éventail.
Mais si
votre adversaire se met à effectuer
également des 4-bets bluffs avec des connecteurs assortis ou d'autres
mains faibles, qu'il couchera en cas de 5-bet, alors il polarise son
éventail et il n'est plus aussi facile pour vous de jouer de façon
optimale contre ses 4-bets.
Vos
semi-bluffs vous permettent généralement d'élargir votre éventail post-flop au point d'obliger votre adversaire à payer plus
souvent vos value raise légitimes, ou alors à
se coucher trop souvent. En plus de la value associée directement au
semi-bluff, vous influez directement sur vos bénéfices futurs avec vos
très bonnes mains.
metagame / gameflow
En plus du gain évident en terme de
value, un
semi-bluff peut également permettre de tirer parti du gameflow et du metagame. Si vous
êtes bien connu à la table pour votre image tight et très solide, les
adversaires accorderont un grand respect à vos mises et à vos
relances. Vous obtenez alors généralement la fold equity nécessaire pour
pouvoir effectuer des semi-bluffs profitables.
En
plus de l'utilisation de votre image déjà existante, une succession de
semi-bluffs sur une période relativement courte peut vous permettre de
vous construire une nouvelle image que vous pourrez ensuite tourner à
votre avantage en changeant votre jeu.
D'autres raisons justifient l'utilisation du semi-bluff dans le cadre du metagame. En particulier, vous
vous
rendrez compte que chez les joueurs professionnels, il existe un niveau supplémentaire où le
semi-bluff a également son importance.
On parle ici du
gameflow, qui va
bien au-delà de l'image à la table et des aspects évoqués plus tôt. Il
s'agit de faire une synthèse de toutes les informations disponibles
afin de se faire l'image la plus claire et la plus neutre possible de la
situation à la table.
- Un adversaire en tilt ?
- Que s'est-il passé au cours des dernières mains ?
- Quel est le rythme de jeu à la table ?
- Un nouveau joueur vient de s'asseoir à la table ?
- Un joueur donne l'impression de vouloir quitter
bientôt la table ? - Un adversaire est actuellement sur un rush ?
- Quel est votre feeling ?
Cela peut vous sembler quelque peu abstrait, mais avec l'expérience
vous apprendrez à sentir
les situations dans lesquelles un adversaire peut se montrer weak
ou bien dans lesquelles vous remarquez tout simplement que vous avez la
possibilité de semi-bluffer profitablement, parfois sur plusieurs
streets.
Savoir
identifier et tirer parti du
gameflow est un objectif au moins aussi important que ceux qui ont été
cités au préalable. Le semi-bluff sera le plus souvent la meilleure
arme à votre disposition pour y parvenir et c'est ce qui vous permettra
de faire la
différence par rapport aux joueurs moyens, pas assez attentifs à ce
genre de situations.
Quels sont les points dont vous devez tenir compte ?
Afin de convertir un semi-bluff en un
move
profitable, il
faut que les conditions de base soient remplies et que vos objectifs
soient clairs. Sans objectif ni plan, vous ne comprendrez jamais
pourquoi vous jouez de telle ou telle manière. Une fois que ces points
sont maîtrisés, il reste de nombreux facteurs dont vous devez tenir
compte tels que la fold equity, le SPR, la jouabilité de votre main ainsi
que les reads dont vous disposez.
La fold equity vous indique la probabilité de voir votre adversaire coucher sa main. Elle est
bien
entendu très importante pour un semi-bluff, du fait qu'elle est
directement liée au gain du pot sans abattage. Plus la fold equity
obtenue est élevée, plus le semi-bluff est profitable.
Vous ne pourrez jamais évaluer la fold equity de manière concrète, mais il existe cependant des facteurs qui
peuvent l'augmenter ou la réduire.
La fold equity obtenue aura tendance à être plus
élevée dans cette situation, car l'adversaire doit compter avec les
pertes potentielles qu'il peut encore subir s'il décide de payer. La peur de
ne pas pouvoir aller jusqu'à l'abattage après un call augmente et
l'adversaire a davantage tendance à se coucher suite à votre
semi-bluff.
La fold equity obtenue sur
différentes textures de tableau dépend grandement de l'adversaire.
Contre certains adversaires vous
obtiendrez une
fold equity plus importante sur un tableau à tirage, alors que d'autres
adversaires finiront plus facilement broke du fait qu'ils tendront à
vous mettre sur un tirage et se verront devant avec leurs mains faites marginales.
