Mis à jour le 27 Juil 26 par

Semi-bluffs pour joueurs confirmés

Introduction

Dans cet article

  • Les différentes formes de semi-bluff
  • Les principales caractéristiques d'un semi-bluff
  • Analyse mathématique du semi-bluff

Ces derniers temps, on a pu noter une augmentation significative de l'agressivité aux small- et middstakes. De nombreux joueurs essaient de reproduire de façon pour le moins fantaisiste le moindre move observé à la télé et espèrent ainsi démontrer qu'ils sont les meilleurs à la table. Il se trouve qu'un grand nombre de ces moves relèvent en fait d'un concept essentiel, le semi-bluff.

Cet article vous expliquera comment perfectionner vos semi-bluffs et vous montrera quels sont les critères dont vous devez tenir compte afin d'éviter les mauvaises décisions causées par la simple ignorance.

Qu'est-ce qu'un semi-bluff ?

Pour commencer, vous devez bien entendu savoir ce qu'est un semi-bluff. En voici une définition rapide :

Un semi-bluff n'est rien d'autre qu'un move agressif effectué avec une main qui n'est probablement pas la meilleure pour le moment, mais qui possède de bonnes chances de le devenir.

On peut donc parler de semi-bluff à chaque fois que vous misez ou relancez avec la plus mauvaise main, tout en ayant cependant une equity non négligeable. Le semi-bluff vous donne la possibilité de remporter la main de deux façons :

  • Votre adversaire couche la meilleure main.
  • Vous touchez un de vos outs, obtenez ainsi la meilleure main et l'emportez à l'abattage.
Quand peut-on envisager un semi-bluff  ?

Une condition de base pour qu'il puisse s'agir d'un semi-bluff est, bien entendu, de ne pas encore être à la river. Une fois que vous êtes sur la river, plus aucune carte n'est distribuée et la plus mauvaise main ne possède plus aucune equity.

Par ailleurs, vous ne devriez tenter un semi-bluff que si vous possédez une equity acceptable. Plus elle est élevée, plus les chances de succès de votre plan B sont élevées.

Ce plan B est toujours le même :

Si votre adversaire suit votre mise ou votre relance, alors vous espérez toucher un de vos outs afin d'avoir une chance de battre la main adverse et de remporter l'abattage s'il y en a un.

Les différentes formes de semi-bluff

Dans la pratique, le semi-bluff peut prendre deux formes différentes, le semi-bluff all-in et le semi-bluff non-all-in.

Le Semi-bluff All-In

Dans cette forme de semi-bluff, vous vous mettez directement all-in et essayez ainsi de stopper net l'action. Il peut aussi bien s'agir d'un 4-bet-push avec Axs préflop, que d'un move exécuté au flop avec un gros tirage.

L'avantage d'un all-in direct est de vous permettre de maximiser l'equity d'une main à tirage.

Un autre aspect important est d'éviter ainsi de voir apparaître des cartes qui risqueraient de tuer l'action. Si vous jouez par exemple votre tirage couleur passivement et devenez soudain actif quand la carte manquante apparaît, alors votre adversaire vous mettra la plupart du temps exactement sur la main qui est la vôtre et abandonnera sa main pourtant forte.

Le Semi-bluff Non-All-In

Dans cette variante, vous ne misez pas directement tout votre tapis. D'un point de vue mathématique, on se rend compte que plus les mises sont élevées, plus la fold equity doit être importante pour que le semi-bluff soit encore rentable.

Or, dans la plupart des cas, il est bien difficile d'observer une augmentation significative de la fold equity avec l'augmentation de la mise, ce qui fait qu'une mise plus faible au flop est souvent tout à fait suffisante, et garantit même parfois davantage de fold equity qu'un push direct.

S'ajoute à cela le fait qu'avec cette forme de semi-bluff, vous avez plus de possibilités d'obtenir des informations sur la force de la main adverse, ce qui vous permettra dans la suite du coup de prendre les bonnes décisions et d'éviter de mettre votre tapis au milieu prématurément en étant outsider.

En ne vous mettant pas directement all-in, vous réussissez de plus à contrebalancer vos bonnes mains, ce qui jouera en votre faveur les fois où l'edge sera clairement de votre côté post-flop.

