Pokerstrategy : Bienvenue sur la troisième, et (j’espère !) dernière partie de cette interview édifiante de la face cachée de mdd91. Comment allez-vous aujourd’hui ?
<the-Fish-In-me> : Ch’ui chaud bouillant. Faites péter les questions!
Pokerstrategy : Commençons par la manière dont vous analysez le jeu à la table. Quelle importance apportez-vous à la lecture de vos adversaires ?
<the-Fish-In-me> : Lire ses adversaires, ça permet de pas s’ennuyer, et y’a des types qui écrivent des choses marrantes dans le « chat ». Mais je crois pas être plus doué qu’un autre. Et des fois c’est pas évident de répondre alors que tu es dans le coup. Et franchement ça craint de pas pouvoir lire tes adversaires quand tu pars all-in. C’est bloqué. Encore un bug du site, c’est sûr.
Pokerstrategy : En fait, je voulais parler de votre façon d’étudier le jeu de l’adversaire afin d’arriver à deviner sa main, selon ses schémas de mise, le board, son style de jeu...
<the-Fish-In-me> : Oh vous savez, la façon dont les mecs jouent en face, ça change pas grand-chose. L’important, c’est qu’ils aient peur de mes méga-mises. Au bout d’un moment, je peux te dire que la trouille est le grand égalisateur. Un bon joueur qui a les foies, c’est pareil qu’un mauvais joueur. Mon style mets tout le monde d’accord, et ça m’évite d’avoir à me prendre la tête.
Pokerstrategy : Si je peux me permettre, votre objectif à la table est que votre adversaire finisse toujours par avoir les jetons ? Les vôtres en l’occurrence…
<the-Fish-In-me> : C’est que vous êtes drôle vous. Je peux vous dire qu’avec un peu de bol, j’arrive à en foutre dehors un bon paquet, de soit-disant bons joueurs. Je compte pas les fois où je me retrouve en première position d’un MTT, au début du tournoi. Et là, dès que je change de table, les mecs n’en reviennent pas du paquet énorme de jetons que j’ai. En plus ils me respectent, surtout parce qu’ils ne me connaissent pas encore. Et là c’est le bonheur : ils sont tous à faire pipi dans leur culotte. Ces moments-là sont rares, alors il faut en profiter un max, et balancer son méga tapis sans arrêt ! Le truc que j’ai du mal à comprendre, c’est pourquoi j’arrive jamais à finir le MTT dans l’argent.
Pokerstrategy : Je crois qu’on a bien compris votre approche stratégique du jeu à présent. Avez-vous un format de MTT que vous préférez ? Les tournois deepstacks par exemple ?
<the-Fish-In-me> : A oui, j’aime bien les deepstacks. Ca permet d’avoir un jeu plus créatif.
Pokerstrategy : En effet, ce format permet d’attendre de bonnes mains, et favorise en général les bons joueurs.
<the-Fish-In-me> : C’est pas ce que je voulais dire. Ce qui est cool avec les deepstacks, c’est que tu pars avec 10.000 jetons. Et j’aime bien faire des mises à quatre chiffres, pour me marrer. Je leur donne un sens caché qui déroute mes adversaires.
Pokerstrategy : Et vous faites ces mises dès les premiers niveaux ?
<the-Fish-In-me> : Oui, bien sûr. Je mise toujours en fonction des jetons que j’ai, et pas du niveau des blinds. Je joue pas comme tout le monde, vous savez.
Pokerstrategy : Au moins, c’est bon de savoir que vous savez ce qu’est un niveau de blind. Mais parlez-nous de ces fameuses mises à quatre chiffres.
<the-Fish-In-me> : Ah oui… Et bien j’aime bien miser avec des dates historiques qui ont un rapport avec le jeu en cours. Par exemple, sur un flop tricolore, paf, j’envoie 1789 jetons. Si j’ai des envies de massacre, j’en balance 1572. Un vrai bain de sang, et je les vois tous protester. Quand je sais que mes rois vont se faire décapiter, boum, c’est 1793 jetons qui partent. C'est la même mise pour les reines d’ailleurs. La fin du monde approche ? Je calcule une mise pour être sûr qu’il me reste 2012 jetons pour le coup d’après, qui sera sans doute le dernier. Etc…
Pokerstrategy : C’est très technique. Vous êtes prof d’histoire ?