Même principe sur un tableau sec. Certains joueurs coucheront
beaucoup de mains en considérant qu'un jeu agressif ne peut
correspondre qu'à une main faite. D'autres joueurs à l'inverse
considéreront qu'il n'y a pas beaucoup de mains avec lesquelles vous
jouerez aussi agressivement sur un tableau aussi sec. En conséquence,
il arrivera parfois que ces joueurs tentent que vous rebluff ou bien
vous laissent poursuivre votre bluff en utilisant leurs mains comme des
bluff catchers.
Un autre aspect toujours aussi
important est la
position. Si vous jouez avec la position alors vous pourrez souvent
générer de la fold equity puisque votre adversaire n'aura pas toujours
envie de jouer avec une main assez faible en étant OOP dans un gros
pot. Il se couchera plus souvent en cas de grosse mise ou de relance
adverse.
Si
vous effectuez par exemple un semi-bluff au flop via un check/raise en
étant OOP,
alors vous devez prévoir les turns sur lesquels vous poursuivrez votre agression. Avec une bonne main, l'adversaire se contentera souvent de suivre votre relance au flop afin de
pouvoir payer vos bluff bets suivants. Vous
devriez donc poursuivre votre agression au turn avec une fréquence adaptée, vous permettant d'une part de ne pas bluffer trop souvent contre un
adversaire qui vous attend, et d'autre part de ne pas devoir jouer
trop souvent check/fold turn.
En fonction du rapport entre votre tapis actuel et
la
taille du pot, l'equity nécessaire pour que vous puissiez accepter de
vous retrouver pot commited suite à votre semi-bluff ne sera pas la
même. Si
vous décidez de jouer votre main en semi-bluff all-in et de finir broke
quoi qu'il arrive, il s'agit d'un paramètre très important.
Vous
ne devriez cependant jamais oublier ceci : s'il s'agit d'un
semi-bluff, vous avez généralement une equity < 50%. Cela
signifie
que plus votre tapis actuel est gros comparé au pot, plus
vous perdrez d'argent si vous êtes suivi par l'adversaire.
La fold equity vous permettra bien en entendu d'avoir tout de même un semi-bluff EV+. Vous devez simplement tenir compte du
fait qu'en cas de SPR élevé, vous avez besoin d'une fold equity plus
importante, de même que d'une equity plus élevée face à l'éventail
adverse.
En fonction de la texture du tableau
et de la
qualité de votre main, un call de la part de votre adversaire sera plus ou moins problématique. Votre main ne
devrait pas être trop transparente car sinon vous risqueriez de perdre de la cote implicite.
Un exemple serait la ligne "raise flop, check/behind turn, raise river" avec un tirage couleur au flop et un hit sur la
river. Cette ligne est très transparente et conduit à une perte de cote implicite.
C'est
la même chose avec la texture générale du flop. Plus il y a de cartes
qui risquent de rendre votre main injouable sur la street suivante,
plus un semi-bluff a intérêt à avoir lieu dès le flop. Suite à un simple
call vous serez trop souvent obligé de coucher une main qui pourrait
pourtant avoir encore une bonne equity.
Plus vous serez capable de lire votre
adversaire, plus les semi-bluffs auront de chances de fonctionner.
Essayez toujours d'agir
en fonction de vos reads. Un semi-bluff contre une calling station ou un maniaque
qui va trop souvent vous rebluff est bien moins profitable que contre un
joueur weak-tight.
Analyse mathématique du semi-bluff
Afin de bien saisir ce qui fait
qu'un
semi-bluff est rentable, il est très utile de comprendre et de savoir
manipuler les bases mathématiques associées à ce type de move et à son
espérance de gain.
Ces considérations
mathématiques montrent clairement quels facteurs influencent l'EV, et où se trouve la différence avec le pur bluff.
Étant donné que le semi-bluff est une ligne de jeu agressive, la
formule suivante vous est sans doute déjà bien connue :
EV(Semi-bluff) = Fold equity *
dead Money + (1- Fold equity) * [Equity * (dead Money + Betsize) - (1-
Equity) * Betsize]
Cette
formule permet de calculer l'EV d'un bet ou d'une relance sur un tour d'enchères.
Cela signifie que cette formule peut être utilisée telle quelle dans le
cas d'un semi-bluff all-in. S'il s'agit cependant d'un semi-bluff non
all-in, alors viennent s'ajouter quelques optimisations dont vous devez
tenir compte.