En vous mettant directement all-in au flop, vous risquez de dévoiler tout de suite votre main. Si vous ne faites pas d'overbet avec un set en temps normal, vous ne devriez pas le faire avec un tirage. L'inconvénient des semi-bluffs non-all-in est bien entendu que vous pouvez être confronté à des décisions difficiles dans de très gros pots, en cas de modification de la texture du tableau ou de move soudain de votre adversaire, ce qui risque de vous faire commettre plus d'erreurs que votre adversaire si vous manquez d'expérience.

Quel est l'objectif d'un semi-bluff ?

Maintenant que vous savez ce qu'est un semi-bluff et quelles sont les conditions requises, il convient de se demander quels sont exactement les objectifs d'un semi-bluff ainsi que les cas d'utilisation.

Un semi-bluff peut poursuivre différents objectifs, sans pour autant se limiter à un seul à la fois.

Gagner directement le pot

Un bet ou un raise vous permettra toujours de mettre la pression sur l'adversaire et de le forcer à prendre une décision, ce qu'il fera le plus souvent en se basant sur la force de sa main et son intuition. Jusqu'alors, vous avez très probablement sous-estimé la pression que vous réussissez à exercer en misant ou en relançant.

En effectuant un semi-bluff, vous obligez non seulement l'adversaire à payer le montant que vous avez misé, mais vous le laissez dans l'incertitude quant aux mises à venir, en supposant bien sûr qu'il ne s'agisse passe d'un semi-bluff all-in.

Les bons joueurs planifient souvent leur main à l'avance et tiennent compte de la jouabilité de leur main. Grâce à la pression que vous exercez sur eux en misant, de nombreux joueurs auront tendance à coucher la meilleure main.

En intégrant des semi-bluffs dans votre jeu, vous augmentez le pourcentage de pots gagnés qui n'auraient pas dû vous revenir en temps normal. La pot equity abandonné par votre adversaire n'est pas négligeable étant donné que son éventail contient généralement des mains qui battent encore vos tirages.

Balancing de votre éventail

Un autre objectif est le balancing de votre propre éventail de mains. Plus votre adversaire est fort, plus il lui est facile de vous mettre sur un groupe de mains particulier. Et si votre adversaire finit par savoir avec quelles mains vous utilisez telle ou telle ligne, alors il pourra jouer de façon optimale contre vous.

Si votre adversaire joue de façon optimale contre votre éventail de mains, alors vous subissez des pertes sur le long terme, car votre adversaire ne commet pratiquement plus aucune erreur. L'utilisation ponctuelle du semi-bluff avec des tirages vous permet d'obtenir une forme de polarisation de votre éventail et de provoquer un certain effet de surprise qui peut s'avérer déterminant.

Afin de se rendre compte de l'importance du balancing pour votre propre éventail, le plus simple est de prendre l'exemple de l'éventail de 4-bet préflop avec 100 BB.

Aux limites inférieures, vous pouvez généralement mettre vos adversaires sur QQ+, AK et pouvez prendre la bonne décision en vous basant sur la cote implicite et sur l'equity de votre main face à cet éventail.

Mais si votre adversaire se met à effectuer également des 4-bets bluffs avec des connecteurs assortis ou d'autres mains faibles, qu'il couchera en cas de 5-bet, alors il polarise son éventail et il n'est plus aussi facile pour vous de jouer de façon optimale contre ses 4-bets.

Vos semi-bluffs vous permettent généralement d'élargir votre éventail post-flop au point d'obliger votre adversaire à payer plus souvent vos value raise légitimes, ou alors à se coucher trop souvent. En plus de la value associée directement au semi-bluff, vous influez directement sur vos bénéfices futurs avec vos très bonnes mains.

Exploiter ou influencer le metagame / gameflow

En plus du gain évident en terme de value, un semi-bluff peut également permettre de tirer parti du gameflow et du metagame. Si vous êtes bien connu à la table pour votre image tight et très solide, les adversaires accorderont un grand respect à vos mises et à vos relances. Vous obtenez alors généralement la fold equity nécessaire pour pouvoir effectuer des semi-bluffs profitables.

En plus de l'utilisation de votre image déjà existante, une succession de semi-bluffs sur une période relativement courte peut vous permettre de vous construire une nouvelle image que vous pourrez ensuite tourner à votre avantage en changeant votre jeu.

