Stratégie à la bulle (5) : Satellites et DON
Avant de lire cette leçon, vous devriez avoir lu :
- Stratégie à la bulle (1) : Introduction
- Stratégie à la bulle (2) : SnG à une table
- Stratégie à la bulle (3) : SnG Multi-tables première partie
- Stratégie à la bulle (4) : SnG Multi-tables deuxième partie
Vous devriez maintenant avoir une bonne idée de ce qu'est la phase de bulle et de comment vous devriez l'appréhender en général. Vous avez également découvert les subtilités de la bulle aussi bien en SnG à une table qu'en SnG multi-tables.
Cependant, tout cela ne nous sert part à grand chose dans les statellites et les SnG double-or-nothing (DON). Et ce, pour une raison assez simple : dans ces tournois, peu importe combien de jetons il vous reste après la bulle. En effet, toutes les places payées touchent la même récompense. Cela implique que le seul objectif est de survivre à la bulle, ce qui change fortement la dynamique. Pour être plus exact, on pourrait dire que la dynamique est la même, mais sous sa forme la plus extrême. Toutefois, ce qui est primordial, c'est la façon dont cela devrait modifier votre approche de la stratégie. Et c'est ce que vous allez apprendre dans cette leçon.
Phase de bulle d'un Satellite/ d'un SnG DON
Le contenu de cet article s'applique à :
• n'importe quel satellite (SnG ou tournoi programmé) offrant plus d'un ticket/package,
• tous les SnG double-or-nothing (et triple-or-nothing, etc.).
Il ne s'applique en revanche pas au satellite dont une seule place est récompensée. En effet, dans un tel format, la bulle se résume à un match Heads-up, ce qui nous sortirait du cadre de cet article. Vous ne devriez pas non plus vous en servir pour les Fifty-fifty ou structures comparables, qui sont un mélange entre satellite et winner-takes-all.
La valeur de votre tapis équivaut à vos chances d'arriver dans l'argent
La taille de tapis est la variable que l'on a tendance à considérer en priorité, mais elle ne représente pas un bon indicateur des chances adverses de réussir dans un satellite. Ce qui importe vraiment, c'est l'EV$ de votre tapis qui, pour faire simple, indique votre probabilité de toucher la récompense. Dans les faits, votre taille de tapis ne devrait jamais directement dicter vos décisions. Au lieu de quoi, vous devriez considérer la configuration des tapis en terme de pourcentage de chances de chaque joueur d'arriver dans l'argent.
Plus tard, vous apprendrez à utiliser cette approche pour prendre des décisions justifiées lors de la bulle d'un satellite. Mais pour le moment, contentons-nous de considérer comment les tailles de tapis pourraient être converties en pourcentage de chances de toucher la récompense.
Il reste 7 joueurs se disputant les 6 premières places, toutes dotées du même gain. Afin de se faire une première idée des chances de chaque joueur d'empocher de l'argent, il est bon de considérer l'ICM. Merci de noter que l'ICM donne la probabilité d'être ITM avant que les blinds et les antes soient postés, ce qui fait que les valeurs de la table ci-dessous pourraient varier dans une certaine mesure, une fois la main distribuée.
| Joueur | SB | BB | EP | MP1 | MP2 | CO | BU |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Tapis | 9200 | 5650 | 5650 | 1650 | 9240 | 19200 | 1650 |
| % chance (ICM) | 98% | 94% | 94% | 58% | 98% | 99.8% | 58% |
En se basant sur les résultats ci-dessus, on peut tirer les conclusions suivantes :
• La différence entre avoir un tapis moyen et un tapis large est assez faible et la différence entre avoir un tapis large et un tapis très large est anecdotique.
• Il y a toujours bien plus à perdre qu'à gagner. Si le chip leader finit all-in face au SB ou à MP2, il pourrait perdre 2% de chances d'ITM en perdant la main, tandis que gagner ne pourrait pas lui faire gagner plus de 0,2%. Cela veut dire qu'il a besoin d'une equity de plus de 90% pour être break even. Ce calcul sera expliqué plus tard.
• Le défaut le plus flagrant de l'ICM est qu'il ne prend pas les positions en compte. Avec des tapis profonds par rapport aux blinds, cet effet est négligeable. Mais avec des petits tapis, l'ordre dans lequel les joueurs vont se faire manger par les blinds est d'une importance capitale. Dans l'exemple ci-dessus, il semble clair que les chances de BU de finir ITM sont nettement plus élevées que celles de MP1, dans la mesure où celui-ci sera forcé de finir all-in bien plus vite. De la même manière, les chances d'EP semblent meilleures que celles de BB car, si les deux petits tapis survivent, BB sera forcé de se mettre all-in plus vite. L'ICM ne prend pas ces nuances en compte, mais vous devriez le faire.
Quatre étapes pour prendre la bonne décision
Un autre facteur que l'ICM ne prend pas en compte, c'est comment les autres joueurs jouent. Plus vos adversaires sont enclins à suivre des all-ins, plus vous devriez être tight. La première réflexion que vous devriez avoir lors de la bulle d'un satellite devrait être : "quelles sont mes chances de finir ITM si je ne fais que coucher toutes les mains ?". Avec un tapis large et des adversaires loose, celles-ci sont souvent si proches de 100% qu'aucune prise de risque n'en vaut vraiment la peine. Dans un tel cas, vous devriez passer en mode auto-fold. Si vous avez du mal à le faire, essayez de ne tout simplement pas regarder les cartes qui vous sont distribuées.