En effet, la jouabilité ainsi que
l'évolution
de la texture du tableau sont très difficiles à traduire
mathématiquement. Cette formule vous permet cependant d'identifier
les facteurs importants qui influencent un semi-bluff :
- La Fold equity
- Le dead Money -> Potsize
- Votre equity contre l'éventail de call adverse
- La taille de mise choisie pour votre semi-bluff
et un pur bluff
Si vous tentez par exemple un bluff
pur sur la
river avec une main probablement battue, alors on obtient facilement la nouvelle formule étant donné que votre equity
est de 0.
EV(Pur bluff) = Fold equity * dead Money + (1- Fold equity) * [0
* (dead Money + Betsize) - (1- 0) * Betsize]
EV(Pur bluff) = Fold equity * dead Money - (1- Fold equity) *
Betsize
Dans le cas d'un bluff pur, le gain généré dépend uniquement de la fold
equity . Dans ce cas vous devez donc
faire davantage attention au rapport entre fold equity et coût
associé.
SUITE
- Fold equity : f
- Dead money : d
- Equity vs. éventail de call adverse : E
- Betsize : b
Qu'est-ce qui importe le plus dans le cas d'un semi-bluff ? Préférez-vous voir
les
adversaires se coucher plus souvent, ou bien préférez-vous maximiser
votre equity face à l'éventail de call adverse ?
La clé est le rapport entre le
betsize et le dead money.
La règle : Plus le rapport Betsize/dead
Money est élevé, plus la fold equity résultante est élevée
et plus votre equity face à l'éventail de call adverse est faible.
Si
vous voulez optimiser votre equity face à l'éventail de call adverse,
alors vous devriez renoncer à un bet ou une relance. Mais il ne s'agirait plus d'un semi-bluff étant donné que ce move
suppose une ligne agressive.
Pour répondre
à la question qui nous intéresse, il est également important de
s'intéresser aux valeurs possibles pour E et f. Étant donné
qu'il
s'agit d'un semi-bluff, votre equity sera toujours inférieure à 0,5 car
sinon vous
avez la meilleure main et il ne s'agit plus d'un semi-bluff.
La fold equity peut
quant à elle prendre toutes les valeurs comprises entre 0 et 1. Il est
tout aussi envisageable d'amener l'adversaire à coucher l'ensemble de
son éventail que d'échouer à lui faire coucher la moindre main.
On a donc :
- 0 < E < 0,5
- 0 < f < 1
Si on observe un peu ce qui se
passe au niveau de la formule de départ, on se rend compte
qu'il est plus facile d'augmenter la fold equity grâce à un betsize
plus élevé que d'influencer sa propre equity. Vous devez en effet tenir
compte du fait que, le plus souvent, la force réelle de la main adverse
n'est pas si importante. Votre equity avec un bon tirage contre une
main faite est sensiblement la même, quelle que soit la force de cette
main faite.
En gros : essayez plutôt
d'augmenter la fold equity au moyen d'une mise plus élevée, étant
donné qu'un l'éventail adverse de call plus tight n'affectera
pas votre equity au point d'annuler l'effet obtenu.
Gardez à l'esprit qu'il s'agit ici
d'une affirmation qui se base uniquement sur les mathématiques et qui
ne tient aucunement compte de vos objectifs ni des facteurs qui peuvent
intervenir dans un semi-bluff.
On peut démontrer mathématiquement
l'affirmation suivante :
élevée, plus un semi-bluff est profitable.
EV(Semi-bluff) = f * d + (1-f) * [E *(d+b) - (1-E) * b]
EV = (d-Ed-2Eb+b) * f + (Ed+2Eb+b)
Cette fonction linéaire correspond à
une droite de coefficient directeur m=( d-Ed-2Eb+b),
ayant pour ordonnée à l'origine c=( Ed+2Eb+b), l'axe des abscisses étant associé à f. Nous allons essayer de réfuter l'affirmation
précédente. Si nous n'y parvenons pas, alors c'est que
la phrase est correcte.
Nous devons réfuter le fait que : EV(f+x)
>EV(f) avec x > 0
Ceci n'est possible que si le coefficient directeur de la droite peut prendre des valeurs négatives. On devrait donc avoir d-Ed-2Eb+b < 0.
Soit
d -E(d+2b)+b < 0
d+b < E(d+2b)
Ces variables respectent les conditions suivantes :
d > 0, b > 0, 0 < E < 0.5
Nous allons tout simplement prendre les valeurs extrêmes pour E et voir
si l'inégalité est vraie pour certaines valeurs de d ou b.
E = 0
d+b < 0
Avec d > 0 et b
> 0 c'est impossible.
E = 0.5
d+b < 0.5(d+2b)
d+b < 0.5d +b
0.5d < 0
Impossible avec d
> 0.