D'autres raisons justifient l'utilisation du semi-bluff dans le cadre du metagame. En particulier, vous vous rendrez compte que chez les joueurs professionnels, il existe un niveau supplémentaire où le semi-bluff a également son importance.

On parle ici du gameflow, qui va bien au-delà de l'image à la table et des aspects évoqués plus tôt. Il s'agit de faire une synthèse de toutes les informations disponibles afin de se faire l'image la plus claire et la plus neutre possible de la situation à la table.

  • Un adversaire en tilt ?
  • Que s'est-il passé au cours des dernières mains ?
  • Quel est le rythme de jeu à la table ?
  • Un nouveau joueur vient de s'asseoir à la table ?
  • Un joueur donne l'impression de vouloir quitter bientôt la table ?
  • Un adversaire est actuellement sur un rush ?
  • Quel est votre feeling ?

Cela peut vous sembler quelque peu abstrait, mais avec l'expérience vous apprendrez à sentir les situations dans lesquelles un adversaire peut se montrer weak ou bien dans lesquelles vous remarquez tout simplement que vous avez la possibilité de semi-bluffer profitablement, parfois sur plusieurs streets.

Savoir identifier et tirer parti du gameflow est un objectif au moins aussi important que ceux qui ont été cités au préalable. Le semi-bluff sera le plus souvent la meilleure arme à votre disposition pour y parvenir et c'est ce qui vous permettra de faire la différence par rapport aux joueurs moyens, pas assez attentifs à ce genre de situations.

Quels sont les points dont vous devez tenir  compte ?

Afin de convertir un semi-bluff en un move profitable, il faut que les conditions de base soient remplies et que vos objectifs soient clairs. Sans objectif ni plan, vous ne comprendrez jamais pourquoi vous jouez de telle ou telle manière. Une fois que ces points sont maîtrisés, il reste de nombreux facteurs dont vous devez tenir compte tels que la fold equity, le SPR, la jouabilité de votre main ainsi que les reads dont vous disposez.

Fold Equity

La fold equity vous indique la probabilité de voir votre adversaire coucher sa main. Elle est bien entendu très importante pour un semi-bluff, du fait qu'elle est directement liée au gain du pot sans abattage. Plus la fold equity obtenue est élevée, plus le semi-bluff est profitable.

Vous ne pourrez jamais évaluer la fold equity de manière concrète, mais il existe cependant des facteurs qui peuvent l'augmenter ou la réduire.

PETIT POT, GROS TAPIS

La fold equity obtenue aura tendance à être plus élevée dans cette situation, car l'adversaire doit compter avec les pertes potentielles qu'il peut encore subir s'il décide de payer. La peur de ne pas pouvoir aller jusqu'à l'abattage après un call augmente et l'adversaire a davantage tendance à se coucher suite à votre semi-bluff.

TEXTURE GÉNÉRALE DU TABLEAU

La fold equity obtenue sur différentes textures de tableau dépend grandement de l'adversaire.

Contre certains adversaires vous obtiendrez une fold equity plus importante sur un tableau à tirage, alors que d'autres adversaires finiront plus facilement broke du fait qu'ils tendront à vous mettre sur un tirage et se verront devant avec leurs mains faites marginales.

Même principe sur un tableau sec. Certains joueurs coucheront beaucoup de mains en considérant qu'un jeu agressif ne peut correspondre qu'à une main faite. D'autres joueurs à l'inverse considéreront qu'il n'y a pas beaucoup de mains avec lesquelles vous jouerez aussi agressivement sur un tableau aussi sec. En conséquence, il arrivera parfois que ces joueurs tentent que vous rebluff ou bien vous laissent poursuivre votre bluff en utilisant leurs mains comme des bluff catchers.

VOTRE POSITION

Un autre aspect toujours aussi important est la position. Si vous jouez avec la position alors vous pourrez souvent générer de la fold equity puisque votre adversaire n'aura pas toujours envie de jouer avec une main assez faible en étant OOP dans un gros pot. Il se couchera plus souvent en cas de grosse mise ou de relance adverse.

Si vous effectuez par exemple un semi-bluff au flop via un check/raise en étant OOP, alors vous devez prévoir les turns sur lesquels vous poursuivrez votre agression. Avec une bonne main, l'adversaire se contentera souvent de suivre votre relance au flop afin de pouvoir payer vos bluff bets suivants. Vous devriez donc poursuivre votre agression au turn avec une fréquence adaptée, vous permettant d'une part de ne pas bluffer trop souvent contre un adversaire qui vous attend, et d'autre part de ne pas devoir jouer trop souvent check/fold turn.