En admettant que la situation décrite ci-dessus ne s'applique pas à votre cas, il est envisageable que vous caressiez l'idée d'entrer dans un pot. Afin de calculer la profitabilité d'une telle décision, vous devriez suivre quatre étapes. Il vous faut :
• considérer toutes les issues possibles (votre tapis en cas de victoire et votre tapis en cas de perte dans une situation donnée)
• évaluer vos probabilités de finir ITM pour chaque issue (évaluez votre tapis au terme de chacun des scénarios)
• multiplier ce résultat par la probabilité de chaque scénario et additionner le tout
• et enfin, comparer le chiffre ainsi déterminé avec votre probabilité actuelle de finir ITM ou, plus précisément, vos probabilités d'ITM après un fold.
Considérons maintenant un exemple de ce procédé dans la pratique :
Analysons maintenant la décision de BB. Admettons que SB se mette all-in avec toutes ses mains, comme il pourrait être tenté de le faire. Les chances actuelles de BB de finir ITM sont de 94% selon l'ICM. Dans les faits et vue les positions, elles doivent être légèrement inférieures, sans doute plutôt aux alentours de 92%. Après un fold, elles tombent à 85%. S'il perd, c'est facile : il est dehors et ses chances d'ITM tombent à 0%. S'il double son tapis, ses chances de gagner tournent aux alentours de 99%. En conséquence, pour qu'un call atteigne le point de break even, il a besoin de la showdown equity (SDEq) suivante :
SDEq%*99% > 85%
SDEq% > 86%
Cela implique que même AA devrait se coucher ici et ce, même si SB se met all-in avec any two :
On peut ajouter que, si SB a de bonnes raisons de croire que BB comprend cela, il devrait se mettre all-in avec toutes ses mains. En effet, même s'il n'a pas grand chose à gagner, c'est toujours mieux que ne rien gagner du tout. Cependant, dans les faits, bon nombre d'adversaires auront du mal à coucher le haut de leur range, c'est pourquoi SB devrait opter pour une certaine prudence. Dans un tel cas et si BB suit 40%, alors SB ne devrait se mettre all-in qu'avec les 20% du haut de sa range. Comme vous pouvez le constater, il est essentiel de toujours prendre la range de call potentielle de votre adversaire lorsque vous envisagez un push. Rappelez-vous bien qu'en raison de l'ICM, des mauvais calls de leur part ne leur sont pas que dommageables à eux, mais également à vous, tandis qu'ils avantagent tous les autres joueurs.
Trucs et astuces
Bien entendu, en pleine session, vous n'avez pas accès au logiciel ICM. C'est pourquoi, il vous faut évaluer vous-même vos chances d'ITM. Cette capacité vient surtout avec l'expérience. Cependant, il y a quelques raccourcis que vous pouvez prendre.
Un tapis énorme implique des chances énormes
Si vous avez un tapis large, vous pouvez vous estimer favori à 100% pour l'ITM. S'il y a un groupe de petits tapis avec des tapis de taille similaire, alors vous pouvez accorder à chacun une chance égale de sortir, tandis que tous les autres survivront. Bien entendu, ces considérations sont un peu simplistes, mais elles suffisent souvent à vous permettre de prendre la bonne décision.
Push au lieu de call
Si vous décidez d'entrer dans un pot, rappelez-vous bien que la fold equity est le facteur le plus important. En conséquence, vous devriez tout faire pour être celui qui se met all-in et non pas celui qui suit. Vous devriez configurer vos tailles de mise de façon à atteindre cet objectif. Bien souvent, cela va impliquer des overbets shove préflop pour clore l'action. Une autre des conséquences que tout cela implique est que votre range de reshove devrait souvent être plus large que votre range d'open push, dans la mesure où le risque est le même, tandis que les gains potentiels sont supérieurs.
La configuration des tapis est souvent plus importante que vos cartes
Si vous décidez de vous mettre all-in, les tapis derrière vous sont bien plus importants que votre main. Il est toujours préférable d'opter pour un push lorsqu'il n'y a plus le moindre petit tapis derrière. Les tapis moyens et gros ne devraient quasiment jamais suivre, tandis que les petits tapis seront forcés de jouer tôt ou tard à quitte ou double. Il en découle que la fold equity face aux short stacks diffère radicalement de celle face au tapis moyens et larges.
En tant que petit tapis, jouez avec l'augmentation des blinds
Un point essentiel pour finir : vous devriez garder en tête que, lorsque vous êtes un des petits tapis, vous devriez toujours essayer de jouer avec l'augmentation des blinds de telle sorte que les blinds supérieurs touchent systématiquement un autre petit tapis avant de vous toucher vous.
Considérons l'exemple suivant :

Les blinds s'apprêtent à passer à 400/800 ante 100, ce qui signifie que le joueur au CO sera all-in lorsqu'il sera au small blind. Il lui faut donc absolument faire en sorte que le joueur en début de parole doive soit payer les deux blinds au niveau supérieur, ou tout au moins le small blind. CO devrait donc mettre toute sa time bank à profit pour le garantir. Sans cela, si les blinds augmentent après que le joueur EP s'en est acquitté, il pourra survivre plus longtemps que CO :
D'un autre côté, si le joueur en début de parole doit payer les blinds supérieurs, il finira all-in avant CO, ou lors de la même main mais avec un plus petit tapis.
En résumé
Dans cette leçon, vous avez appris que :
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EP (2000 chips) – 6.8% 10.0% 11.6% 12.8%
CO (3000 chips) 5.4% – 14.4% 16.3% 17.9%
BU (5000 chips) 4.7% 8.0% – 21.2% 23.1%
SB (7000 chips) 3.8% 6.2% 12.9% – 25.9%
BB (10000 chips) 2.9% 4.6% 8.7% 14.6% –