Étant donné que le coefficient directeur de la droite ne peut jamais être négatif, l'affirmation est démontrée.
Mains d'exemple
Hero $200
BU $112
1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Preflop: Hero is Big Blind with K
3 folds,
BU raises to $7, SB folds,
Hero calls.
Flop: (15$) 9
, 3
Hero checks, BU bets $12,
Hero raises to $193 (All-In)
Dans cette main vous vous trouvez OOP au flop avec un
tirage couleur, deux overcards + tirage quinte backdoor. Avec cette
main vous aurez en moyenne une equity de 46%, même contre une overpair
adverse.
Dans l'absolu, vous n'avez rien
contre le fait de voir votre adversaire prendre le check/behind au flop
et vous laisser ainsi tirer gratuitement, vous donnant de plus la
possibilité de prendre l'initiative même sans amélioration et de
remporter le pot directement.
Si votre
adversaire effectue son contibet habituel, alors vous pouvez tout à
fait opter pour un semi-bluff via un check/raise. La question qui se
pose est de savoir à combien vous relancez. Vous remarquez que votre
adversaire est entré dans le coup avec à peine plus de 55 BB. À partir du
moment où vous relancez de façon conséquente suite à son contibet,
vous êtes pot commited et devez mettre le reste de votre tapis au turn
quoi qu'il arrive. Votre tirage est en effet trop fort pour pouvoir être
couché.
Beaucoup de joueurs ont donc tendance ici à pusher
directement all-in dès le flop, ce qui permet de maximiser l'equity du
tirage. Par ailleurs un push vous permettra très souvent d'obtenir une
très bonne fold equity. Et comme vu précédemment, celle-ci n'est jamais trop élevée dans le cas d'un semi-bluff.
Suivant l'évaluation que vous faites de l'adversaire, le all-in peut se révéler plus ou moins indiqué.
N'oubliez
cependant pas que vous ne joueriez jamais ainsi avec un set et votre
main est donc très transparente. De même, vous devez penser au fait
qu'il y a très peu de cartes problématiques pour votre tirage qui
peuvent tomber au turn. Une relance
de taille normale ne devrait donc pas vous créer de problème et vous
permettra de plus d'équilibrer votre éventail et de ne pas jouer de
façon trop transparente.
Se pose également la question de savoir dans
quelle mesure vous augmentez vraiment votre fold equity en pushant
directement au flop, étant donné qu'un bon joueur aura justement
tendance à vous mettre exactement sur la main qui est la vôtre et aura tendance à
finir broke plus facilement.
Un argument supplémentaire parle également en faveur d'une relance normale. Avec
un check/raise normal, vous donnez la possibilité à l'adversaire
de pusher avec un tirage inférieur, ce qui vous permet d'améliorer
votre equity face à l'éventail adverse.
Pusher directement avec cette profondeur de tapis n'est pas le meilleure façon de jouer ici un semi-bluff.
Vous
devez toujours être attentif aux tendances adverses et essayer de
bien comprendre quels sont les objectifs de votre semi-bluff.
Hero $200
BB $200
1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Preflop: Hero is CO with T

2 folds,
Hero raises to $7, 2 folds, BB
calls.
Flop: (15$) K
, 8
BB checks, Hero bets $12,
BB calls.
Turn: (39$) 2
BB checks, Hero bets $25
Dans cette main vous optez pour un 2nd barrel au
turn suite au call adverse au flop. À première vue il pourrait sembler
qu'il s'agisse d'un spot idéal pour un semi-bluff. Mais en fait ce
n'est pas le cas.
Vous avez certes un très
bon tirage et vous obtenez une certaine fold equity qui pourrait amener l'adversaire à coucher la meilleure main.
Malgré tout il n'est généralement pas nécessaire de semi-bluffer ici.
Un
2nd barrel risque de vous coûter bien plus cher que vous ne le pensiez.
Que faites-vous en effet si votre adversaire joue soudain
check/raise sur ce turn ? Vous ne voulez surtout pas coucher un tirage
aussi fort. Un check/behind au turn est donc clairement plus indiqué
qu'un 2nd barrel.
Si vous avez par exemple A
sur le même tableau et que votre contibet est suivi, alors votre
showdown value avec A-high serait un argument de plus en faveur d'un
check/behind turn pour ensuite payer une mise de taille raisonnable
sans amélioration à la river. Si votre adversaire se retrouve également
avec un busted draw il va souvent bluffer la river afin d'arracher
le pot.
Hero $200
BB $95
1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Preflop: Hero is CO with J

2 folds,
Hero raises to $7, 2 folds, BB
calls.