SPR (Stack to Pot Relation)

En fonction du rapport entre votre tapis actuel et la taille du pot, l'equity nécessaire pour que vous puissiez accepter de vous retrouver pot commited suite à votre semi-bluff ne sera pas la même. Si vous décidez de jouer votre main en semi-bluff all-in et de finir broke quoi qu'il arrive, il s'agit d'un paramètre très important.

Vous ne devriez cependant jamais oublier ceci : s'il s'agit d'un semi-bluff, vous avez généralement une equity < 50%. Cela signifie que plus votre tapis actuel est gros comparé au pot, plus vous perdrez d'argent si vous êtes suivi par l'adversaire.

La fold equity vous permettra bien en entendu d'avoir tout de même un semi-bluff EV+. Vous devez simplement tenir compte du fait qu'en cas de SPR élevé, vous avez besoin d'une fold equity plus importante, de même que d'une equity plus élevée face à l'éventail adverse.

Jouabilité de votre main

En fonction de la texture du tableau et de la qualité de votre main, un call de la part de votre adversaire sera plus ou moins problématique. Votre main ne devrait pas être trop transparente car sinon vous risqueriez de perdre de la cote implicite.

Un exemple serait la ligne "raise flop, check/behind turn, raise river" avec un tirage couleur au flop et un hit sur la river. Cette ligne est très transparente et conduit à une perte de cote implicite.

C'est la même chose avec la texture générale du flop. Plus il y a de cartes qui risquent de rendre votre main injouable sur la street suivante, plus un semi-bluff a intérêt à avoir lieu dès le flop. Suite à un simple call vous serez trop souvent obligé de coucher une main qui pourrait pourtant avoir encore une bonne equity.

Read sur l'adversaire

Plus vous serez capable de lire votre adversaire, plus les semi-bluffs auront de chances de fonctionner. Essayez toujours d'agir en fonction de vos reads. Un semi-bluff contre une calling station ou un maniaque qui va trop souvent vous rebluff est bien moins profitable que contre un joueur weak-tight.

Analyse mathématique du semi-bluff

Afin de bien saisir ce qui fait qu'un semi-bluff est rentable, il est très utile de comprendre et de savoir manipuler les bases mathématiques associées à ce type de move et à son espérance de gain.

Ces considérations mathématiques montrent clairement quels facteurs influencent l'EV, et où se trouve la différence avec le pur bluff.

Formule de l'espérance de gain

Étant donné que le semi-bluff est une ligne de jeu agressive, la formule suivante vous est sans doute déjà bien connue :

EV(Semi-bluff) = Fold equity * dead Money + (1- Fold equity) * [Equity * (dead Money + Betsize) - (1- Equity) * Betsize]

Cette formule permet de calculer l'EV d'un bet ou d'une relance sur un tour d'enchères. Cela signifie que cette formule peut être utilisée telle quelle dans le cas d'un semi-bluff all-in. S'il s'agit cependant d'un semi-bluff non all-in, alors viennent s'ajouter quelques optimisations dont vous devez tenir compte.

En effet, la jouabilité ainsi que l'évolution de la texture du tableau sont très difficiles à traduire mathématiquement. Cette formule vous permet cependant d'identifier les facteurs importants qui influencent un semi-bluff :

  • La Fold equity
  • Le dead Money -> Potsize
  • Votre equity contre l'éventail de call adverse
  • La taille de mise choisie pour votre semi-bluff
Différence entre un semi-bluff et un pur bluff

Si vous tentez par exemple un bluff pur sur la river avec une main probablement battue, alors on obtient facilement la nouvelle formule étant donné que votre equity est de 0.

EV(Pur bluff) = Fold equity * dead Money + (1- Fold equity) * [0 * (dead Money + Betsize) - (1- 0) * Betsize]

EV(Pur bluff) = Fold equity * dead Money - (1- Fold equity) * Betsize

Dans le cas d'un bluff pur, le gain généré dépend uniquement de la fold equity . Dans ce cas vous devez donc faire davantage attention au rapport entre fold equity et coût associé.