<the-Fish-In-me> : Non, mais j’aime bien relever le niveau du joueur de poker. Ces mises font en général l’objet de beaucoup de discussions, qui sortent des « ty,nh, gg, tg, vtfm, fdp… » qu’on lit en général sur le chat. Quand j’envoie 1515 jetons, vous pouvez être sûr qu’un mec va taper « marignan ! », tout fier de lui. Mais quand je demande ce que c’est qui s’est passé à Marignan, alors là y’a plus personne.
Pokerstrategy : Ca doit faire du bien de savoir qu’au moins vous êtes meilleurs que vos adversaires, dans un domaine alternatif.
<the-Fish-In-me> : C’est une sorte de compliment, ça?
Pokerstrategy : Tout à fait ! A présent, dites-nous si vous déjà participé à des tournois prestigieux, comme le Sunday special, ou le Night on Stars.
<the-Fish-In-me> : Oui, quelques-fois. Mais je sais pas trop si c’est conseillé d’envoyer plus de la moitié de ce qu’on a sur son compte sur un seul tournoi.
Pokerstrategy : Ou là !!! Il faut vraiment qu’on aborde la question de la BRM. Mais nous y reviendrons plus tard. Parlez-nous d’abord de la façon dont vous abordez ces gros tournois.
<the-Fish-In-me> : J’ai une technique particulière sur ces tournois. D’abord, quand tu mets 100 € pour t’assoir à une table, t’as pas envie que ça dure que 5 minutes. C’est logique.
Pokerstrategy : C’est même très raisonnable.
<the-Fish-In-me> : D’abord, j’essaie de repérer les sharks de la table. C’est des mecs qui ont souvent pleins d’étoiles sur le côté, et ils sont impossibles à lire, vus qu’ils écrivent jamais rien dans le « chat ». Je sais pas trop comment ils font, mais eux gagnent plein de fric sur notre dos.
Pokerstrategy : C’est une excellente approche que d’essayer de les éviter.
<the-Fish-In-me> : Ah non, au contraire. Je cherche la première occasion de les affronter. Je suis pas du genre à me laisser impressionner par des mecs qui se la pètent. Je leur écrit : « prêt pour un petit coin flip ? », et vlan je leur balance mon tapis à la figure! Ils ont horreur de ça.
Pokerstrategy : Et ça marche ?
<the-Fish-In-me> : Très souvent! Vous savez, à pile ou face, je suis pas plus mauvais qu’un autre, et les sharks le savent. Ces mecs là ont la prétention de croire que le poker n’est pas un jeu de hasard, alors ils foldent un paquet de main ! Ils foldent, que je vous dis !
Pokerstrategy : Et ça marche tout le temps?
<the-Fish-In-me> : Y’a une faille dans mon système : je suis pas trop crédible avec mon histoire de coin flip quand ils ont les as ou les rois en main. J’ai pas encore trouvé la parade. Mais bon, ça me permet d’avoir un « edge » relatif sur ces joueurs.
Pokerstrategy : Un edge "relatif" ?
<the-Fish-In-me> : Bien sûr. Quand tu es à 50%/50% contre des mecs qui de toute façon vont faire leurs mises de fourbes pour te faire perdre dans tous les cas, c’est ça que j’appelle un edge relatif : c’est pas génial mais c’est moins pire que ça pourrait l’être.
C’est un peu ma définition de l’edge.
Pokerstrategy : C’est un peu l’edge comme définition.
<the-Fish-In-me> : Et oui, le coin flip, c’est carrément l’edge.
Pokerstrategy : …
Pokerstrategy : Bien ! Sur ce, nous allons devoir interrompre à nouveau cet interview fleuve. J’ai bien peur que nous devions encore nous revoir pour une prochaine session. Je vais essayer de me faire remplacer, moi…
<the-Fish-In-me> : On en est où sur le nombre de visus ?
Pokerstrategy : Un peut trop pour que vous continuiez à passer inaperçu sur les tables, si ça continue comme ça...