Flop: (15$) 9


BB bets $10, Hero raises to $32
Dans cette main votre adversaire fait un donkbet au flop. Étant donné
que vous avez un OESD et deux overcards, votre main est trop forte
pour être couchée directement. Se pose simplement la question de
savoir si vous vous contentez de payer la mise adverse, au regard de la
cote offerte (en incluant la cote implicite) ou bien si vous faites un
semi-bluff en relançant.
Avant
de poursuivre, demandez-vous ce que vous pensez d'un
semi-bluff dans cette situation et essayez de trouver des arguments en faveur de chacune
des deux lignes.
Si vous êtes parvenu à la
conclusion qu'un semi-bluff est une bonne option ici, alors regardez de
nouveau le tapis adverse. L'adversaire n'avait que 95$ au début de
la main. Comment réagissez-vous si l'adversaire met son tapis au milieu
suite à votre relance ? Est-ce que vous payez ?
Vous
obtenez alors une cote de 1:2,41 et un call serait donc EV+ à partir de
29,3% d'equity. Même si vous obtenez une fold equity suffisante avec
votre semi-bluff, lorsque l'adversaire décide de pusher vous êtes
obligé de payer, même en étant un gros outsider, ce qui ne peut en aucun cas
être votre objectif.
Si au contraire vous
vous contentez de payer la mise adverse, vous avez encore de nombreuses
possibilités de jouer profitablement cette main. Un très grand nombre de
scarecards peuvent tomber au turn vous permettant de floater. Vous
pouvez toucher votre tirage ou une paire vous
permettant alors de finir broke tranquillement.
Vous devez finalement reconnaître qu'un semi-bluff sur ce flop, avec ce tapis effectif, n'est pas toujours la meilleure option.
Hero $290
SB $250 bon regular
BU $200 TAG fishy
1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)
Preflop: Hero is Big Blind with A
, 7
3 folds,
BU raises to $7, SB reraises to $25, Hero reraises to $64
Au premier abord, cette main semble vraiment mal jouée. Vous effectuez un cold 4-bet avec une main bien trop faible, avec
laquelle vous n'auriez même pas défendu votre BB en cas de fold de SB.
Il
s'agit en fait d'un de ces spots faisant intervenir le metagame et le
gameflow, que vous apprendrez à identifier avec l'expérience. Le BU
aura ici un éventail d'open-raise très large et tentera très souvent de
voler les blinds. Le Small Blind, un bon regular à cette limite, le
sait et a décidé de défendre activement son blind en étant OOP.
En
tant que très bon joueur qui essaye en permanence d'améliorer son jeu,
vous reconnaissez la situation et savez directement qu'aucun de ces
deux joueurs n'a forcément une bonne main. Vous voyez par ailleurs que
le bon regular et vous êtes pratiquement 130 BB deep.
Vous optez alors un cold-4-bet contre ces deux joueurs pour les raisons suivantes :
- Le BU va très souvent se coucher.
- Le SB ne va pouvoir continuer à jouer qu'avec une très bonne main du fait qu'il est deep stack.
- La fold equity élevée vous permet d'empocher très souvent le dead money qui n'est pas négligeable.
- Vous obtenez un certain balancing de votre éventail qui vous évite d'être systématiquement mis sur QQ+, AK.
- Étant donné que vous possédez vous-même un As, vous bénéficiez d'un
effet de "card removal", ce qui signifie qu'il est moins probable
qu'un des deux adversaires ait AA ou AK. - En cas de 5-bet vous avez un easy fold préflop.
Vous voyez donc qu'il y a de nombreux arguments en faveur du cold
4-bet. Cette situation ne correspond en aucun cas à une ligne standard,
étant donné que vous n'aurez que rarement de tels reads sur des joueurs
avec de tels tapis.
Cet
exemple vous montre cependant que vous ne devriez pas
forcément cliquer sur l'auto-fold suite au raise de BU, car vous avez
peut-être une bonne occasion d'empocher quelque 30 $ qui peuvent
se faire sentir au niveau de votre winrate.
En résumé
Cet article vous a présenté quelques
optimisations du semi-bluff. Réfléchissez toujours à toutes les options
possibles et n'agissez pas de façon précipitée sans savoir exactement
quel est votre objectif. Au final, les points importants sont les
suivants :
- Les semi-bluffs doivent toujours poursuivre au moins un objectif.
- Le facteur le plus important d'un semi-bluff est la fold equity générée.
- Les mathématiques vous permettent d'analyser précisément la rentabilité des semi-bluffs all-in..
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