ABRÉVIATIONS UTILISÉES DANS LA SUITE
  • Fold equity : f
  • Dead money : d
  • Equity vs. éventail de call adverse : E
  • Betsize : b
Importance de la fold equity et de l'equity de votre main

Qu'est-ce qui importe le plus dans le cas d'un semi-bluff ? Préférez-vous voir  les adversaires se coucher plus souvent, ou bien préférez-vous maximiser votre equity face à l'éventail de call adverse ?

La clé est le rapport entre le betsize et le dead money.

La règle : Plus le rapport Betsize/dead Money est élevé, plus la fold equity résultante est élevée et plus votre equity face à l'éventail de call adverse est faible.

Si vous voulez optimiser votre equity face à l'éventail de call adverse, alors vous devriez renoncer à un bet ou une relance. Mais il ne s'agirait plus d'un semi-bluff étant donné que ce move suppose une ligne agressive.

Pour répondre à la question qui nous intéresse, il est également important de s'intéresser aux valeurs possibles pour E et f. Étant donné qu'il s'agit d'un semi-bluff, votre equity sera toujours inférieure à 0,5 car sinon vous avez la meilleure main et il ne s'agit plus d'un semi-bluff.

La fold equity peut quant à elle prendre toutes les valeurs comprises entre 0 et 1. Il est tout aussi envisageable d'amener l'adversaire à coucher l'ensemble de son éventail que d'échouer à lui faire coucher la moindre main.

On a donc :

  • 0 < E < 0,5
  • 0 < f < 1

Si on observe un peu ce qui se passe au niveau de la formule de départ, on se rend compte qu'il est plus facile d'augmenter la fold equity grâce à un betsize plus élevé que d'influencer sa propre equity. Vous devez en effet tenir compte du fait que, le plus souvent, la force réelle de la main adverse n'est pas si importante. Votre equity avec un bon tirage contre une main faite est sensiblement la même, quelle que soit la force de cette main faite.

En gros : essayez plutôt d'augmenter la fold equity au moyen d'une mise plus élevée, étant donné qu'un l'éventail adverse de call plus tight n'affectera pas votre equity au point d'annuler l'effet obtenu.

Gardez à l'esprit qu'il s'agit ici d'une affirmation qui se base uniquement sur les mathématiques et qui ne tient aucunement compte de vos objectifs ni des facteurs qui peuvent intervenir dans un semi-bluff.

On peut démontrer mathématiquement l'affirmation suivante :

Plus la fold equity générée est élevée, plus un semi-bluff est profitable. 

EV(Semi-bluff) = f * d + (1-f) * [E *(d+b) - (1-E) * b]

EV = (d-Ed-2Eb+b) * f + (Ed+2Eb+b)

Cette fonction linéaire correspond à une droite de coefficient directeur m=( d-Ed-2Eb+b), ayant pour ordonnée à l'origine c=( Ed+2Eb+b), l'axe des abscisses étant associé à f. Nous allons essayer de réfuter l'affirmation précédente. Si nous n'y parvenons pas, alors c'est que la phrase est correcte.

Nous devons réfuter le fait que : EV(f+x) >EV(f) avec x > 0

Ceci n'est possible que si le coefficient directeur de la droite peut prendre des valeurs négatives. On devrait donc avoir d-Ed-2Eb+b < 0.

Soit

d -E(d+2b)+b < 0

d+b < E(d+2b)

Ces variables respectent les conditions suivantes :

d > 0, b > 0, 0 < E < 0.5

Nous allons tout simplement prendre les valeurs extrêmes pour E et voir si l'inégalité est vraie pour certaines valeurs de d ou b.

E = 0

d+b < 0

Avec d > 0 et b > 0 c'est impossible.

E = 0.5

d+b < 0.5(d+2b)

d+b < 0.5d +b

0.5d < 0

Impossible avec d > 0.

Étant donné que le coefficient directeur de la droite ne peut jamais être négatif, l'affirmation est démontrée.

Mains d'exemple

Exemple 1

Hero $200
BU $112

1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)

Preflop: Hero is Big Blind with K, Q
3 folds, BU raises to $7, SB folds, Hero calls.

Flop: (15$) 9 , 5 , 3
Hero checks, BU bets $12, Hero raises to $193 (All-In)

Dans cette main vous vous trouvez OOP au flop avec un tirage couleur, deux overcards + tirage quinte backdoor. Avec cette main vous aurez en moyenne une equity de 46%, même contre une overpair adverse.

Dans l'absolu, vous n'avez rien contre le fait de voir votre adversaire prendre le check/behind au flop et vous laisser ainsi tirer gratuitement, vous donnant de plus la possibilité de prendre l'initiative même sans amélioration et de remporter le pot directement.

Si votre adversaire effectue son contibet habituel, alors vous pouvez tout à fait opter pour un semi-bluff via un check/raise. La question qui se pose est de savoir à combien vous relancez. Vous remarquez que votre adversaire est entré dans le coup avec à peine plus de 55 BB. À partir du moment où vous relancez de façon conséquente suite à son contibet, vous êtes pot commited et devez mettre le reste de votre tapis au turn quoi qu'il arrive. Votre tirage est en effet trop fort pour pouvoir être couché.

Beaucoup de joueurs ont donc tendance ici à pusher directement all-in dès le flop, ce qui permet de maximiser l'equity du tirage. Par ailleurs un push vous permettra très souvent d'obtenir une très bonne fold equity. Et comme vu précédemment, celle-ci n'est jamais trop élevée dans le cas d'un semi-bluff.

Suivant l'évaluation que vous faites de l'adversaire, le all-in peut se révéler plus ou moins indiqué.

N'oubliez cependant pas que vous ne joueriez jamais ainsi avec un set et votre main est donc très transparente. De même, vous devez penser au fait qu'il y a très peu de cartes problématiques pour votre tirage qui peuvent tomber au turn. Une relance de taille normale ne devrait donc pas vous créer de problème et vous permettra de plus d'équilibrer votre éventail et de ne pas jouer de façon trop transparente.

Se pose également la question de savoir dans quelle mesure vous augmentez vraiment votre fold equity en pushant directement au flop, étant donné qu'un bon joueur aura justement tendance à vous mettre exactement sur la main qui est la vôtre et aura tendance à finir broke plus facilement.

Un argument supplémentaire parle également en faveur d'une relance normale. Avec un check/raise  normal, vous donnez la possibilité à l'adversaire de pusher avec un tirage inférieur, ce qui vous permet d'améliorer votre equity face à l'éventail adverse.

Pusher directement avec cette profondeur de tapis n'est pas le meilleure façon de jouer ici un semi-bluff.

Vous devez toujours être attentif aux tendances adverses et essayer de bien comprendre quels sont les objectifs de votre semi-bluff.

Exemple 2

Hero $200
BB $200

1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)

Preflop: Hero is CO with T , 9
2 folds, Hero raises to $7, 2 folds, BB calls.

Flop: (15$) K , J , 8
BB checks, Hero bets $12, BB calls.

Turn: (39$) 2
BB checks, Hero bets $25

Dans cette main vous optez pour un 2nd barrel au turn suite au call adverse au flop. À première vue il pourrait sembler qu'il s'agisse d'un spot idéal pour un semi-bluff. Mais en fait ce n'est pas le cas.

Vous avez certes un très bon tirage et vous obtenez une certaine fold equity qui pourrait amener l'adversaire à coucher la meilleure main. Malgré tout il n'est généralement pas nécessaire de semi-bluffer ici.

Un 2nd barrel risque de vous coûter bien plus cher que vous ne le pensiez. Que faites-vous en effet si votre adversaire joue soudain check/raise sur ce turn ? Vous ne voulez surtout pas coucher un tirage aussi fort. Un check/behind au turn est donc clairement plus indiqué qu'un 2nd barrel.

Si vous avez par exemple A 9 sur le même tableau et que votre contibet est suivi, alors votre showdown value avec A-high serait un argument de plus en faveur d'un check/behind turn pour ensuite payer une mise de taille raisonnable sans amélioration à la river. Si votre adversaire se retrouve également avec un busted draw il va souvent bluffer la river afin d'arracher le pot. 

Exemple 3

Hero $200
BB $95

1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)

Preflop: Hero is CO with J , T
2 folds, Hero raises to $7, 2 folds, BB calls.

Flop: (15$) 9 , 8 , 2
BB bets $10, Hero raises to $32

Dans cette main votre adversaire fait un donkbet au flop. Étant donné que vous avez un OESD et deux overcards, votre main est trop forte pour être couchée directement. Se pose simplement la question de savoir si vous vous contentez de payer la mise adverse, au regard de la cote offerte (en incluant la cote implicite) ou bien si vous faites un semi-bluff en relançant.

Avant de poursuivre, demandez-vous ce que vous pensez d'un semi-bluff dans cette situation et essayez de trouver des arguments en faveur de chacune des deux lignes.

Si vous êtes parvenu à la conclusion qu'un semi-bluff est une bonne option ici, alors regardez de nouveau le tapis adverse. L'adversaire n'avait que 95$ au début de la main. Comment réagissez-vous si l'adversaire met son tapis au milieu suite à votre relance ? Est-ce que vous payez ?

Vous obtenez alors une cote de 1:2,41 et un call serait donc EV+ à partir de 29,3% d'equity. Même si vous obtenez une fold equity suffisante avec votre semi-bluff, lorsque l'adversaire décide de pusher vous êtes obligé de payer, même en étant un gros outsider, ce qui ne peut en aucun cas être votre objectif.

Si au contraire vous vous contentez de payer la mise adverse, vous avez encore de nombreuses possibilités de jouer profitablement cette main. Un très grand nombre de scarecards peuvent tomber au turn vous permettant de floater. Vous pouvez toucher votre tirage ou une paire vous permettant alors de finir broke tranquillement.

Vous devez finalement reconnaître qu'un semi-bluff sur ce flop, avec ce tapis effectif, n'est pas toujours la meilleure option.

Exemple 4

Hero $290
SB $250 bon regular
BU $200 TAG fishy

 1$/2$ No-Limit Hold'em (6 handed)

Preflop: Hero is Big Blind with A , 7
3 folds, BU raises to $7, SB reraises to $25, Hero reraises to $64

Au premier abord, cette main semble vraiment mal jouée. Vous effectuez un cold 4-bet avec une main bien trop faible, avec laquelle vous n'auriez même pas défendu votre BB en cas de fold de SB.

Il s'agit en fait d'un de ces spots faisant intervenir le metagame et le gameflow, que vous apprendrez à identifier avec l'expérience. Le BU aura ici un éventail d'open-raise très large et tentera très souvent de voler les blinds. Le Small Blind, un bon regular à cette limite, le sait et a décidé de défendre activement son blind en étant OOP.

En tant que très bon joueur qui essaye en permanence d'améliorer son jeu, vous reconnaissez la situation et savez directement qu'aucun de ces deux joueurs n'a forcément une bonne main. Vous voyez par ailleurs que le bon regular et vous êtes pratiquement 130 BB deep.

Vous optez alors un cold-4-bet contre ces deux joueurs pour les raisons suivantes :

  • Le BU va très souvent se coucher.
  • Le SB ne va pouvoir continuer à jouer qu'avec une très bonne main du fait qu'il est deep stack.
  • La fold equity élevée vous permet d'empocher très souvent le dead money qui n'est pas négligeable.
  • Vous obtenez un certain balancing de votre éventail qui vous évite d'être systématiquement mis sur QQ+, AK.
  • Étant donné que vous possédez vous-même un As, vous bénéficiez d'un effet de "card removal", ce qui signifie qu'il est moins probable qu'un des deux adversaires ait AA ou AK.
  • En cas de 5-bet vous avez un easy fold préflop.

Vous voyez donc qu'il y a de nombreux arguments en faveur du cold 4-bet. Cette situation ne correspond en aucun cas à une ligne standard, étant donné que vous n'aurez que rarement de tels reads sur des joueurs avec de tels tapis.

Cet exemple vous montre cependant que vous ne devriez pas forcément cliquer sur l'auto-fold suite au raise de BU, car vous avez peut-être une bonne occasion d'empocher quelque 30 $ qui peuvent se faire sentir au niveau de votre winrate.

En résumé 

Cet article vous a présenté quelques optimisations du semi-bluff. Réfléchissez toujours à toutes les options possibles et n'agissez pas de façon précipitée sans savoir exactement quel est votre objectif. Au final, les points importants sont les suivants :

  • Les semi-bluffs doivent toujours poursuivre au moins un objectif.
  • Le facteur le plus important d'un semi-bluff est la fold equity générée.
  • Les mathématiques vous permettent d'analyser précisément la rentabilité des semi-bluffs all-in..